Vous aviez l'habitude de diviser le monde merveilleux de la télévision américaine en noir et blanc, avec d'un côté les gentils franc-tireurs du câble et les vilains marchants du temple des grands networks ? Vous aviez encore prévu d'haïr la FOX pour l'énième greatest show ever prématurément annulé et de révérer HBO pour ses choix téméraires et éclairés ? Vous ne pensiez pas possible qu'un miracle à la façon The O.C saison 1 puisse être réitéré avec des résultats encore plus remarquables ? Wake up ! Vous avez hiberné pendant toute la saison 2004/2005, et pendant ce temps, le monde a changé un peu et la télévision que vous connaissiez n'est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre. Le bilan est dans sa globalité plus que positif mais les rares bémols à y apporter ont suffisamment d'impact pour le nuancer. Il n'importe non pas de bouder notre plaisir mais de distinguer les signes d'une évolution potentiellement inéluctable et menaçante envers un certain idéal de la télévision véhiculé notamment par le FLT. Cela dit, inutile non plus de verser dans la dramatisation à outrance, d'heureuses surprises, de bons souvenirs et de beaux moments, il y en a eu à foison !
DROLES DE DRAMES :
Contrairement au grand écran, le petit écran parvient à s'émanciper des conventions du genre avec beaucoup d'aisance et d'originalité, ne craignant pas à mélanger les tons, de varier les registres et les ambiances. Les petites nouvelles se sont distinguées par leur refus louable de ne pas se cantonner à un seul style ou un ton uniforme, capables de nous faire passer du rire aux larmes, de la jubilation à la peur, du beau au bête en un éclair.
Veronica Mars: Miss Détective
Il y a certaines choses à voir par soi-même pour y croire. L'année dernière, c'était The O.C , improbable mélange entre teen-soap et de comédie à l'anglaise. Cette année, la palme du cœur revient à cet étrange objet nommé Veronica Mars . Il en a fallu de la volonté pour outrepasser les impressions très mitigées des premiers épisodes, les références peu flatteuses et cette affreuse photo promo censée présenter la série. Car oui, il y fallait une loupe pour reconnaître le joli minois, or, qui avait remarqué sa fugace mais intense prestation dans Deadwood saison 1 pouvait aisément deviner un bel avenir pour cette belle et talentueuse inconnue et donner une chance à la série. Justice a heureusement été rendue à la belle à travers ce portrait d'une lycéenne travaillant à ses heures perdues aux côtés de son papa détective. Dit comme ça, cela n'a pourtant rien d'engageant mais nous avons pourtant ici la meilleure matière feuilletonnesque de l'année : drôle, mystérieuse, inventive et déroutante, cette saison a su évoluer avec beaucoup de subtilité et de substance. Quand d'autres séries nous mènent par le bout du nez en nous faisant poireauter en salle d'attente, VM prend le taureau par les cornes, enfonce des portes sans oublier de les refermer. Ca fait très plaisir de ne pas être pris pour des moutons dociles, et d'assister à la naissance d'un objet hybride qui ne ressemble à rien d'autre qu'à lui-même.
House: Dr Folamour
Qui l'eut cru ? Le med show , genre corseté et en soi assez morne, n'avait rien a priori pour nous offrir LA sensation de l'année. Or, le miracle House est dû à bien plus qu'à une recette efficace mais à une myriade de surprises tout plus agréables les unes que les autres. D'abord, le mauvais esprit, absolument délicieux mais complètement improbable dans un environnement aussi frileux que les grilles de la FOX , du anti-héros magistralement campé par l'immense Hugh Laurie a réussi à s'imposer, sans passer par des compromissions qu'on pensait pourtant inévitables. Ensuite, la forme du show a évolué avec beaucoup de singularité et de hardiesse, parvenant in fine à nous attacher à l'ensemble du casting en intégrant progressivement leur présence tout en discrétion et efficacité. Enfin, malgré l'automatisme du schéma originel, les scénarios sont toujours d'une efficacité redoutable et la mise en scène d'une virtuosité à vous clouer au sol, culminant avec le déjà mythique « Three Stories ». Comme quoi, l'audace et la témérité peuvent payer et même être respectées pour ce qu'elles sont et pas autre chose.
