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Autopsie d’un Mollusque Télévisuel

par Jeff Gautier

Un vieux dicton précise qu’il ne faut pas tirer sur l’ambulance. Mais quand les brancardiers en profitent pour vous faire des bras d’honneur à la portière, on aurait tort de se gêner...

Cette introduction peut sembler étrange mais vous comprendrez tout son sens lorsque vous aurez terminé de lire l’article.


J’ai commencé à regarder Dolmen dès son démarrage.
Un tel tapage médiatique, pour une saga venant un an après le pitoyable Zodiaque, il ne me fallait pas rater cela. Certes, le plaisir était malsain, car je m’attendais à trouver quelque chose de bidon et à lâcher après 20 minutes.

Or, j’ai été scotché à mon écran par les qualités burlesques, mais totalement involontaires, de cette nouvelle saga de l’été. Le résultat était en effet assez drôle tellement l’ensemble me paraissait mauvais, tout en se prenant complètement au sérieux.

Le carton d’audience m’a poussé à suivre les aventures d’Ingrid Chauvin, avec dès le 2e épisode, une idée en tête : écrire un article.
Car n’y allons pas par quatre chemins : j’ai rarement vu aussi mauvais et prétentieux que cette saga.

C’est pourquoi il est grand temps de plonger dans les entrailles de la dernière production de TF1 pour découvrir les causes du drame...

Le plus simple est encore de procéder par ordre et de passer en revue les points fondamentaux qui concourent à bâtir cette fiction.


Le Scénario

Truffé d’incohérences, de rebondissements bidons et de cliffhangers aux résolutions plus que douteuses.
Bâclé me semble être l’adjectif qui convient le mieux, tant le script de Nicole Jamet et Marie-Anne Le Pezennec est inconsistant. Personnages creux, scènes archi vues et revues, rebondissements à coucher dehors, absence de construction, méconnaissance de la dramaturgie... Les griefs sont trop nombreux pour être étalés ici. (...)


L’histoire ne tient d’abord pas debout.
J’ai entendu dire que c’était l’apanage des sagas de l’été. Soit. Mais il y a des limites à tout, car même si l’histoire est au bout du compte bancale, il n’est pas interdit de faire que chaque épisode, ou du moins quelques-uns tiennent la route. Il n’est pas interdit non plus de faire qu’une majorité des scènes soient crédibles et s’articulent entre elles. Rendez-vous compte : il n’est même pas interdit qu’une scène ne se contredise pas elle-même. C’est beau la fiction, non ?

Exemple : dans l’épisode 2, Marie Kermeur (Ingrid Chauvin) arrive sur le port. La foule la prend à parti et l’agresse verbalement : normal, les gens agissent ainsi depuis le début car elle, l’enfant du pays, enquête sur un accident présumé et déterre des secrets que personne ne peut voir ressurgir. On souhaite son départ de l’île.
Lucas Fersen (Bruno Madinier) arrive et est bloqué sur le port par la foule. Il leur pose alors des questions (les mêmes que celles de Marie) mais tout le monde reste muet et stoïque.
Marie explique alors à Lucas qu’il a besoin d’elle, car elle est du coin, elle connaît les gens ; lui n’est qu’un parisien en exil. Il refuse et lui demande de ne pas se mêler de ça.
Après quelques instants, devant l’obstination de la population à gêner la progression de son enquête, Lucas cède et demande l’aide de Marie. Celle-ci demande alors à la foule de se disperser. Et la populace de s’exécuter...

Cet exemple est à mon sens le plus flagrant, ou en tout cas celui qui m’a le plus marqué.

Autrement, citons pêle-mêle :

- Comment Ryan (Yves Régnier) réussit-il à s’en sortir seul après l’explosion de son bateau ? (épisode 5) Il est certes très bon nageur, alors il a quand même fallu un hélicoptère de la Marine pour sauver Ingrid Chauvin, esseulée en haute mer, sur les lieux du drame.

- Où est passé le moine « vidocquesque » de l’épisode 1 ? Il servait à quoi ? Ah c’était le fiancé de Marie qui cherchait à lui faire peur... Cool... Comment il faisait ses tours de passe-passe à propos ?

- Pourquoi Ryan apparaît-il à son père équipé de son attirail de plongeur ? (épisode 6) Pourquoi n’est-il pas présent directement dans le bateau ? Et d’où arrive-t-il, vu que nous sommes en pleine mer ? Y a pas à chercher, c’est n’im-por-te quoi.

- etc...

