M i l l e n n i u M Saison 3 virtuelle Française ÉPISODE 3sv01 : PNEUMA - première partie Écrit par Sullivan LePostec & Amrith sullivanlp@ifrance.com & amrith@wanadoo.fr TEASER SÉQUENCE 1. Apparaît sur l'écran une image neigeuse identique à celle de la fin de "The Time is Now". Le Bruit blanc associé se fait entendre. Après quelques secondes, ce néant commence à connaître des perturbations. On distingue petit à petit une image de télévision - un studio de journal télévisé, sobre et sérieux. La neige finit par disparaître totalement. Une présentatrice, ELISABETH THOMPSON, commence alors à parler. La date s’affiche en haut à gauche de l’écran : 21 mai 1998. THOMPSON Madame, monsieur, bonjour. Au nom de toutes les équipes de la chaîne WMKY, je suis très heureuse de vous annoncer que nous sommes à nouveau capable d'émettre. Nos émetteurs avaient été détruits avant hier lors d'une émeute dans le centre de Seattle. THOMPSON disparaît de l'écran pour laisser place à quelques images du centre ville de Seattle mis à feu et à sang. A l'approche d'une probable fin du monde, la violence humaine s'est déchaînée... THOMPSON (continuant) Après ces explications sommaires, venons-en au véritable sujet de notre bulletin. Une vignette comportant une photo du Chef d'État-major WILLIAM STANPOINT apparaît dans un coin de l'écran THOMPSON (continuant) D'après les informations communiquées par le Chef d'État-major William Stanpoint, l'épidémie semble se résorber. Aucune victime n'aurait été à déplorer aux États-Unis ces dernières 6 heures. Nous n'avons pas d'explication sur l'origine de ce retrait de la maladie, et toutes les autorités ont refusé de commenter dans l'immédiat. En revanche, des informations viennent de nous parvenir du CDC [Centre of Disease Control] qui nous permettent de mettre un nom sur cette maladie : Marburg. La vignette où figure Stanpoint disparaît pour laisser place à une autre avec une représentation schématique du virus de Marburg. THOMPSON (continuant) Quelques mots du terrible bilan provisoire : Il est presque impossible à formuler à l'heure actuelle. L'Afrique semble avoir été le continent le moins touché, mais les morts s'y comptent tout de même en centaines de milliers. Europe et Asie ont été tragiquement frappés, mais le pire a été atteint sur le continent Américain, qui semble avoir été le point de départ de l'épidémie fulgurante. Alors que Thompson continue de parler, des images d'une Chapelle ardente improvisée dans un gymnase. Des centaines de corps dissimulés sous des bâches noires. THOMPSON (continuant) Plusieurs millions de morts sont à craindre, nous n'aurons des chiffres plus précis que dans quelques jours, lorsque les corps de ceux qui se sont réfugiés dans des lieux isolés auront été découverts. Par un fondu enchaîné, nous passons à : SÉQUENCE 2 - FORET AUX ENVIRONS DE SEATTLE - EXT. JOUR Quelques plans de la forêts, dans un silence total - pas de musique, pas de bruits habituels de la vie dans la forêt. Puis, un plan de l'extérieur de la cabane où se sont réfugiés les Black. La porte est ouverte. SÉQUENCE 3 - LA CABANE - INT. JOUR A l'intérieur, FRANK BLACK est assis près d'emballages éventrés dans lequel on distingue des réserves de nourriture. Il a la tête baissée, plongée dans ses mains. Ses cheveux sont toujours profondément blancs. Devant lui se trouve une boite de conserve à peine entamée. Le regard de Frank n'est pas vide, comme à la fin de l'épisode précédent. Il exprime un désespoir profond. Frank est à nouveau conscient. Il est revenu à la réalité. Mais il voudrait ne pas l'être. JORDAN BLACK regarde son père, inquiète. Il n'a pratiquement rien avalé depuis que Catherine a disparu de la cabane, deux jours plus tôt. Elle a beau n'être qu'une petite fille, elle sait qu'il doit manger. Elle sait qu'il doit vivre, malgré tout. Elle s'approche de lui. JORDAN Papa... Il faut que tu manges. Frank lui répond faiblement, c'est presque un murmure. Il n'y a aucune émotion dans sa voix. FRANK Ca va, Jordan. Je n'ai pas faim. Tu peux aller jouer. JORDAN Y'a plus que nous, hein ? Seuls au monde. Frank ne veut pas discuter, ne veux pas être dérangé. Frank veux être seul au monde. Il réitère sèchement : FRANK Tu peux aller jouer. Jordan est sur le point d'ajouter quelque chose, mais se reprend. Comme si elle renonçait à l'idée de changer quelque chose à l'attitude de son père dans l'immédiat. Elle sort de la cabane. SÉQUENCE 4 - LA FORET - EXT. JOUR Dehors, elle s'engage dans la forêt. Elle se promène au milieu des arbres. Des visions l'assaillent soudain. VISIONS DE JORDAN : Les images de "The Time is Now" : - La Jungle - Le singe qui crie - Et puis la cabane - Elle se revoit dans les bras d'un Frank inerte dont elle touche les cheveux. Jordan, qui pleure maintenant, court dans la forêt, se frayant un chemin parmi les arbres. Un arbuste lui coupe le visage. Elle passe sa main sur sa joue. Quelques gouttes de sang sont présentes sur ses doigts. VISIONS DE JORDAN : - La jungle au ciel rouge - La tache de sang sur l'oreiller de Catherine - Catherine regarde sa main et les traces de sang après qu'elle se soit touché le cou - Catherine regarde derrière elle une dernière fois avant de s'enfoncer dans la forêt. Après avoir contourné un gros tronc, Jordan se fige sur place. Elle est tellement ravagée que son visage n'arrive plus à exprimer ses émotions. Seul un souffle de vent qui agite une mèche de ses cheveux la distingue d'une statue de pierre. Nous nous approchons lentement de ce visage. Les yeux de Jordan sont rouges et humides. Mais aucune larme ne parvient à couler. CONTRE-CHAMP : Le corps de CATHERINE BLACK repose, appuyé contre un arbre. Son visage et ses vêtements sont maculés de sang. Les insectes ont commencé à digérer son corps... M i l l e n n i u M GARDER ESPOIR CROIRE AU FUTUR L'HEURE EST PROCHE ? "L'issue est imminente : toute la terre va périr, un déluge va arriver sur toute la terre et détruire tout ce qu'elle porte." LIVRE D’ENOCH ACTE 1 SÉQUENCE 5 - LA CABANE - INT. JOUR Un plan de la cabane vue du ciel, perdue au cœur de la forêt. Une musique commence. On n'entendra qu'elle durant la scène. Jordan rentre précipitamment. Cette fois, elle pleure toutes les larmes de son corps, apeurée. Elle s'arrête un instant, non loin de la porte. Elle regarde son père. La boite de conserve qu'il avait à la main lorsqu'elle est partie n'y est plus. Jordan la remarque, de l'autre coté de la pièce. Frank l'a jetée. Son contenu s'est en partie déversé sur le sol. Jordan a comme un moment d'hésitation. Elle essaie de contrôler ses pleurs, mais n'y parvient pas. Finalement, elle court vers son père, et se jette dans ses bras. Frank s'agite un peu, essaie d'atténuer la pression. Le seul résultat est que Jordan s'accroche encore plus fort à lui. Sa tête repose sur sa poitrine, ses bras l'enserrent. Frank la regarde un instant. Puis un autre, plus long. Il baisse la tête, et la met entre ses mains le temps de quelques secondes. Puis il place ses bras autour de sa fille, et la serre contre lui. Il passe doucement la main dans les cheveux de sa fille. Dans son regard, quelque chose s'est allumé. Il est redevenu un père. SÉQUENCE 6 - POSTE DE POLICE - INT. JOUR L'endroit est en effervescence. Des policiers traversent le champ dans tous les sens, parfois poussant devant eux un voyou menotté, qui a probablement été arrêté après les émeutes. GIEBELHOUSE est assis derrière son bureau. Il est enfoncé au maximum dans son fauteuil, la tête en arrière. Il profite autant qu'il peut de l'instant de répit que le ciel a eu la grâce de lui accorder. Ses yeux sont fermés. Un de ses hommes s'approche de lui. OFFICIER (se demandant s'il dort) Monsieur ? Giebelhouse répond d'une façon lasse, sans ouvrir les yeux : GIEBELHOUSE Quoi ? Encore un problème ? OFFICIER Non... La situation est en train de revenir à la normale. Nous avons repris le contrôle de la ville. Les émeutes se sont calmées avec la fin de l'épidémie. Le téléphone portable de Giebelhouse sonne. Il décroche. VOIX Inspecteur Giebelhouse ? L'homme s'exprime avec un accent Français. GIEBELHOUSE Qui êtes-vous ? Nous découvrons ROMÉO LUTHER. Il est assez jeune (fin de vingtaine). Mais son visage est sérieux et assez dur. Il est mal rasé, ses cheveux sont ébouriffés. Il est vêtu de noir : un treillis et un pull. Il ouvre la portière de sa voiture, garée à l'extérieur, et s'installe au volant, le téléphone portable à la main. ROMÉO Je m'appelle Roméo Luther, et... GIEBELHOUSE On se connaît ? ROMÉO Non, je... GIEBELHOUSE Comment avez-vous eu ce numéro de téléphone ? ROMÉO Grâce au Groupe Millennium. Je suis membre. Giebelhouse a tout à coup une bouffée d'espoir : GIEBELHOUSE Est-ce que vous pouvez me dire où se trouve Frank Black ? ROMÉO (déçu) Non. Je le cherche. J'espérais que... GIEBELHOUSE Désolé. Il raccroche. Dans sa voiture, Roméo met un instant à réaliser que l'inspecteur lui a raccroché au nez. Puis il repose son téléphone, démarre son véhicule et s'en va. La caméra s'élève pour suivre sa voiture qui s'éloigne, puis pivote légèrement, pour révéler les lieux. Il était garé juste devant la maison jaune de Frank. RETOUR AU POSTE DE POLICE : Après avoir raccroché le