Rescue Me : L'Homme qui n'a pas d'étoile
Dès l'été, le ton fut donné : cette année sera celles des antihéros et des anticonformistes. Une série sur l'après-11 septembre de pompiers new-yorkais aurait facilement pu tomber dans le sentimentalisme et la complaisance. Seulement, avec les trublions de The Job aux commandes, on a droit à autre chose qu'un objet de propagande et c'est tant mieux. Denis Leary et Peter Tolan poussent le réalisme et la justesse dans les moindres détails : un antihéros de vocabulaire cru, caractérisation extrême des personnages, sobriété et absence d'emphase dans l'action, lyrisme discrètement puissant dans l'émotion, Rescue Me présente une vertigineuse descente aux enfers noyée dans un humour furieusement décapant et un respect absolu pour l'ambiguïté intrinsèque à son sujet.
Huff : Famille, je vous hais
C'est l'histoire d'un homme normal (Hank Azaria), de ses histoires de famille terriblement convenues et de sa vie professionnelle confondante de banalité (ou presque). C'est probablement à cette dimension très ordinaire, peut-être trop prosaïque que la série doit son relatif désintérêt. L'histoire de ce psychiatre se résume à des dilemmes et des cas de conscience dans lesquels tout le monde peut se reconnaître, surtout au niveau des défauts. En effet, la qualité du personnage du docteur Huffstodt réside essentiellement dans sa faiblesse, sa maladresse et sa naïveté, qui l'impose comme un être humain profondément vrai car imparfait. Ainsi, les personnages les plus attachants sont aussi les moins formatés et polissés, à l'image d'Izzy (Blythe Danner), marâtre d'abord insupportable car très sincère et peu complaisante, et surtout Russell (Oliver Platt), le double maléfique drogué, obsédé, qui pète, rote, chie et n'en plaît pas moins aux dames. Ici, les héros n'ont pas de cheval blanc mais une identité réelle, attestée par leurs défauts affreusement justes. Et visiblement, une telle justesse fait très peur. Seulement, tant de justesse et de vérité deviennent si rares que la Showtime n'a pas eu le courage d'annuler le show en dépit d'une audience catastrophique, et ce pour notre plus grand plaisir. Par ailleurs, la série décroche la palme de la plus guest-list la plus réussie et la plus impressionnante, malgré une concurrence féroce ( AD notamment), ainsi que le finale le plus époustouflant (là encore, ce n'était pas les candidats qui manquaient) et la saison 2 continuera visiblement sur cette lancée. Ne ratez pas le rendez-vous cette fois.
Ainsi, cette saison a fait une grande place aux antihéros et aux bad guys en tout genre. L'insolence et la crudité ont su s'imposer et nous présenter une autre facette du peuple américain, de plus en plus isolé et marginalisé, y compris au niveau de sa représentation sur les écrans. Ainsi, grâce à l'insolence et à l'aplomb de ces quelques franc-tireurs, l'Amérique continue tant bien que mal à s'ouvrir à l'extérieur et à dialoguer avec le monde à travers sa télévision, bien plus mature et intelligente à travers cette dimension que son cinéma bien plus limité dans ses possibilités.
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ABC, IT'S EASY AS ONE, TWO THREE :
Surprise donc, cette année, nouveauté et originalité n'ont pas rimé avec chaînes câblées. En effet, alors que HBO, Showtime et d'autres peinent à trouver des recettes miracles, Disney Channel (ABC si vous préférez) nous a révélé une facette assez inédite : intelligent, atypique, varié, le fond de tiroir pouvait de potentiels trésors. Quand bien même le bilan est nuancé, nous avons confirmation, après les éclairs de lucidité de la FOX ( House saison 1 et Arrested Development saison 2), que tout reste encore possible du côté des grands networks, qu'on se le dise et qu'on applaudisse, pour une fois qu'on peut.
Desperate Housewives : Femmes au bord de la crise de nerfs
Ouverture de bal en fanfare. Le subtil dosage entre comédie, thriller et drame du pilote a porté ses fruits, grosse sensation hype, Desperate Housewives avec son somptueux quatuor d'actrices, son regard pittoresque et attachant sur la « suburban way of life », son humour doux-amer et ses jolis points d'interrogation, avait donc tout pour plaire… il ne manquait plus qu'un sens de l'exécution après la jolie trouvaille conceptuelle. En effet, en dépit de la qualité de l'ensemble de la saison, un je-ne-sais-quoi de parfum d'arnaque se fait sentir au niveau des intrigues toujours sympathiques sur la forme mais très planplan et assez inconsistantes sur le fond. Cela dit, le niveau est largement élevé et le talent de Marc Cherry suffisamment attesté pour évoluer conséquemment en saison 2. Tout est possible et heureusement, car tout reste à faire finalement.
