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BUFFY, SAISON 7 |
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"It's about Power" par Sullivan |
Une tueuse imbue d'elle-même, une autre en quête simultanée de reconnaissance et de rédemption, un Andrew désopilant, un ancien Observateur qui ne sait plus trop où est sa place, beaucoup de potentielles, Andrew, et le First Evil, tels sont quelques uns des ingrédients de la septième saison de Buffy peut-être la meilleure d'entre toutes. Ca tombe bien, c'est aussi la dernière.
Mais (je ne suis pas un rédacteur d'En Direct pour rien) laissez-moi commencer par vous parler de moi. Cela dit, et contrairement à certains collègues et néanmoins amis, n'y voyez pas (seulement) un acte de pure mégalomanie. Car savoir comment je me situe par rapport à Buffy dans son ensemble est assez indispensable pour comprendre mon point de vue par rapport à la saison 7, et pourquoi celui-ci peut parfois s'écarter de celui des autres.

Aux débuts de la série, je l'ai regardée suite au buzz qui l'entoura. Distraitement, mais amusé, pour ce qui était de la première saison, mais avec de plus en plus d'intérêt pour l'excellente seconde année.
Mais voilà: à mes yeux, tout s'écroula avec la saison 3: morales ultra-appuyées, relation Buffy/Angel sombrant dans le gnan-gnan, personnages caricaturaux aux évolutions prévisibles des mois à l'avance... Les défauts structurels sont majeurs et en font oublier les bons épisodes. Je suis déçu, dans un premier temps, puis réellement laissé sans espoir pour la série par l'année 4. Je décroche avant la fin de celle-ci, et me contente de "lire" les saisons suivantes sur le Net en n'en regardant que deux ou trois épisodes.
A la fin de l'été dernier, parce qu'intéressé par le concept de Dark Willow et les évolutions drastiques du personnage de Spike, je décide de visionner le double épisode final de la saison 6. Quoi que celui-ci ne soit pas parfait, j'y trouve un petit quelque chose qui a changé, et qui m'attire. Je ne le définirai qu'un peu plus tard, à la vision des épisodes de la septième et dernière saison, que je regarde au fur et à mesure, passionné par ce que j'y vois...
De quoi parle la saison 7 ? Pratiquement de la même chose du début à la fin, à quelques exceptions près, situées pour la plupart en début d'année. Nous avons à faire à une saison feuilleton. Willow, très peu sûre d'elle-même, et Spike, nouvellement doté d'une âme, mais que cette expérience a conduit au bord de la folie, reviennent à Sunnydale. Buffy, elle, vient d'accepter un poste de conseiller au Lycée de la ville, où étudie Dawn. Elle y travaille sous les ordres du mystérieux Principal Wood. Tous découvrent qu'un danger terrible menace. From beneath you, it devours, fait-il savoir. Il, c'est le First Evil, celui-là même auquel nous avions déjà été confronté dans l'épisode Amends, de la troisième saison. Nous avons donc à faire en quelque sorte au Big Bad ultime, parfaitement invincible, mais aussi limité: il ne peut pas prendre de forme corporelle, et ne peut faire apparaître une image de lui qu'en empruntant les traits d'une personne décédée (faites appeler les guest stars!).
Mais, depuis sa première apparition, les choses ont changé. La seconde (!) résurrection de Buffy du début de la saison 6 l'a persuadé qu'un certain équilibre n'était plus respecté. Les agents du Bien avaient acquis une trop grande puissance. Et s'ils ne jouaient plus fair-play, et bien que cela ne tienne: lui non plus. Il se met en tête d'anéantir la lignée des tueuses en éliminant toutes les Potentielles, puis en s'en prenant à Faith, et à Buffy. Renseignés sur ce sujet par Giles, le gang cherche donc à retrouver les dites potentielles avant les Bringers, et à les faire toutes se réfugier chez Buffy, où elles seront plus ou moins protégées. Et où, aussi, elles pourront être entraînées à la deuxième phase du plan du First.