téléphone, Giebelhouse pousse un soupir. Il reste inerte un instant, puis semble se souvenir de l'officier qui attend devant son bureau. GIEBELHOUSE Excusez-moi. Qu'est-ce que vous vouliez ? OFFICIER Vous aviez demandé que nous fassions quelques recherches sur Frank Black. Je viens juste d'apprendre qu'il a hérité d'une maison secondaire de son père mort il y a quelques jours. Giebelhouse regarde son officier. Et ses yeux disent : "et ils n'ont pas été fichus de découvrir ça plus tôt ?" SÉQUENCE 7 - LA CABANE - INT. JOUR Jordan est assise sur les genoux de Frank qui la serre dans ses bras. Ils ont commencé à discuter... FRANK Tu verras, ma chérie. Tout va bien se passer maintenant. JORDAN On va rentrer à la maison, papa ? FRANK Bientôt. JORDAN Pourquoi pas maintenant ? Frank hésite... FRANK Il y a... beaucoup de problèmes. Je veux être sûr que tout est réglé. Il faut un peu de temps. JORDAN Quels problèmes ? Frank ne répond pas. JORDAN Les mêmes que maman ? Frank s'interroge. Qu'est-ce que Jordan a vraiment compris ? Que doit-il lui dire ? Comment ? FRANK Les mêmes, oui. Et d'autres. JORDAN Dieu n'a pas seulement rappelé maman et mon perroquet, hein ? FRANK Je crois, oui... JORDAN Tout le monde ? FRANK Non, non, il reste d'autres gens, j'en suis sûr. J'en suis sûr. Est-ce qu'il essaie de se convaincre lui-même ? Est-ce qu'il pense à la perspective que ses seuls interlocuteurs soient des membres de Millennium ? Jordan fait oui de la tête. Ils restent silencieux un instant. JORDAN Maman me manque. FRANK (un sanglot dans la voix, qu'il essaye de maîtriser) Elle me manque aussi, ma chérie. Beaucoup. Mais tu es là, et moi je suis là pour toi. Nous devrons être forts tous les deux. Nous devrons nous soutenir, tu comprends ? Jordan se sert encore un peu plus contre Frank. FRANK Et ensemble nous nous souviendrons de ta maman, pour qu'elle soit vivante pour toujours. Nous devons garder espoir, Jordan, et croire au futur. JORDAN Je t'aime, papa. FRANK Moi aussi je t'aime. Et il lui pose un baiser sur le front. Soudain, on entend le bruit de moteurs. Frank lève la tête, inquiet. Il soulève Jordan et l'assied à coté de lui. FRANK Reste là. Ne bouge pas, tu m'entends ? Elle fait oui de la tête, mais son visage exprime son inquiétude devant celle de son père. Frank se lève et va chercher son revolver. Il se dirige vers la porte, et jette un œil dehors. Il aperçoit des Jeeps qui approchent, et sur lesquelles se trouvent des hommes vêtus de combinaisons anti contamination. Il est rassuré, mais ne relâche pas son attention pour autant. Les Jeeps continuent de s'approcher. Frank peut détailler les occupants. Parmi eux, il reconnaît Giebelhouse. Frank va ranger son arme. SÉQUENCE 8 - UN BUREAU - INT. JOUR Le soleil qui passe par une large fenêtre inonde le bureau de lumière. C'est une pièce luxueuse décorée avec goût. Les meubles et objets sont anciens, raffinés. Sur un mur, à coté du bureau, se trouve un tableau. La peinture d'un ange. La caméra se fixe sur un PREMIER HOMME, de dos. Il contemple le paysage, par la fenêtre. HOMME (OFF) L'opération a été un succès, monsieur. L'HOMME qui a parlé est debout, à l'entrée de la pièce. Il a à peine fait deux pas après avoir passé la porte. Il est relativement jeune, environ une trentaine d'années. Visiblement, il n'est pas très à l'aise. HOMME Nous avons pu procéder à 323 récupérations sur le territoire Américain. Mais nous devons encore en réaliser une d'importance. Le PREMIER HOMME se retourne vivement. On le distingue mal, noyé dans la lumière, à contre-jour. PREMIER HOMME A quoi bon qualifier l'opération de succès, si elle n'est même pas achevée ? HOMME Heu... Parce que... parce que je ne doute pas que tout se passe pour le mieux, monsieur. PREMIER HOMME (la voix méfiante) Et bien...je l’espère pour tout le monde. HOMME Le seul obstacle ça a été le... PREMIER HOMME Mais l'épidémie a pris fin... HOMME Oui... Le 'contact' n'a pas pu empêcher plus longtemps le Groupe de livrer le remède aux autorités. Il a été diffusé secrètement. PREMIER HOMME Ce n'est pas grave. Ce n'était pas la dernière occasion. Il y en aura beaucoup d'autres. SÉQUENCE 9 - UN HÔPITAL - INT. JOUR Giebelhouse marche dans un couloir, regardant à droite ou à gauche, cherchant une chambre. Il la trouve finalement. A l'intérieur, Frank est assis sur son lit, visiblement pas du tout disposé à se reposer. Le transfert à l'hôpital et la réalisation que le monde ne s'était pas arrêté pendant ces deux jours ont achevé de le remettre sur pieds. GIEBELHOUSE Ca va Frank ? FRANK Ca va très bien... GIEBELHOUSE Tu sais que tu m’as fichu une sacrée trouille ! FRANK Dis-moi Giebelhouse, ils vont me garder ici longtemps ? GIEBELHOUSE Je ne sais pas. Ils doivent juste s'assurer que tu n'es pas malade. Ca se comprend, non ? L'épidémie est en train de se calmer, ils ne veulent pas risquer de la relancer. FRANK Comment l'épidémie s'est elle arrêtée ? GIEBELHOUSE Personne ne le sait, Frank. Marburg a simplement l'air de disparaître comme il est apparu. Les scientifiques pensent que l'épidémie avait atteint sa dispersion maximale. En clair ils n'en savent fichtre rien alors ils causent pour rassurer les gens. Frank fait une pause un instant. Son visage prend une expression plus grave. FRANK Vous avez retrouvé Catherine ? GIEBELHOUSE Oui. Jordan nous a indiqué la direction. Elle n'était pas loin de la cabane. FRANK (consterné) Jordan l'a vue ?! GIEBELHOUSE Oui. Excuse-moi, je pensais que tu savais. FRANK Elle ne m'a rien dit. GIEBELHOUSE Elle est avec un psychologue en ce moment. Ne t'inquiète pas pour elle. Frank lui envoie un regard dur - bien sûr qu'il s'inquiète pour elle. FRANK Je veux sortir d'ici. GIEBELHOUSE Je te l'ai dit il faut que tu attendes un peu. On ne peut pas prendre de risques. Frank répond avec énervement et désespoir - tout cela ne fait que raviver de douloureux souvenirs. FRANK Je peux t'assurer que je n'ai absolument aucune chance d'être malade, Giebelhouse. Aucune chance. GIEBELHOUSE Qu'est-ce que tu veux dire ? FRANK (de plus en plus rageur) J'ai été vacciné ! Vacciné tu m'entends ?! Giebelhouse a un mouvement de recul, comme s'il n'en croyait pas un mot. Les propos de Frank n'ont pas de sens, au vu de ce qu'il sait sur l'épidémie. GIEBELHOUSE Frank, c'est impossible... Qui ? Qui t'aurais vacciné ? FRANK Ceux qui sont à l'origine de l'épidémie, et qui voulaient me protéger. Le Groupe Millennium. Giebelhouse ne sait pas quoi répondre. Il ne sait pas vraiment si Frank va bien, il ne sait pas d'où Frank tient ses convictions. Il préfère remettre le sujet à plus tard. A un moment où les médecins l'auront rassuré sur Frank. GIEBELHOUSE (après un temps) Frank, tu... tu aurais du me dire où tu partais. Ca aurait simplifié beaucoup de choses. Ca nous aurait permis... de vous aider. FRANK Je voulais protéger Catherine et Jordan. Je voulais augmenter leurs chances, m'éloigner de l'épidémie. Giebelhouse a un regard troublé, au moment où il réalise que Frank n'est pas au courant de la manière dont Marburg a frappé. Frank n'est pas long à remarquer. FRANK Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a, Giebelhouse ? GIEBELHOUSE Ce ne sont pas les gens qui sont parti se cacher qui ont le mieux survécu, loin de là. La majorité des victimes, en particulier dans les dernières 48 heures, étaient en pleine campagne ou en foret, comme toi. Dans les villes, la contamination s'est atténuée rapidement. FRANK (angoissé) Non Giebel, je t’en prie ne me dis pas que c’est vrai. GIEBELHOUSE C’est ce qu’on m’a dit, je suis navré. Gros plan sur Frank Black, alors qu'il prend pleinement conscience des conséquences de ses actes... FONDU AU NOIR. ACTE 2 SÉQUENCE 9 – LE BUREAU DU DOYEN (ELDER) - INT. JOUR LE DOYEN, l'homme qui commande du Groupe Millennium d'après les directions données par le Vieil Homme est assis à son bureau. Il travaille. La porte s'ouvre soudainement. C'est PETER WATTS. Le Doyen a d'abord un regard furieux – comment Peter a pu entrer ici sans être annoncé? – puis il se décide à s'occuper de Peter lui-même. LE DOYEN Je ne crois pas vous avoir dit d'entrer, Peter. Et je crois aussi vous avoir confié un travail, et vous avoir demandé de revenir me voir lorsqu'il aurait été mené à bien. PETER Vous n'êtes qu'un misérable fils de pute. Vous m'avez fait chanter. Vous m'avez menti une fois de plus ! L'Elder se lève de son fauteuil. LE DOYEN Je pense qu'il est dans votre intérêt que nous nous en tenions là, Peter. PETER Il n'en est pas question. J'ai l'intention de vous dire vos vérités en face. Ce que je pense de vos actions, de vos secrets, de vos mensonges...et de votre groupe. LE DOYEN Qu'est-ce que vous voulez ? Être banni ? Vous savez ce qui arrive à ceux-là, Peter... PETER Je ne serais pas banni. J'ai déjà quitté le Groupe. Je l'ai quitté à l'instant où vous m'avez enlevé, et où vous m'avez proposé des doses de remède pour ma famille en échange de ce que vous vouliez. Le ton du Doyen monte sensiblement. LE DOYEN J'ai fait ce que je devais faire pour préserver les intérêts du Groupe ! Peter répond calmement. Il est maître de lui, sûr de ses convictions. PETER Je crois que c'est ce que je vous reproche. Il y avait d'autres intérêts plus