Lost : L'île nue
Même phénomène, même symptômes. Le pilote de Lost est probablement l'entrée en matière la plus excitante depuis… jamais peut-être ! Les premiers épisodes, notamment le quatrième, ont été riches de promesses, mais probablement trop d'ailleurs. Sur la durée, la série s'essouffle et peine à faire des choix et à concrètement aller de l'avant, se révélant en fait assez virtuose mais bien trop frileuse. Du coup, nous avons affaire au verre à moitié vide et à moitié, beaucoup de remplissage et pas de mal de potentiel gâché amenuisent quelque peu l'enthousiasme des débuts. Mais bon, là encore, suffisamment de potentiel pour changer la donne en saison 2, et franchement, ça n'a pas l'air si dur que ça si tout le monde s'y met. Merci donc quand même à JJA, à qui on pardonne du coup sa relative désaffection (aussi bien sur Alias que sur Lost )
Boston Legal : L'idéaliste
On y a jamais vraiment cru. Juste histoire de retrouver James Spader et ses mauvaises manières, on s'est penché sur la nouvelle série de David E. Kelley sans trop d'attentes. Grand bien nous a pris ! Le ton irrévérencieux et polémique timidement introduit connait un développement conséquent jusqu'aux 2 derniers épisodes absolument délicieux par leur étonnante et vivifiante indécence, et les remaniements de casting, notamment à travers l'arrivée de la sublime Candice Bergen, ont fait un bien fou à un cast qui manquait finalement assez cruellement de cohérence. Ne reste plus qu'à trouver un moyen de se débarrasser (ou au moins d'en minimiser l'importance) du boulet William Shatner et on serait tout près de l'excellent. La saison 2 est donc avec surprise attendue avec impatience et pour notre plus grand plaisir.
Ainsi, ABC nous donne espoir en la marge de manœuvre des grands networks, la prise de risques ayant éminemment payé, on est en droit d'espérer que les autres suivront leur exemple et nous offrent de jolies surprises pour la saison à venir. On ne rêve pas trop non plus – ce n'était probablement qu'un coup de chance, mais bon, ca fait du bien de récupérer un peu de naïveté, sérieusement mise à mal cette saison par rapport à d'autres facteurs.
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CA IRA MIEUX DEMAIN (?) :
Medium : Ma femme est une sorcière
Glenn Gordon Caron est de retour ! Cette nouvelle a créé beaucoup d'excitation au sein du FLT, encore tout impressionné par les souvenirs de Clair de Lune et d' Un Agent très secret . Pour d'autres, ce fut l'occasion d'un rendez-vous régulier avec la craquante Patricia Arquette qui a motivé l'intérêt. Seulement, au final, pas tant d'émulation que ça. Il faut dire que nous avons affaire là à une pure série «domestique», tant au niveau du contenu thématique que de la structure en loner (terme fashion de l'année) du cadre narratif. Medium n'apparaît pas comme une série ambitieuse cherchant à provoquer l'addiction de son spectateur, mais plutôt comme une série distrayante que l'on peut choisir de suivre ou de visiter de temps en temps sans courir le risque d'être perdu par la trame. A ce niveau, c'est gagné, mais c'est un peu décevant car bien au-dessus du potentiel. Tout reste à faire pour la saison, et les beaux yeux d'Allison Dubois ne seront plus aussi déterminats, alors espérons que le niveau remonte.
Battlestar Galactica, The 4400 : La guerre des mondes
Vous avez toujours eu peur d'atteindre ce sommet de la geekitude ultime en devenant sinon un trekkie du moins un spectateur des avatars de Star Trek ? Pas plus attiré que ça par son ersatz contemporain Stargate ? Vous en concevez la science-fiction que sur grand écran de préférence réalisée ou produite par Spielberg ?
