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Double je(u)

par Guillaume Matthias

Interview de l’actrice Caroline Beaune qui a doublé la célèbre agent Scully durant 9 ans. Cet entretien a été réalisé par Carole Papin courant 2003, alors que la série The X-Files venait de se terminer :

J’ai rencontré pour la première fois Caroline Beaune, à l’occasion d’une convention de fans de la série X-Files. Caroline m’a invitée à assister au doublage de deux épisodes de la série. Cette expérience très intéressante m’a donnée envie de m’intéresser de plus près à ce travail de l’audiovisuel, apparemment peu étudié. Ainsi, lorsque je l’ai recontactée pour cet entretien, c’est avec plaisir que Caroline Beaune a accepté de me faire partager son expérience professionnelle.




A ton avis, quelles sont les qualités que recquiert le doublage ?

Il faut être avant tout comédien ; ce qui est mieux, c’est d’être bon comédien ! Il faut aussi avoir une certaine faculté à ne pas être trop sur soi, c’est à dire de ne pas être trop égocentrique. Restituer ce que fait le comédien ; car on double un comédien, il existe, il est là, devant nous. Il pourrait être moi en quelque sorte. Mais ce n’est pas le cas, c’est une comédienne, bonne ou mauvaise. Parfois on double des comédiens pas très bien et on s’en débrouille ; parfois des bonnes comédiennes, et là tu as envie de les servir au mieux. Donc tu ne te sers pas toi-même, tu sers la comédienne que tu as en face de toi. C’est une actrice comme toi et tu te dis qu’à l’inverse, si quelqu’un devait te doubler toi, tu aimerais bien que ce soit bien fait. Il y a aussi cette faculté de rentrer dans la peau du personnage, mais aussi dans la peau d’une autre comédienne jouant ce personnage... Donc tout ça est assez compliqué. Il y a également quelque chose qui est de l’ordre de la rapidité. Malheureusement, on travaille très vite. Par exemple quand je doublais Scully dans X-files, un épisode était doublé en une journée. Et il y a du texte, des choses pas évidentes à faire, des termes de médecine... Il faut donc cette faculté de réagir, d’écouter et de retranscrire assez rapidement. Et puis comme je le disais, ça demande une certaine humilité parce que ce n’est pas nous qui sommes à l’écran.


Oui, habituellement, être comédien, c’est se montrer, s’exposer. Or, la particularité du doublage, c’est que c’est un travail où l’on joue en se cachant derrière le visage et l’interprétation d’un autre acteur, comme avec le masque de la comedia dell’arte...

Oui exactement. A priori, on fait ce métier pour exister en tant que soi ; et là, on existe un peu à travers les autres. Mais moi personnellement, ça ne me gêne pas, car ça m’amuse beaucoup et j’ai doublé des comédiennes que j’aimais bien. Ca m’a fait exister aussi au niveau du doublage ; et avoir une certaine reconnaissance dans ce milieu là, qui n’est pas des moindres, parce qu’il y a des gens très bien qui font ça, de bons directeurs de plateau. Je m’y suis tout à fait retrouvée. Simplement le danger, bien-sûr, c’est que quand on commence à bien marcher là-dedans, on ne fait plus que ça, au détriment d’autres choses : de théâtre, de télé, de cinéma.


Tu as doublé Gillian Anderson dans X-files pendant neuf ans. Qu’est-ce que cette expérience t’a apportée ? Est-ce que ça t’a fait progresser en tant que comédienne ?

Beaucoup de gens disent que le doublage peut être terrible, que ça peut « abîmer » les comédiens. Ca a certainement dû en abîmer quelques uns, j’espère que ce n’est pas mon cas. Moi j’ai le sentiment que le doublage, de manière générale, m’a aidé parce que je n’ai pas fait que ça, j’ai continué à aller au théâtre, à y travailler etc... Je vois par mon expérience propre, en rejouant au théâtre, que depuis que j’ai fait X-files par exemple, j’ai fait des progrès (j’en ai le sentiment en tout cas). Je ne sais pas si c’est par rapport à X-files et précisément au fait d’avoir doublé Gillian Anderson. En tout cas, j’ai eu beaucoup de plaisir à doubler cette comédienne parce que je l’aime beaucoup, je me suis sentie tout de suite des affinités avec elle. Elle a un mode de jeu, un espèce d’humour et de gravité en même temps... Enfin je me suis complètement retrouvée dans cette femme et dans cette actrice, c’était une rencontre. J’ai adoré la doubler dans The House of mirth1 où elle est magnifique, et où elle fait tout autre chose que Scully. Oui, elle a dû probablement m’apporter des choses, mais c’est difficile à dire parce qu’en même temps, ce n’est aussi que du doublage... Mais quand même, je pense que quand tu travailles avec une comédienne, ou plutôt sur une comédienne pendant longtemps et qu’elle est bien, ça doit t’amener quelque chose.