important en jeu. LE DOYEN Rien n'est plus important. Malgré tout, cette réponse surprend Peter... PETER Avez-vous perdu tout sens commun à ce point-là ? LE DOYEN Et vous, Peter. Avez-vous perdu la Foi ? PETER (le regard noir) Quelle Foi peut se permettre de désirer un tel holocauste ? ! LE DOYEN Je répète Peter : avez-vous perdu la Foi ? PETER J'ai perdu toute Foi en vous, c'est certain. Je n'oublierai jamais votre bluff, ni vos crimes. Peter fait demi-tour et s'apprête à quitter la pièce. LE DOYEN Je n'ai pas bluffé, Peter. Peter ne se retourne pas ; il parle au Doyen en lui faisant dos : PETER Vous m'avez fait miroiter des doses de vaccin alors même que vous répandiez le remède dehors ! LE DOYEN Ce n'ai pas moi qui ait pris la décision de faire circuler le traitement. Je n'en avais aucune idée à l'instant où je vous ait fait ma proposition. Peter hésite un instant, se demandant ce que le Doyen veut dire exactement. Mais il choisit de quitter la pièce, sans un regard supplémentaire pour lui. SÉQUENCE 11 – LIEU INCONNU – JOUR Vue en plongée sur Frank Black, debout au milieu d’un champ de fleurs blanches, les manches retroussées ; c’est le coucher du soleil. Il regarde fixement l’horizon devant lui alors qu’une légère brise secoue ses cheveux avec ténacité. En faisant un tour sur lui-même, Frank se retrouve face à un rocher noir, presque irréel incrusté en plein centre des fleurs pâles comme un rapace géant. Soudain, aux pieds du roc Frank discerne Jordan. Elle le dévisage avec un air terrifié, muette. Frank se met à courir vers elle au milieu des fleurs. FRANK Hé Jordan ! Il arrive essoufflé jusqu’à sa fille alors que le soleil balaie son visage. Il s’accroupit et touche ses joues comme pour l’encourager à parler. FRANK (suant) Qu’est-ce qu’il s’est passé, qu’est-ce que tu fais ici, ma chérie ? JORDAN Papa, il faut avertir les anges. Frank entrouvre ses lèvres en fronçant un sourcil, regardant presque hypnotisé les tiges des végétaux blancs se tordre sous l’effet du vent. JORDAN (en comptant sur ses doigts) Celui...d’Ephèse, celui...de Smyrne, ceux de Pergame et de Thyatire... FRANK (angoissé) Je...je ne comprends pas ce que tu dis Jordan ! La voix de Catherine surprend Frank. CATHERINE (OFF) Une épée...une épée qui lui sort de la bouche. Frank écarquille les yeux, émerveillé. Catherine porte une longue robe rouge et lui fait un sourire en contradiction avec ses propos. Frank se lève et enlace sa femme contre lui. Nous entendons Catherine parler à Frank mais l’objectif ne filme plus son visage. FRANK Je ne le supportais pas Catherine, dieu merci ! CATHERINE (OFF) Et si nous prenions conscience que le remède est l’Amour... FRANK De quel remède est-ce que tu parles ? Subitement les fleurs se mettent à saigner un sang rouge vif autour d’eux. Frank prend Jordan par la main et essaie de lui cacher les yeux. Un écho strident de centaines de personnes hurlant à la mort résonne dans tout le champ et l’écran fait un fondu enchaîné sur : RETOUR A LA CHAMBRE D’HÔPITAL Frank se réveille brutalement en suffoquant, victime d’un cauchemar . Il est assis sur son lit. Un journal est à moitié étalé sur lui. Il se met à réfléchir, en raclant sa gorge et constate avec étonnement qu’une fleur blanche de son rêve est dans un vase posé près de son chevet. Le téléphone commence à sonner, Frank décroche. FRANK Frank Black. C'est Roméo Luther. Il appelle de sa voiture, avec son portable. Il circule en Ville, les cheveux dressés sur la tête. Roméo parle vite. Il sait qu'il aura peu de temps. Il sait qu'il doit *convaincre* Frank de l'écouter. ROMÉO Bonjour, Monsieur Black. Je m'appelle Roméo Luther... FRANK Qu'est-ce que vous voulez ? Roméo a un haussement de sourcil – Frank a l'air encore pire que ce qu'il pensait. Mais il n'en laisse rien paraître au téléphone. Il veut parler à Frank, il veut s'expliquer. ROMÉO J'aimerai vous voir. C'est une longue histoire. FRANK Désolé. Je dois m'occuper de ma famille. Frank n'est pas d'humeur à être dérangé par un inconnu. Et Roméo sait qu'il n'a déjà plus de temps. Il se montre instant : ROMÉO Frank ! Écoutez-moi, je vous en prie ! FRANK Est-ce qu'on se connaît ? ROMÉO Non. Mais j'ai pas mal entendu parler de vous. Je suis du groupe Millennium, et... Mais c'était là le mot de trop. FRANK Ma famille a besoin de moi. Et Frank raccroche fermement. Il n'a guère le temps de se replonger dans ses pensées. Peter Watts entre dans la pièce avec une légère hésitation. Immédiatement, le soulagement se lit sur le visage de Frank. Mais il reste sur la défensive, malgré tout. D'autant que Peter semble grave et fermé. FRANK Peter ! PETER Bonjour Frank. Toutes mes condoléances, je... je suis désolé. Frank remercie d'un signe de tête. C'est un moment inconfortable. FRANK Tout va bien pour toi ?... PETER Oui. Ma famille va bien. FRANK J'étais inquiet... Après ce coup de téléphone... PETER Je... J'ai été mis aux arrêts par le Doyen. FRANK Mis aux arrêts ? PETER Il m'a fait chanter. Il m'a promis des vaccins pour ma famille... Peter marque un temps. FRANK En échange de quoi ? PETER Je devais te ramener au sein du Groupe. Frank a un mouvement de recul, que Peter remarque. Il s'explique. PETER Il m'a menti. A ce moment là, l'épidémie régressait déjà... J'ai quitté le Groupe, Frank. Frank est surpris par la nouvelle. Mais il en est content, aussi. FRANK (bredouillant) Jordan...Jordan est si courageuse, je... PETER Les enfants...notre dernière étoile de vie... Frank approuve doucement de la tête. PETER Le Groupe, ils ont déclenché cette épidémie. Ils y ont mis fin. Je ne sais pas comment, encore moins pourquoi... Mais ils ont tout ce sang sur leurs mains. Frank ne dit rien. Mais il est d'accord, et approuve l'indignation de Peter. Ils se regardent un moment. PETER Je veux qu'ils payent pour tout ça, Frank. Frank fait oui de la tête. PETER Et je veux qu'on y travaille ensemble. FRANK Tu peux compter sur moi. Frank lui adresse un sourire, que Peter lui rend. L'ambiance se détend. PETER (souriant) Et sinon...la nourriture est pas trop mauvaise ici ? Frank ne répond pas. Il vient de réaliser qu’il n’a pas tout perdu. FRANK Je suis content de te voir, Peter ! SÉQUENCE 12 – HALL DE L'HÔPITAL - INT. JOUR Un peu plus tard. Peter quitte l'hôpital. Mais, dans l'entrée, son regard croise celui de Roméo Luther, qui vient d'y entrer. Peter se dirige droit vers lui, lui bloquant le passage. PETER Qu'est-ce que vous faites ici, Luther ? Roméo le scrute un instant avant de lui répondre. ROMÉO Je suppose que vous êtes Peter Watts ? PETER Oui... ROMÉO J'ai reconnu la moustache. Peter n'est pas d'humeur à rire. Pas du tout. PETER Je vous demande ce que vous foutez ici ! Roméo répond avec un air de défi. ROMÉO Je viens voir Frank Black. PETER Il faudra me passer sur le corps, Luther. ROMÉO Oh, je peux comprendre que vous soyez territorial. Vous avez des intérêts à protéger. PETER Luther, vous feriez bien de... ROMÉO J'en ai rien à foutre de vos menaces ! Je ne serais pas venu ici depuis la France en dépit du bordel que vous avez foutu dehors si c'était le cas. PETER Allez vous faire foutre, Luther. ROMÉO Je sais ce que vous et vos copains avez fait, Watts. Et je vous la ferai bouffer, votre arrogance. Roméo fait demi-tour. Il abandonne. Pour l'instant. SÉQUENCE 13 – RUE DE SEATTLE – EXT. JOUR Roméo gare sa voiture sur le bord d'une rue dans le centre de Seattle. Il regarde un instant par la vitre. Il se trouve devant un laboratoire médical. Il ouvre sa portière, et sort de son véhicule. SALLE D'ATTENTE DU LABORATOIRE – INT. JOUR Roméo est assis négligemment sur une chaise. Il attend. Un médecin, le DOCTEUR JONES, entre, vêtu d'une blouse blanche. Roméo se lève, impatient. ROMÉO Vous avez les résultats ? JONES Oh oui... J'ai vos résultats. Je ne sais pas d'où vous sortez cela, monsieur Luther, mais... ROMÉO Quoi ? JONES J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Je me suis arrangé pour obtenir une souche de Marburg extraite d'une des premières victimes, et j'ai effectué la comparaison avec la souche inactive que vous m'avez apporté. Roméo s'impatiente franchement. ROMÉO Accouchez. Le docteur Jones lui jette un regard surpris, puis continue. JONES Elles sont similaires à 98 %. ROMÉO 98 % ? Qu'est-ce que l'on peut en déduire ? JONES C'est totalement exceptionnel ! Je pense que vous savez à peu près ce qu'est Marburg. C'est une nouvelle forme de prion, doté d'ADN. Cet ADN subit des mutations constantes qui ont lieu à une vitesse record. On a trouvé des différences majeures entre le prion qui a tué aux États-Unis, et ceux d'Europe et d'Asie, alors que l'épidémie y est arrivé à peine 48 heures après son début sur le territoire Américain. ROMÉO Des différences dues aux mutations, je sais. JONES Cette souche que vous m'avez apporté est presque identique à celle du début de l'épidémie. Si vous savez d'où elle vient, vous savez quel est le point zéro de la contamination. ROMÉO (apparemment satisfait) Vous m’en voyez ravi... SÉQUENCE 14 – DEVANT LA MAISON JAUNE – EXT. JOUR Un plan de la maison jaune, éclairée par le soleil couchant. Frank ouvre le portail. Jordan se précipite alors, traverse le jardin et gravit les marches du porche. Arrivée