Préparez à revoir vos clichés et foncez tête baissée dans Battlestar Galactica et The 4400 . Ces deux séries ont eu la très bonne idée de jouer sur une image familière de la science-fiction, se jouant avec habileté des limites du format, elles nous offrent avant tout de singulières aventures humaines, manipulant avec dextérité les faux-semblants, et les jeux sur les apparences. La série de Ronald D. Moore en particulier, qui a notamment travaillé sur certains des meilleurs épisodes de Carnivàle, est impressionnante par sa maîtrise visuelle et sa gestion équilibrée des multiples niveaux de narration et mérite l'attention de tout néophyte même rétif au genre SF. On comprend mieux pourquoi l'été est finalement devenu une période faste.
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MAUVAISES FREQUENTATIONS :
Grey's Anatomy: La fille qui en savait trop
Ce n'est pas parce qu'on a aimé un jour Ally McBeal qu'on est prêt à aimer toutes les Ally McBeal du monde, à l'instar d'une Bridget Jones, les ersatz provoquent facilement l'indigestion. Grey's Anatomy a à première vue a tout d'une série sympathique : une ambiance légère et décontractée, des acteurs aussi attachants que Sandra Oh, Patrick Dempsey, elle parvient même à rendre Katherine Heigl attachante. Qu'est-ce qui cloche alors ? Le propos d'abord. Pour une entrée en matière, cette introduction à l'univers de la médecine est bien trop sage, trop édulcoré tout tourne autour des sentiments des personnages, l'hôpital n'est qu'un décorum interchangeable avec n'importe quel autre milieu et la médecine un prétexte scénaristique. Enfin, et surtout, son interprète principale est affreusement antipathique. La bien-nommée Ellen Pompeo pompe l'air avec sa psychologie d'adolescente capricieuse et prétentieuse, son caractère inconsistant et incohérent et ses airs de sainte nitouche sont absolument incongrus voire franchement déplacés. « Yang's anatomy » ou « Stevens's anatomy » seraient bien passés, mais non. Il faudra donc faire avec…ou pas. Du coup, quand bien même toute la saison n'a pas été diffusée, il a fallu beaucoup de volonté empreint d'un désintérêt relatif inébranlable pour finir cette saison de pourtant seulement 9 épisodes. Pas très motivé pour une saison 2.
Joey : Nous nous sommes tant aimés
Friends, c'est pas si loin et pourtant Joey semble déjà avoir dix ans de retard, croyant encore que 4 murs et des rires enregistrés suffisent à constituer un show digne de ce nom. Ici, tout arrive avec de gros sabots et où l'on devine les développements à des kilomètres des débuts, milieu et fin de saison. Personne ne s'attendait à un miracle non, mais personne n'a envie non plus masquer sa déception, Joey devient ainsi la série que tout le monde aime détester, même si ce n'était pas voulu au départ. Un bouche-trous idéal à caser plus tard après le 6 minutes d'M6, le plateau télé pouvant faire digérer le goût rance de l'objet.
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NI POUR, NI CONTRE (BIEN AU CONTRAIRE) :
Dans les séries déjà installées, il y a du bon, du mauvais et du neutre. C'est la règle du jeu, et certaines en souffrent plus que d'autres. Vu qu'on a toujours tendance à se fasciner pour les petites nouvelles du bal des prétendantes, les anciennes ont souvent fort à faire pour se démarquer, et y parviennent avec des réussites diverses.
Alias : Escrocs mais pas trop
Rescue me saison 2 : le capitaine JJ Abrams nous avait semblé quitter le navire Alias durant la saison 3, laissant d'incapables moussaillons aux commandes. On l'a ainsi réclamé à corps et à cris pour la saison 4, mais entre-temps, JJ avait trouvé un nouveau joujou et après une apparition fantôme au season premiere, il avait semble-t-il encore une fois relayé à d'interchangeables tâcherons le soin de redorer le blason d'une série qui fut il ya longtemps maintenant promise au rang de culte et peinant depuis à l'atteindre. ABC, obnubilé par ses nouvelles stars, a donc décidé qu'il fallait ménager l'attention de ses spectateurs en édulcorant la nature trop alambiquée des aventures de la super-espionne. Or, JJ nous a montré qu'il reste toujours un homme de confiance et de talent, en réussissant l'exploit de toutélier ces riens du tout avec une « phase two » condensée en fin de saison en très peu d'épisodes, transformant l'essai avec surprise et ressuscitant miraculeusement le jouet. Qu'importe alors si le finale ne remplit pas toutes les espérances, grâce à ce cap repris de justesse, nous sommes de nouveau prêts à avaler et n'importe quoi (ou presque) pour les beaux yeux de Jennifer Garner. Mais attention, c'était moins une !