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres. L’histoire semble avoir été écrite au fur et à mesure, comme si les auteurs cherchaient des situations, avant de savoir où cela les mène. L’ensemble s’apparente à une pyramide faite de bric et de brocs assemblés sans réelle logique.


Les rebondissements sont pour la plupart éculés et prévisibles au moins un épisode à l’avance. Je veux bien que beaucoup de choses aient été faites depuis que la fiction existe, mais quand même. On ressent la plupart du temps un manque cruel d’imagination.
Et quand on est surpris, c’est parce que la situation est soit complètement saugrenue, soit qu’elle donne l’impression de tomber du ciel. Tout cela est assez perturbant.

Quant aux cliffhangers...
Pour juger, utilisons la bonne vieille méthode empirique :

Cliffhanger 1 : Les Crabes. Alors que Marie roule paisiblement dans son 4x4, quelque chose la chatouille, elle allume la lumière et là des crabes commencent à tomber du plafond. Elle fait un tête-à-queue et tente de se débarrasser des crustacés ; mais son véhicule continue lentement à descendre le chemin en direction de la mer.
Résolution du 1 : Ryan surgit dans son 4x4 et se met en travers la route. Le véhicule de Marie le percute mais s’arrête. Ryan, casse la vitre (au lieu d’ouvrir les portières) aide Marie à sortir et ils vont se réchauffer au phare (là où vit Ryan).

Cliffhanger 2 : Les Algues. Dans un centre de thalassothérapie, Marie et Lucas enquêtent. Marie est penchée, sur le rebord d’un bassin, en train de fouiller dans les algues qu’il contient, quand surgit un homme armé (on ne voit pas son visage). Lucas interpelle Marie, un coup de feu retentit, et elle tombe dans un bassin (sans raison, personne la bouscule) et aperçoit, sous l’eau, le cadavre d’une femme.
Résolution du 2 : Lucas se précipite vers le bassin, enlève ses chaussures, et en extrait Marie. Le tireur se révèle être l’auxiliaire de gendarmerie qui avait pris les deux flics pour des brigands.

Cliffhanger 3 : La Grotte. Marie et Lucas descendent dans une grotte située au bord de la plage ; ils espèrent y trouver un passage menant au dolmen et pouvant expliquer les saignements. Mais ils se retrouvent pris au piège par la chute d’un énorme bloc de pierre juste devant l’entrée (chute dû à un éboulement causé par Pierrick). La marée commence à monter tandis que les deux policiers s’échangent leurs sentiments.
Résolution du 3 : Alors qu’ils sont dans les bras l’un de l’autre, à se déclarer leur amour, Lucas décide de plonger, trouve un couteau au fond de l’eau et entreprend de creuser un peu la roche où semble se trouver un passage. Les deux flics accèdent à une grotte attenante à al première puis à un passage menant aux dolmens.

Cliffhanger 4 : Le Bateau de Ryan. Ryan a enlevé Marie pour lui révéler ses secrets. Mais alors qu’ils sont en pleine mer, le bateau prend feu. Ryan pousse Marie à l’eau mais n’a pas le temps de sauter que l’embarcation explose, laissant la jeune femme se débattre dans l’eau.
Résolution du 4 : Un hélicoptère Super Frelon de la Marine Nationale, avec Lucas à son bord, arrive sur les lieux et sauve Marie de la noyade.

Cliffhanger 5 : Lucas et Marie sont chez l’auxiliaire de gendarmerie qui s’est révélé être un traître. Celui-ci les surprend et tire sur Lucas qui s’écroule.
Résolution du 5 : Marie est emmené par le gendarme. Pendant ce temps, Lucas, qui a simulé sa mort avec un flacon contenant un liquide rouge, se remet debout et les poursuit. S’en suit une course poursuite en bateau, au cours de laquelle le gendarme est mortellement blessé par un tir de Lucas.
A noter que Lucas n’expliquera jamais par la suite à Marie la mise en scène de sa mort ; et que celle-ci ne demandera jamais à Lucas comment il a survécu. C’est vrai que le téléspectateur connaît la vérité, donc ça suffit largement...

Pas folichon tout ça. Un moment, ils donnaient l’impression de tous avoir un dénominateur commun : l’eau ou la mer. Car oui, aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai cherché une thématique ; j’ai cru un moment que quelque chose avait été réfléchi. Heureusement, le 5e cliffhanger vient casser cette apparente logique et me démontrer que j’avais tort d’espérer.
Il n’y a pas besoin de réfléchir longtemps pour voir que ces prétendues scènes « couperet » sont totalement artificielles. Aucune construction ne les amène et elles ne servent à rien au niveau de l’histoire. Cela frise l’amateurisme, où l’on n’hésite pas à ajouter des scènes pour se faire plaisir.
On notera au passage que les cliffhangers sont résolus par l’intermédiaire d’un Deus Ex Machina. Alors c’est sympa de faire ainsi référence au théâtre antique, mais bon, reprendre des principes éculés de plus deux millénaires, c’est toujours un peu louche.

