MillenniuM Saison 3 virtuelle EPISODE 3vs03 : LA PETITE SUSIE Ecrit par Gib's. gib_praise@yahoo.fr PRECEDEMMENT DANS "MILLENNIUM" Des images de l'épisode Hylikon apparaissent. Toutes les scènes se déroulent dans le quartier général de MillenniuM. VIEIL HOMME Les évènements ont prouvé qu'un homme seul ne peut être en mesure de prendre toutes les bonnes décisions. Le Doyen restera en place, mais il ne décidera plus seul de l'avenir du Groupe. Il sera dorénavant le président d'une sorte de conseil de douze membres - six Coqs et six Chouettes - qui écouteront chaque opinion et voteront chaque mesure. Coupure sur un autre extrait. FRANK Nous voulons que Roméo Luther soit l'un des douze. Il y apportera son sens de l'honneur qui l'a conduit jusqu'ici au début de l'épidémie, sa franchise, et aussi le point de vue de tous ces membres du Groupe qui vivent en Europe ou ailleurs, loin des principaux organes décisionnels. Et puis la position de Roméo Luther au sein de la branche française, sa fidélité au Groupe, lui donnent le droit de prétendre à cette place, contrairement à moi ou Peter. VIEIL HOMME Votre demande est acceptée, Frank. Autre extrait. VIEIL HOMME Peter retrouvera son statut de membre, et vous celui de candidat. Mais ne vous croyez pas tout permis. Vous devrez répondre de vos actes au Groupe, à son Conseil. Peter ne supervisera plus de candidats avant quelques temps. C'est quelqu'un d'autre qui s'occupera de vous, Frank. FRANK Qui ? VIEIL HOMME Malheureusement, elle n'a pas pu rentrer du Canada pour être ici. Mais elle sera l'un des douze. Elle s'appelle Suzanne McCarlton. Vous la rencontrerez bientôt. SEQUENCE 1 - QUARTIER GENERAL DU GROUPE MILLENNIUM - INT. JOUR - Mercredi 5 août 1998, 14H00. Vue sur une pièce apparemment très grande mais sombre, et vide. Seule une table, ronde, meuble la salle. Elle est éclairée par des lampes situées juste au-dessus. Treize membres du Groupe Millennium sont assis autour de cette table. La caméra, qui était très éloignée de la table, et qui la filmait d'au-dessus, "plonge" en sa direction pour filmer en gros plan et un à un les personnes présentes, tandis qu'un léger brouhaha se fait entendre. On remarque : le Doyen qui, semble-t-il, vient d'arriver, Mike Rockview, le plus haut placé des chouettes dans le Groupe Millennium, Carol Finley et Roméo Luther. Ce dernier est d'ailleurs le seul à ne pas converser avec d'autres membres et il se tourne les pouces, d'ennui. Puis, le Doyen tape avec un crayon sur la table pour obtenir le silence. LE DOYEN J'espère tout d'abord que vous avez tous passé de bonnes vacances, et profité du repos bien mérité après les derniers et terribles évènements qui sont se sont déroulés en mai dernier et le retour à la normal qui a pris beaucoup de temps. Certains d'entre nous ont déjà repris le travail depuis quelques jours ou même quelques semaines pour les plus acharnés. D'autres étaient bloqués en différents lieux du monde, nous empêchant d'être au complet. Il regarde son assistance. LE DOYEN Je vous ai convoqués pour une première séance afin de mettre les choses en place dans notre nouvelle manière de fonctionner qui, je l'espère, se révèlera efficace. Mais avant cela, je tenais à présenter Suzanne McCarlton à Roméo Luther qui n'a pas le plaisir de la connaître. Le Doyen marque une petite pause, puis il ajoute très rapidement: LE DOYEN Et inversement bien entendu. Je pense que vous connaissez tous les autres membres, Roméo ? Les yeux des différents membres se tournent vers Roméo Luther. ROMEO (émergeant de ses pensées et s'éclaircissant la voix) Euh, oui oui... Il adresse un sourire poli mais forcé à quelques membres puis se tourne vers la personne que lui désigne le Doyen. Suzanne McCarlton est une très belle jeune femme d'une trentaine d'années, brune, au look sérieux et BCBG. Malgré son jeune âge, c'est une membre importante du Groupe. Elle semble très appréciée de ses collègues et de sa hiérarchie qui la considère comme une membre loyale qui a fait ses preuves par le passé. C'est pourquoi elle a été choisit dans le rôle de superviseur, pour remplacer Peter Watts. LE DOYEN (les présentant) Suzanne McCarlton, Roméo Luther. Roméo Luther, Suzanne McCarlton. ROMEO (la main sur la poitrine et sur un ton humoristique) Madame, je suis très touché de vous rencontrer et d'être assis à votre table. SUZANNE (détendue par la phrase de Roméo) Ravi de vous rencontrer Monsieur Luther. ROMEO (la coupant) Appelez-moi Roméo, pas de ça entre membres du Groupe ! SUZANNE (polie) Vous avez fait une entrée fracassante aux Etats-Unis ! Nous sommes très contents de vous avoir parmi nous ... Elle ajoute : SUZANNE ... Roméo. ROMEO (ironiquement cérémonieux) Vous me comblez, chère Suzanne. Le reste des membres du Conseil reste quelque peu étonné de cette étrange et cocasse scène jusqu'au moment où le Doyen reprend la parole. LE DOYEN Bien. Premier point de notre petite réunion : la nouvelle affectation de Suzanne. A ces mots du lancement de la réunion, chaque personne se redresse sur sa chaise ou sort un papier contenant l'ordre du jour. LE DOYEN Comme vous le savez tous, Suzanne a été choisie comme nouveau superviseur des candidats importants à l'intégration dans le Groupe. Elle s'occupera surtout de Frank Black. Le Doyen se tourne vers Suzanne. LE DOYEN Suzanne, je vous invite à faire une visite de courtoisie à Frank dans les jours qui viennent, pour faire connaissance, le rassurer en lui expliquant qu'il bénéficiera de la même liberté et du même appui du Groupe, et de vous-même, que lorsqu'il travaillait avec Peter Watts. Frank Black nous a redonné notre chance en ne quittant pas le Groupe, c'est un potentiel membre à qui il faut redonner confiance. Je compte sur vous Suzanne pour l'épauler du mieux possible dans les enquêtes auxquelles vous participerez. Vous travaillerez avec lui dès qu'il aura terminé ses vacances. Suzanne acquiesce d'un signe de tête. Le Doyen se met maintenant à parler à tous les membres du conseil. LE DOYEN Passons maintenant à un autre sujet important : la cohésion de notre Groupe. Cohésion qui n'était pas telle que le Patriarche et moi-même la souhaitions. Après l'affaire Marburg, MillenniuM doit repartir sur de bonnes bases et ... Les paroles du Doyen deviennent inaudibles et on passe à la deuxième séquence. SEQUENCE 2 - MAISON JAUNE - INT. JOUR - Même Jour, même heure. Vue sur Jordan Black assise en tailleur dans le salon. Elle est en train de faire une partie de Monopoly. La caméra s'éloigne de quelques mètres, pivote sur elle-même et se dirige dans le vestibule où se situe Frank Black, en conversation téléphonique. PETER (au téléphone) Oh ma femme va très bien. Ca fait du bien de passer un moment tranquille avec la famille. D'ailleurs, elle propose que tu viennes chez nous un soir, avec Jordan. On se fera un barbecue... Il ajoute en plaisantant : PETER (OFF) ... je suis un spécialiste de la cuisson des merguez ! FRANK (souriant) Oui pourquoi pas, alors je te rappelle pour qu'on convienne d'un jour ? PETER (OFF) D'accord Frank. Au revoir et profite bien de tes derniers jours de vacances. FRANK Au revoir Peter. Frank raccroche et sourit en pensant à la conversation qu'il vient d'avoir puis se dirige dans le salon. FRANK (plaisantant) Tu n'as pas retourné les cartes pour voir ce qu'il y avait marqué ? Il n'attendait pas de réponse alors il demande: FRANK C'est à qui de jouer ? JORDAN A moi ! Mais d'abord je mets des hôtels sur les rues oranges. Elle remplace les petites maisons vertes par des maisons rouges et les place sur les cases oranges. Ensuite, elle jette le dé et avance son pion. Elle évite toutes les cases de Frank et atterrit sur une de ses cases. FRANK (riant) C'est pas possible, tu as trop de chance ! Frank et Jordan continue leur jeu pendant qu'on passe à la troisième séquence. SEQUENCE 3 - LYON, PLACE AMBROISE COURTOIS - EXT. NUIT - FRANCE - Même jour, au même moment. Il est 22 heures. Vue sur une place où se déroule une projection gratuite d'un vieux film. Les gradins où sont assis les spectateurs sont à une dizaine de mètres du monument sur lequel est projeté le film qui lui-même se situe en bord de la place. Sur le reste de la place, quelques personnes se promènent ou sont assises sur des bancs : familles, groupes d'amis, etc tandis qu'un ou deux cafés animent ce petit quartier. Plan rapproché sur les spectateurs du film assis dans les gradins - le son est bruyant - puis plan sur quelques enfants se courant après sur la place. Un homme s'approche d'une enfant qui s'est arrêtée de courir, essoufflée. HOMME (s'adressant gentiment à la fillette) Alors, comment ça va ce soir ? FILLE Ca va ! Maman regarde le film mais j'aime pas alors je joue avec des copains et des copines. HOMME (lui souriant) Ca te dirait une glace pour te rafraîchir ? Elle hésite. FILLE Ben ... j'ai pas d'argent, je veux pas trop aller demander maintenant. Puis explique : FILLE Maman va sûrement pas être contente que je la dérange pendant qu'elle regarde le film. HOMME (rassurant) C'est pas grave ! Ce soir, je t'en offre une gratuitement ! FILLE (radieuse) C'est vrai ? Est-ce que Mélanie peut aussi en avoir une ? HOMME D'accord! Viens avec moi, on va en chercher deux et tu lui feras la surprise, d'accord ? FILLE Ok ! HOMME Alors allons-y ! J'ai garé ma camionnette dans la rue, là bas, il n'y avait plus de place ici. SEQUENCE 4 - EXT. NUIT - LYON, RUE DU PREMIER FILM - Quelques secondes plus tard. La rue est très sombre par manque d'éclairage public. Le bruit y est réduit: on entend seulement les sons lointains provenant de la place pourtant toute proche. La musique démarre. L'homme et la fillette sont près d'une camionnette blanche. L'homme sort sa clé et l'introduit dans une des portières arrières de son véhicule. Vue sur les spectateurs du film puis retour dans la rue. HOMME (ouvrant les portières) Tu veux quoi comme parfum ? Framboise - Citron comme d'habitude ? FILLE (ravie) Oui et ... vanille - chocolat pour ma copine ! L'homme pousse violemment la fillette dans la camionnette vide. Il ferme rapidement les portières à clé, puis, très calmement, se dirige vers la place du chauffeur. Il monte puis démarre en direction opposée à la place. Vue sur la place bruyante et les spectateurs du film puis retour dans la rue silencieuse. On entend seulement la musique. La camionnette est déjà loin au bout de la rue. Fondu au noir et arrêt de la musique. GENERIQUE M i l l e n n i u M GARDER ESPOIR, CROIRE AU FUTUR ... L'HEURE EST PROCHE ? "La société est gangrenée par la pédophilie." Carine Hutsebaut, profiler, psychologue et victimologue. ACTE 1 SEQUENCE 5 - MAISON JAUNE - INT. JOUR - 5 jours plus tard : Lundi 10 août 1998 - 10H13. La sonnerie du téléphone retentit. Après trois coups, Frank Black apparaît en haut de l'escalier. Il descend les marches à toute vitesse jusqu'au vestibule et attrape, en fin de course, le combiné du téléphone. FRANK BLACK Frank Black ! VOIX (OFF) Allo, Frank ? Bonjour, désolé de vous déranger. Il s'agit de Roméo Luther. FRANK (cool) Pas de problème Luther. Comment allez-vous? ROMEO (OFF) Euh ... ça peut aller merci. Il marque une pause puis reprend. Sa voix se met à trahir une petite gêne. ROMEO (OFF) En fait, je vous appelle parce que j'ai un petit problème. FRANK (toujours aussi cool) Oui ? ROMEO (OFF) Une amie à moi - une amie française - est sans nouvelle de sa fille depuis près d'une semaine. Je vais repartir en France quelques temps pour ... pour être auprès d'elle. Frank avait jusque là le sourire au coin des lèvres, probablement heureux des quelques semaines de repos qu'il avait passé près de sa fille, loin de tout et loin de son travail. Son sourire disparaît et laisse place à une mine sérieuse, les sourcils froncés. Il attrape une chaise et s'assoit. FRANK Je vois. Il n'ajoute rien, comme pour laisser Roméo poursuivre. ROMEO (OFF) Elle m'a mis au courant assez tôt mais les recherches ne progressent pas. J'ai proposé mon aide et celle du Groupe à la police qui n'avance pas, faute d'experts dans ce genre d'affaire. Il en explique la raison. ROMEO (OFF) Aucun n'est disponible ou presque, la plupart sont retenus sur d'autres affaires qui se sont multipliées suite au chaos temporaire qu'a provoqué marburg. On l'entend avaler sa salive, puis il reprend. ROMEO (OFF) Voilà, en fait ... ben j'appelais pour vous demander votre aide. Frank, pensif, ne répond pas immédiatement. FRANK La police pense que c'est un enlèvement ? ROMEO (OFF) Oui, la