Celui-ci prépare en effet une armée sous la Bouche de l'Enfer. Les Uber-vamps, vampires originels, "purs", se lanceront dans leur mission de conquête et de destruction. Au terme de ce plan, le First pourra s'incarner en chaque être vivant, et n'aura plus à s'appuyer sur des "hommes de mains" tels que Caleb et qui, aussi puissant qu'ils sont, ne peuvent être infaillibles.
Voilà, en quelques lignes, ce que raconte la saison. Cela peut paraître relativement peu. La critique principale que l'on pourrait même adresser à la saison, c'est qu'après une mise en place très rythmée, l'arc donne le sentiment de faire du sur-place pendant la seconde moitié de la saison. Mais c'est là un choix conscient et raisonné: dans sa dernière année, il a été décidé de faire passer un peu au second plan les intrigues et les rebondissements abasourdissants à chaque épisode (du coup, on a eu double ration dans Angel) pour se focaliser, aidé par cette intrigue et le thème de la saison, sur ce qui, après six saisons, constitue la véritable matière première de Buffy, son joyau: ses formidables personnages.
Ah, qu'il est loin le Scooby-gang de la première saison! Celui d'aujourd'hui concentre entre ses mains un pouvoir phénoménal.
Aujourd'hui, on y trouve en Buffy une Tueuse qui est peut-être la plus puissante d'entre toutes. Renforcée par les épreuves, elle en est aussi sorti endurcie. N'est-elle pas finalement devenu plus une chef de guerre qu'un être Humain ? Au début de la saison, dans Conversations with Dead People, elle avoue à un "Vampire-psy" qu'elle se sent clairement supérieure (mais aussi, quand même, qu'elle se sent mal vis à vis de ça). Notre héroïne, revenue de tout, a clairement pris la grosse tête. Difficile qu'il en soit autrement quand on vient de passer 6 années à être la cible prioritaire de tout ce que la Terre porte de Maléfique.
La timide lycéenne que fut Willow est un souvenir tellement lointain qu'il en est presque insaisissable. L'année dernière, une rage indicible l'avait saisie la mort de Tara. La partie sombre de ses pouvoirs de sorcière était remontée, l'avait dévorée. Sa puissance est telle qu'elle manqua de détruira le monde... Ce pouvoir, il est toujours en elle. Il a accomplit bien des prouesses positives dans le passé, il en accomplit quelques autres dès le début de cette année. Mais désormais, ce pouvoir sent le souffre pour une Willow qui doit vivre avec ce qu'elle a fait, et qui ignore jusqu'à quel point elle est capable de le contrôler de se contrôler...
Spike a toujours été un terrible vampire, connu pour avoir assassiné deux Tueuses. Il a toujours, aussi, été un vampire atypique, perdu dans l'enfer des sentiments. Ceux qui sont nés en lui vis à vis de Buffy l'ont considérablement transformé. Au point qu'il a fait le choix ultime: celui de renoncer au Démon qui était en lui pour accueillir à nouveau son âme, acceptant par la même une grande part de fragilité Humaine. Plus grande, probablement, qu'il ne l'aurait cru. Elle a fait de lui un être profondément déstabilisé, à la merci de quiconque saurait trouver les ficelles pour le manipuler.
Lorsque, humiliée par Xander, Anya a fait le choix du retour en arrière, elle a aussi fait celui du pouvoir. Celui, corrompu et maléfique qui va de paire avec son statut de Démon de la Vengeance. Ce n'est qu'après qu'elle a du faire face à d'autres questions... Ce pouvoir-là, est-elle toujours prête à l'assumer?
Faith est une Tueuse, avec tout ce que cela comporte. Mais, cas unique, elle n'a jamais été LA Tueuse. Pire, elle a toujours été la-seconde-Tueuse. Par le passé, elle s'est laissée corrompre. Aujourd'hui, elle voudrait trouver sa place, mais sans avoir la moindre idée d'où chercher.
Giles, au fond, a toujours été plus qu'un observateur. Il a été un père pour tout le gang, un point d'amarrage. Un guide, aussi, qui pouvait dicter leur conduite au Gang. C'était un pouvoir très fort qu'il avait sur les autres, auquel il a renoncé lorsqu'il a pressentit qu'il n'était plus nécessaire, voire qu'il était devenu plus un handicap qu'une aide. Il était facile de garder de la distance à des milliers de kilomètres de Sunnydale. Mais poussé par les événements à nouveau en plein cur du champ de bataille, peut-il accepter sa nouvelle place ?