là, elle s'arrête, et se retourne vers son père. Il est resté figée au niveau du portail. Il regarde la maison, et il est assailli par des souvenirs de sa vie ici, de Catherine, des moments de bonheur. JORDAN Papa, tu viens ? Frank semble ne pas avoir entendu. JORDAN PAPA ! Il relève la tête, et se dirige lentement vers la maison. SÉQUENCE 15 – CUISINE – INT. NUIT Frank et Jordan viennent de finir de manger. Frank débarrasse la table. Son regard semble pensif et douloureux. FRANK Jordan, tu va monter te préparer pour aller te coucher, d'accord ? Jordan a un moment d'hésitation. FRANK Qu'est-ce qu'il y a ? La petite semble angoissée. Frank le remarque, il lui parle avec une voix douce tout en se penchant près d’elle. FRANK Jordan, il y a quelque chose qui ne va pas ? JORDAN Je ne veux pas dormir. Frank ne comprend pas. FRANK Ne dis pas ça. Tu a besoin de dormir. Elle retient son envie de pleurer. JORDAN Je ne veux plus faire de rêves. Frank se souvient alors que Catherine lui avait parlé des rêves de Jordan – des singes, la jungle, Frank, Catherine et Jordan seuls au monde dans la cabane. FRANK Jordan, tu ne dois pas avoir peur. Tu feras d'autres rêves et d'autres cauchemars, mais tous ne deviendront pas vrais. Jordan l'écoute, en faisant oui de la tête. FRANK Cela n'arrivera pas souvent. Peut-être que cela ne t'arrivera plus jamais. Frank la serre dans ses bras. FRANK Et si jamais il t'arrive quelque chose, tu devras toujours m'en parler, tu m'entends. Je serais toujours là pour t'écouter. La caméra fait un plan de Frank tenant Jordan contre lui dans le silence. SÉQUENCE 16 – CHAMBRE DE FRANK – INT. NUIT Plan d'ensemble de la chambre. Frank est assis sur son lit, toujours habillé. Il regarde fixement quelque chose qui est hors du champ. Lentement, la caméra se rapproche de son visage, jusqu'au gros plan. Son visage exprime un intense désespoir. Puis il met son visage entre ses mains, et commence à pleurer. CONTRE-CHAMP : Il regardait, dans la penderie grande ouverte, les affaires de Catherine suspendues à des cintres... SÉQUENCE 17 – CHAMBRE DE JORDAN – INT. NUIT Plan d'ensemble de la chambre, plongée dans une relative pénombre. La lumière provient d'une petite lampe de nuit posée sur la table de chevet de Jordan. Celle-ci est assise au bord de son lit, en pyjama. Elle regarde quelque chose hors champ. La caméra se rapproche de son visage, jusqu'au gros plan. Jordan sourit, heureuse. Elle tend la main. Et une autre main attrape cette main... La main de Catherine. Elle est assise sur la chaise du bureau d'enfant de Jordan. Elle est entourée d'une sorte d'aura légère, de luminescence aux accents surréalistes. Une musique de grelots accompagne les images. Elle sourit à Jordan, et Jordan lui sourit... On entend un bruit. Le bruit de la porte qui s'ouvre. Jordan tourne la tête, et regarde son père qui entre dans la pièce. Elle se retourne vers sa mère. Mais la chaise est maintenant vide... FRANK Jordan... On va aller chez moi, d'accord ? JORDAN Chez toi ? FRANK Dans ma maison... Je ne peux pas rester ici... Jordan se lève et va se serrer dans les bras de Frank. FRANK Je ne peux pas... FONDU AU NOIR. ACTE 3 SÉQUENCE 18 – SALLE DE RÉUNION DU GROUPE MILLENNIUM – INT. JOUR Vue sur le Doyen qui est assis à une longue table noire. Il tourne le dos au Vieil Homme, debout dans un coin de la pièce et qui contemple sa canne sous tous les angles. Un néon flou et bleuté sert d’éclairage à la pièce. LE DOYEN C’est quelque chose que nous n’aurions pas pu prévoir... VIEIL HOMME (remettant son chapeau en place) Vous pensez savoir qui sont les responsables ? LE DOYEN Non, mais toutes nos sections tentent de le découvrir... VIEIL HOMME Chacun a sa petite idée là dessus, vous ne faites pas exception. Le Doyen se retourne sur son siège et dévisage le Vieil Homme avec un air contrarié. Ce dernier lui adresse un sourire ironique en se détachant du mur. Au dessus de la pièce, un ventilateur tourne impassiblement, faisant siffler l’air environnant comme un serpent. VIEIL HOMME Cette méthode...une instauration de la panique ou même...un processus d’anomie, des pratiques vandales, vous savez ce que je veux dire... LE DOYEN (tapotant la table du bout des doigts) Ce ne sont pas eux, ils n’existent plus depuis longtemps, c’est inconcevable... VIEIL HOMME Qui d’autre aurait pu avoir assez de ressources pour provoquer ça ? LE DOYEN (parlant sévèrement) Aucun membre du Groupe ne voudra y croire ! VIEIL HOMME Retrouvons les disparus, je suis persuadé que ce sont ceux que vous craigniez qui sont les responsables. Et si c’est bien le cas, ils n’ont pas peur de Millennium... LE DOYEN Au sujet des disparus, vous avez des informations ? Le Vieil Homme sort de sa veste un porte document marron qu’il tend au Doyen. VIEIL HOMME Ce sont des postulants dispersés sur tout le territoire qui ont fait le compte, cependant aucun résultat ne peut s’avérer définitif...comme vous voyez, le nombre de personnes qui ont disparu pendant l’épidémie est important... Le Vieil Homme prend un temps de pause en voyant CAROL FINLEY entrer dans la pièce à son tour. CAROL Je vous en prie, continuez. VIEIL HOMME Le pourcentage de membres du Groupe dans ce nombre est anormalement élevé. Et comme vous savez, du fait de leur traitement, ces derniers n’ont pas pu décéder de Marburg Prp... LE DOYEN L’épidémie était une diversion, un moyen de nous aveugler ? Pendant ce temps ils s’en prenaient à nos hommes et nous n’avons rien vu venir... VIEIL HOMME (appuyant sa main contre une vitre) C’est à vous de faire en sorte qu’ils n’y arrivent pas, vous savez qu’ils compromettent l’avenir que nous défendons depuis bientôt deux millénaires. LE DOYEN Au moment où des effectifs majeurs nous abandonnent... CAROL Vous parlez de Peter Watts ? Le Doyen se retourne vivement vers Carol et le Vieil Homme reste inlassablement à regarder le couloir à travers la vitre. LE DOYEN (croisant et décroisant ses mains) Peter semble bien décidé à quitter le Groupe... nous perdons un élément important, quelqu’un qui avait la capacité, la volonté et le sens des valeurs. Peter sait beaucoup de choses, l’avoir comme ennemi n’est pas réjouissant pour notre rassemblement... CAROL (regardant le sol) Aux dernières nouvelles, lui et Frank viennent de reprendre contact...il y a aussi Roméo Luther qui est arrivé de France, les Coqs se méfient de cet individu… VIEIL HOMME Je vous laisse tirer vos conclusions et agir par vous-mêmes, il n’est stipulé nulle part que je doive servir les affaires militaires et politiques du Groupe. Le Vieil Homme se retire de la salle de conférence en soupirant gravement. La caméra le suit de dos un instant ; il traverse lentement le couloir pour finalement s’asseoir sur une chaise et souffler. RETOUR à la salle de réunion. CAROL Pourquoi avoir convoqué le Patriarche monsieur, que se passe-t-il ? LE DOYEN (déviant le regard) Ce n’est pas de votre ressort Carol. Pour combler au manque de Peter, Millennium a besoin d’un nouveau superviseur. Vous l’engagerez au sein du Groupe ; des antécédents dans le judiciaire seraient préférables, choisissez un élément qui ait obtenu une bonne appréciation de nos services. CAROL (se dirigeant vers la porte de sortie) C’est d’accord, je vais consulter les données pour trouver notre homme au plus vite. Carol Finley part en fermant la porte derrière elle. En empruntant le couloir, elle croise à nouveau le Patriarche qui tapote son épaule. VIEIL HOMME (souriant paternellement) Carol, retenez seulement que dans l’Apocalypse, nombre de ceux qui se disaient juifs étaient en vérité issus de la synagogue de Satan. CAROL Ce qui signifie ? VIEIL HOMME Les pires ennemis sont à l’intérieur, croyez-moi. Et le Vieil Homme se retire, sous le regard perplexe de Carol. Sa veste de tissu presque tribale s’assombrit quand il bifurque au fond du couloir. Le Doyen reste seul sur son siège dans la salle de réunion, il se lève et s’assied sur le bord de la table. Son regard fixe le porte-document que lui a laissé le Vieil Homme. La caméra fait un gros plan sur le porte-document marqué d’un ouroboros puis revient sur le Doyen. LE DOYEN Cette fois, on nous déclare la guerre. SÉQUENCE 19 – PARTIE BASSE DE SEATTLE - JOUR Vue sur la jeep rouge qui dévale une rue située entre de jolies maisons. Frank est au volant de sa voiture, à sa droite est assise Jordan, tenant un sac à dos en forme d’ours. Le soleil est si lumineux qu’il traverse le pare- brise et gesticule sur le visage de Frank. Jordan regarde la route avec un air triste, sa ceinture la tenant fermement appuyée contre le siège. JORDAN Papa, je veux pas que tu m’amènes là-bas... L’objectif filme Frank en contre plongée. FRANK Jordan... je viendrai te chercher très vite... JORDAN Je ne connais pas les enfants qui y sont... FRANK Mais eux aussi ils ne te connaissent pas, hein ? Frank se gare sur le côté et descend du véhicule. Il enlève sa ceinture à Jordan, la soulève et la pose doucement par terre. Jordan prend la main de Frank, qui la fixe avec un regard tendre. Devant eux se dresse un édifice aménagé à la hâte par les services sociaux, - pour recueillir les individus dont la famille a décédé durant l’épidémie -. FRANK (regardant la bâtisse droit