The O.C : Orange mécanique
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Quand bien même la majorité des FLTiens vous diront le contraire, The O.C n'a pas trop changé. Humour délicat, bande-son du tonnerre, développements narratifs subtilement incongrus. Le problème est autre part au niveau du « degré », le délicieux côté « décalé » de la saison 1 n'était probablement qu'un fantasme d'amateur honteux de vrais soaps refusant d'assumer son plaisir comme « coupable ». Evidemment, The O.C brasse tous les clichés du genre, cassant au passage certains mythes (la coolitude innée des couples Summer-Seth et Sandy-Kirsten, ou encore la nullité insécable de Mischa/Marissa) et remettant les choses dans l'ordre. The O.C , c'est juste un soap pur et dur, et dans son genre, ça reste plus que bien. Assistera-t-on à un tel phénomène avec la saison 2 de Veronica Mars ? Rien que pour ça, en tant que cas d'école, la saison 3 devrait donc susciter un intérêt minimal.
Deadwood : Le Monde ne suffit pas
C'est probablement une des séries les plus intelligentes et les plus accomplies sur le plan esthétique tant que narratif. Progressant à un rythme lancinant et imperturbable, portés par des personnages gagnant en profondeur et en nuance et des acteurs impressionnants, le miracle ne prend pourtant pas. Probablement trop riche en informations et en implications, cette saison s'est suivie avec une ferveur polie et respectueuse plus qu'avec une attention passionnée et exaltée. Cela n'empêche pas cette saison d'être intéressante, mais attention au syndrome institution à récompenses qui la guette et la menace de conformisme. M'enfin, vu que les deux plus beaux méchants de la terre, Ian McShane et Powers Boothe, s'imposent définitivement comme les piliers de la série, on ne va pas bouder notre plaisir d'être au rendez-vous de la saison 3.
E.R : Circulez, y'a rien à voir
Depuis un nombre indéfini de saisons, E.R, c'est l'auberge espagnole. Il y en a pour tous les goûts, de l'action, du gore gentillet, et surtout des bons sentiments et des histoires de cœur à la pelle. Ce qui fait qu'on n'attend plus grand-chose mais qu'on y revient toujours avec un certain plaisir. Le problème reste toujours le caractère hypertrophié du casting résident qui empêche une gestion équilibrée des coups de projecteurs. Pas étonnant de voir Luka et Sam, Pratt et Abby détestés par une partie de téléspectateurs lorsque leur temps d'occupation d'écran s'accorde avec des storylines souvent confondantes de banalité et d'inconsistance, pendant que d'autres ont droit à moins que le minimum, quand bien même ils ont gagné leur place depuis longtemps (l'absence relative de Susan et Kerry par exemple). Mais ça m'étonnera toujours de voir des attentes placées dans ER, qui peut légitimement passer pour la série par excellence creuse mais jolie à regarder.
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LES INDESTRUCTIBLES :
Gilmore Girls : De battre mon cœur s'est arrêté
Chapeau bas ! Cette année a vu la célébration du 100 e épisode de Gilmore Girls, preuve incarnée qu'avec un propos mince comme du papier à cigarettes, on peut aller très loin et aller très loin dans la créativité et savoir jouer de son talent. En l'occurrence, la saison 5 de GG a vraiment étonné, voir désarçonné par ses multiples prises de risques. D'ailleurs, pour certains, elle est allée trop loin, allant jusqu'à complètement dénaturer certains personnages. L'émotion mêlée au rire a rarement donné des résultats aussi accomplis et surprenants. Qui peut aujourd'hui se targuer d'inspirer des réactions aussi spontanées et passionnées pour l' «idée» qu'on se fait d'un personnage (Rory en l'occurrence) ? Les Palladino ont réussi leur retour en grâce, leur complémentarité est plus que jamais confirmée, reste à comprendre comment les institutions restent toujours aussi poliment insensibles à tant de subtilité et d'intelligence. Lauren Graham reste toujours mais plus encore la plus belle femme du monde, elle mérite un Oscar spécial au moins.