Encore un truc avant de conclure.
Ça se vante d’avoir fait une série avec une touche de Fantastique. Mais où ça ? Tous les éléments qui apparaissaient fantastiques au début sont reniés au fur et à mesure et trouvent une explication rationnelle dans le dernier épisode.
Les scénaristes ne savent-ils pas ce qu’est le Fantastique ou bien ont-ils préféré ne pas faire décrocher le public avec des éléments irréels ?


Une histoire assez basique au départ, qui pouvait marcher, mais que les scénaristes ont choisi d’agrémenter d’éléments inutiles et grossiers, négligeant de ce fait l’essentiel : à savoir pondre une histoire crédible et qui se tienne.
Chose dont ils ont été incapables.
Et même si j’en ignore les raisons, je ne vois pas ce qui pourrait justifier un tel travail.


La Mise en Scène

On la doit à Didier Albert.
Pas vraiment inspiré le monsieur. Manque de vie, choix de mise en scène et de cadres discutables, erreurs grossières... Il ne nous épargne rien.


a. Les choix de mise en scène

La mise en scène à pour but de transposer un texte à l’écran, certes, mais aussi de créer des sensations chez le spectateur, de le guider dans la narration. Tout ceci est dépendant des choix du réalisateur, de sa façon de raconter l’histoire. Ses choix de cadre, de lumière, de décors, de jeu pour les acteurs... créent la narration.
Or dans Dolmen, il n’y a aucun logique apparente. Pire : la réalisation semble parfois confuse.

On trouble aussi des choix assez incompréhensibles :

- (ep.1) : le corps de Gildas est d’abord chez le « légiste » dans un grande pièce avec un baie vitrée donnant sur la falaise. Par la suite, il est amené sur le port, en brancard sous des couvertures : toute la foule amassée peut donc le voir circuler. Enfin, on le charge sur la vedette qui possède elle aussi de grandes vitre (décidément) : le brancard avec son cadavre est encore une fois à la vue de tous, exposé comme dans une vitrine. Et sur ses roues, car la vedette ne doit pas subir les effets du roulis.
Voilà un cadavre qui a donc bien voyagé. L’histoire se déroulant en été, c’est une chance qu’il n’ait pas commencé à se décomposer et à empester tout le coin...

- (ép. 2) : Les deux flics (Marie et Lucas) sont informés qu’un navire est en détresse. Quand ils arrivent au port (quelques temps plus tard), on leur annonce qu’il a coulé. Ils décident de plonger sur l’épave et la découvre déjà rongée par les algues, comme si elle était là depuis des années. C’est joli à voir certes, mais pas très réaliste.

- (ép.5) : Marie est chez le gendarme, où elle découvre une pièce derrière une vitre sans tain. En franchissant le seuil, arme à la main, elle ajoute à voix haute : « je savais bien qu’il y avait une pièce ». quel est l’intérêt de cette réplique si ce n’est prévenir le gendarme de son intrusion et ainsi je faire estourbir ? (ce qui arrive bien sûr).
Certains pourraient dire qu’il s’agit de problèmes de scénario. Moui, éventuellement. Sauf que le réalisateur a tout pouvoir sur la mise en scène (c’est d’ailleurs son boulot) et peut en conséquence choisir de supprimer certaines choses s’il les juge mauvaises ou inappropriées.

On n’oubliera pas l’excellent passage comique :

- (ép. ?) : Marie et Lucas sont sur le port. Il pleut à torrents. D’un coup, sans prévenir, une gerbe de flotte arrive de coté sur le deux personnages. C’est limite si on ne voit pas les techniciens qui balancent la flotte.

Les cadres sont parfois aussi étranges. Pourquoi partir sur un champ contre-champ classique puis d’un coup placer la caméra derrière une vitre pour 1 plan avant de revenir au champ contre-champ ? Pourquoi faire un travelling sur un personnage en train de parler debout et immobile ?
On trouve aussi des fautes de raccords. Comme par exemple dans l’épisode 5, le chp-c.chp entre Ryan et Pierre-Marie n’est pas raccord ; de face, PM regarde Ryan légèrement de biais alors que de dos, sa tête est tellement tournée qu’il regarde le mur sur le coté. Le raccord regard est une des bases du cinéma. Apparemment, sur Dolmen on l’ignorait.