devant) C’est bon ma chérie, ça va aller... JORDAN J’ai peur...il y a plein de choses qui se passent. Frank hausse un sourcil et s’accroupit à côté de Jordan. Jordan fait une mine Boudeuse en balançant ses bras. FRANK Il ne t’arrivera rien, je te le promets. Tu...j’essaie de mettre en prison des criminels...c’est eux qui ont tué maman, et d’autres personnes. Et pendant que j’essaierai de les attraper, toi tu resteras là...je ferai vite, d’accord ? JORDAN D’accord. FRANK (remettant les cheveux de Jordan en arrière) On va déménager trésor, on va aller ailleurs, tu verras, ta chambre sera très jolie, d’accord ? JORDAN D’accord. FRANK Maintenant fais-moi un bisou, coquine ! Jordan embrasse son père et part en courant vers le bâtiment. Elle franchit le portail et est récupérée par la directrice des services sociaux. Jordan agite son bras et Frank lui fait un signe de la main en souriant. Il remonte la rue vers sa voiture quand il aperçoit – gros plan - une fleur blanche plantée au bord de la route, la seule. Il fronce les sourcils, reconnaissant celle de son cauchemar, puis s’apprête à monter dans sa jeep. ROMÉO (essoufflé) Ouhla, j’arrive à l’instant, j’ai bien failli vous louper encore une fois ! Frank se retourne précipitamment et se retrouve face à un homme assez jeune, dont l’habillage contraste avec le rasage approximatif et les cheveux ébouriffés. ROMÉO C’est de coutume je me présente, Roméo Luther membre du Groupe Millennium. Je vous ai téléphoné si vous vous souvenez bien et... Frank secoue la tête. FRANK (ouvrant la porte de la voiture) Je n’ai plus rien à voir avec le Groupe, foutez-moi la paix sinon... ROMÉO Dites, je suis venu de France exprès et j’ai mis un temps fou pour contourner votre collègue Watts et ainsi pouvoir vous parler, alors ayez au moins l’amabilité de m’écouter ! FRANK Pourquoi Peter s’opposerait-il à ce qu’on se parle ? ROMÉO (riant) Je suis dans le camp des Chouettes, ça rend votre ami un peu frileux il paraît... FRANK Vous savez qui a déclenché l’épidémie, c’est ça ? ROMÉO La conséquence directe de la guerre interne du Groupe. Le fléau de ces derniers jours était un essai. Ils recommenceront à une échelle encore plus dévastatrice quand l’an 2000 pointera son nez, et les morts seront encore plus nombreux... FRANK Qui recommencera ? ROMÉO Les Coqs. Ils veulent provoquer le cataclysme par eux-mêmes en l’an 2000 et ainsi prendre le pouvoir au sein du Groupe, relayant les Chouettes au statut de concierges. Mais ils testent Marburg sur les populations dès aujourd’hui. FRANK (regardant les alentours) Je ne suis pas dupe, je sais ce que vous voulez...vous ne me ferez pas rejoindre vos rangs, je ne crois pas plus en votre millennium qu’en celui des Coqs... Frank grimpe en voiture, ignorant Roméo qui stagne devant la portière avec un sourire narquois, ses mains dans ses poches. ROMÉO Ils pensent que les données cycliques de la chrétienté établissent la venue de l’AntéChrist pour l’an 2000 ; nous penchons pour une théorie plus scientifique... Frank claque la portière de la jeep, aussitôt Roméo fait le tour du véhicule et s’assied du côté passager. Frank saisit son arme à feu mais n’a pas le temps de la lever que Roméo agite ses doigts en hochant la tête. ROMÉO Hé, ho du calme c’est comme ça qu’on accueille les frenchies aux États-Unis ? Je suis venu en ami, pour vous aider à les stopper dans leurs projets ! FRANK (posant son arme sur le tableau de bord devant lui) Avez-vous des preuves de la culpabilité des Coqs ? Qui me dit que vous n’êtes pas des leurs et que ça n’est pas encore un coup pourri ? ROMÉO (appuyant son dos contre le siège) Démarrez Frank, je vous emmène voir quelque chose qui vous confortera dans l’idée que je suis de votre côté... FRANK (mettant le contact) Dites-moi d’abord, comment connaissez-vous mon nom ? ROMÉO Vous seriez étonné de savoir à quel point votre réputation est étendue, on parle de vous dans de nombreuses polices d’Europe vous savez ? On dit même que vous avez des pouvoirs paranormaux, mais ça à mon avis ce sont des foutaises ! Frank dévisage Roméo, le regard fatigué. La jeep rouge démarre et disparaît au loin derrière une rangée d’arbres. La caméra monte vers le soleil et le fixe jusqu’à ce que le bruit du moteur se désintègre au loin. FONDU AU NOIR. SÉQUENCE 20 - JARDIN PUBLIC - JOUR Vue sur Peter Watts, en blouson, assis sur un banc les bras croisés à regarder le sol avec une moue de lèvres pleine de dédain. Une silhouette debout se place devant lui, il lève son regard et sourit, embêté. Carol Finley le scrute les mains derrière le dos avec une mine enthousiaste. CAROL Ca fait longtemps...comment va Barbara ? PETER (inintéressé) Plutôt bien, quand on considère ce qu’il s’est passé... CAROL Explique-moi ce que tu fais Peter. PETER Je fais pour le mieux ; les choses ont changé et je ne veux plus travailler avec le Groupe, avec le Doyen, avec toi. Mon ami a perdu ce qu’il avait de plus cher à cause de vos jeux de conquérants. CAROL (souriant) De quels jeux tu parles, tu délires ? Peter se lève violemment et prend brusquement le bras de Carol en approchant son visage du sien. La caméra filme les deux protagonistes en plongée durant un instant de silence tandis que des oiseaux virevoltent autour d’eux. PETER Si j’apprends que tu as collaboré au meurtre de Catherine Black je te tue, est-ce que tu m’as compris Finley ? CAROL (dégageant doucement son bras) Je n’ai participé à aucun meurtre, je fais partie du Groupe Millennium et au contraire mes capacités s’inscrivent dans un désir de protéger les gens, tu sais qui nous sommes. PETER (énervé) Bordel, ne me dis pas que le Groupe est innocent dans l’épidémie, je sais que vous étiez les détenteurs des souches virales ! Carol passe sa main sur son front en fronçant les sourcils. CAROL Ne me parle pas de cette manière...qui t’a fait découvrir le Groupe pour t’aider, tu te souviens ? J’agis comme le veut mon travail, cela n’empêche pas que je reste ton amie. PETER (riant) Ca non, je ne crois pas. Peter tourne les talons et s’éloigne de Carol qui ne dit rien quelques secondes. Elle se met à parler fort à son collègue alors qu’il s’en va. CAROL (criant) Peter, ils ont dit à Jean d’écrire ce qu’il avait vu, ce qui était et ce qui allait arriver dans l’avenir ! C’était sa responsabilité ! Il devait résoudre le mystère des sept étoiles et des sept chandeliers, aide-nous à rédiger la fin du Livre, une fin harmonieuse ! Peter s’arrête un instant, se retourne , sort son beeper de la poche et le jette aux pieds de Finley, le visage noir. La caméra filme le beeper sur le sol, complètement détruit mais dont l’écran digital fait clignoter un 2000 lancinant. SÉQUENCE 21 – ANCIEN BASSIN SIDÉRURGIQUE DE SEATTLE – SOIR La caméra montre un ciel étoilé de soirée puis descend lentement vers le haut d’une colline brune et surélevée. Frank et Roméo sont cachés derrière des feuillages, installés en hauteur. Devant eux se dresse un entrepôt en ruine, apparemment abandonné. Un peu de brouillard enveloppe les alentours. FRANK Ca va bientôt faire trois heures que nous scrutons les lieux sans y voir un seul mouvement, je m’en vais d’ici... ROMÉO (avec une grimace) Je suis persuadé que vous voulez connaître la vérité, alors restez là ! FRANK (se frottant le front) Qu’est-ce qu’on fait ici Luther ? ROMÉO Je me suis bien renseigné avant de partir pour les États-Unis, j’ai cherché les lieux proches de Seattle où l’on pouvait cacher des souches de virus, j’ai étudié tous les entrepôts désaffectés du Groupe jusqu’à Tacoma City... FRANK Comment avez-vous fait ça ? ROMÉO A l’intérieur de la branche française du Groupe, j’ai une position privilégiée qui me donne accès aux zones informatiques les plus protégées... FRANK Je ne savais pas qu’il existait une branche française de Millennium... ROMÉO Vous seriez une fois de plus surpris si je vous annonçais que le Groupe Millennium est présent en Colombie, en Moldavie et jusqu’aux coins les plus reculés d’Australie ? FRANK (avec un demi-sourire) Bref...vous avez découvert cet entrepôt et l’avez jugé apte à y dissimuler des armes bactériologiques du fait de sa position géographique... ROMÉO Exactement et devinez quoi, ce bâtiment soi-disant abandonné appartient aux Coqs ! J’ai donc fait le guet ici la nuit dernière à cette heure précise et j’ai assisté à des phénomènes qui prouveront irrévocablement qu’ils sont les responsables de l’épidémie ! FRANK (sérieusement) Ca vous enchante tant que ça de prouver la culpabilité des Coqs ? ROMÉO Je veux rétablir un semblant de justice dans ce monde qui la bafoue sans cesse... FRANK (regardant le vague) C’est un peu ce que nous voulons tous...mais chacun a sa propre conception du Bien et du Mal, sa propre conception de la justice, ce qui nous amène aux massacres pour se faire entendre... ROMÉO Frank, baissez-vous le voilà ! Frank et Roméo se collent au sol et scrutent de haut l’arrivée d’un gros camion gris devant l’entrepôt. En vue subjective, le camion s’arrête en laissant le moteur tourner ; des hommes en combinaison anti-contamination sortent de l’arrière. ROMÉO (hilare) Voici qui nous sommes, n’est-ce pas ? FRANK (le regard instable) Qu’est-ce que ça signifie, qu’est-ce qu’ils