Ces personnages sont riches de pouvoir, c'est certain. Ils sont aussi pleins de doutes et d'interrogations, peu sûrs de leur place, de leur rôle, de ce qu'ils doivent faire, au jour le jour. Pourtant, compte-tenu de la puissance qu'ils tiennent entre leurs mains, ils sont tenus de donner le change, de ne rien laisser paraître, autant que possible. Personne n'a, plus qu'eux, besoin de quelqu'un à qui parler. Mais, et ce n'est pas un hasard, personne n'est plus seul que cette poignée d'âmes perdues.
Les circonstances ont changé Buffy en Général d'une armée de Potentielles. Elle doit les entraîner, les former, leur faire accepter la mort inévitable dans la guerre, leur montrer la force de la volonté et de l'acharnement (on pense à la mise à mort du premier Uber-Vamp). Mais, du coup, elle n'a plus la possibilité d'aller vers un autre qui serait, fondamentalement, un de ses propres soldats, pour lui avouer sa faiblesse intérieure.
Willow doit vivre avec le poids de sa culpabilité. Avec la terreur qu'elle a pu éveiller dans certains regards à son retour dans la ville. Avec le fait qu'elle pourrait faire renaître cette terreur si elle évoque trop en profondeur son incertitude profonde quand à sa capacité à gagner le contrôle d'elle-même. Son seul réconfort provient de sa relation avec Kennedy. Les scénaristes ont fait un choix brillant en plaçant aux cotés de Willow une fille qui ne soit pas passive, juste une sorte de soutien moral qui attende qu'elle aille mieux, mais bien quelqu'un de très volontaire, très décidé, qui saura forcer Willow à aller de l'avant plutôt que de la laisser à ses valses hésitations. Certains auront pu être agacés par le personnage de Kennedy (heu, tout le monde sauf moi, en fait!) mais j'ai trouvé absolument formidable la manière dont le deuil de Tara fut traité, et ce que ce couple racontait, épisode après épisode. Y compris dans ses limites: si elle saura profiter du volontarisme de Kennedy pour laisser derrière elle ses doutes et avancer à nouveau, nous ne verrons jamais Willow s'ouvrir réellement à elle.
Spike a toujours été vus par les autres comme un danger. Il en a été un, d'ailleurs, pour celle qu'il aime lorsqu'il a voulu le lui imposer. Il ne pourra pas, de toute manière, chercher le pardon chez les autres tant qu'il ne l'aura pas trouvé en lui-même, etc.
Le pouvoir, et ses responsabilités font nécessairement de vous un être seul face aux combat que vous aurez à mener. Et cet isolement est tout à la fois ce qui vous permettra de prendre des décisions drastiques qui vous mèneront à la victoire, que ce qui vous fera commettre l'erreur qui entraînera tout le monde avec vous dans votre chute. Entre ces deux voix, des choix à faire... seul.
Entre deux éclats de rire, la saison traitera de plusieurs autres thèmes, d'une manière souvent très intéressante qui plus est, parfois évidents pour la série (la place du leader, son fonctionnement et celui de la relation qui le lie aux autres), parfois moins (quid de la démocratie en temps de guerre?)...
Avec tous ses défauts (incontestables) il faut reconnaître que la sixième saison a apporté une pierre indispensable à l'édifice flamboyant qu'est la saison 7. Car si la succession de rebondissements soap-operesques ultra-dramatiques et traités de manière bien trop premier degré s'est avérée pénible, c'est à eux qu'on doit les personnages que nous offre la saison 7.
C'est grâce à la saison 6 que ces personnages, devenus si puissants au fil des saisons, ont retrouvé une véritable fragilité, palpable, dangereuse, qu'on ne peut oublier. Eux tous, en plein doute, peu sûrs d'eux-mêmes apparaissent à nous plus Humains que jamais et leur existence cesse de frôler constamment le Deus Ex Machina.