thèse de l'accident et celle de la fugue ont été rejeté. Elle a été vu accompagnée d'un homme quelques dizaines de minutes avant que sa mère constate sa disparition. Silence de Roméo, et de Frank. Celui ci semble réfléchir. FRANK D'accord Luther, je veux bien passer un ou deux jours pour essayer de vous apporter mon aide, le temps de faire une expertise. ROMEO (OFF) (ne sachant quoi répondre) C'est ... vraiment sympa de votre part. Alors, je vous en dirai un peu plus dans l'avion ? Il faudrait partir dès cet après midi, il y a un avion à 16H30. FRANK Très bien. A tout à l'heure. Frank raccroche le téléphone puis appelle Jordan, tout en montant les escaliers. SEQUENCE 6 - MAISON JAUNE - INT. JOUR - Dans la chambre de Jordan. Jordan est assise et dessine lorsque Frank fait son entrée. FRANK Jordan. Jordan se retourne. FRANK Je vais devoir partir quelques jours pour le travail. JORDAN Mais ... je croyais que tu étais encore en vacances ? FRANK Oui, chérie je sais ... mais je vais m'absenter quelques jours. De toutes façons, tu pourras t'occuper avec oncle Tom et tante Helen, comme prévu. JORDAN Tu reviens quand ? FRANK Dans quelques jours. Je t'appellerai ! JORDAN (enchantée par ce que son père vient de lui dire) D'accord ! Elle ajoute, fière : JORDAN Je suis grande, je sais répondre au téléphone maintenant ! Profitant de ces quelques paroles pour lui apprendre une nouvelle qui risque de l'inquiéter, Frank rétorque : FRANK Oui, tu es une grande fille maintenant alors tu devras attendre toute seule un peu plus d'une heure que ton oncle et ta tante arrivent. Je dois prendre l'avion, je pourrais pas les attendre. Tu leur montreras les beaux dessins que tu as faits pendant les vacances. JORDAN (un peu inquiète) Toute seule ? FRANK Mais oui ! Tu vas y arriver, c'est pas bien difficile. Je leur laisserai un mot et j'appellerai ce soir. C'est toi qui garderas la maison en attendant qu'ils arrivent ! SEQUENCE 7 - AEROPORT DE SEATTLE - INT. JOUR - 15H59 Roméo Luther fait la queue pour l'enregistrement de ses bagages. Il sort son téléphone portable et compose un numéro. ROMEO Allo Suzanne? Ici Roméo Luther. SUZANNE MCCARLTON (OFF) Ah ! Bonjour Luther. Que puis-je faire pour vous ? ROMEO Roméo. Appelez-moi Roméo. Je voudrais pas insister, hein, mais j'y tiens. Pas de réponse de Suzanne. ROMEO Oui bon euh ... j'ai fait appel aux services de Frank Black sur un cas d'enlèvement en France. Le Groupe est sur l'affaire. Je tenais simplement à vous mettre au courant puisque vous êtes son superviseur. SUZANNE (OFF) Comme vous voulez Roméo, de toutes façons je ne suis pas sensée rencontrer Monsieur Black avant la fin de semaine prochaine. ROMEO Tant mieux, je pensais que ça vous poserait un problème. SUZANNE (OFF) J'en informerai simplement le reste du Conseil. Par simple formalité. ROMEO Ah oui, c'est parfait. Ca m'évitera d'aller là bas pour tous ces foutus bavardages. Bon ben merci et au plaisir, Suzanne. SUZANNE (OFF) Attendez ! Par curiosité, mailez-moi une copie du dossier dès que vous arrivez. ROMEO Ca roule. GoodBye ! SEQUENCE 8 - Intérieur d'un avion - INT. JOUR - 18h30, heure de Seattle. Frank Black et Roméo Luther sont assis côte à côte dans l'avion qui les amène vers la France. Chacun de leur côté, les deux hommes écoutent de la musique un casque sur les oreilles, un walkman à la main. Roméo brise le silence qui s'était installé depuis plusieurs dizaines de minutes. ROMEO Monsieur Black ! Celui ci ne répondant pas, Roméo lui tapote l'avant bras pour signaler qu'il veut lui parler. ROMEO Frank ! FRANK (sourire aux lèvres, enlevant son casque des oreilles) Désolé ! ROMEO Vous écoutiez quoi ? FRANK Euh ... oh ... un peu de tout. Bobby Darin, Pink Floyd, Michael Jackson ... Entre autres. ROMEO Ouais que du bon, hein. Dites, vous voulez peut être en savoir un peu plus à propos de l'affaire sur laquelle nous allons travaillé ? Il ajoute : ROMEO Sauf si vous préférez parler musique mais moi mon rayon c'est plutôt le hard rock, le rock industriel, tout ça... Frank appuie sur le bouton stop de son appareil et le range dans un sac. FRANK J'attendais juste que vous preniez l'initiative d'en parler. Vous m'avez dit que la mère de la jeune fille qui a disparu était une amie. ROMEO Euh ... oui, une amie d'enfance. Je suis allé à l'école avec elle jusqu'en terminale ... et ouais, ça vous en bouche un coin, hein ? Remarquez, certains de mes profs en ont bavé. Ils comprenaient rien à mon génie. C'est comme ça avec les cerveaux d'exception. Moi et Einstein, on est un peu pareil. Frank ne répond pas. Roméo le remarque et poursuit. ROMEO Enfin bref, euh ... c'est une amie d'enfance ouais. Elle s'appelle Anne, Anne Tarnier. Le père de Susie - la petite s'appelle Susie - était un type qui a mis enceinte sa mère après une soirée bien arrosée, si vous voyez ce que je veux dire. Elle ne l'a jamais revu. FRANK Elle élève sa fille toute seule ? ROMEO Oui. Une femme assez indépendante. FRANK Et quel âge a la petite ? ROMEO Susie ? Elle vient d'avoir huit ans. J'étais à son anniversaire, quelques semaines avant que l'affaire Marburg éclate. FRANK Racontez-moi comment votre amie a découvert que sa fille avait disparue. ROMEO Et bien ... il y a des projections gratuites en plein air près de chez elle, tout l'été. Anne avait invité quelques copines pour regarder le film projeté ce soir là. Vous savez comment sont les gosses, ils tiennent pas en place. Susie est allée jouer sur la place où était projeté le film avec une copine et d'autres enfants. Sa mère ne l'a pas revu jusqu'à la fin du film mais elle n'y a pas prêté attention. Elles habitent juste à côté, Susie connaît bien le quartier. Il s'éclaircit la gorge, quelque peu mal à l'aise. ROMEO Elle a cherché sa fille sur toute la place puis est rentrée chez elle un peu inquiète mais en pensant la trouver en train de jouer avec sa copine ou quelque chose comme ça. Comme elle ne l'a pas trouvée, elle a appelé les parents de sa copine, de plus en plus inquiète. La copine de Susie l'avait vu partir avec un type. Anne a appelé les flics tout de suite. Il marque une pause. ROMEO Voilà à peu près tout ce que je sais. On en saura plus en arrivant. Vous imaginez que mon amie est dans un état assez déplorable, elle m'a demandé de l'aide et j'ai proposé les services de Millennium à la police. Ils en avaient besoin ces fainéants. FRANK D'accord. Alors reposons-nous un peu. On aura une journée difficile demain, avec le décalage horaire. SEQUENCE 9 - LYON, PLACE AMBROISE COURTOIS - EXT. JOUR - 18H00, heure française. Le ciel est gris sombre mais il ne pleut pas. Il fait très frais, surtout pour cette période de l'année. Le taxi transportant Frank Black et Roméo Luther depuis l'aéroport s'arrête au bord de la place. Les deux hommes en descendent. ROMEO Voilà le lieu de l'enlèvement. Notre hôtel n'est pas très loin mais nous allons d'abord discuté avec un type de Millennium qui fait le lien avec la police. Il doit nous attendre par ici. Roméo scrute la place. Son regard se porte sur un homme assis sur un banc, quelques dossiers à la main. ROMEO Ah ! Le voilà ! Roméo et Frank se dirigent alors vers l'homme en question, en portant leurs sacs de voyage. ROMEO Eh, Pierrot, viens donc nous donner un coup de main, gros fainéant ! L'homme se retourne, surpris. Puis il se lève et s'approche des deux hommes. ROMEO Frank, voici Pierre Campan. L'homme serre la main à Frank puis à Roméo. ROMEO Il s'occupait de m'amener mon gobelet de café tous les matins quand j'étais encore au sein de Millennium France. PIERRE CAMPAN Bonjour, Monsieur Black, j'ai beaucoup entendu parler de vous. N'écoutez pas Roméo, il ne fait que des mauvaises blagues. FRANK Ravi de vous rencontrer monsieur Campan. PIERRE Asseyons-nous sur le banc pour discuter de l'affaire qui nous occupe. Frank acquiesce et les trois hommes vont s'asseoir. SEQUENCE 10 - EXT. JOUR - Même lieu, même heure. PIERRE Roméo vous a mis au courant des éléments qu'il avait en sa possession ? ROMEO Ouais ouais c'est bon. Vas-y Pierrot, dis nous ce que tu sais. PIERRE Des témoins ont aperçu la petite Susie s'éloigner avec notre homme, sans broncher. D'après ces témoignages, ajouté à celui de la mère et de la copine de la petite, on a découvert que l'homme en question était un vendeur de glaces. La mère lui en a acheté plusieurs fois. Il jette un oeil sur son dossier pour se rappeler les éléments à leur communiquer dans l'immédiat. PIERRE Il travaillait sur la place depuis le 10 juillet, environ, en tout cas les habitués du quartier ne l'avait jamais vu avant. Rien ne leur a paru suspect, ils ont cru à un emploi saisonnier. On a vérifié, il n'y avait aucun vendeur de glaces déclaré officiellement dans le coin. Ce type exerçait illégalement. ROMEO On a une idée de qui c'est ? PIERRE On a finit de recueillir des témoignages pour obtenir un portrait robot avant hier. Avec son "travail", il ne passait pas inaperçu. Il tend deux copies du dossier contenant tous les témoignages relevés par les enquêteurs à ses deux collègues. ROMEO Pas de demande de rançon ? PIERRE Non. Pas pour l'instant du moins. De toutes façons, c'est peu probable, son visage était trop connu, même si seulement trois personnes l'ont reconnu le soir de l'enlèvement. En plus, la mère ne roule pas sur l'or. FRANK Et le père de la petite ? PIERRE Vous pensez que ... ? On n'a pas pensé à interroger la mère à ce sujet. Mais, elle nous l'aurait sûrement dit si elle l'avait reconnu. ROMEO (intervenant, le visage sombre) Non, elle ne connaissait pas le père. Elle ne l'a fréquenté que le temps d'une soirée de vacances, dans le sud de la France. Elle n'a su qu'elle était enceinte que plusieurs semaines plus tard et elle n'a jamais revu ce type. On ne sait pas qui c'est alors lui ne sait même pas qu'il a une fille. PIERRE A part ça, aucun mobile apparent. On a interrogé la mère à ce sujet, il n'y a aucune raison visible pour qu'on lui en veuille au point d'enlever sa fille pour la faire chanter ou je ne sais quoi. ROMEO Bref, pour l'instant le Groupe penche pour un détraqué dans le genre de ceux dont on entend parler à la télé depuis l'affaire Dutroux ? PIERRE (faisant la mou) J'en ai bien peur... Silence des trois hommes pendant quelques secondes. Puis Frank prend la parole. FRANK Il faudrait qu'on en sache plus sur la petite. Quand est ce que nous pourrons voir la mère ? ROMEO Tout de suite si vous voulez Frank. Je l'avais prévenue que nous passerions dès notre arrivée. FRANK Très bien, nous irons à l'hôtel après. PIERRE Récupérez bien du décalage horaire. Nous ferons une réunion au QG demain en début d'après midi. SEQUENCE 11 - LYON, PLACE AMBROISE COURTOIS - EXT. JOUR - Quelques minutes plus tard. Le ciel est toujours aussi sombre. Roméo Luther et Frank Black sont devant la grille d'une petite maison. C'est celle d'Anne Tarnier, la mère de la petite Susie. C'est une jolie petite maison, avec un jardin longeant le côté gauche de la maison et se poursuivant à l'arrière. La maison doit être juste assez grande pour une famille de trois ou quatre personnes mais avec de petites pièces. Il n'y a pas de garage et la grille se trouve à trois quatre mètres devant la porte de la maison. Les deux hommes franchissent la grille et s'approchent de la maison. C'est Roméo qui sonne à la porte. Quelques secondes plus tard, une jeune femme d'une trentaine d'années, les cheveux blonds mi-longs, coiffure années 70, mais complètement ébouriffés. La jeune femme a la mine fatiguée et des cernes sous les yeux. En reconnaissant Roméo, son visage semble s'éclairer un peu. ROMEO LUTHER (le ton et le visage grave) Salut Anne... ANNE TARNIER Roméo ! La jeune femme est probablement soulagée de le voir. Elle semble être sur le point de laisser sortir son émotion et de pleurer dans les bras de son ami. Finalement, elle se retient et laisse entrer les deux hommes. Puis elle referme la porte derrière elle. ROMEO Je te présente Frank Black dont je t'ai parlé au téléphone et qui va essayer d'aider le Groupe. ANNE (la voix presque pleurante) Bonjour... FRANK BLACK (le ton décidé) Bonjour madame. Nous sommes venus pour en savoir un peu plus sur votre fille... Il ajoute : FRANK Ca nous permettra peut être de savoir pourquoi elle a été enlevée, elle plutôt qu'une autre. ANNE (sans conviction) Tout ce que vous voulez. FRANK Très bien. Alors ne perdons pas de temps. J'aimerais beaucoup voir la chambre de Susie, s'il vous plait. ANNE Ok ... suivez-moi. Anne s'exprime assez lentement, le