font ? ROMÉO Je crois que vous savez ce qu’ils font. FRANK (effaré) Le Groupe Millennium est un rassemblement de meurtriers... ROMÉO Pas tous ses membres Frank, seulement les Coqs. Certains souhaitent encore un meilleur avenir. Les hommes en combinaison bleue déchargent des containers et les vérifient avant de les reposer à nouveau dans le camion. En plongée l’on voit le véhicule qui redémarre et pénètre dans un garage dont la grille métallique se referme après passage. ROMÉO Convaincu ? Il faut faire vite Frank, ils n’hésiteront pas à réitérer le génocide, pour eux la dernière épidémie n’était qu’un essai, testé sur un échantillon de personnes... FRANK (humant l’air environnant) Laissez moi comprendre, nous parlons d’Apocalypse ? ROMÉO Nous parlons de course au pouvoir... Un coup de feu résonne, Frank et Roméo se couchent à terre et se relèvent rapidement. Ils se mettent à courir vers les bois, la nuit limite leur visibilité. La course est filmée caméra à l’épaule ce qui fait que l’image tremble considérablement. ROMÉO On nous a repérés, retournons à la voiture ! FRANK Plus vite Luther, ne vous retournez pas ! D’autres coups de feu plus rapides se manifestent, des balles ricochent sur les troncs des grands sapins tandis que Frank et Roméo accélèrent leur course. Les deux protagonistes sautent par dessus plantes et pierres, des bruits d’eau claquent dans la nuit, les feuilles humides aspergent Frank et Roméo qui courent de plus en plus vite. Soudain, Frank s’agenouille au sol, une balle a effleuré sa jambe. ROMÉO (revenant en arrière) Vous êtes touché ? La caméra se rapproche du tissu du pantalon qui se colore peu à peu de rouge. Frank étouffe un râle de douleur en plissant un œil. FRANK Ce n’est rien, je vais me relever, continuez ! Roméo s’accroupit à côté de Frank, glisse un bras sous son aisselle et le relève brusquement. Frank semble totalement stupéfait, mais il reste calme. Roméo, relativement vif, aide Frank à se déplacer assez facilement en le soutenant avec force, sa vitesse de course n’en diminue pas énormément. FRANK (sans la moindre expression) Luther, ça n’est qu’une égratignure. ROMÉO Je pense que ces gens là ne se satisferont pas de votre égratignure... Roméo dépose Frank contre un rocher perdu au fond de la forêt et s’assied à côté de lui. Curieusement les détonations ont stoppé depuis quelques secondes. De la vapeur s’échappe de la bouche des personnages. FRANK Ils sont en train de quitter les lieux, ils effacent les preuves... ROMÉO Vous voyez que vous les connaissez bien... Frank ferme les yeux en soupirant. Il dépose sa tête en arrière contre le roc et regarde une seconde les étoiles lumineuses. FRANK Vous m’avez montré un fait troublant Luther, qu’allez-vous faire maintenant ? ROMÉO Qu’allons-nous faire, vous voulez dire ? Et bien nous essaierons de faire en sorte que ces fils de putain paient pour leurs crimes. Frank ne répond pas à cette sentence. Il clôt ses yeux et noue ses doigts ensemble avant de les poser sur son ventre, presque somnolant. FRANK (la voix fatiguée) Luther, est-ce que vous croyez sincèrement en la fin du monde... ROMÉO (ignorant la remarque et saisissant son téléphone) Appelez Watts, on a pas le temps de parler de ça. Gros plan sur les touches lumineuses du téléphone portable. SÉQUENCE 22 – ANCIEN BASSIN SIDÉRURGIQUE DE SEATTLE – MATIN Vue sur une dizaine de voitures de police qui empruntent un sentier bétonné bordé par des rangées de sapins sombres. Elles s’arrêtent devant l’entrepôt alors que le soleil vient de se lever. Des policiers de toutes parts se mettent à passer le coin au peigne fin fouillant derrière la végétation des alentours. Apparemment, tout le monde semble mal réveillé. De l’avant du premier véhicule et filmés de haut sortent Giebelhouse et Peter. Frank, la jambe bandée, ouvre doucement la portière arrière et descend de la voiture avec Roméo qui mâche un chewing-gum. Un commando militaire armé portant des cagoules est déjà sur les lieux, encerclant le bâtiment dans une chorégraphie mettant en avant les mitraillettes qu’ils serrent dans leurs mains gantées. Giebelhouse s’adresse spontanément au premier homme qui l’approche, qui ne lui répond pas et passe à côté de lui sans se soucier de ses propos. GIEBELHOUSE Qu’est-ce que c’est que ce merdier encore, veuillez évacuer les lieux immédiatement, c’est du ressort juridique de la police de Seattle ! Un homme vêtu de vert et décoré de médailles, KARL ZINGER, se détache calmement du reste du commando, les mains derrière le dos et le visage strié de cicatrices dont l’une traverse presque son regard. Il dévisage longuement Peter qui l’observe à son tour avec un air agacé. ZINGER Karl Zinger, chef des opérations militaires du Groupe Millennium, où est le problème ? Frank ne se contient plus, il tente d’avancer vers le militaire pour lui asséner un coup de poing dans le visage. La caméra filme la main de Peter qui agrippe l’épaule de Frank et le tire violemment en arrière. PETER Frank, du calme, ça ne sert à rien ! Frank appuie le revers de sa main contre sa bouche pour ne rien dire. Giebelhouse se plante de façon arrogante devant Zinger. GIEBELHOUSE Monsieur je me fiche de qui vous êtes, la police n’a pas le temps de faire mumuse avec vos petits soldats et laissez-moi vous dire que votre Groupe Millennium est notre premier suspect dans l’épidémie de ces derniers jours ! ZINGER (clignant des yeux) Je vous laisse ressasser vos idioties, j’ai du boulot. Et vous feriez bien d’avoir toute confiance en nos actions, seuls face à ça vous ne pourrez rien. Je vous laisse passer devant messieurs. Zinger désigne du doigt l’entrée du garage beige de l’entrepôt. Giebelhouse, Roméo, Peter et Frank le suivent jusqu’à la grille, mais c’est un cul-de-sac. Ils se regardent mutuellement comme s’ils avaient été victimes d’une grosse farce de prestidigitateur. ROMÉO C’est impossible, nous avons vu un camion entrer là-dedans ! ZINGER Ce n’est pas si incroyable que ça, regardez... Zinger tâte le mur jusqu’à une discrète trappe noire contenant un interrupteur. Il la scrute puis l’enclenche et le mur se soulève, dévoilant un laboratoire secret à la pointe de la technologie. La vision est presque surnaturelle, la caméra suit la porte qui remonte, exhibant le laboratoire presque fluorescent, qui contraste avec l’entrepôt rouillé. Les murs en sont blancs, des spots lumineux sont parsemés au plafond et sont tellement étincelants qu’ils en font mal aux yeux. On ne les a même pas éteints, il perdure un petit grésillement de fond dû aux spots. PETER (stupéfait) Nom d’un chien Frank, tu as vu ça ? FRANK (scrutant mornement le laboratoire) C’est ici qu’ils traitent les souches... Frank entre dans le laboratoire, suivi de Peter et Roméo. Il sont de suite frappés par l’aspect hautement technologique du lieu, qui bénéficie des derniers progrès en matière d’hygiène médicale. Derrière une vitre située à leur gauche, ils remarquent un alignement de containers blancs BIO HAZARD. Zinger désigne la pièce environnante, remettant le col de son uniforme militaire de façon plus élégante. ZINGER (regardant autour de lui) C’est un laboratoire très sophistiqué, de norme P4. Étant donnée sa structure je dirais qu’on a pu y traiter des arénavirus comme la fièvre de Lassa, le virus de Machupo, de Guanarito ou bien de Parana, voire des philovirus pathogènes comme Ebola... FRANK (dévisageant Zinger) ...ou Marburg. ZINGER (les yeux à demi-fermés) Éventuellement, disons toutes sortes de fièvres hémorragiques. PETER Ce sont des locaux appartenant au Groupe Millennium, je me trompe ? ZINGER C’est exact, mais le Groupe ne s’est servi de cet entrepôt que pour disposer son matériel et n’y a jamais pratiqué des manipulations de souches virales. FRANK (hochant la tête vers Roméo) Nous vous avons vu sur les lieux, vous déchargiez des containers, ces containers transportant le nécessaire à la propagation d’un virus mortel, qui permettra à Millennium d’avoir les pleins pouvoirs sur le globe ! ZINGER (riant doucement) La paranoïa vous ronge monsieur. Les hauts dirigeants de Millennium m’ont envoyé ici ce matin après avoir eu vent d’activités illicites et de stockage de matériel dangereux, ne dites pas n’importe quoi. GIEBELHOUSE Karl, le Groupe Millennium n’est pas au-dessus des lois et ce n’est pas parce que vous avez des amis au bureau qu’on vous laissera tranquilles, on s’est fait comprendre ? ZINGER Parfaitement bien inspecteur... Frank examine les murs propres du laboratoire et suit le couloir. Les murs blancs sont carrelés comme une mosaïque, ils sont froids et sentent l’odeur propre aux hôpitaux, à croire qu’ils sont flambant neufs. Frank arrive jusqu’à une grande pièce intermédiaire dont le sol est maculé de sang. Il s’accroupit lentement en posant ses mains sur ses genoux. FRANK (scrutant les flaques rouges) Pete, viens voir ! PETER (arrivant dans la pièce) Ce sang...il y en a trop pour qu’il n’appartienne qu’à une seule personne. Gros plan sur des éclats de sang plus larges et nous voyons le visage noirci de Frank en contre-plongée. Il tapote le sol avec les phalanges, comme pour stimuler sa cogitation. FRANK (son regard toujours tourné vers le sol) Pete, ils ont enfermé