On se demande quand même parfois si Didier Albert ne fait pas joujou avec son matériel.
Car si certains plans en hélicoptère sont jolis, ils ne le sont pas tous. Par contre, ils sont aussi nombreux qu’inutiles. Il avait loué un hélico et a par la suite cherché tous les moyens de le rentabiliser ?


b. L’esthétique


- La Lumière :
Elément majeur qui participe à l’élaboration de l’esthétique d’un film, la lumière est ici relativement grossière. Manque de temps, d’ambition, de volonté ? Pas manque d’argent en tout cas.
Par exemple dans l’épisode 3, lorsque Marie a une transe au sommet du dolmen, Ingrid Chauvin a clairement le projo dans la figure sur les plans serrés (on voit l’auréole de lumière sur le visage). Sur les plans larges, on s’aperçoit que le soleil vient d’un coté particulier ; or, il n’y a pas la moindre zone d’ombre sur les menhirs, preuve qu’ils sont éclairés plein pot.
J’en entends s’exclamer alors : « mais faut avoir l’œil pour distinguer des trucs pareils ! ». Ben ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi. Parce que dans ce cas, moi je dis : pourquoi ne pas mettre carrément les projos dans le champ ? Ils ont certes l’air d’avoir de très beaux HMI*, qu’ils utilisent autant qu’ils peuvent - bah oui, comme ça se loue à l’heure ces machins-là, ben c’est comme l’hélico, faut rentabiliser - mais en tant que spectateur, je m’en fous un peu à vrai dire.
La lumière, ça ne sert pas à éclairer l’espace, on n’est pas dans un salon.


- Les Décors :
Les décors naturels sont plutôt jolis, on ne peut le nier. Mais les décors construits ne sont pas toujours à la hauteur. J’en veux pour preuve l’espèce de rocher en papier mâché, qui obstrue la grotte à la fin l’épisode 3, digne d’un Tokusatsu* d’il y a 15 ans.


- Le Générique / les Visions :
Des compositions qui font pâle figure par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir dans ce genre de cas.
Le générique fait vieillot et limite amateur.
Les séquences de visions proposent un montage trop lent pour que l’effet fonctionne. Le principe de ce genre de visions est de deviner les images plus que de les voir. Ici, dès le premier visionnage en direct, on comprend tout ce que cela représente. C’est pas terrible.


On nous avait promis que nous verrions les 15M€ de budget à l’écran ; c’est le cas.
Sauf qu’on se demande s’ils ne se sont pas fait un peu arnaquer sur les tarifs.


c. Les erreurs

Elles sont légion et j’aurais dû les noter au fur et à mesure (je plaide coupable sur ce coup-là) :

- (ép. 2) : le véhicule de Marie est comme neuf à l’arrière alors qu’il a percuté celui de Ryan quelques heure avant.

- (ép. 2) : nous sommes dans un centre de thalassothérapie avec des bassins pour que les patients se baignent. Et même sans y avoir jamais mis les pieds, chacun sait qu’un bassin de ce genre fait entre 50cm et 1m de profondeur, à tout casser. Pourtant, quand Ingrid Chauvin tombe dedans, elle tient tout debout avec de l’eau au-dessus et au-dessous. Chapeau.

- (ép. 4) : lorsque Lucas et Marie s’échappent de la grotte en nageant dans un tunnel et ressortent par un trou dans une autre partie de la falaise (juste avant de regagner la surface près du dolmen). Etrangement, l’eau monte d’un coté (dans la grotte) mais pas par le trou où s’échappent les héros. Dolmen, la saga qui défie les lois de la physique.

- (ép. 6) : Lucas et marie chute par la trappe située sous le dolmen. On voit clairement que Lucas tombe les pieds en avant sur la jambe et le genou de Marie (la pauvre cascadeuse...). Celle-ci se relève comme si de rien n’était.

- etc...


d. Le Montage

On dit cette étape de la post-production souvent miraculeuse, parce qu’elle permet de corriger certaines petites erreurs de tournage ou d’accentuer des effets de mise en scène. C’est là que le film prend tout son sens.
Sauf qu’ici, on a plus l’impression d’embrouiller un peu plus la pelote. Ça semble parfois fait à la va-vite, quand on observe pas tout simplement des erreurs. Les sorties de champ, les raccords dans le mouvement, tout ça n’a pas cours dans l’univers de Dolmen.
Pas besoin de s’étendre : le montage ne contribue pas à sauver l’ensemble. Il semble lui aussi un peu bâclé.