ton las, désespéré. Sa démarche reflète le même état d'esprit que son expression: elle se déplace assez lentement, traînant les pieds sur le sol. Elle est visiblement marquée par la disparition de sa fille. Les trois personnages s'engagent dans un couloir, de deux - trois mètres à peine, qui débouche sur trois portes : un placard face à eux ; à droite : probablement la chambre de la mère et à gauche, la chambre de Susie, puisque c'est cette porte qu'ouvre la jeune femme. Elle pénètre dans la chambre, suivie de Frank, tandis que Roméo reste devant la pièce, qu'il connaît déjà pour être petite. Vue sur Frank qui explore la chambre. Une chambre de petite fille assez banale, sans surprise. Quelques affiches ou posters accrochés au mur, mais pas de dessins d'enfants, des bibelots de décoration sur une étagère, pas de peluche, un radio cassette posé à même le sol près du lit. Les habits de la fillette sont visibles, sur une des planches de l'étagère ; la garde robe n'est pas très conséquente. Ajouté la vue de cette chambre à la petite taille de la maison, on peut en déduire que la mère ne roule pas sur l'or, mais que cependant, cette famille vit probablement assez bien, sans gros besoin. FRANK Est-ce que Susie joue souvent sur la place ? ANNE Oui ... très rarement dans sa chambre. Elle ajoute, lasse, mais avec un sourire un peu forcé : ANNE C'est un peu petit. Elle laisse Frank jeter quelques coups d'oeil puis lui dit : ANNE Parfois elle joue dans le jardin. Mais la place est un très bon terrain de jeu, très proche. C'est pratique. FRANK Est-ce que vous auriez une ... Frank s'interrompt en apercevant une photo posée sur la table de la chambre. Il attrape et commence à l'étudier. Il termine sa phrase en gardant les yeux sur la photo. FRANK ... non, c'est bon. Laquelle est votre fille ? Gros plan sur la photo. On y voit deux fillettes. L'une est brune légèrement plus petite que la seconde qui est rousse. C'est cette dernière que désigne Anne. FRANK Parlez-moi un peu de votre fille, quelque chose de particulier ? Je n'ai pas encore lu tous les dossiers, veuillez m'en excuser. La jeune femme ne sait quoi répondre, elle hésite. FRANK (suggérant) Dites moi en un peu plus sur sa personnalité, racontez-moi une journée type, ses fréquentations, sa vie à l'école ... ANNE Elle joue souvent avec sa copine Mélanie. Sur la place par exemple. Elles sont dans la même classe depuis la maternelle. Elle n'a pas d'autre amie aussi proche mais elle joue avec beaucoup de monde. C'est une meneuse et une boute-en-train. Elle s'amuse avec tous les enfants du quartier, sur la place. Silence. Elle semble chercher quoi dire d'autre. Elle reprend : ANNE C'est une petite fille très indépendante et ... à l'école, bah ... ça se passe plutôt bien, ce n'est pas la meilleure de sa classe, mais elle s'en sort bien. Frank acquiesce pour signifier que ces informations lui suffisent. FRANK (faisant mine de partir) Merci madame, nous n'allons pas vous déranger plus longtemps, il se fait déjà tard. SEQUENCE 12 - DEVANT LA MAISON D'ANNE TARNIER - EXT. JOUR - Deux minutes plus tard. Roméo et Frank quitte la maison et se dirige vers leur hôtel. Ils sont en pleine conversation. ROMEO Je ne la voyais plus aussi souvent qu'avant mais on restait des amis très proches. FRANK Que fait-elle dans la vie ? ROMEO Elle travaille pas loin d'ici, dans un musée. L'institut Lumière. Elle a toujours habité dans le quartier. FRANK Et ... elle n'a pas d'homme dans sa vie ? ROMEO Non, elle a jamais rien eu de sérieux, elle est beaucoup trop indépendante. Il ajoute : ROMEO Vous commencez à avoir une idée ? FRANK Si on ne trouve pas de mobile crapuleux, alors je pourrais vous dresser une première ébauche de profil. Mais il nous faudrait en savoir plus pour être sûrs. ROMEO Le témoignage des gens du coin nous en dira peut être un peu plus sur l'homme que nous recherchons. Les deux hommes continuent le trajet jusqu'à leur hôtel. SEQUENCE 13 - INT. NUIT - Lieu inconnu, même jour, heure inconnue. Plan sur des escaliers. On entend une personne les descendre, on aperçoit d'abord les pieds, puis les jambes puis le haut du corps et la tête. C'est l'homme qui a enlevé Susie. Il a un balai à la main, et de l'autre main, une perceuse. L'homme passe devant la caméra qui se retourne pour le suivre. On entend des coups réguliers provenant on ne sait d'où. Il se trouve maintenant dans un couloir assez sombre, qui fait quatre à cinq mètres de long et est éclairé par deux ampoules fixées à un support, lui-même accroché au mur. Les murs sont creusés à même la pierre et deux fils électriques courent le long de ce couloir, dans chaque angle que fait le plafond avec chacun des deux murs, jusqu'aux ampoules. Toujours ces coups réguliers. Gros plan sur un des fils électriques. On suit le parcours de ce fil et on constate qu'il se prolonge jusqu'à l'autre bout du couloir, après l'ampoule qu'il alimente. C'est la même chose sur les deux murs. La caméra arrive au bout du couloir où se trouve deux portes. Vue sur l'homme qui arrive calmement devant une des deux portes et l'ouvre bruyamment. Les coups proviennent de la porte en face, ils cessent lorsque l'homme arrive tout près. L'homme pénètre dans la pièce en face de celle d'où proviennent les coups. Gros plan sur le bras de l'homme allumant la lumière avec l'avant bras. La pièce est assez sombre, mais on voit qu'elle est très poussiéreuse. Elle ne contient rien d'autre qu'un lot de sac poubelle, une pelle et une caisse à outils. On le voit ensuite poser le balai contre le mur, ouvrir sa boîte, récupérer et brancher sa perceuse à une prise électrique située à côté de l'interrupteur de lumière, près de la porte. Il cale la porte contre le mur avec un pied et commence à faire un trou en forme de rectangle au milieu de la porte. Une fois ce travail terminé, il ouvre sa boîte à outils, prend du papier à polir et commence à frotter les bords du trou qu'il vient de faire dans la porte. La caméra s'éloigne de lui alors qu'il termine cette opération, un sourire de satisfaction au coin des lèvres. Elle retourne dans le couloir et film l'autre porte, qui possède une ouverture de la même forme que celle que vient de fabriquer l'homme, mais avec une petite trappe pour cacher l'ouverture. Vue intérieure de la pièce. La pièce est dans l'obscurité. Seule la lumière du couloir pénètre légèrement à travers les petites ouvertures entre la porte et les murs. On peut ainsi distinguer Susie, en pleurs. Retour dans le couloir et vue sur l'autre pièce. L'homme est tranquillement en train de ranger sa perceuse dans sa boîte. Il dépose la boîte sur le sol dans un coin de la pièce près de la porte. Puis, tout de suite, et toujours calmement, il se met à balayer la pièce. Au bout d'une minute ou deux, il récupère la poussière dans la pelle et la jette dans un sac poubelle. Il attrape ensuite le sac poubelle, éteint la lumière et ferme la porte en sifflotant. Il tape bruyamment du point sur la porte de la pièce où se trouve Susie, trois fois. Par provocation. Vue sur Susie faisant un violent et très rapide mouvement de recul, loin de la porte, horrifiée. Retour dans le couloir. L'homme s'éloigne avec un sourire satisfait en direction des escaliers, toujours en sifflotant. FONDU AU NOIR. ACTE 2 SEQUENCE 14 - LYON, COLLINE DE FOURVIERE, QUARTIER GENERAL DE MILLENNIUM, LIEU EXACT INCONNU. - INT. JOUR - Mardi 11 août, 14H30 Vue sur Roméo Luther et Frank Black. Ils sont devant une sorte de guichet, à côté duquel se trouve un portique de sécurité pour détecter tout objet interdit porté par les personnes pénétrant dans le bâtiment. Un membre de millennium surveille le portique pendant qu'un autre remplit des papiers. ROMEO Vous inquiétez pas Frank, c'est la procédure habituelle pour tout non-membre de millennium France. HOMME Votre nom ? ROMEO Moi ? Ecoute bonhomme, tu sais très bien qui je suis même si je ne fais plus partie de la branche française ! HOMME Votre nom s'il vous plait. ROMEO Putain, c'est pas un rigolo le gars. Bon. Luther ! HOMME Vos prénoms ? ROMEO Roméo, Jean. Il s'adresse à l'homme. ROMEO (énervé et moqueur) C'est toto qui va à l'école et ... non ... laisse tomber. T'es trop coincé de la face ! Pas de réaction de l'homme. Roméo passe le portique. L'homme s'adresse à Frank, l'air de rien. HOMME Votre nom ? FRANK Black. HOMME Vos prénoms ? FRANK Frank, Michel. Frank passe à son tour le portique et les deux hommes prennent un long couloir. FRANK Jean, en référence à l'apôtre ? ROMEO Ouais... Sur un ton ironique : ROMEO Décidément vous êtes doués ! C'est une coutume de certaines familles de donner un nom d'un apôtre ou de toute autre personne importante aux yeux des chrétiens. FRANK (acquiesçant d'un sourire) C'est pour ça que je demandais. ROMEO C'est ma mère qui devait être croyante. Et vous, pour Michel ? Rapport à l'archange dans la bible ? FRANK (ne semblant pas vouloir rentrer dans le sujet) C'est possible ... Les deux hommes aperçoivent Pierre Campan, à une quinzaine de mètres devant, toujours dans le même couloir. Ils arrivent à sa proximité. PIERRE CAMPAN Allons dans la salle de réunion, suivez-moi. Les trois hommes finissent de traverser le couloir jusqu'à un ascenseur. Ils le prennent et cela les amène à trois étages sous terre. Ils reprennent un couloir puis pénètrent dans une vaste salle remplie de bureaux agencés en cercle. Plusieurs tableaux aux murs et un écran pour rétroprojecteur meublent la pièce, ainsi que quelques ordinateurs sur des bureaux adossés à un mur. Il y a une personne assise à une table, en train de lire un dossier, studieuse. Elle lève la tête au bruit des trois hommes pénétrant dans la pièce. Il s'agit de Suzanne McCarlton. ROMEO (étonné mais sur ton un peu provocateur) Suzanne ! SUZANNE Bonjour, Monsieur Luther. Elle se tourne vers Frank Black, se lève et lui tend la main. SUZANNE Monsieur Black, je suis Suzanne McCarlton. FRANK (étonné) Bonjour Madame. SUZANNE (s'exprimant rapidement) Ne perdons pas de temps, je ... Roméo la coupe. ROMEO (assez fort) Et ... que nous vaut le plaisir de cette charmante visite ? J'imagine que vous faites un peu de tourisme dans la région ? SUZANNE (sérieuse et toujours aussi rapide) Le Conseil a été mis au courant de l'affaire sur laquelle vous travaillez. J'ai alors proposé au Conseil mon aide et les membres ont accepté. Je suis donc venue ici, pour vous apporter mon aide, ce qui me permettait du même coup de rencontrer le plus rapidement possible monsieur Black. ROMEO Et bien ... c'est une heureuse surprise. Vous êtes d'une imprévisibilité ... euh ... surprenante ! FRANK (intervenant) Ce que Luther veut dire ... euh ... c'est qu'il apprécie, comme moi-même, que vous vous intéressiez à cette enquête. SUZANNE (le ton grave) Monsieur Black, votre ami Peter Watts n'est plus chargé de vous épauler dans les enquêtes auxquelles vous participez mais sachez que je ne prétendrais pas le remplacer. Le conseil m'a mis au courant des reproches que vous faisiez au Groupe et j'espère aider à les dissiper, c'est une des raisons de ma présence ici. J'ai foi dans le Groupe millennium et en ses idées, j'ai confiance dans vos capacités, alors j'espère que nous effectuerons ensemble un travail efficace. FRANK Je l'espère aussi. Et sachez que même si je regrette de ne plus pouvoir travailler avec Peter pour l'instant, je ne vois aucun inconvénient à travailler avec vous. Il ajoute avec un sourire : FRANK Surtout que vous bénéficiez d'une excellente réputation. ROMEO (intervenant) Bon, c'est fini cet excès de bons sentiments ?! Au boulot, que diable ! SEQUENCE 15 - INT. JOUR - Même lieu, quelques secondes plus tard. Frank Black, Roméo Luther et Bernard Campan s'assoient autour de la table. Chacun ouvre les dossiers en sa possession. SUZANNE Bien, ne perdons pas de temps. Monsieur Campan m'a informé de votre visite chez la mère de la petite fille qui a été enlevée, Frank. Est-ce que vous pourriez nous dresser un profil de l'homme qu'on recherche ? FRANK Il me manque encore quelques éléments pour être certain de mes hypothèses mais voici mes premiers commentaires et conclusions. Il s'éclaircit la gorge. FRANK Les éléments en notre possession, à savoir : le témoignage de la mère sur la personnalité de sa fille, la visite de sa chambre, ajouté au fait qu'elle avait l'habitude de jouer sur la place où elle a été enlevé, me font dire que la petite Susie, malgré son âge, était une victime à bas risque. Une fille habituée à jouer dans la