Arrested Development : Contes de la folie ordinaire
Difficile de parler d'un tel OVNI, qui empêche toute lucidité critique tant les superlatifs et louanges ont été galvaudés jusqu'à l'épuisement et justifiés. Excès de plaisir et de drôlerie, excès d'intelligence et de subtilité des ramifications narratives et des références à la première saison, excès des guest-stars les plus prestigieuses et les plus jouissives qui soient. On s'étonne encore qu'un objet aussi magnifiquement improbable ait droit à une saison 3. Les miracles existent aussi.
Scrubs : Haut les cœurs !
Tomber amoureux de Scrubs sur Paris Première ou TPS Star n'est pas une mince affaire, puisque ca implique des rendez-vous avec le petit écran à des horaires difficiles à respecter, du moins sur la durée. Alors on abandonne. Puis on tend l'oreille et on bave sur la somptueuse guest-list, les commentaires dithyrambiques et on réalise après avoir vu Garden State combien la petite troupe nous manque. Alors tant pis, on se jette directement sur la saison 4, on tombe amoureux de Heather Graham, retombe amoureux de Sarah Chalke et des autres. Preuve en est qu'on a bien fait de rattraper le coche, My Life in four cameras, petite perle méta-sérielle qui confirme si besoin est à quel point la puissance zygomatique du programme est proportionnelle à sa perspicacité et à son efficacité.
Nip/Tuck : Faux-semblants
Tranché dans le vif ! La saison de 2 de Nip/Tuck a complètement transformé l'essai de la précédente au-delà des espérances. Encore plus virulente par rapport à sa critique des standards de la représentation, encore plus débridée et ludique dans sa manipulation sur les codes du régime feuilletonesque, encore plus splendide et virtuose sur le plan de la mise en scène, Ryan Murphy a tout osé, n'hésitant jamais à repousser les limites, encore moins celles du bon goût. Elle réussit notamment à enrichir sa galerie de personnages délicieusement pittoresques sans qu'aucun n'en pâtisse, au contraire. Le sublime est si proche d'être atteint qu'on redoute plus qu'autre chose une saison 3, chiffre qui a été trop souvent synonyme de déceptions. Ainsi, nous attendons la suite avec peur et désir, avec une irrésistible envie d'être encore une fois totalement désarçonné par l'univers impitoyable de la chirurgie esthétique.
Six Feet Under: La vie ne me fait pas peur
On le sait, il ne se passe jamais rien dans Six Feet Under , un peu comme il ne se passe jamais rien dans Gilmore Girls . Les personnages sont à seuls le sujet, l'objet, le point d'orgue et d'origine de l'histoire et la mise en scène. La folie douce qui les guette continue à nous paraître si étrangement familière. Totalement indépendante, elle poursuit son analyse des petits détail si réels de la nature humaine à son rythme singulier et demeure imperméable à tout ce qui pourrait bouleverser sa routine de grande petite histoire. Et l'émotion en crescendo finit par totalement nous submerger au fur et à mesure que se développe cette saison 4 dont l'exutoire final nous offre un apaisement suspect qui semble promettre que plus dure sera la chute avec la dernière saison. Quand notre cœur fait « boom », ça risque de laisser des traces, et 6FU est d'ores déjà promis à une postérité bien méritée
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LA MORT NE VOUS VA PAS SI BIEN :
Parce que la réalité finit toujours pas vous rattraper, je vous ai gardé le pire pour la fin. Attention à ceux qui idéalisaient un peu trop la télévision, vous allez tomber de haut, si ce n'est déjà fait.
Firefly : Galaxy Quest
Serenity arrivant sur grand écran cet automne, il fallait bien se mettre à la page et passer par les phases de découverte, de jubilation et enfin d'intense frustration qui ont suscité tant de réactions enflammées au sein du FLT. Et en effet, l'aventure a le goût amer d'un grand gâchis. Son rythme atypique et sa noirceur assez inhabituelle avaient de contenter de quoi satisfaire notre admiration, mais de toute évidence, sa beauté marginale s'accordait mal aux exigences d'une chaîne qui venait d'être adoubée par la critique et le public pour le show à satisfaction immédiate et jetable qu'est 24 , alors que ce space-opera mâtiné de western proposait proposait une alternative différente mais bien trop rétive à ces codes de prêt-à-consommer. On devra ainsi se contenter de poursuivre l'aventure à travers notre seule imagination, et on a de quoi faire pour un moment. Le goût n'en est que plus amer.