En résumé, on ne peut pas dire que la mise en image n’est ne serait-ce que correcte. Les paysages sont peut-être jolis (et encore, il faut aimer la Bretagne), mais à part ça... (...)
En tout cas, filmer durant 90’ hebdomadaires les seins d’une actrice n’a jamais fait d’une fiction un chef-d’oeuvre et ce genre de procédé est plutôt l’apanage d’une autre catégorie de films...
D’ailleurs, puisque nous y sommes, « Rendons hommage aux films érotiques de M6 qui pendant 10 ans ont éveillé la sexualité des adolescents et saluons TF1 qui les ramène en prime time grâce à la formidable interprétation des seins d’Ingrid Chauvin » (© Alexxx).


Dernier point, qui s’adresse surtout aux personnes peu familières de la production cinématographique et audiovisuelle.
Le réalisateur, en tant que dernier décideur à tous les niveaux, est aussi intégralement responsable de l’œuvre. En conséquence, et ce quelque soit la qualité ou la médiocrité du produit, tout est entièrement à sa charge.


Autrement, il faut savoir que Didier Albert est le deuxième réalisateur de cette série. En effet, son prédécesseur, Eric Summer, a été écarté car l’atmosphère qu’il avait créé était paraît-il trop sombre au goût de la chaîne.
Je demande à voir.



Petit intermède pour une question qui me taraude.
Pourquoi TF1 a-t-elle choisi de proposer un résumé de l’épisode de la semaine suivante ? Pour appâter le spectateur j’imagine. Mais vu que dans chacun nous était montré que Marie était toujours vivante, où était l’intérêt d’inclure un cliffhanger à chaque épisode ?
Le principe de cet élément scénaristique est de tenir le spectateur en haleine en attendant la prochaine diffusion. Or ici, le suspense est éventé moins de 10 secondes après la fin de l’épisode, réduisant à néant tout l’effet.

D’où un légitime sentiment d’incompétence vis-à-vis des responsables de la diffusion.



Les Acteurs

Mauvais.
C’est même à peine croyable de pouvoir observer « une telle palanquée de loosers » (© Jéjé pour l’expression).


Commençons par la star de cette saga : Ingrid Chauvin.
Son portrait n’en finit plus d’inonder les pages des magazines télé. Il est vrai qu’elle en impose à l’écran, mais plutôt grâce à sa généreuse poitrine que grâce à son jeu.
A aucun moment elle n’a trouvé le ton juste au niveau de la voix. A aucun moment elle n’a montré une expression en rapport avec la scène ; enfin, quand elle a réussi à faire passer une expression. A aucun moment je n’ai vu Marie Kermer à l’écran, mais toujours Ingrid Chauvin récitant son texte. Elle n’est certes pas aidée par les dialogues, mais pour jouer aussi faux, il faut en vouloir.
J’ai entendu dire qu’elle avait 15 ans de pratique théâtrale derrière elle. Ils ont enfin réussi à s’en débarrasser, alors ?
Sauf qu’à y regarder de plus près, sa biographie ne comporte pas vraiment de hauts faits d’arme, loin de là. Bon, on peut certes noter qu’elle a débuté dans des productions AB ou que quand elle joue dans une série de TF1, son personnage s’appelle toujours Marie, mais bon, c’est maigre quand même...

L’acolyte : Bruno Madinier.
Bof. Lui aussi est à coté de son sujet, même s’il sonne moins faux que Chauvin. Très peu expressif, un texte dit toujours sur le même ton, sans conviction (car ce n’est pas le froncement de sourcil qui change quoi que ce soit). Il est fade.

Les seconds rôles ne relèvent rien du tout. On a l’impression qu’ils récitent tous leur texte.
A la limite, on peut peut-être sortir Yves Rénier, qui surnage dans la boue. Mais cela ne va pas beaucoup plus loin.

La seule vraie exception est Chick Ortega qui campe parfaitement l’idiot du village, seul personnage auquel je me suis attaché, à la fois à cause de sa personnalité et par ce qui lui arrive. Même si le recouvrement de la parole gâche un peu quand même, sa storyline fonctionne bien.
J’ai sincèrement beaucoup apprécié Pierrick LeBihan.


On va finir avec une petite blagounette :

« Mais je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas de demandes du cinéma »
(Jean-Marc Morandini à Nicole Croisille, sur Europe 1).

Ah ben, au FLT, on a regardé tous les épisodes et on a compris.