rue et plus au fait des dangers de la rue que, par exemple, une fille vivant à la campagne. Une fille assez mûre pour son âge, qui savait probablement qu'on ne devait pas parler à un inconnu. Gros plans sur les visages des autres personnes présentes, attentives. FRANK Avec ces éléments, on peut supposer que le ravisseur la connaissait, ce que nous confirme le témoignage des gens du quartier et particulièrement celui de la mère. L'homme a donc apprivoisé la fillette, petit à petit mise en confiance, au fil des jours et des semaines, d'autant plus que la mère n'avait pas, et ne pouvait pas, avoir de soupçons sur ce vendeur de glaces. Le fait que l'homme en question ait pris le temps d'apprivoiser sa proie prouve que son acte était planifié, prévu, depuis longtemps. Il a choisi un lieu à haut risque pour lui-même. Il a pris le temps de la connaître afin de la surprendre, pour se donner une jouissance supplémentaire dans l'enlèvement de l'enfant. Il n'avait probablement pas choisi sa future victime en arrivant sur les lieux début juillet, il avait juste repéré qu'un Groupe d'enfant y jouait régulièrement. De ce point de vue là, la fillette était en fait une victime à haut risque. J'en conclue que le ravisseur n'en est pas à son premier méfait. Certains pédophiles récidivistes, car je penche pour cette hypothèse en ce qui concerne notre homme, disent eux-mêmes qu'un enlèvement sans risques devient vite lassant. Il leur faut plus, il leur faut l'excitation du danger, se sentir tout puissant en entourant petit à petit de leurs griffes leurs futures victimes. C'est le cas ici. Notre homme a de l'expérience, il est sûr de lui. Suffisamment pour prendre un tel risque, dans un lieu public, qui plus est rempli de monde le soir de l'enlèvement. Il marque une pause puis ajoute : FRANK Il connaît bien la ville, il doit habiter la région depuis longtemps. Je dirais qu'il a entre 35 et 45 ans. SUZANNE (le coupant) Ce que confirment les témoignages des personnes interrogées. Voici le portrait robot qui a été établi. Elle lui tend, ainsi qu'à Roméo, un papier qu'elle avait déjà en sa possession avant que Roméo et Frank n'arrivent. FRANK Il est probablement trop sûr de lui ... ou peut être pas assez intelligent. Il faut chercher dans les affaires récentes, qui remontent à maximum 10-15 ans. Disparitions, enlèvements ou tentatives d'enlèvements et ... les affaires de viol. Il faut aussi chercher dans les hôpitaux psychiatriques, notre homme y a peut être fait un séjour, de même que dans les prisons de la région. De toutes façons, ce genre de personnes passent rarement inaperçu tout une vie, il se fait toujours condamner pour de petites peines ou interner quelques temps. Avec tous ces éléments et si on fait quelques efforts, on ne devrait pas avoir de grosses difficultés à réduire le nombre de suspects et le trouver. SUZANNE Ok Frank, on s'en occupe. Je me charge de retranscrire sur papier la copie audio de ce que vous venez de nous dire et je la transmettrait à la police. FRANK C'est parfait. Demandez-leur aussi de publier le portrait robot un peu partout. Notre homme ne pourra vraisemblablement pas se cacher indéfiniment. SUZANNE Je fais ça tout de suite. ROMEO Frank, est ce que vous auriez besoin de revoir la mère de Susie pour lui poser des questions ? FRANK Non, ça n'est pas nécessaire. Par contre vous, vous devriez lui rendre visite, pour la soutenir. SEQUENCE 16 - LYON, PRES DU QG DE MILLENNIUM. - EXT. JOUR - 30 min plus tard. Le temps est maussade, les nuages sont noirs : l'orage gronde. Roméo Luther et Frank Black, qui le suit de près, pénètrent dans une bouche de métro. Frank rentre à son hôtel pour prendre du repos, accompagné par Roméo qui se rend chez son amie. SEQUENCE 17 - LYON, DANS UN METRO - INT. JOUR Les deux hommes se tiennent debout contre un siège. FRANK Dites-moi Luther, comment se fait-il que le quartier général de millennium France soit basé à Lyon et pas à Paris ? ROMEO Et oh Frank, vous êtes bien un ricain vous hein ?! Le visage de Frank montre un léger sursaut d'étonnement. ROMEO Ecoutez, je vais pas vous embêter avec ça. Mais c'est pour des raisons historiques. Si vous consultiez les encyclopédies, vous sauriez que Lyon fut, et est toujours, une grande capitale religieuse. La chrétienté bien sûr, mais aussi d'autres mouvements religieux plus souterrains, comme la communauté gnostique. C'est aussi une grande capitale ésotérique et mystique. Elle est également reconnue pour un nombre important de sociétés secrètes représentées dans la ville, comme les francs maçons par exemple, qui y ont surement le plus grand nombre de représentants par rappport aux autres villes de France. Il jette un oeil satisfait à Frank qui semble très intéressé. ROMEO Bref, c'est là qu'avait décidé de s'installer Millennium, société secrète parmi tant d'autres à l'époque. Depuis près de 18 siècles, les Coqs étaient majoritaires ici. Ca a changé depuis quelques dizaines d'années Mais millennium a jugé que la position géographique de Lyon lui était aussi favorable, voire plus, que Paris. FRANK Je vois. ROMEO Nos collègues de la police scientifique et d'Interpol ont leurs sièges à Lyon, c'était un argument de plus pour rester ici. Et il y a comme ça plusieurs autres raisons qui ont motivé Millennium à rester dans cette ville. Frank souhaite en savoir plus sur Roméo : FRANK Et donc... je suppose que ça été plus facile pour vous d'intégrer le Groupe ? ROMEO Bof, peut-être oui. Mais mon travail m'amenait à beaucoup voyager sur le territoire. FRANK Ah. Et ... ROMEO (légèrement moqueur) Arrêtez de prendre des précautions Frank, je n'ai rien à cacher! Il poursuit : ROMEO Je travaillais pour la DST, c'est un peu l'équivalent de votre FBI aux USA, mais avec un champ d'activités plus réduit. Jusqu'en 1995, où j'ai enquêté sur les attentats qui ont secoué la France. C'est peu après que j'ai intégré le Groupe. Le métro arrive à la station destination des deux hommes. ROMEO Ah, tenez, nous voilà arrivés. Vous serez à votre hôtel dans quelques minutes. La rame de métro ralentit et s'arrête. ROMEO Dites-moi Frank, vous pensez qu'on des chances de retrouver Susie ? FRANK (après quelques secondes de réflexion) Vous savez Luther, c'est un peu tôt pour l'instant. Il faudra attendre demain pour avoir le résultat des recherches que nous avons décidées tout à l'heure. Mais oui, nous avons de bonnes chances. Les deux hommes sortent de la rame du métro. SEQUENCE 18 - HOTEL DE FRANK BLACK. - INT. JOUR - Même jour, 17H38. Vue sur Frank Black. Il est assis sur le lit de sa chambre d'hôtel, un support de téléphone sur les genoux et le combiné dans la main gauche. De la main droite, il compose un numéro puis met le combiné près de son oreille. On entend quelques sonneries puis : VOIX (OFF) Allô ? FRANK Allô Tom ? C'est Frank. TOM BLACK (OFF) Ah, bonjour Frank. FRANK Bonjour. Alors ça va ? TOM (OFF) Très bien, très bien, merci. Et toi ? On a été étonné de ne pas te voir. FRANK Je m'en doute ! Un collègue m'a demandé de l'aide sur une affaire délicate. Il fallait que j'y aille. Devinant que son frère ne sera pas satisfait par cette réponse, il ajoute : FRANK Il travaille avec moi et l'affaire l'a bouleversé. Mais je reviendrais bientôt. TOM (OFF) Avant notre départ j'espère ? FRANK Oui, oui bien sûr. Alors ... comment va Helen ? TOM (OFF) Oh ça va, ça va. Elle est à côté de moi. On entend une voix lointaine crier : HELEN (OFF) Salut Frank ! TOM (OFF) Voila, elle te passe un bonjour ! FRANK (souriant) Ok, dis-lui que je l'embrasse. Il reprend : FRANK Alors, ça se passe bien avec Jordan ? TOM (OFF) Oh ta fille a bien grandi mais elle est toujours aussi adorable ! Hier, on est allé au cinéma. FRANK (enchanté) Ah ! TOM (OFF) Et aujourd'hui, nous avons invité quelques amis de Jordan. Nous avons pensé avec Helen que c'était une bonne manière de l'empêcher de se renfermer sur elle-même. A cause de la mort de sa mère. FRANK (son visage s'assombrit) C'était une très bonne idée Tom, j'apprécie. Silence d'une ou deux secondes. FRANK Bon ... désolé mais je vais pas rester trop longtemps au téléphone. C'est que ça coûte ! Dis-moi, Jordan est dans le coin ? Juste pour lui passer un petit bonjour, je lui avais promis. TOM (OFF) T'inquiète pas elle est juste à côté, elle trépigne d'impatience ! Je te la passe. A bientôt! FRANK Au revoir Tom. On entend le combiné du téléphone changer de main. JORDAN (OFF) Allo papa ! FRANK (sourire aux lèvres) Bonjour ma chérie ! Alors, comment ça va ? JORDAN (OFF) Ca va ! Tu reviens quand ? FRANK Pas tout de suite, dans quelques jours. Je n'ai pas encore fini mon travail. Alors, ça se passe bien avec ton oncle et ta tante ? JORDAN (OFF) Oui, j'ai invité plein de mondes aujourd'hui ! FRANK (riant) Oh oh, j'espère que vous n'avez pas sali le canapé ! Bon, écoute, je peux pas rester discuter plus longtemps tu sais. Le téléphone coûte cher d'où je suis. Mais je t'enverrais une carte postale tu verras, ça va te faire plaisir ! JORDAN (OFF) D'accord. FRANK Allez Jordan, je t'embrasse et à bientôt. Sois bien sage avec oncle Tom et tante Helen. Au revoir ! JORDAN (OFF) Au revoir Papa. Frank raccroche le téléphone. SEQUENCE 19 - LYON, DEVANT L'ECOLE SAINT JOSEPH - EXT. JOUR - Mercredi 12 août, 16h31. La sonnerie retentit. Vue sur des dizaines d'enfants sortant des bâtiments et se dirigeant vers la sortie de l'école. A l'extérieur, de nombreux parents attendent, à pied ou dans leur voiture. Le ciel est si noir, que les éclairages publics sont allumés. Petit à petit, chaque enfant rentre chez lui à pied, en voiture ou par le car scolaire garé quelques mètres plus loin. Quelques enfants restent encore dans la cour ou en dehors de l'école, près de la sortie, en attendant leurs parents. SEQUENCE 20 - LYON, DEVANT L'ECOLE SAINT JOSEPH - EXT. JOUR - 16h53. Cinq ou six enfants jouent dans la cour de l'école, trois attendent à l'extérieur, assis sur un banc. Le car scolaire est parti, de même que les agents municipaux chargés de faire traverser la rue aux enfants. Vue sur une camionnette blanche se garant à proximité de l'école. L'homme du teaser en sort, puis se dirige vers le bâtiment sans fermer son véhicule à clé. Il s'arrête à une dizaine de mètres de l'école et observe les enfants. Il se remet à marcher et se dirige maintenant vers un des deux bancs où une petite fille attend sagement qu'on vienne la chercher. Il s'approche d'elle et lui dit: HOMME Tes parents n'ont plus d'argent, ils ne peuvent plus s'occuper de toi, ils m'ont demandé de le faire pour eux. La petite fille ne semble pas comprendre. L'homme la tire doucement par le bras, pour lui signifier de le suivre. Ce que fait l'enfant. L'homme s'éloigne alors de l'école, tenant la fillette par la main, et se dirige vers sa camionnette. SEQUENCE 21 - EXT. JOUR - Le lendemain, 13H45. Vue sur une rue piétonne. Cette rue se trouve en périphérie de la ville, dans un quartier calme et peu fréquenté. Le ciel est tout aussi sombre que la veille, l'orage menace. Il n'y a personne ou presque dans la rue, les magasins de cette rue n'ont pas encore ouvert leurs portes. Un homme flane dans la rue tandis que deux jeunes garçons semblent jouer au ballon non loin de là. Un des deux garçons, d'une douzaine d'années, discute avec le plus petit, son frère, âgé d'environ six ans. Ils sont au coin de la rue, devant leur maison. Le grand prend le ballon dans ses mains. GARCON Allez Sylvain, on arrête, je dois aller à l'entrainement. Il faut que tu rentres, il va sûrement pleuvoir. SYLVAIN On rejouera quand ? GARCON Ce soir peut être. SYLVAIN Promis ? GARCON Oui, bon. Promis ! Allez, à tout à l'heure ! Le grand frère adresse un dernier sourire à son petit frère puis tourne les talons, et s'éloigne, portant son sac de sport dans le dos. Tandis que le petit Sylvain observe quelques instants son frère quitter le quartier, l'homme aperçu quelques secondes plus tôt s'approche du petit garçon. HOMME Tes parents n'ont plus d'argent, ils ne peuvent plus s'occuper de toi, ils m'ont demandé de le faire pour eux. C'est l'homme du teaser. Il attrape le garçonnet par le bras, qui résiste, terrorisé. mais l'homme n'a aucun mal à le tirer de force jusqu'au coin de la rue où son frère était encore quelques instants plus tôt. Le petit garçon, trop effrayé, n'ose pas crier. La rue est vide personne ne remarque ce qui se passe. L'homme tourne au coin de la rue et s'engage dans une autre rue où est garée sa camionnette blanche, quelques mètres plus