des gens dans cette pièce et ils les ont battues à mort pour avoir ce qu’ils voulaient... PETER De quoi ? Qu’est-ce que le Groupe voulait ? Giebelhouse arrive dans la pièce en rangeant son calepin dans sa veste. GIEBELHOUSE (faisant une grimace à la vue du sang) Bon Frank, on va faire interroger tout ce beau monde et envoyer la brigade de dépistage épidémiologique, des fois qu’il y aurait une petite saloperie de rhume dans le coin... Frank approuve de la tête et frôle de ses doigts une tâche de sang séché. Des visions l’assaillent soudainement : - une fosse commune remplie de cadavres - un ange étincelant qui stoppe net ses images PETER (avec une voix calme) Tu vois quelque chose Frank ? FRANK (se relevant) Oui, mais je n’arrive pas à l’interpréter ; c’est inutile de rester là, on s’en va… Frank quitte la pièce, tandis que Peter regarde quelques minutes des policiers prélever des échantillons de sang avec des gants pâles. Roméo vient se poster à côté de Peter, le visage blême. ROMEO Le monde est horrible, les gens sont atroces... PETER Tout dépend de quel côté de l’arme vous êtes. ROMÉO (mettant une main dans sa poche) Dites Watts, Frank a vraiment des pouvoirs...spéciaux ? PETER (avec mépris) Peut-être bien que oui. Peter quitte à son tour les lieux, laissant Roméo perplexe s’appuyer dos au mur, couvert d’ombres chinoises qui ramassent des preuves au sol. Roméo sort de la poche intérieure de sa veste un objet que nous ne voyons pas et le regarde sous tous les angles avec un air dégoûté. Le plan d’après montre les mains de Roméo tenant son beeper vert. Sortis de l’entrepôt, Frank et Peter contemplent le ciel matinal en respirant l’air frais jusqu’à s’en remplir les poumons. Peter reprend son pas vers les voitures mais soudain Frank s’arrête, le regard intrigué. FRANK Peter, dis-moi si tu connais cette fleur. La caméra fait un gros plan sur le même végétal blanc, unique et poussant au coin de l’entrepôt en déployant ses pétales fièrement. Peter s’accroupit près de la fleur. PETER Ca Frank ? C’est une fleur bulbeuse nommée Arum Maculatum, je suis assez étonné d’en voir une ici, ça n’est pas vraiment l’environnement dans lequel ce type de végétaux prospère... FRANK (perturbé) Est-ce que...cette fleur, elle a une signification ? PETER Mmm...je crois qu’au Moyen-Age elle symbolisait le courage, l’envie de lutter même quand tout se retourne contre nous...sa forme évoquait la volonté de tout faire pour préserver la Vie... pourquoi tu demandes ça ? FRANK Je n’arrête pas de la voir aujourd’hui... Les deux hommes se dévisagent longuement. FONDU AU NOIR. ACTE 4 SÉQUENCE 23 – 1145 HOURSEMAN AVENUE, SEATTLE – SOIR Vue extérieure de la nouvelle maison des Blacks, aux murs marrons. Une voiture se gare devant elle, en descend l’ombre d’un homme. SÉQUENCE 24 – CHAMBRE DE JORDAN – INT. SOIR Vue sur Frank, couché sur la moquette rose de la chambre de Jordan. Devant Frank, posé par terre, un plateau de jeu de Stratego suscite l’agacement de Jordan – qui semble perdue – et la caméra fait un gros plan des pions en forme de chevaux. Jordan soulève un pion puis après réflexion le repose vivement en secouant la tête. JORDAN Papa, je sais pas comment on joue ! FRANK (souriant) C’est normal Jordan, je suis en train de t’apprendre. JORDAN Je veux pas apprendre moi, je veux jouer ! FRANK Tu vas voir, c’est pas compliqué... JORDAN Est-ce que maman savait jouer à ce jeu ? FRANK (hésitant) Oui, je crois qu’elle savait y jouer... L’objectif filme en plongée durant un instant de silence tendu. La chambre est presque lumineuse, tandis que l’extérieur par la fenêtre est noir. FRANK Dis-moi comment tu trouves notre nouvelle maison Jordan. JORDAN Elle est belle... FRANK (content) Ca me fait plaisir que tu la trouves belle ! Jordan bouge un pion sur le plateau et se met à rire, ce qui surprend Frank. Il pose son regard – vue subjective – sur l’ours en peluche bleu que sa fille tient contre elle. JORDAN (souriante) J’ai compris comment on fait ! FRANK Je t’avais dit que tu me battrais facilement ! La sonnerie de la porte retentit. Frank adresse un sourire à Jordan et passe sa main dans ses cheveux. Il se lève et sort de la chambre en faisant un clin d’œil à sa fille. Jordan montre ses dents en guise de réponse. Frank descend les escaliers au petit pas en soupirant tandis que la sonnerie se fait entendre une seconde fois. Frank ouvre la porte et se retrouve nez à nez avec Roméo. Ce dernier est habillé de noir et de bleu marine, il frotte sa main contre son blouson. ROMÉO Je reconnais à leur visage les gens qui sont heureux de me voir... FRANK Luther, il y a un problème ? ROMÉO Ben, j’aurais bien voulu parler dans des conditions plus favorables que sur le pas de la porte... Frank s’apprête à refuser mais baissant son regard il voit sa jambe bandée qui lui rappelle les événements des deux derniers jours. Il fait signe à Roméo d’entrer, ce dernier répond par un demi-sourire. Le hall est décoré d’un tapis, les murs sont clairs et la lumière orangée, presque diffuse. Roméo pénètre dans le salon et s’assied sur le canapé après avoir regardé Frank comme pour lui demander la permission. Frank s’installe sur le fauteuil d’en face en avalant sa salive. ROMÉO (regardant les alentours) Je n’imaginais pas la maison d’un spécialiste en crimes sexuels rangée de telle façon... FRANK Vous êtes venu me parler du Groupe Millennium… ROMÉO Oui...l’interrogatoire mené par votre ami Giebelhouse n’a rien donné, ils ont été relâchés. Ce qui est étrange c’est qu’au lieu de fuir, ils sont restés près de l’entrepôt à nous attendre... FRANK (intrigué) Vous voulez dire que les hommes en combinaison n’étaient peut-être pas du Groupe ? Roméo hausse les épaules avant de se vautrer contre le cuir. ROMÉO Frank, que faites-vous avec les Coqs ? Ce sont des illuminés, avec nous vous pourriez... FRANK (hochant la tête) Ca suffit Luther, je ne fais plus partie de Millennium… ROMÉO Mais vous le regrettez...je comprends ça. Je travaillais dans une section anti-terrorisme dans l’est de la France quand ils m’ont fait rejoindre leurs rangs. On m’a donné le choix entre les théologiens et les physiciens, et j’ai choisi les seconds... FRANK Qu’êtes-vous venu faire ici, Luther ? ROMÉO Je suis venu soutenir mon camp trop souvent désigné comme bouc émissaire. Vous savez, chez moi les Chouettes sont largement plus nombreuses que les Coqs... Frank respire longuement avec un air tourmenté et Roméo l’écoute avec intérêt, mais surtout avec un air attentif qui a l’air de surprendre Frank. FRANK Je leur ai dit que c’était une malédiction, ils m’ont affirmé qu’au contraire c’était une chance incroyable ; ils ont rajouté que certaines personnes avaient des prédispositions et qu’elles se devaient de les utiliser efficacement afin d’annihiler la méchanceté...l’horreur... ce sentiment malsain qui émane de nos sociétés au fur et à mesure que le millennium approche...je me suis offert à leur cause...et aujourd’hui me voilà spectateur du pire de leur génocide... Roméo se penche un peu en avant en passant sa main sur sa joue mal rasée. L’ambiance est silencieuse, et Frank semble pensif. ROMÉO Une épidémie qui s’est arrêtée très rapidement, vous ne trouvez pas ? FRANK Je sais où vous voulez en venir...au Moyen-Age la peste noire a perdu sa virulence en plusieurs mois et Marburg, un agent pathogène de type 4, en seulement quelques jours... ROMÉO L’épidémie ne s’est pas volatilisée toute seule comme par magie Frank, des personnes sont responsables de la disparition de ce virus... FRANK Comment peut-on stopper un tel monstre, sans être celui qui l'a lâché dans la nature... ROMÉO Oh mais vous savez comme moi que c’est Millennium qui a éradiqué Marburg, dans un tel laps de temps c’est indéniable. Demandez à Watts, il vous dira comme moi. En ce qui me concerne c’est une vérification, un entraînement à la propagation. Frank se lève du fauteuil. Sentant qu’il s’agit d’une manière de lui dire de s’en aller, Roméo en fait de même et commence à se diriger vers la porte de sortie d’un pas pataud. En vue subjective, Roméo croise du regard une photo de Catherine. Il s’arrête une seconde et regarde les alentours comme pour chercher cette femme, sans succès, il préfère ne rien dire. Jordan dévale les escaliers en courant, le même nounours bleu à la main. Elle se jette dans les bras de Frank qui la soulève en riant. Roméo les regarde, le visage inexpressif. JORDAN Papa je t’attends pour jouer ! FRANK (souriant) Je discutais avec quelqu’un ma puce, vas te mettre en pyjama et ne touche pas aux pions ! JORDAN D’accord. FRANK (plaisantant) N’en profite pas pour tricher hein, je reviens ! Jordan approuve de la tête puis s’approche sans rien dire de Roméo et lui tend sa main comme pour serrer la sienne. Amusé et étonné, Roméo sert doucement la main de la petite sous l’œil désabusé de Frank. ROMÉO Oh, t’as de la force dans les mains toi, une vraie championne ! JORDAN Tu es un ami de papa ? Roméo lève les yeux vers Frank une seconde en haussant un sourcil, sans répondre. Il salue Frank d’un geste de la main et sort de la maison. Il fait nuit noire et le quartier est désert. ROMÉO Ne soyez pas méfiant comme ça Frank, j’adore les enfants. FRANK Vous