Ce sujet du passage des acteurs de la télé au cinéma revient souvent sur le tapis. Certains ont l’impression qu’une barrière existe en ces deux mondes pourtant si proches en apparences. Une barrière quasi infranchissable.
Je vais vous rassurer : ce n’est pas une impression. Cette barrière existe. Les gens du cinéma n’ont vraiment aucune estime pour ceux de la télé. Il existe une porte entre les deux, mais une porte à sens uniquement. Quelqu’un qui n’arrive pas à bosser au cinéma peut passer à la télé ; l’inverse est extrêmement rare.
La France fait, semble-t-il, figure d’exception par rapport au reste du monde. Mais quand on voit le niveau de nos productions télévisuelles, et notamment des grosses (dont Dolmen fait parti), on s’étonne beaucoup moins.
Mais j’y reviendrais un peu plus tard.


On a coutume de dire qu’un mauvais acteur est un acteur mal dirigé. Soit. Dans leur cas, vu le peu d’inspiration de la réa, on a des doutes sur les capacités de direction d’acteur du chef.
Mais d’un autre coté, vu que les comédiens ne sont même pas ne serait-ce que corrects, je crois que même Clint Eastwood ou le regretté Stanley Kubrick n’y pourrait rien.







Globalement, on ne peut pas dire que ce soit terrible. Doux euphémisme.
Pourtant, la médiocrité de tout cela trouve son paroxysme ailleurs.

Car produire une fiction qui se révèle au bout du compte assez mauvaise, cela arrive à tout le monde, même aux plus grands.
Mais quand les principaux responsables d’un tel désastre se gargarisent de la qualité de leur travail, cela devient proprement insupportable.


Que Takis Candilis, le responsable de la fiction chez TF1, se gausse des scores est une chose tout à fait normale : c’est son boulot. Faire du chiffre, c’est ce qu’on lui demande. Soutenir ses productions contre vents et marées, cela lui permet de justifier son salaire. Même si le discours empeste l’hypocrisie à plusieurs kilomètres à la ronde, qu’on a parfois l’impression qu’il se moque littéralement de nous autres, téléspectateurs, que nous ayons aimé ou pas la saga de l’été 2005, il faut tenir ses nerfs. Il est avant tout un businessman et on ne peut pas lui demander de faire autre chose. Ce serait comme demander à Patrick Le Lay de ne plus fournir de temps de cerveau disponible à Coca-Cola.


Nan, là où l’agacement est profond, c’est lorsque l’on entend les « créateurs » de la saga s’exprimer.
Que ce soient les scénaristes, le réa, la prod, ou les acteurs, tout le monde se vante partout de la qualité du travail effectué. Mais croient-ils vraiment à ce qu’ils disent ? N’ont-ils pas un peu honte par moments ? Comment peut-on, en toute honnêteté, proférer de pareilles inepties ?
J’ai été littéralement estomaqué par les interventions des divers protagonistes de cette farce goût douteux.

Les scénaristes n’en finissent plus d’expliquer comment ils ont conçu puis construit leur histoire pour arriver à cette alchimie parfaite.
Mais qu’elle construction ?
Sans même prendre en compte le Fond (c’est-à-dire ce que raconte l’histoire, son sens), on peut voir que, soit Jamet et Le Pezennec se foutent complètement des règles de la dramaturgie, soit elles ne connaissent absolument rien à l’écriture de scénario. Dans les deux cas, la Forme seule suffit à les présenter comme des incompétentes.

Prenons un exemple flagrant de la non-constrution de la série - et non pas déconstruction, car ce terme revêt pour la narration un caractère réfléchi, ce que les gens de la série ont visiblement oublié de faire.
Il s’agit de la vieille scène de sexe entre Ingrid Chauvin et Bruno Madinier. Ici, tous les points évoqués plus hauts se retrouvent concentrés en quelques minutes.

Absolument pas amenée dans l’histoire, elle aurait pu être placée n’importe où dans les 6 épisodes sans que cela gène. Bouclée en deux-quatre-six, juste le temps de voir les seins d’Ingrid Chauvin et d’émoustiller très légèrement le téléspectateur - car plus longue ou avec une actrice intégralement nue, il y aurait eu risque de choquer - elle arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe.
Si ce n’est pas du racolage de bas étage, je veux bien me faire pendre.

Et encore, à la rigueur, si c’était bien fait... Un peu de sensualité, d’émotion, ça n’a jamais fait de mal à personne. Là, ça vaut à peine mieux qu’un des regrettés feuilletons de M6 du dimanche soir.
C’est tout simplement indigne de personnes dont le métier est d’écrire des histoires et qui sont payées pour le faire.