loin. FONDU AU NOIR. ACTE 3 SEQUENCE 22 - LYON, QUARTIER GENERAL DE MILLENNIUM - INT. JOUR - Vendredi 14 août 1998, 08H33. Vue sur la salle de réunion. A l'aide de son dossier, Pierre Campan, debout, présente les nouveaux éléments de l'enquête à Frank Black et Roméo Luther, assis autour d'une table. Suzanne McCarlton l'assiste. PIERRE Ces deux derniers jours ont été riches en apport de nouvelles informations. Les recherches concernant les suspects éventuels ont considérablements avancé. Avant hier, en fin d'après midi, Caroline Joubert, 9 ans, a est enlevé devant son école, probablement 30 min après la sortie des classes. SUZANNE Hier, en début d'après midi cette fois, c'est Nicolas Perscot, 6 ans, qui est enlevé, juste devant chez lui. Pour le premier enlèvement, on est à peu près sur qu'il s'agit du même homme que nous recherchons. Deux témoins l'ont identifié grâce au portrait robot qu'on leur a montré. Pour l'enlèvement d'hier, tout est moins sûr. On n'a qu'un témoin qui ne peut pas affirmer que l'homme qui l'a vu partir avec le petit garçon était l'homme que nous recherchons, il ne l'a vu que de dos et de côté et d'après ce qu'il dit, il se trouvait trop loin pour distinguer parfaitement les traits du ravisseur. Cependant, il a remarqué que l'homme avait une camionnette blanche. Et on sait que le vendeur de glaces avait aussi une camionnette blanche. PIERRE Enfin, la police nous a également signalé la disparition d'une fillette de 12 ans à peine mais il n'y a aucune piste, ni pour un accident, ni pour une fugue, ni pour un enlèvement. Pierre regarde son assistance. PIERRE Voilà pour les affaires récentes. Je signale aussi que le portrait robot de notre suspect a été tiré à de nouveaux exemplaires et affichés dans les quartiers des enlèvements au cas où quelqu'un l'aurait vu. Pour ce qui est de la liste des suspects, on en a une, mais elle est encore beaucoup trop longue: il y a plus de 90 hommes qui correspondent au profil. Enlèvements, tentatives d'enlèvements, viols et tentatives de viols. Il nous faut encore affiner la liste en fonction du portrait robot et d'éventuels indices rapportés par les témoins. Tous ces hommes ont sévit dans la région. FRANK Où ont eu lieu les différentes disparitions ? PIERRE La fillette de 12 ans a disparu entre le chemin de l'école et son domicile au nord de Lyon, dans le 4ème. Les deux autres enfants ont été enlevés dans le 8ème arrondissement. FRANK Et il n'y a pas plus de trois témoins ? PIERRE Non, pas que je sache. FRANK Je vois. Pierre Campan referme son dossier. PIERRE Bien, je crois qu'il est temps d'aller à la pêche aux indices. Si notre homme est dans la liste des suspects ça ne devrait plus être qu'une question de temps pour qu'on trouve qui sait. FRANK Rassurez vous, il est forcément dans cette liste. Son profil de récidiviste l'indique clairement. Il ne prend pas tellement de précautions et son entourage privé ou professionnel, ou toute personne régulièrement en contact avec lui, a pu découvrir un jour ou l'autre son secret. Il a du changer de vie à plusieurs reprises mais nous retrouverons sa trace. SUZANNE Frank, je vais m'occuper de la disparition de la fillette de 12 ans avec Monsieur Campan. Je vous laisse avec Roméo, nous aurons chacun avec nous quelqu'un qui connait bien la ville. On se retrouve ici vers 16 heures. SEQUENCE 23 - LYON - EXT. JOUR - Même jour, 14H16. Frank et Roméo sont assis sur un banc dans la rue malgré la faible température et un ciel très gris. Le téléphone portable de Roméo se met à sonner. ROMEO Oui ? Une voix lui parle, on n'entend pas. Quelques secondes plus tard, il dit : ROMEO Oui je vois où c'est. A tout de suite. Il raccroche. ROMEO Notre homme a été vu hier dans un quartier du sud de Lyon. Allons-y ! SEQUENCE 24 - LYON 8ème, COUVENT DES SOEURS SAINT FRANCOIS - EXT. JOUR - Même jour, 14H49. Frank Black, Roméo Luther, Pierre Campan et Suzanne McCarlton se trouvent en compagnie de deux soeurs, sous une fine pluie et un ciel très noir. PREMIERE SOEUR Il est venu avant hier soir. SUZANNE Entre les deux enlèvements donc. Poursuivez. PREMIERE SOEUR Il a tapé et sonner pendant un quart d'heure. Finalement nous avons ouverts mais nous étions inquiètes, croyant qu'il était fou ou quelque chose comme ça. Il nous demandait de l'héberger. Il ne voulait pas donner de raison précise mais il nous répétait qu'il fallait mieux qu'il soit enfermé. Il paraissait paniqué mais n'était finalement pas violent. Nous lui avons refusé d'entrer. Nous acceptons parfois des gens mais il était beaucoup trop tard et en plus nous n'acceptons des gens que pendant l'hiver. Nous étions totalement déconcertées. Finalement il est reparti, la mine désespérée. Nous l'avons observé s'en aller, à pied. FRANK Vous êtes bien sûres de l'avoir vu repartir à pieds ? DEUXIEME SOEUR Certaines. Nous avons remarqué qu'il ne prenait pas le métro. Il a marché pendant deux minutes le long de la grande rue avant de tourner à un carrefour. PREMIERE SOEUR Ce matin, j'ai vu le portrait robot dans la presse, c'était lui. FRANK Très bien. Je crois que ce sera tout. Nous vous remercions, ces informations nous serons très utiles. Les quatre membres du Groupe millennium commencent à s'en aller. ROMEO (avec le sourire) Dieu vous bénisse mes soeurs ! SEQUENCE 25 - LYON, COMMISSARIAT DU 1er ARRONDISSEMENT - INT. JOUR - Même jour, 16H33. Deux policiers pénètrent dans la salle où sont réunis les quatre membres du Groupe millennium. PREMIER POLICIER Bonjour. Mon collègue a des informations importantes à vous communiquer. PIERRE Entrez. DEUXIEME POLICIER J'ai remarqué les portraits robots de l'homme que vous recherchez, affichés près de l'école où a eu lieu l'enlèvement. Il se trouve que j'ai déjà vu un homme qui correspond à ce portrait robot. Je l'ai vu à plusieurs reprises lorsque j'emmenais mon fils à cette école. FRANK Ce n'est pas étonnant. Il avait déjà du repérer les lieux. PREMIER POLICIER C'est ce que je me suis dit. Mais ce n'est pas tout. En fait j'ai remarqué cet homme parce que je l'avais déjà vu il y a quelques années. A l'époque, je venais d'entrer dans la police et une affaire dont mes collègues parlaient m'avait beaucoup marqué. Il s'agissait d'une affaire où une petite fille avait subit une tentative de viol par son baby sitter. Le coupable correspond au portrait robot de votre homme. Je m'en souvient parfaitement, j'avais été choqué par les détails de l'affaire. Il ouvre ses bras puis les laisse retomber le long de son corps, comme pour dire "voilà". PREMIER POLICIER J'ai pensé que ça vous permettrait de restreindre le champ des recherches. ROMEO Vous avez rudement bien pensé. Pour un flic, vous êtes pas mal. Merci beaucoup pour les infos. SEQUENCE 26 - INT. JOUR - Même lieu, quelques secondes plus tard. La mise en commun des informations peut commencer. SUZANNE Alors Frank, vous avez trouver des informations intéressantes ? FRANK (déçu) Non, rien de concluant. ROMEO Chou blanc sur toute la ligne. FRANK Et de votre côté ? Qu'avez vous appris au sujet de la fillette de 12 ans ? SUZANNE Et bien, pour moi, il ne fait aucun doute que la fille a fugué. Il faut voir comment sont ses parents. Il ne m'ont parlé d'elle qu'en des termes particulièrement négatifs. J'ai pu interroger des camarades de classe de la fillette et elles m'ont toutes confirmé qu'elle était en conflit permanent avec ses parents. Mais voilà le dossier avec tout ce que j'ai pu y noter ou enregistrer. FRANK Vous avez une photo récente de la gamine ? Suzanne prend une photo dans le dossier et la tend à Frank. SUZANNE Voilà. FRANK La photo indique que cette fillette avait déjà commencé sa puberté, ce qui ne plait pas aux pédophiles qui ne sont pas attirés par des corps d'adultes ou des corps qui commencent à changer. Elle n'a pas été enlevée. Je pense que vous avez raison Suzanne, votre hypothèse de la fugue semble la plus évidente. Vous avez été particulièrement efficace. Il rend la photo à Suzanne. FRANK J'ai déjà dit que notre homme connaît bien la ville, pour la bonne raison qu'il ne peux pas être tomber sur la place où a été enlevé la petite Susie par hasard et décider de s'y installer pendant près d'un mois sans avoir repérer les lieux, les connaitre et savoir qu'il y a beaucoup d'enfants. Ces nouvelles informations apportées par Suzanne nous montrent que notre homme n'a enlevé des enfants que dans le 8ème arrondissement de cette ville. Cela nous prouve une chose : il habite ou travaille dans ces quartiers, c'est certain. Ce que nous confirme d'ailleurs le témoignage du jeune policier. PIERRE Excellent ! J'informe immédiatement nos experts informaticiens pour qu'ils réduisent la liste des suspects ! FRANK Informez les également que le suspect possède un véhicule blanc. PIERRE Pas de problème. Donnez moi une petite demi heure le temps des coups de fil et de la recherche et on sera fixé. SEQUENCE 27 - INT. JOUR - Même lieu, 17H43. Pierre Campan entre précipitamment dans la pièce, suivie de Suzanne. CAMPAN Nous avons un homme répondant à tous les critères et paramètres rassemblés. Il s'appelle Christian Barbeault. Soupconnés de plusieurs enfants lorsqu'il était chef d'un Groupe de jeunes scouts. Plusieurs tentatives de viols connues, dont celle rapportée par le policier où Barbeault profitait de sa situation de baby sitter. Condamné pour viol sur un enfant qu'il avait enlevé et relâché deux semaines plus tard. Il habite et travaille dans le 8ème arrondissement. Pas de problèmes avec les autorités depuis plus d'un an qu'il est pompier. Il doit régulièrement rendre compte de sa situation. Son entourage professionnel est très content de lui. SUZANNE On connait son histoire personnelle par sa soeur qui a tout raconté à la police il y a des années. J'ai lu le rapport que nous a fourni le serice informatique. C'est effrayant. A partir de l'âge de 7 ans, il est régulièrement victimes de viols commis par sa mère. Au bout de trois ans, la mère cesse ces sévices envers le jeune garçon et les reporte sur sa petite soeur. La mère ne "s'occupe" plus de lui, ne s'intéresse plus à lui et pourtant le garçon, psychologiquement pertubé, en souffre. Peu de temps après, sa mère l'envoie en internat pour se débarasser de lui. ROMEO C'est bon Suzanne, j'ai cerné le type, pas la peine d'être psy. Faut pas perdre de temps, allons le choper ! SEQUENCE 28 - DEVANT LA MAISON DE CHRISTIAN BARBEAULT - EXT. JOUR - 18H09. Une horde de policiers stationnent devant la propriété, sous un ciel menaçant. Roméo Luther, Pierre Campan et deux policiers approchent de la porte d'entrée. ROMEO (énervé) Putain, je suis tout excité. C'est fou comme j'ai hâte de faire connaissance avec ce joyau de l'humanité. Il sonne à la porte en continuant de meubler le silence et la tension de la situation. ROMEO Quelle chance ça va être de rencontrer un type comme lui... Quelques secondes plus tard, on entend une personne s'approcher de la porte. Elle la déverouille. Au moment où la porte s'ouvre, Roméo donne un violent coup de pied dans celle ci. La personne derrière pousse un petit cri de douleur. Roméo pénètre précipitamment dans la maison. On reconnait l'homme du portrait robot. Il s'agit de Christian Barbeault. Roméo saisit violemment un de ses bras et lui dit: ROMEO Bonjour, tu es en état d'arrestation enfoiré ! Il lui passe des menottes aux mains puis le pousse violemment vers deux policiers qui l'emmènent dans une voiture. SEQUENCE 29 - MAISON DE CHRISTIAN BARBEAULT - INT. JOUR - Quelques secondes plus tard. Plusieurs policiers envahissent maintenant la maison et se mettent à l'inspecter. On les voit aller dans toutes les pièces de la maison et faire une rapide première fouille. Quelques minutes plus tard, Frank Black, Roméo Luther, Pierre Campan et Suzanne McCarlton pénètrent à leur tour dans la maison. Un policier annonce à Roméo qu'il n'y a pas de trace de Susie et des autres enfants. Ce dernier n'a d'autre réaction que de serrer les dents, et de froncer les sourcils. Les quatre membres du Groupe millennium se mettent maintenant à visiter la maison. Ils passent rapidement du hall à la cuisine, jetant des coups d'oeil rapides autour d'eux. Ils sont tous silencieux. On voit maintenant Frank et les autres membres du Groupe millennium entrer dans le salon. Instantanément, tous remarquent plusieurs bibliothèques contenant des centaines de cassette. C'est la première chose qui les frappe. Le reste du salon est banal: deux tables, des chaises, un canapé et deux fauteuils, un