Dead Like Me : L'ange des maudits
Pas de surprise, bonne surprise : la saison 2 est aussi bonne sinon mieux que la première. L'humour doux-amer et étrangement décalé est toujours au rendez-vous, ainsi que les bons mots et le mauvais esprit délicieux de George aussi, et surtout, les autres personnages, en premier lieu Mason et Daisy mais aussi Joy et Reggie, se sont considérablement étoffés et développés, suscitant encore plus d'empathie pour la petite troupe de reapers. Malheureusement, sa tranquille singularité l'a rattrapée : Dead Like Me rejoint le panthéon des fleurs sur le tas de purin payant le prix de leur indépendance.
Carnivàle : Atomik Circus
Pas de surprise, bonne surprise : la saison 2 est aussi bonne et carrément bien meilleure que la première saison, qui rétrospectivement apparaît surtout comme une mise en place. Visuellement toujours aussi splendide, elle a surtout impressionné par son audace et sa puissance narratives. Par ailleurs, elle s'est illustrée par une science profonde de la mythologie (sur laquelle d'autres feraient bien d'en prendre de la graine, suivez mon regard) qui a profondément marqué ses spectateurs devenus pour la plupart des apôtres. Les pauvres. Aveuglés par la beauté obscure et unique de ce joyau, ils n'ont pas fait remarqué que cet excès de noirceur n'était pas forcément au goût de tout le monde, et qu'elle finirait elle aussi par payer de son indépendance. Coïtus interruptus le plus cruel de toute la décennie, même la perte de Touching Evil ou de Wonderfalls n'a pas été aussi dure, et pour cause, on lui a (trop ?) donné, et on lui a repris. Intoléable cruauté.
Pas de nouvelles, très mauvaises nouvelles : on sait que ces shows ne reviendront pas. Ces arrêts nous obligent à remettre en question notre vision manichéenne de la télévision américaine, montrant que la position marginale des chaînes câblées ne les protégeaient pas forcément des aléas des conditions économiques et industrielles. Même la série la plus belle du monde, si elle ne répond pas un minimum aux exigences du marché, n'est pas forcément protégée par qu'elle se trouve sur le câble. Inversement, les grands networks sont capables de prendre des risques et d'aller à l'encontre de leurs attentes préliminaires pour se risquer à d'étonnantes découvertes. En l'occurrence, un House ou un Arrested Development ne remplaceront pas un Wonderfalls ou un Firefly mais compensent largement. Les conditions sont finalement identiques et partout pareils, aussi bien sur HBO que sur la FOX ou ABC, on ne fait pas d'omelettes sans casser les œufs et on ne peut pas tenter de nouvelles aventures sans en concéder d'autres. On a perdu Carnivàle , certes, mais désormais, on peut faire confiance à tout le monde pour compenser, et pas juste chez les indépendants. C'est quand même LA bonne nouvelle de l'année, espérons que la saison 2005/2006 continue sur cette lancée.
P.S : Vous remarquerez que je n'ai pas mentionné 24 parce que j'ai honte un peu. Honte de ne pas avoir assumé mon pressentiment pourtant présent dès la saison 3 que ce show n'était que du pur et dur « n'importe quoi bonsoir ». Honte d'avoir émis une once d'espoir, et ce régulièrement, selon laquelle la saison 4 serait vraiment celle du « renouveau ». Puis un jour, j'ai ri : un des méchants de la saison était interprété par le même acteur qu'un des méchants de la saison 2, et comme il est arabe, ils pensaient qu'on y verrait du feu. Et là, c'est la révélation : c'est vraiment n'importe quoi, et n'importe qui peut désormais le prouver par A+B. J'ai donc continué la saison car je pouvais rire la conscience tranquille, et j'ai été servi, il y avait de quoi faire. J'ai moins ri quand j'ai réalisé que la série avait encore un gros noyau de vrais fans et surtout que la série rencontrait toujours un énorme succès critique et public. En plus, ca aurait complètement noirci le tableau d'une saison que j'ai voulu appréhender dans l'ensemble avec enthousiasme, en dépit de tout. La FOX ne finira décidément pas de nous étonner, pour le meilleur et pour le pire….
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