Didier Albert, lui, déclare que le cinéma ne l’intéresse pas plus que cela, que ce qu’il fait pour la télé lui convient très bien.
Quelle preuve humilité ! Il convient d’applaudir cet élan de sincérité.
Mais qu’il se rassure : personne ne viendra le chercher pour salir les écrans des salles obscures. Il pourra passer les années à venir à gueuler sur les plateaux de téléfilms comme il sait si bien le faire. Car il a beau jeu de dire que son passage au grand écran ne s’est pas fait de sa propre volonté, mais après avoir vu Dolmen, il est clair que cette promotion n’aura pas lieu tout simplement parce qu’il est mauvais.
Quand on n’est pas capable de filmer un simple champ contre-champ de façon correcte, on ferait mieux de ne pas la ramener.


Les acteurs ne sont pas en reste quand il s’agit d’évoquer leurs personnages ou la saga en elle-même. L’éloge est dithyrambique et les jets de roses se font dans tous les sens.
Pourtant, la nullité de leur jeu est patente. Quand on connaît le nombre de comédiens qui cherchent à prouver leur talent mais à qui on ne donne jamais leur chance, et qu’on voit pavoiser ces personnes incapables d’exprimer la moindre émotion, ça ne donne pas envie d’y aller avec le dos de la cuillère. Les deux acteurs principaux, notamment, sont là uniquement pour leur physique et rien d’autre.
Leurs explications quant à la façon dont ils sont rentrés dans la peau de leurs personnages est édifiante et devraient être diffusées dans tous les conservatoires, afin de montrer aux apprentis acteurs les ravages causés sur l’encéphale par une brusque poussée d’audience. Ce n’est vraiment pas beau à voir, mais ça vaccine contre les gonflements de tête intempestifs.

Alors quand j’entends Yves Régnier se plaindre qu’on ne reconnaît pas son talent à sa juste valeur, qu’on ne fait jamais remarquer quand il est bon, ça me hérisse les poils sur les bras. Parce que quand on n’arrive pas à apprendre son texte et que l’on a besoin d’une oreillette pour jouer, on ferait mieux d’adopter un profil bas.




Quelques extraits pour la route :

Extraits de l’interview accordée par Ingrid Chauvin à TV Hebdo : « Marie est quelqu’un de fort, et de dur parfois. Un point me préoccupait : comme plusieurs choses terribles lui arrivent, je redoutais d’être prisonnière de mes émotions. J’ai simplement tenu à être la plus vraie possible. Heureusement que le personnage de Bruno Madinier est là pour faire passer la légèreté ».

Cela se voit très bien à l’écran : son visage est aussi expressif qu’une porte de prison et son compère semble avoir planqué quelques Carambar dans les poches de sa veste.



Interview de Bruno Madinier du 15 juin 2005 pour www.citeartistes.com : Le premier épisode a réuni plus de 12 millions de téléspectateurs et cette série possède tous les ingrédients pour "cartonner" cet été...

- C’est en effet une histoire comme on aimerait en tourner plus souvent. Le scénario de Nicole Jamet et de Marie-Anne Le Pezennec se lit d’une seule traite comme un roman dont on a envie de connaître le dénouement.
Tous les acteurs sont unanimes. L’ambiance du tournage était particulièrement exceptionnelle... Et ça se ressent à l’écran !

- Grâce à un casting formidable !!! (...) Sans oublier un réalisateur vraiment béton : Didier Albert, un monstre de travail, un bulldozer qui nous entraîne avec lui. Grâce à lui, le film prend une grande dimension. Bravo et chapeau "Maître Albert" !


Bulldozer. Madinier aurait voulu le faire exprès, il n’aurait pas trouvé plus approprié.
Moi j’aurais eu tendance à dire « mise en scène à la truelle » mais cela aurait été vexant pour les artisans du bâtiment. Donc ce n’est pas plus mal.




Bref, cette atmosphère m’exècre au plus au point.
Car bien entendu, ils ne vont pas descendre la série sur laquelle ils ont bossé de longues semaines et pour laquelle on les a payé grassement. Mais je pense il y a quand même une certaine décence à observer, et il convient dans la mesure du possible de rester un minimum humble vis-à-vis de son travail. Surtout dans leur cas.

Et j’en viens à espérer qu’au fond d’eux-mêmes, ils sont quand même un peu mal à l’aise. Car autrement, cela voudrait dire qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils ont pondu un navet d’une très très grande envergure.
Et dans ce cas-là, j’en viendrais presque à les plaindre.





Certains doivent maintenant se dire : « Mais qu’est-ce que c’est que ce règlement de compte ?! ».