meuble à télévision, etc. Frank ouvre une des bibliothèques et prend une cassette. Il la glisse ensuite dans un magnétoscope. Il appuie sur la touche lecture tandis que les autres ne bougent plus et attendent, inquiets, que l'image apparaisse sur l'écran de télévision de Christian Barbeault. L'image neigeuse de l'écran fait place à deux jeunes enfants nus, apeurés. Frank coupe immédiatement la cassette en se pinçant les lèvres. On voit Suzanne et Bernard baisser les yeux tandis que Roméo Luther quitte précipitamment la pièce. Il claque violemment la porte de la maison et s'en va. FONDU AU NOIR. SEQUENCE 30 - LYON, QUARTIER GENERAL DE MILLENNIUM - INT. JOUR - 19H45 PIERRE CAMPAN Le jeune garçon a été retrouvé quelques minutes après notre départ. Il était enfermé à clé dans un placard à vêtements. Il avale sa salive. PIERRE Il n'y avait personne d'autre dans la maison de Barbeault. Les autorités ont immédiatement lancer les fouilles dans le jardin de la maison au cas où des corps s'y trouveraient. Ca s'est déjà vu. FRANK (intervenant) Je ne crois pas qu'il ait tué. Le premier enfant a été enlevé avant hier soir et n'est plus là, tandis que l'enfant enlevé hier dans la journée y était. Il projetait probablement d'emmener le deuxième dans une cache dès la nuit tombée, pour plus de discrétion. Il utilise sa camionnette pour y enfermer l'enfant dès qu'il l'a enlevé, pour plus de discrétion. Il peut ensuite rentrer chez lui tranquillement sans que le voisinage ne remarque quoi que ce soit. Une fois la nuit tombée, il emmène l'enfant en dehors de la ville, dans sa cache. Les enfants doivent être là bas. C'est là bas qu'il doit satisfaire sa perversité. Et c'est probablement aussi là bas qu'il les filme en toute tranquillité. Comme Bernard ne reprend pas, il poursuit : FRANK Il faudra malheureusement visionner ces cassettes, pour le procès mais aussi pour éventuellement y trouver des indices sur le lieu où les enfants sont séquestrés. Il faudra également chercher d'où proviennent certaines de ces cassettes car il ne les a pas toutes tournées. Ce qui implique un réseau de pédophiles, s'échangeant les cassettes, les enregistrant pour conserver les films qu'ils préfèrent. C'est forcément un réseau important vu le nombre de cassettes. CAMPAN (le ton très grave) On va s'en occuper Frank. Les résultats de l'examen du petit garçon viennent de nous parvenir. Il a subi quelques violences sur tout le corps mais ça n'est pas trop grave de ce point de vue là. Le reste l'est. Il a été violé à plusieurs reprises et a subit divers sévices. Je vous épargne les détails. Silence. SUZANNE Frank, tout le monde compte sur vous pour lui soutirer des informations. Il faut rapidement retrouver les autres enfants pour leur prodiguer tous les soins qui seront nécessaires. Le temps n'est pas avec nous car si Barbeault les nourrissait, en tout cas il ne le fait plus maintenant. SEQUENCE 31 - LYON - EXT. JOUR - Quelques minutes plus tard. Les quatre membres du Groupe millennium marchent rapidement en direction du commissariat de police, sous une pluie battante. Le ciel est particulièrement sombre, régulièrement éclairé par quelques éclairs. Ils sont en pleine conversation. Le ton est sérieux. Roméo semble quelque peu choqué par ce que les autres lui expliquent. PIERRE (parlant assez fort à cause de la pluie) Depuis l'affaire Dutroux, la population s'imagine que le nombre de pédophiles augmente à toute vitesse. Cette affaire ne va pas arranger les choses. FRANK (le coupant) Effectivement, la pédophilie n'a pas augmenté considérablement par rapport à avant, c'est surtout la médiatisation des affaires qui a changé. Les affaires de pédophilie existaient déjà il y a plusieurs siècles, depuis la nuit des temps probablement, mais le silence régnait, on n'en parlait pas. Cela dit, notre société fabrique probablement plus pédophiles aujourd'hui qu'autrefois. Roméo soupire, un peu effrayé. Depuis la vision de la cassette, Roméo encaisse difficilement que le ravisseur de Susie soit de cette espèce d'agresseur. Suzanne approuve en regardant Roméo Luther. SUZANNE Mais c'est surtout le regard de la population qui a changé. Il faut le savoir, Roméo. FRANK Au train où vont les choses, les gens vont finir par voir de la pédophilie de partout. Un père ne pourra plus faire un câlin à son enfant sans qu'on le soupçonne. PIERRE Un peu comme aux USA où le nombre de procès pour harcèlement sexuel augmente, quoi. FRANK Exactement. Le danger n'est plus seulement le silence, mais c'est aussi le matraquage, l'exploitation de l'information des médias créant petit à petit une paranoïa dans la population qui se sent encore plus en insécurité, inquiet pour ses enfants. PIERRE C'est ce que je constate en Europe. Depuis l'affaire Dutroux, les témoins ou les victimes osent dire les choses alors qu'elle ne le faisait pas avant. Mais aux yeux des gens, les affaires semblent se multiplier, créant petit à petit un climat malsain. Pour l'instant, les gens n'accusent pas à tout bout de champ mais les soupçons vont être - sont - de plus en plus forts, et ça ne va faire qu'empirer dans les mois et les années à venir. FRANK Dans certains pays, des listes de pédophiles sont publiées dans les journaux ce qui est très grave car la plupart des gens ne connaissent presque rien de la pédophilie, de ses mécanismes. Publier une liste revient à rejeter les agresseurs revenus à la liberté, surtout ceux qui ne sont pas suivis et aidés et ce rejet peut justement provoquer le contraire de ce qu'on attend: de nouvelles agressions voire pire. Aux USA, la peine de mort est aussi un problème parce que l'intérêt de tuer la victime pour ne laisser aucune trace s'impose à certains agresseurs. L'incompréhension de la population à la vue de pédophiles travaillant auprès d'enfants, des métiers en apparence destinés à des personnes appréciant la compagnie des enfants, souhaitant les aider dans leur éducation, leur apporter du bonheur, etc, participe encore plus à ce climat inquiétant qui s'installe très lentement, progressivement, au fil des mois et des années. Suzanne jette un oeil compatissant vers Roméo qui, même s'il tente de le cacher, est visiblement marqué par les derniers évènements. Roméo ajoute, en guise de conclusion à cette conversation: ROMEO (pessimiste) Cette insécurité, et ce climat d'insécurité ne feront qu'empirer avec l'évolution de cette société. Quel bonheur. SEQUENCE 32 - LYON, COMMISSARIAT DE POLICE DU 1er ARRONDISSEMENT - INT. JOUR - Même jour, 20H27. Nous sommes dans une pièce de taille moyenne, uniquement meublée par deux chaises et une table. Frank Black et Christian Barbeault y sont assis, l'un en face de l'autre. Un des murs possède une très grand glace, un miroir sans teint. Il s'agit en effet d'une salle classique d'interrogation. De l'autre côté du mur où se trouve la glace sans teint, Il y a un couloir qui sépare cette pièce d'une autre pièce où se trouve Roméo Luther. Ainsi, le son provenant de la première pièce ne pourra pas être entendu dans la deuxième, et inversement. Cependant, de la pièce où se tient Roméo, on peut regarder ce qui se passe dans la salle d'interrogation par une vitre qui donne sur le mur de la salle d'interrogation où se trouve le miroir sans teint. De plus, un interphone permet d'entendre ce qui s'y passe et d'éventuellement parler à quelqu'un qui se trouverait dans la salle d'interrogation. Frank est donc dans la première pièce, à interroger Christian Barbeault tandis que Roméo les regarde, depuis l'autre pièce. Lui aussi est assis sur une chaîne, derrière un bureau. Il semble quelque peu agacé par le kidnappeur et particulièrement par ses propos. Vue sur la salle d'interrogation. Un jeu difficile semble s'installer entre Frank Black et Christian Barbeault. Le dialogue est entrecoupé de longs silences et de longs moments où les deux hommes se regardent dans les yeux. FRANK Et qu'est ce que vous avez fait des autres enfants ? BARBEAULT (sans broncher) Je les ai mis en sécurité. Dans l'autre pièce, Roméo vient de se lever d'énervement. Il tourne autour de la table, tout en écoutant, s'arrête devant la glace pour observer tour à tour Frank, Christian Barbeault puis Frank puis Christian Barbeault, etc. Il reprend ses cent pas dans cette petite pièce. Frank, sérieux, ne sourcille pas. FRANK En sécurité ? Qui va les nourrir maintenant que vous êtes en prison ? Silence. BARBEAULT Vous n'avez qu'à me relâcher. Vous vous trompez, je n'ai rien fait de mal. Nouveau silence. Roméo se fige sur place, devant la glace. On sent monter la haine en lui. Il serre les dents, le visage devient agressif, voire même haineux, sa respiration s'accélère et se fait plus bruyante. Frank poursuit ensuite avec un autre angle d'"attaque". FRANK D'accord. Dites-moi, nous savons que vous êtes allés chez ces soeurs l'autre soir ? BARBEAULT Oui. FRANK Pourquoi ? Pas de réponse. Sur le ton de la compassion, pour tromper Barbeault : FRANK Parce que vous éprouviez des remords. Vous vouliez qu'on vous protège de vous-même, vous aviez peur de ce qui allait arriver. Il n'y a pas de honte à le dire Christian. Vous éprouviez des remords mais ces soeurs n'ont pas su vous écouter. C'est bien dommage. Vous leur en avez voulu et je vous comprends Christian. Aujourd'hui, moi je vous donne l'occasion de parler. Je suis à votre écoute. Pause. FRANK Mais vous devrez en échange me donner le lieu où vous avez amené les enfants. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce marché ? Barbeault fait un signe de tête qui semble vouloir dire qu'il est d'accord. FRANK Très bien. Christian, je sais que votre mère n'a pas été gentille avec vous. Parlons un peu d'elle. Est-ce que vous avez de bons souvenirs de votre relation avec elle ? Nouveau silence. Plusieurs secondes s'écoulent. BARBEAULT Je ne sais pas. FRANK Qu'avez vous ressenti lorsqu'elle vous a obligé à partir à l'internat ? Un sentiment d'abandon, n'est ce pas ? BARBEAULT (Sans hésiter) Oui. C'est à cause d'elle que je suis comme ça. Il se tait puis ajoute en parlant rapidement, sûr de lui : BARBEAULT Mais j'ai essayé de me rattraper. Avec mon nouveau métier, vous voyez bien que j'aide les gens. Chacun a ses faiblesses, j'ai bien droit aux miennes. Roméo semble de plus en plus agité et énervé. FRANK (désapprouvant) C'est vrai, chacun a ses faiblesses. Mais il y a des limites tolérables à ne pas franchir. Nous savons tous les deux que vous ne croyez pas ce que vous dites. Vous vous donnez bonne conscience pour regarder le problème en face mais au fond, vous savez que quelque chose ne va pas. Nouveau silence de plusieurs secondes. Les deux hommes se regardent dans les yeux. BARBEAULT D'accord mais c'est la société qui a un problème. Ces pratiques sont vieilles comme le monde. Pourquoi ne pas les accepter ? Ces enfants ont besoin de quelqu'un qui leur apprend les choses de la vie. Demandez-leur, ils me remercieront. Cette fois Roméo craque. On le voit faire un pas en direction de la porte, comme pour rejoindre la pièce où se trouve Christian Barbeault, à deux portes de là. Mais malgré sa rage, il a l'intelligence de se défouler sur la chaise sur laquelle il se trouvait assis quelques minutes auparavant. Il shoote de toutes ses forces dans la chaise : une fois, deux fois, trois fois. La douleur n'est sûrement pas assez importante pour le faire s'arrêter. Retour dans la pièce où Frank a entendu un bruit mais ne sourcille pas. Toujours ces interminables silences. Roméo ne s'occupe plus de ce qui se passe à côté. Il vient de nouveau de frapper la chaise de rage, le visage transpirant et toujours haineux, les cheveux totalement décoiffés. Il décharge totalement la haine accumulée. Mais cette fois la douleur est peut être trop forte car il saisit la chaise à deux mains, par le dossier, puis la fracasse sur le sol. Il la reprend dans ses mains puis recommence. Encore et encore. Une fois, deux fois, trois fois. On n'entend rien d'autre que le martèlement assourdissant et régulier de la chaise contre le sol alors que la caméra, depuis la pièce de Roméo, fait un gros plan sur Frank. On n'entend pas ce qu'il dit (seulement ces coups contre le sol) mais on voit ses lèvres bouger, signe qu'il s'est remis à parler avec Christian Barbeault. Retour dans la salle d'interrogation où une tension étouffante règne. FRANK (accusateur) Christian, je croyais que nous étions d'accord. Ne jouez pas avec moi. Ca ne prend pas. Vous multipliez les excuses contradictoires dans l'espoir