en avez ? Roméo semble réfléchir à sa réponse. ROMÉO Disons que j’aurais pu. Bonsoir. Roméo quitte la maison, la caméra filme Frank et Jordan de dos le regardant s’éloigner. Jordan tient la main de son père, ce dernier ferme la porte. JORDAN Papa, c’est ton ami ? FRANK Je crois. SÉQUENCE 25 – BÂTIMENT DE LA POLICE DE SEATTLE – JOUR Vue sur le bâtiment gris à l’angle d’une rue. Frank et Roméo entrent à l’intérieur du bâtiment. SÉQUENCE 26 – BUREAUX DE LA POLICE DE SEATTLE – INT. JOUR Vue sur Peter Watts assis à un bureau marron, occupé à pianoter sur un ordinateur. La caméra lit par dessus son épaule, sur l’écran l’on voit une liste de mots défiler à vive allure. Frank tape à la porte deux fois et Peter se retourne vers lui. Il se lève en croisant ses bras et hoche la tête vers le moniteur. PETER Frank, j’ai trouvé des éléments intéressants, tu vas être étonné. FRANK Attends, je ne suis pas venu seul... Les mains dans les poches entre dans la pièce Roméo Luther. Peter fronce les sourcils et désigne Roméo d’un mouvement de tête en s’adressant à Frank. PETER (en colère mais maîtrisé) Il n’est pas question qu’il s’en mêle Frank. FRANK Peter ça suffit, il est de notre côté ! PETER C’est un membre du Groupe ! FRANK Ce n’est pas une raison suffisante pour refuser son aide, je te le signale. Roméo assiste à la scène avec une sorte de sourire ironique, son dos appuyé contre le mur, son pied battant la mesure sur le sol. PETER Nom de dieu Frank, il est arrivé aux USA en même temps que l’épidémie ! FRANK (énervé) Et toi, tu étais où pendant l’épidémie ? ! Peter avale sa salive et se calme. Il respire profondément puis se penche vers l’ordinateur en montrant la série de mots à Frank qui chausse ses lunettes. L’écran est noir, la police d’écriture verte se reflète en ziguezaguant sur les verres de Frank. PETER Grâce à d’anciennes relations, le FBI m’a transmis une liste non exhaustive des victimes de l’épidémie de Marburg Prp sur le territoire américain. FRANK Si le FBI savait que tu as quitté le Groupe, tu n’aurais pas eu ces informations, ils auraient eu peur de te les donner... Roméo s’approche à son tour du moniteur. Peter l’ignore, il fait défiler la liste des morts durant l’épidémie – tout en continuant de parler à Frank – sans tenir compte de Roméo. La caméra fait un gros plan sur le nom de Catherine Black défilant sur l’écran. Roméo écarquille les yeux et regarde Frank sans rien dire. PETER Voilà, on arrive à la liste des disparus, la grande surprise est ici... Frank et Roméo écoutent Peter attentivement. PETER Aux États-Unis, nous estimons le nombre de disparus dont le corps n’a pas été retrouvé durant le fléau à environ 400 personnes... FRANK C’est étrange, il y a beaucoup de noms que j’ai déjà vus quelque part... PETER (croisant ses doigts) Des membres du Groupe Millennium Frank...près de 70% des disparus américains étaient membres du Groupe Millennium. FRANK Je n’y crois pas, c’est... ROMÉO ...statistiquement impossible. PETER Frank, il se passe quelque chose, j’ignore quoi mais je pense qu’il est de notre responsabilité d’empêcher qu’un tel drame se reproduise. Car si le virus a été vaincu cette fois par je ne sais quel miracle, une seconde propagation pourrait tous nous annihiler. FRANK Ce n’était pas un miracle, ils ont fait stopper l’épidémie. PETER Tu ne te rends pas compte des moyens nécessaires à une telle action. Nous approchons dangereusement de la barre des 500 jours, Frank ! Frank est à nouveau submergé de violentes visions : - un ange étincelant battant des ailes - un cri de femme FRANK Peter...je...je revois encore une fois cet ange... ROMÉO (un peu étonné) Euh...un vrai avec des ailes, des plumes et une tenue blanche ? PETER Vous occupez pas de ça Luther...un ange ? C’est pas la première fois ? La caméra se fige sur les yeux de Frank, qui s’ouvrent soudainement en grand. FRANK (concentré et effrayé) C’est Lara, il faut la trouver d’urgence ! PETER C’est son ange que tu vois ? Frank, rien ne nous dit que... FRANK Elle est vivante Pete, nous partons de suite. Peter n’a pas le temps de répliquer que Frank tourne les talons et quitte le bureau. Watts regarde une dernière fois l’écran d’ordinateur. SÉQUENCE 27 – UN BUREAU – INT. JOUR Vue sur une pièce fortement éclairée par la lumière du soleil, couverte de tapis anciens et occupée par une grande table rectangulaire. Le décor est presque monarchique. Deux hommes que nous discernons mal, les mêmes qu’auparavant, discutent autour d’une tasse de thé, installés d’un bout à l’autre de la table. De la musique classique émane d’un vieux tourne-disque posé près de la fenêtre. La caméra fixe un instant en gros-plan les sillons du disque noir. HOMME (tendu) C’est vraiment gentil à vous de m’avoir invité à boire en votre compagnie... PREMIER HOMME (les yeux fermés) Vous connaissez cette douce musique ? HOMME C’est...le Canon de Pachelbel. PREMIER HOMME En 1791 alors qu’il entamait ses dernières années d’existence, ce compositeur fut intégré au sein du prétentieux Groupe Millennium qui promouvait à l’époque de pseudo-valeurs humaines et la foi. Et pourtant, ça ne m’empêche pas d’apprécier cette œuvre magistrale aujourd’hui. Elle ne se lasse pas de me faire penser aux grandes choses que nous devons accomplir pour l’avenir... HOMME Nombreux intellectuels, politiques et artistes ont placé en un temps leur foi en Millennium, nous le savons... Le Premier Homme s’enlève un poil du sourcil en attendant que l’autre poursuive son discours, ce qu’il fait. HOMME Mais pour le moment nous n’avons pas obtenu d’informations assez satisfaisantes de la part des médiateurs. Peut-être n’avons-nous pas encore mis la main sur le bon facteur, mais de toutes façons nous cherchons... PREMIER HOMME (faisant des mouvements circulaires avec sa tête) La Justice est un travail de longue haleine ! Un combat que seuls les plus braves peuvent entreprendre, ceux qui ont conscience du potentiel divin qui les anime ! La caméra filme la table et les protagonistes vus de haut. HOMME Je pense que vous savez que nous avons été repérés il y a deux nuits ; nous n’avons pas encore réussi à identifier ces individus mais des membres de Millennium seraient les suspects idéals, forcément. PREMIER HOMME Ils ne doivent pas en croire leurs yeux, et les terroriser de la sorte me réjouit beaucoup. HOMME Ca les divise, c’est toujours mieux dans de pareilles conditions. Gros plan sur le premier homme en train de se lever, il porte une sorte de blouson en cuir et a une quarantaine d’années. Ses cheveux sont mi-longs et bruns, ses doigts sequelettiques et blancs s’agitent dans le vide. PREMIER HOMME Millennium peut commencer à compter ses jours à partir de maintenant. SÉQUENCE 28 – HÔPITAL PSYCHIATRIQUE DE SEATTLE – INT. JOUR Vue sur le couloir principal de l’hôpital psychiatrique, aux murs sombres. Frank, Peter et Roméo courent dans ce couloir en contournant les employés de l’établissement. Le sol est ciré et jette des reflets sur les visages des personnages. Des malades se baladent en plein milieu du couloir en bafouillant des mots incohérents – et en donnant des coups de pieds dans les meubles - tandis que des infirmiers tentent de les reconduire de force à leur chambre. ROMÉO Dites, c’est quoi ce foutoir ? ! PETER Quelque chose a provoqué un sacré remue-ménage ici... Peter fonce droit vers le premier médecin qu’il voit et l’arrête avec la main. Ce dernier tente de se dérober, apparemment pressé. PETER Pourrait-on connaître le numéro de chambre d’une patiente nommée Means qui... Peter ne termine pas sa phrase, il voit Frank se diriger à grands pas et les poings serrés jusqu’à une porte métallique. Il le rejoint vite, accompagné de Roméo, un peu dépassé. PETER C’est cette chambre Frank ? Frank ne répond pas, il fixe la porte avec un sourcil froncé. PETER Attends, il nous faut demander la clef, je reviens. ROMÉO (amorçant un premier pas en arrière) Laissez, j’y vais de suite. FRANK (tout en continuant à fixer la porte) Je crois que ça ne sera pas nécessaire... La caméra filme en contre-plongée Frank poussant doucement la lourde porte métallique, qui s’ouvre sous les yeux stupéfaits de Peter et Roméo. FRANK La porte a été défoncée...et Lara n’est plus là. En vue subjective nous voyons la chambre dévastée de Lara. Des morceaux de tissus traînent par terre, posés vulgairement, le lit est tordu à force d’avoir reçu des coups de pieds, le sol est tâché et le matelas a été jeté contre un mur. ROMÉO Les femmes sont si soigneuses avec leurs affaires... Frank entre dans la chambre tandis que ses partenaires restent sur le seuil de la porte. Il tourne sur lui-même et examine la pièce. Il finit par prendre le matelas et le pousser de contre le mur. Frank s’accroupit et regarde quelque chose sur ce mur. Peter et Roméo le rejoignent. En contrechamp nous voyons ce que fixe Frank ; il voit une inscription gravée à la va-vite en lettres de sang : PNEUMA PETER (soupirant) Ce ne sont pas des membres du Groupe Millennium qui ont fait ça... Vue en plongée de Frank accroupi. Le champ de la caméra s’élargit jusqu’à ce que l’on voit Peter et Roméo debout autour de Frank, regardant tous trois le message écrit sur le mur. FONDU AU NOIR. A SUIVRE...