Et puis, aussi, tous ont maintenant acquis, quand bien même ils peuvent essayer de prétendre le contraire, ont acquis une bonne dose de maturité.
Pour sa dernière année, l'ambition des auteurs de la série d'opérer une sorte de retour sur eux, de retour aux sources, n'est pas exactement la plus originales qui soit. Dans l'ensemble, il faut tout de même noter que peu l'auront fait avec autant de subtilité. Ce retour aux origines, c'est avant tout le retour, bienvenu, à une ambiance plus légère. La série ne renonce pas au drame mais, mieux que jamais, parvient à le mêler à l'humour le plus débridé. Comment ne pas mentionner ici un Selfless qui commence par vous faire vous rouler par terre de rire, avant de vous prendre littéralement aux tripes (notamment grâce à une transition brillante entre deux séquences). Comment ne pas mentionner un Andrew, qui allège nombre d'épisode de sa simple présence, et qui se révèle un outil formidable pour que jamais ils ne se prennent réellement au sérieux (Ah! Ce discours grandiloquent de Xander qui se termine sur une larme d'Andrew!!). Les scénaristes ont eu une idée brillante en choisissant de recycler ce personnage, et de le mettre là où on ne l'attendait pas forcément.
Lorsque après une saison très riche ne comportant à mon sens qu'un seul épisode plus faible que les autres (Potential qui reste tout de même très regardable) vient le moment de conclure, en écrivant l'arc final de cinq épisodes, ou pouvait attendre (craindre?) de la série qu'elle enchaîne 5 semaines de combats, de bruit et de fureur. Elle fait exactement le contraire.
Lors de ses quatre derniers épisodes, les auteurs enfoncent le clou, et font le choix de s'attarder encore et surtout sur leurs personnages, afin de leur apporter une véritable résolution. De Anya à Buffy en passant par Willow, Xander ou Spike, ils le font d'une manière éblouissante, atteignant un rare niveau de profondeur psychologique et de réalisme (d'autant plus rare dans d'une série fantastique).
Le thème original de la série elle-même (girl powa!!) est revisité de manière roublarde et assez convaincante au travers du personnage de Caleb, bras droit du First. Il s'avère en effet être un misogyne convaincu et tout ce qu'il y a plus haïssable, et son affrontement avec les Tueuses en général et Buffy en particulier se trouve donc riche de sens.
Ce qui pourrait être un sans faute parfait n'est entaché que par ce qui s'impose tout simplement comme la pire scène de toute la saison (et de loin!) d'un nase achevé à absolument tous les niveaux, à savoir le cliffhanger de l'avant dernier épisode lors du retour d'Angel. Franchement cette fin de saison a beau être parfaitement écrite en dehors de ça, et la scène que partagent Buffy et Angel dans le dernier épisode plutôt très réussie, c'est difficilement pardonnable.
Le succès de ces résolutions, aussi, c'est de savoir ne pas en faire trop. Souvent une scène suffit. Particulièrement dans le dernier épisode, c'est parfois même une simple image, forte. Whedon livre en effet un script de haute tenue, particulièrement visuel, tel qu'on aimerait en voir un peu plus souvent, surtout à la télévision. Il n'est pas utile d'entrer trop dans les détails de ce dernier épisode. Disons simplement que je pense notamment à des images concernant Willow ou Buffy et Spike.
Pour conclure, je crois que je vais avoir du mal à cacher mon enthousiasme pour cette saison, d'autant qu'il s'est assez largement affirmé en fin de saison, alors que l'équipe créative faisait quelques choix drastiques, demandant un certain niveau d'exigence (je suis sûr que certains vont pas mal s'ennuyer). La série aura vraiment su se reposer sur ses bases, et offrir le meilleur d'elle même aussi bien dans l'humour que dans la douleur et la cruauté (on a encore tous mal pour Xander...).
Cette saison 7 n'aura pas été totalement exempte de défaut, mais elle n'en aura pas moins été brillante, et surtout une résolution parfaite pour une série inégale, mais qui savait générer l'enthousiasme.
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