que je sois clément envers vous dans mon rapport. Très bien, soyons vraiment honnêtes l'un envers l'autre. Vous savez très bien que si on vous relâche, vous recommencerez et vous pourrez même faire pire. Vous le saviez lorsque vous êtes allé chez ces soeurs. Lorsqu'elles vous ont rejeté, vous avez décidé d'assumer ce que vous étiez, et de ne plus vous laisser ronger par les remords et vous avez enlevé le petit Nicolas. Barbeault semble esquisser un léger sourire. BARBEAULT Vous avez raison. Frank poursuit sur le même ton, sans montrer aucun sentiment aux paroles surréalistes de Christian Barbeault. FRANK Oui j'ai raison. Et nous ne voulons pas de gens comme vous dans notre société. Je rédigerai un rapport très défavorable à votre sujet. Si vous en êtes capables, ce sera à vous d'essayer de changer, en suivant une thérapie. Tout n'est peut être pas perdu pour vous. Frank regarde Barbeault dans les yeux. FRANK (plus calme) Bien. Parlons un peu de votre soeur. Retour dans l'autre pièce. Roméo, essouflé, se tient debout. Les bras en avant et au-dessus de la tête, s'appuyant contre un mur, il regarde vers le bas, essouflé. Son regard est vide, désabusé. FONDU AU NOIR. ACTE 4 SEQUENCE 33 - LYON, COMMISSARIAT DE POLICE DU 1er ARRONDISSEMENT - INT. JOUR - 20h50 Frank Black fait son entrée dans la pièce où se trouvait Roméo Luther. Il aperçoit la chaise cassée en plusieurs morceaux. FRANK (perplexe) Qu'est ce qui s'est passé ? J'ai entendu du bruit. ROMEO (plaisantant) C'est rien ! Je supportais pas ce que disait le gars. J'ai shooté une ou deux fois dans la chaise histoire de me défouler. C'était ça où lui filer une correction ... mais je sais me retenir ! C'est juste que j'ai pas toujours conscience de ma force, d'où l'état de la chaise. Pas de réponse de Frank. Il semble s'interroger. ROMEO (toujours sur le même ton ironique, comme pour rassurer Frank) Sacré Frank, toujours méfiant hein ? Je suis puissant mais vous inquiétez pas, je vous ferai rien. D'ailleurs mes capacités physiques ne se décuplent à ce point qu'avec ce genre de rigolos. Il marque une pause. ROMEO Alors ... il vous a dit quoi le charmant homme qui se trouve là-bas ? J'ai raté la fin. FRANK (sombre et pessimiste) Je n'ai pas réussi à lui faire dire où sont les deux enfants recherchés. Il éprouve un malin plaisir à jouer avec moi. Il a une certaine conscience du mal qu'il fait mais sa perversité ait plus forte que ses remords et ça s'est accentué depuis qu'il préparait l'enlèvement de Susie. Il faudra le rendre plus faible pour le faire parler. Peut être en lui évoquant son passé. Il faudrait en savoir plus, fouiller sa vie. Pour l'instant, je ne peux rien faire de plus. La police va continuer à l'interroger mais je crois qu'elle n'a pas la compétence avec ce genre de détraqué. Nous ne retrouverons pas Susie aujourd'hui, je suis désolé. ROMEO (évitant de répondre) Bon ! Si on allait faire un tour, se boire une bière ou bouffer de la barbe à papa ? Euh ... qu'est ce que vous en dites ? Frank marque un mouvement d'étonnement. FRANK (étonné) Et bien ... pourquoi pas, je n'ai pas très sommeil. Faites-moi donc découvrir un de ces lieux typiquement français où on s'assoit en extérieur pour siroter une mente à l'eau ou boire un café crème. ROMEO (ironique) Mmmm ... j'ai exactement ce qu'il vous faut ! Gros plan sur Luther, sourire aux lèvres. FONDU AU NOIR. SEQUENCE 34 - LYON, LIEU INCONNU - EXT. SOIR - 21H55. Vue sur une rue assez étroite, sans éclairage public, rendue encore plus sombre par la hauteur des immeubles de chaque côté de cette rue. La rue contient plusieurs bars. SEQUENCE 35 - DANS UN DES BARS - INT. SOIR - Même heure Vue intérieure. Le bar est constitué d'une seule grande pièce. Il est très enfumé et on distingue assez mal les choses lointaines, d'autant plus que la lumière - artificielle - n'est pas très forte. Un écran géant retransmet un match de catch et des enceintes éparpillées dans tout le bar crachent du hard rock, à un volume particulièrement puissant. Les dizaines de tables du bar ont été déplacées par les clients et sont agencées n'importe comment dans toute la pièce. Frank Black et Roméo Luther sont assis à une table, avec plusieurs verres et une bouteille au trois quart vide. ROMEO (sourire aux lèvres, criant de toutes ses forces pour surpasser le volume sonore de la pièce) ALORS FRANK ! QU'EST CE QUE VOUS DITES DE CA ? C'EST PILE POIL LE GENRE D'ENDROIT OU VONT TOUS LES FRANCAIS APRES LE BOULOT. CA C'EST UNE TRADITION BIEN DE CHEZ NOUS ! Frank prononce quelques mots mais impossible de distinguer sa voix. Il fait signe à Roméo de le suivre dehors. Les deux hommes sont maintenant à l'extérieur. FRANK Euh ... vraiment très sympa mais je viens de voir ma montre. Il est tard dites donc. Je crois qu'il est temps d'aller se coucher. Silence d'une ou deux secondes. FRANK Bon ben ... à demain. ROMEO (riant) Attendez Frank, je vous accompagne, vous savez même pas comment retrouver l'hôtel ! On suit les deux hommes s'éloigner dans le bruit des différents bars de la rue. FONDU AU NOIR. SEQUENCE 36 - LYON, COLLINE DE FOURVIERE - EXT. JOUR - Le lendemain matin, samedi 15 août 1998, 9H20. Frank Black et Roméo Luther marchent dans la rue, tout en discutant. Ils se rendent au quartier général de millennium pour faire le point avec Suzanne et Pierre. FRANK J'aimerais envoyer une carte postale à ma fille. Nous n'aurons pas le temps ensuite car il faudrait consacrer la journée à faire parler Barbeault. Vous savez où en trouver ? ROMEO Je sais pas, c'est pas trop mon truc les cartes. Peut être là-bas, près de la basilique ? Il désigne du doigt le monument situé un peu plus haut sur la colline. FRANK Allons y. Nous rejoindrons Suzanne et votre collègue après. SEQUENCE 37 - EXT. JOUR - Même jour, 9H21. Les deux hommes se dirigent vers la basilique. ROMEO Dites-moi Frank, je vous ai observé plus d'une fois depuis qu'on se connaît. Vous faites un travail difficile et vous êtes plus très jeune ... sans vouloir vous offenser ... pourquoi est ce que vous n'arrêtez pas ? FRANK (évasif) Sûrement a peu près pour les mêmes raisons que vous Luther... ROMEO C'est à dire ? FRANK Disons que mes facilités sont utiles à la société, je me sens le devoir de l'aider. ROMEO Mais ... comment vous faites, on dirait que ... Frank regarde Roméo dans les yeux. Il semble bien vouloir en dire plus. FRANK C'est avant tout une question d'expériences. Pour avancer dans une affaire, il faut d'abord comprendre l'agresseur. Il faut savoir qu'est ce qu'il a amené à devenir comme ça, pourquoi il a choisi cette victime, etc. Il faut se représenter l'ensemble du scénario compliqué qui conditionne la réussite de l'enlèvement ou du meurtre. Il faut se mettre dans sa peau, se laisser investir de sa personnalité, de sa perversité. Il faut se tenir des discours tels que "cette victime est là, facile, je l'enlève avec ma voiture". C'est un travail psychologiquement éprouvant mais avec l'expérience, on ne se laisse plus perturber par la difficulté de cette approche, c'est là qu'on devient vraiment efficace. Il poursuit, le visage toujours aussi sombre tandis que Roméo l'écoute, très attentif. FRANK Rencontrer des agresseurs et des tueurs en prison permet d'en savoir plus sur eux, de les comprendre. Dans ces moments de face à face, il faut mettre ses sentiments de côté ou en tout cas ne pas les montrer. Peu à peu, on est capable de rentrer dans leur peau. Si quelqu'un veut prendre ma place, se glisser dans la peau d'un assassin, se faire psychologiquement tueur plusieurs fois par jour, je suis prêt à passer la main. Mais l'oisiveté me culpabilise, ces moments là sont difficiles car je sais qu'il se passe des choses horribles là, dehors, à nos portes. Les profilers de mon expérience sont encore trop rares, je ne peux pas rester les bras croisés à me lamenter sur des choses que je n'aime au fond pas vraiment faire. J'ai le sentiment de ne pas avoir le choix, mais je l'accepte. Roméo acquiesce d'un signe de tête. On les voit marcher en silence pendant quelques mètres. Puis : ROMEO (souriant) Ah, Tenez, voilà un vendeur de cartes ! SEQUENCE 38 - DEVANT LE MAGASIN, PRES DE LA BASILIQUE - EXT. JOUR - Même jour, 9H23. Il s'agit d'une boutique de souvenir, tout à fait classique. Frank recherche une carte postale qui plaira à sa file tandis que Roméo regarde avec un grand intérêt des ronds de serviette sur lesquels sont écrits des prénoms. FRANK Ah ! Roméo s'approche. Frank vient de repérer une carte postale et la prend dans ses mains. ROMEO (expliquant) C'est l'archange Michel, terrassant le démon. La sculpture se trouve sur le toit de la basilique et domine la ville de Lyon. FRANK (souriant) Et on a une vue sur une grosse partie de la ville. Ca plaira à Jordan ! Je vais payer ensuite j'aimerais aller faire un tour dans cette basilique. ROMEO (peu enthousiaste) Euh ... bah si vous voulez. SEQUENCE 39 - BASILIQUE DE FOURVIERE - INT. JOUR - Même jour, 9H41. Vue sur Frank Black qui termine sa petite visite du monument, tandis que Roméo Luther, non loin de là, l'attend, sans avoir rien fait depuis leur entrée dans le bâtiment. Il est avachi sur un banc de l'église. On suit quelques secondes Frank flâner et observer l'intérieur puis on le voit rejoindre Roméo. Il s'assoit sur le banc et observe maintenant le plafond. Son regard se porte ensuite sur le fond de l'église puis sur une famille, toute proche du banc sur lequel les deux hommes sont assis. Deux enfants semblent chahuter assez bruyamment. La mère commence à les disputer mais après une ou deux gifles, l'un des deux accuse l'autre. La mère s'interrompt, l'écoute et commence à gifler plusieurs fois l'enfant accusé. Elle félicite l'autre avec un sourire et un petit frottement affectueux sur les cheveux. Le premier enfant semble blessé par cette injustice. Frank est soudain pris de violentes visions, accompagnés de divers sons effrayants et assourdissants. Les premières images sont très sombres : - un gros plan du visage d'une femme qui crie de rage - un enfant recroquevillé en boule, tout nu et totalement terrorisé. - le visage de Barbeault, d'abord malheureux puis malicieux et effrayant. La dernière image de la vision est lumineuse, presque éblouissante, le tout dans un silence total. Il s'agit de l'image d'un ange. Etant légèrement penché en arrière, Frank se redresse en fixant la mère pendant plusieurs secondes, le visage très sombre. Roméo le remarque immédiatement. Il l'observe avec interrogation et inquiétude. Frank se met à chuchoter, sur un ton mêlant panique et pessimisme. FRANK Luther, qu'est ce qu'on sait sur la mère de Barbeault ? ROMEO (chuchotant) Pierre ne m'a rien dit de plus que vous ne savez déjà, Frank. FRANK (chuchotant) Il faut immédiatement voir votre collègue et lui demander des informations supplémentaires. La mère connaît sûrement le secret de son fils. Roméo met deux secondes à émerger. ROMEO (parlant très fort, pressé) Ok, allons-y ! Les deux hommes sortent en courant. SEQUENCE 40 - LYON, QG DE MILLENNIUM - INT. JOUR - 10H13 Frank Black et Roméo Luther pénètrent en courant dans la pièce où se trouve Pierre Campan, assis à une table. FRANK (essoufflé) Vite Pierre ! Qu'est ce qu'on sait sur la mère de Barbeault? Où est-ce qu'elle habite? Il se lève. PIERRE (surpris) Euh ... elle habite dans la banlieue lyonnaise. Qu'est ce qui se passe ? FRANK Il faut aller la voir ! PIERRE Mais... on est déjà allé l'interroger. Hier. Elle nous a dit qu'elle n'avait plus de contact avec son fils depuis des années, depuis qu'elle connaissait son secret. ROMEO (intervenant, énervé) Et elle pouvait pas prévenir la police ? PIERRE Oh, elle ne vaut pas tellement mieux que son fils. C'est pas vraiment étonnant. C'est quoi le problème alors ? Frank recule lentement la tête en arrière en fixant Pierre du regard. FRANK (le visage très sombre et les yeux s'écarquillant de terreur) Elle est toujours en contact avec lui. Elle le protège. Les enfants doivent être là bas. Court silence. FRANK Je savais bien que c'était louche qu'il me parle de sa mère aussi facilement. CAMPAN Ok, je préviens les autorités et on y va. SEQUENCE 41 - BANLIEUE DE LYON - EXT. JOUR - 17H03 Plusieurs voitures de police s'arrêtent devant la maison de la mère de Barbeault. Rapidement, ils envahissent la propriété puis pénètrent dans la maison, suivi des quatre membres du Groupe millennium. Le visage de la mère de Barbeault, qui regardait la télévision, montre qu'elle comprend tout de suite