Il ne s’agit en aucun cas d’un règlement de comptes puisque je ne connais pas ces gens, ils ne me doivent rien et personne dans mon entourage ne m’a demandé de détruire leur travail ou de salir leur nom.
Je suis simplement un téléspectateur consterné tout autant que désespéré par ce qu’il a vu et qui a choisi de pointer du doigt ces inepties plutôt que de rester assis dans son fauteuil à maugréer.

Parce que j’en ai marre de sans cesse convenir que, oui, c’est effectivement mieux ailleurs (et pas qu’aux USA).
De sans cesse chercher à comprendre pourquoi, dans ce pays qui représente soi-disant la culture vu de l’étranger, on continue de produire des trucs aussi nuls, tant dans le fond que dans la forme.
De sans cesse avoir l’impression qu’on me prend pour un demeuré qui avalera n’importe quoi avec le sourire.

Car au fond, c’est surtout une grande tristesse qui m’habite...


Un petit mot sur la fabrication des téléfilms, qui a aussi pour but d’éclairer sur cette fameuse barrière qui existe entre le cinéma et la télévision et que j’avais commencé à évoquer plus haut.
Il faut savoir que le mode de production d’un téléfilm n’a absolument aucun rapport avec celui d’un film. Le seul impératif qui s’applique c’est le temps : il faut tourner vite et ne pas dépasser le planning. Coûte que coûte. C’est pour cette raison que tout ce qui concoure à la mise en image est fait à la va-vite, que l’on fait très peu de prises, voire parfois même une seule (oui, oui, vous lisez bien : une seule prise). L’ambiance est au mieux plate, au pire détestable (Cf. « Les Roi maudits » de Josée Dayan).
Bref, pour résumer et éviter de s’étendre plus longtemps, personne n’a le temps, ni même l’envie, de se mettre en valeur. C’est pour cette raison que les personnes du cinéma sont réticentes (à juste titre) à l’idée d’embaucher des gens de la télé, qui n’ont absolument aucun objectif qualitatif.
En toute franchise, seriez-vous prêts à débourser 8 ou 9 euros pour voir un film signé Didier Albert avec Ingrid Chauvin dans le rôle titre ?



Alors quand même, reste une question à laquelle je n’ai pas de réponse : pourquoi un tel succès ? Car à 11,5 millions de moyenne, c’est même beaucoup plus qu’un succès.
Le mystère est pour le coup aussi épais que la mythologie de The X-Files ou de Evangelion.

Comment peut-on ne pas voir la faiblesse totale de cette production ?
Comment peut-on lire que Ingrid Chauvin incarne à merveille son personnage ? Que les acteurs sont tous très bons ?
Comment peut-on encenser une histoire bâclée et sans imagination ? Comment peut-on encore s’extasier sur les multiples rebondissements, jetés là sans aucune construction ?
Comment peut-on acheter plus de 100 000 exemplaires du livre tiré de la saga télévisée ?


J’en viens à me demander si je ne suis pas finalement qu’un vieux con snobinard qui se la raconte en regardant des séries que peu de gens connaissent et en crachant sur des œuvres populaires. Car vomir ainsi sur une saga suivie par 1 spectateur sur 2, n’est-ce pas se mettre au ban ?
Je ne le crois pas.
Car je ne pense pas que les téléspectateurs qui se sont posés autant de questions que moi par rapport à cette série soient nombreux.

Le truc qui me rassure un peu, c’est que les gens que j’ai croisé n’ont adopté que deux attitudes quand je leur ai parlé de la dernière production de TF1 : une regard noir et un visage déconfis, ou bien un œil malicieux agrémenté d’un sourire béat et ironique. La palme revenant à une jeune actrice débutante, qui a simplement levé les yeux au ciel à l’évocation du mot « dolmen ».

Attitude parfaitement révélatrice du sentiment qu’inspire cette saga de l’été 2005 chez ses détracteurs.





PS : remerciements à Alexxx et à sa mémoire pour son aide précieuse lors de la rédaction de cet article. ;-)


* HMI = Hydrargyrum Mercure arc length Iodine.
Il s’agit d’un projecteur qui, de façon schématique, recrée la lumière du jour. On l’utilise pour accentuer la lumière du soleil, la recréer en intérieur ou carrément pour faire le jour en pleine nuit. On en trouve de différentes puissances qui varient entre 200 et 2500W.

* Tokusatsu
Catégorie de programmes en provenance du Japon, au sein de laquelle on retrouve des séries telles que Bioman, X-Or ou encore Power Rangers (pour les plus connues).