ce qui se passe. Elle se laisse menotter. Roméo se met à courir dans toute la maison, à la recherche des enfants. Caméra à l'épaule, on le suit partout, inspectant chaque pièce de la maison à toute vitesse. Quelques images du visage de Roméo alternent avec la caméra qui le suit. Il monte les escaliers quatre à quatre, pour se rendre à l'étage. La caméra ne le suit pas et attend en bas. On l'entend courir et fouiller bruyamment les différentes pièces. Il revient en bas, bredouille, une minute plus tard. L'étage et le rez-de-chaussée sont vides, il reste la cave, que lui désigne, sans un mot, Frank et vers laquelle se précipite Roméo, paniqué. Il ouvre précipitamment la porte et passe la tête dans l'ouverture. Les escaliers et la cave sont dans l'obscurité. Roméo trouve un interrupteur et éclaire les lieux. Au bas des escaliers, la petite Susie gît sur le sol, morte. Une flaque de sang entoure sa chevelure rousse et le haut de son corps. Les deux hommes, suivi de plusieurs policiers descendent lentement, Roméo en tête, fixant des yeux la petite fille. Il ne la quitte pas des yeux jusqu'en bas, totalement choqué et bouche bée. Les mouvements de caméra ne sont plus hachés et rapides, ils sont au contraire très fluide et très lents. Roméo s'arrête devant la jeune fille, toujours très choqué, le regard vide. Le son qui nous provient est maintenant sourd, comme si on entendait ce qu'entend Roméo. Le deuxième enfant est retrouvé vivant derrière un des cachots. Il est rapidement emmené en dehors des lieux. Pas un mot n'est prononcé. On voit maintenant Roméo marcher très rapidement de long en large, partagé entre la tristesse et la rage. La scène dure une vingtaine de secondes. Toujours aussi stressé, il se dirige maintenant vers le corps de la fillette, s'agenouille pour la regarder de plus près. Il commence à caresser la fillette, très ému. Il passe délicatement la main sur les cheveux puis le front et la joue. A ce moment, Frank pose sa main sur l'épaule de Roméo en lui disant doucement: FRANK Roméo, pensez qu'il y a une enquête à terminer... Roméo se ravise, dans un moment de lucidité. Le regard vide, il observe quelques secondes le visage de la petite, puis: ROMEO Est-ce que ... Il déglutit. ROMEO Est-ce que vous pourriez m'accompagner ... pour l'annoncer à mon amie. Gros plan sur Frank, qui acquiesce d'un signe de tête, sans rien dire. SEQUENCE 42 - LYON, COURS ALBERT THOMAS - EXT. JOUR - 17H22 Tandis que la musique commence, on voit Roméo au volant d'une Renault 19 appartenant au Groupe millennium, avec Frank à ses côtés. Les deux hommes approchent de la place où habite Anne Tarnier. Plan extérieur à la voiture, aucun autre son que la musique. La caméra suit la voiture dans la grande rue pendant quelques secondes avant que celle ci tourne à droite dans la première rue qui longe la place. SEQUENCE 43 - LYON, PLACE AMBROISE COURTOIS. Toujours, et uniquement au son de la musique, la voiture s'arrête devant la maison d'Anne Tarnier. Roméo Luther et Frank Black en sortent sans un mot, comme durant tout le trajet. Roméo ouvre la grille de la maison et les deux hommes se dirigent vers la porte d'entrée, la caméra les suit de dos et de près. Arrivés devant la porte, Frank, en léger retrait par rapport à Roméo, appuie sur le bouton de la sonnette, sur le mur à droite. Roméo se trouve légèrement devant lui, un peu plus haut sur une marche, sur le pas de la porte. Ainsi placé, Roméo fait dos à Frank. Il sort de son silence. ROMEO (le ton grave, sans se retourner, évitant ainsi de faire face à Frank) Finalement, je préfère lui annoncer seul, Frank. Il ajoute, sans que ça n'est d'importance, sous l'influence de l'émotion : ROMEO Si ça ne vous dérange pas... FRANK Bien sûr. A ce moment, Anne Tarnier ouvre la porte, le visage assez blanc et la mine fatiguée. Anne Tarnier Bonjour. FRANK Bonjour Madame. Allez-y Luther, je crois que la voiture n'est pas fermée, je vais m'en occuper. Roméo Luther rentre dans la maison en baissant la tête et sans dire un mot. Il se retourne et referme la porte derrière lui en regardant Frank dans les yeux. Frank tourne sur ses talons et se met à marcher doucement jusqu'au jardin. SEQUENCE 44 - Maison de Anne Tarnier - INT. JOUR Roméo se dirige vers le Salon, toujours sans rien dire, de sorte que la mère de Susie comprend qu'il veut lui parler dans cette pièce. Elle le suit. La musique continue. Nous entrons dans la salle de séjour. Cette petite pièce contient un canapé, une petite bibliothèque, une télévision et une table. Plan sur le visage d'Anne, un peu inquiète. A l'attitude de Roméo, Anne ne sait en effet pas ce qu'il va lui dire. Son visage montre néanmoins qu'elle sait que ça ne sera pas une bonne nouvelle. Elle commence à s'agiter, à s'impatienter. SEQUENCE 45 - EXTERIEUR DE LA MAISON - EXT. JOUR Plan sur le salon, vu du jardin. Roméo et Anne sont debout, face à face. La caméra se rapproche pour apercevoir plus distinctement les deux personnages. Anne est de plus en plus agitée par le silence de Roméo. Celui-ci baisse légèrement la tête pour se gratter l'arrière du crâne, probablement gêné. On le voit ensuite inspirer et expirer sèchement, comme pour se donner du courage. Il se met à parler. Gros plan sur Frank qui se pince les lèvres en apercevant les deux personnes dans le salon. Il tourne sur ses talons et se dirige vers la grille. La caméra le suit jusqu'à la voiture où il s'assoit à la place de passager. A peine assis, il en ressort et se dirige vers la bouche de métro toute proche. RETOUR DANS LE JARDIN : Encore agitée il y a quelques secondes, Anne immobile ne bouge plus, Roméo a la tête baissée, le regard dans le vide, ne sachant que dire. Anne s'affale sur le canapé. Sans force. Le visage inexpressif. Travelling arrière sur le salon et les personnages. La caméra fixe son objectif pendant quelques secondes, on entend seulement la musique, puis fondu au noir. SEQUENCE 46 - LYON, DEVANT LE COMMISSARIAT DE POLICE DU 1er ARRONDISSEMENT - EXT. JOUR - 2H00 plus tard Vue sur Roméo Luther qui arrive, à pied. SEQUENCE 47 - LYON, COMMISSARIAT DE POLICE DU 1er ARRONDISSEMENT - INT. JOUR Frank Black et Pierre Campan discutent autour d'un café, non loin de la salle d'interrogation. FRANK Adulte, il a du ramener des enfants chez sa mère pour reconquérir son amour. Elle l'a alors laissé perpétrer ses agissements sans rien dire en l'aidant à cacher son secret. L'autre soir, après avoir enlevé la fillette, il est rongé par le remord. Rejeté par les soeurs, il emmène la fillette chez sa mère puis passe pour la première fois à l'acte - au meurtre - sur la petite Susie. Dès le lendemain, assumant totalement ce qu'il est, il recommence pour revivre l'euphorie de la mise à mort. Heureusement, nous sommes arrivés à temps pour éviter un second meurtre. PIERRE Vous pensez qu'il n'avait jamais tué avant ? FRANK Oui, je suis sûr que c'était son premier meurtre. Il a franchi un nouveau cap. C'est assez classique. Il a pris du plaisir à tuer la fillette. Il est donc irrécupérable, aucun traitement ne pourra le faire changer car il va maintenant vouloir revivre l'euphorie de l'acte, la jouissance qu'il a ressenti en donnant la mort. PIERRE Heureusement, les preuves sont suffisamment importantes pour qu'il ne ressorte pas de prison. A peine Pierre Campan a t-il fini sa phrase que deux coups de feux retentissent. Immédiatement, les deux hommes se précipitent vers la salle d'interrogation d'où semblaient provenir les coups de feu. SEQUENCE 48 - INT. JOUR - Même lieu. On voit Roméo Luther arriver en courant juste derrière Frank Black et Pierre Campan. ROMEO Qu'est ce qui s'est passé ? PIERRE (débit très rapide) Je sais pas, nous venions de quitter la salle d'observation pour prendre un café. Suzanne continuait à interroger Barbeault pour savoir s'il avait enlevé d'autres enfants. Les trois hommes arrivent devant la salle d'interrogation. Pierre Campan ouvre la porte. Vue intérieure Suzanne McCarlton, visiblement très choquée, a l'épaule en sang, Christian Barbeault est couché sur le sol une balle dans la tête. Sa tête est très amochée, des morceaux de chair jonchent le sol. La vision de la pièce est saisissante. Les trois membres du Groupe constatent que Suzanne et Barbeault se sont battus. SUZANNE (suffoquant) Il s'est jeté sur moi pour me prendre mon arme de sécurité. J'ai rien pu faire. Elle se tord de douleur. Frank et Pierre regarde autour d'eux tandis que Roméo se penche sur Suzanne. FRANK C'est en essayant de l'en empêcher que vous avez pris une balle dans l'épaule mais il a tout de même réussi à se suicider, n'est ce pas ? Suzanne fait un signe de tête. SUZANNE (grimaçant de douleur) J'ai été surprise, je n'ai rien pu faire. Il avait du repéré la bosse sur ma cheville, il a pris mon arme quand j'étais au sol, sonnée. ROMEO (uniquement préoccupé par le sort de Suzanne) Quel connard ! Il aurait pu vous faire encore plus de mal l'enfoiré. J'appelle immédiatement l'ambulance, tenez le coup Suzanne ! PIERRE (se tournant vers Frank) Pourquoi se suicider ? Il avait des remords ? FRANK (pensif) Il a probablement senti que sa vie était terminée. Il n'avait pas de remord, il avait juste peur de passer sa vie en prison. Le regard sombre de Frank se porte en direction du cadavre de Barbeault. SEQUENCE 49 - INT. JOUR - USA, QUARTIER GENERAL DU GROUPE MILLENNIUM - Lundi 17 août 1998, 14h45. Vue sur la salle du Conseil, où sont réunis les douze membres du Groupe millennium et le Doyen. Frank Black est debout devant la table où sont assis tous les membres. Il termine son compte rendu sur l'affaire à laquelle il vient de participer. La scène est sérieuse et assez solennelle. FRANK Il faudra aussi que la police retrouve toutes les personnes qui ont eu connaissance du terrible secret de Christian Barbeault, des personnes qui ont visionné ces cassettes pour leur plaisir personnel et qui en payant pour les posséder, ont participé aux souffrances commises sur les enfants. Cette dernière tâche, notamment, sera très difficile. Il ajoute, en guise de conclusion : FRANK Bref, même si ma présence n'était plus utile, l'affaire est loin d'être classée. LE DOYEN Très bien, Monsieur Black. Nous vous remercions pour cet apport supplémentaire d'informations. Avant de vous laisser partir, un petit mot sur votre travail avec Suzanne. Est-ce que ça s'est bien passé ? FRANK (souriant) Oh oui, très bien. Madame McCarlton est une enquêtrice très douée et je ne doute pas que nos prochaines collaborations se révèleront efficaces. SUZANNE (prenant la parole soudainement) Si je puis me permettre, ce fut aussi pour moi une très bonne expérience et je ne regrette pas d'avoir pris cette initiative ... LE DOYEN (la coupant avec un sourire poli) Que nous saluons ! SUZANNE (elle termine, retournant le sourire poli) Travailler avec monsieur Black a également confirmé les dires de membres du Groupe qui ne tarissaient pas d'éloges à son sujet. C'est pourquoi, c'est un plaisir de pouvoir travailler avec lui. SEQUENCE 50 - BANLIEUE DE SEATTLE - EXT.JOUR - 18 août, 13h10. Vue sur un jardin d'une quelconque résidence américaine. Frank Black est en train de discuter avec une femme d'une quarantaine d'années. Il s'agit de la femme de Peter Watts, Barbara. Contre champ : vue sur Peter Watts. PETER Et Frank ! Il lui désigne des merguez en train de cuire sur un barbecue. PETER Spécialement importées de France ! Sourire de Frank. Travelling arrière sur l'endroit. On aperçoit la famille de Peter Watts, Tom et Helen black, ainsi que Jordan en train de jouer avec une des filles de Peter. Retour sur Frank, toujours en discussion. BARBARA Oui, il est dans une période difficile, pleine de doute. Elle ajoute avec un sourire : BARBARA Mais vous voyez, ces vacances au milieu de sa famille semblent lui faire du bien. Peter s'approche. Sa femme s'éloigne pour les laisser discuter. PETER Alors Frank, difficile cette affaire on dirait ? FRANK (acquiesçant d'un signe de tête) Luther a été choqué, il n'avait jamais participé à ce genre d'enquêtes, son comportement m'intrigue... PETER (entraînant Frank vers la table du jardin) Allez viens, oublions ces foutues histoires. C'est pas le moment. La caméra filme pendant quelques secondes les différents personnages profitant du bel après midi qui s'annonce. Fondu sur un écran noir. La musique démarre. On l'entend quelques secondes sur ce fond noir. Puis, une phrase s'inscrit à l'écran : "On peut venir à bout de la pédophilie", Carine Hutsebaut. FIN