C’est intéressant que tu parles de rencontre, parce que tu ne l’as jamais réellement rencontré...

Non, mais j’aimerais beaucoup. Georges a pu rencontrer Duchovny à Paris, lorqu’il est venu pour la promotion d’un de ses films. C’est lui-même qui l’avait contacté. En revanche, j’ai doublé une actrice dans une grande saga allemande pour arte, et les acteurs sont venus pour une grande projection à Paris. C’était très sympa de les rencontrer ; j’étais toute jeune à l’époque, c’était vraiment un de mes premiers gros doublages. Et l’actrice que je doublais à eu un geste très gentil : on lui a offert un énorme bouquet de fleurs, qu’elle m’a remis. Bon, peut-être qu’elle l’a fait pour ne pas avoir à se trimballer avec des fleurs ; mais le geste, symboliquement, était plutôt sympa.




Il y a aussi le fait qu’ X-files t’a apporté une certaine popularité auprès des fans français de la série. Comment réagis-tu par rapport à cet intérêt, même cet enthousiasme qu’il vous a été témoigné à toi et à Georges ? A quoi penses-tu que cela est dû ?

C’était tout à fait incroyable, parce que c’était vraiment la première fois qu’il y avait un tel engouement pour des « voix ». D’habitude, on s’intéresse aux acteurs, personne ne fait attention aux voix françaises ; ou alors, c’est pour nous critiquer. Donc c’était génial ; mais je pense que dans un premier temps, les gens se sont un peu rabattus sur nous parce qu’on était accessibles, on était français, et on était là, sur place, et qu’ils ne pouvaient pas avoir Gillian Anderson ou David Duchovny. Mais je dois reconnaître que j’étais sidérée de cet engouement sur nos voix, sur le travail que l’on faisait, sur la rencontre avec les personnages. Je trouve ça vraiment bien, et je dirais presque normale parce qu’on s’est vraiment investis, énormément, Georges et moi. On a essayé de faire le mieux possible notre boulot, et donc on a eu des retours, ce qui est formidable car c’est rare en doublage. Souvent les retours sont très négatifs. Mais on fait un travail qui doit être fait et c’est génial qu’on soit reconnus pour ça, ça m’a fait très plaisir. Ca m’a fait un peu exister, même si c’est à travers le doublage, qu’on ne me voyait pas à l’écran, qu’on ne me reconnaissait pas dans la rue . Au moins, j’existais pour ma voix. Le revers de la médaille, c’est qu’après X-files, j’étais étiquetée ; ça m’a empêché de travailler sur d’autres choses car j’évoquais trop cet univers là, ça m’a retiré du travail. C’est incroyable parce qu’on sait pourtant que la voix change quand on double ; moi j’ai une voix qui « bouge » à travers ce que je fais, à travers le personnage que j’incarne, enfin que je double. Si je double une autre comédienne, je n’aurai pas forcément la voix de Scully. Il faut que les gens aient un peu d’imagination et nous accordent leur confiance. J’espère que les jeunes générations de metteurs en scène et de réalisateurs sauront le faire.


Une des caractéristiques du doublage, c’est justement le fait de pouvoir interpréter toutes sortes de personnages qui peuvent être très loin de vous physiquement, des rôles que vous ne pourriez interpréter dans la réalité... C’est en cela, j’imagine, que ça peut être épanouissant en tant qu’acteur...

Oui, c’est ça l’intérêt du doublage : jouer autre chose que ce qui paraît ; c’est ce qui est formidable, et ce qui m’a plu énormément. Ca m’a beaucoup amusé qu’avec mon physique de blonde aux yeux clairs (où au cinéma, je n’aurais peut-être joué que des rôles de gentilles blondinettes), j’ai pu, gâce au doublage, faire toutes sortes de personnages. On est acteurs avant tout.


Est-ce que ce n’est tout de même pas frustrant pour un comédien de rester derrière une barre, derrière un écran ? En doublage, on ne s’implique pas dans l’action, et on ne s’approprie pas le personnage de la même façon... Bien-sûr, il y a une part active dans le fait de doubler, de jouer ; mais il y a aussi une certaine passivité, paradoxale pour un acteur. Vous êtes à la fois acteurs, et spectateurs d’un travail qui a déjà été fait.

C’est sûr oui... Mais personnellement, je n’en ai jamais été frustrée. Je m’investis énormément dans le doublage, même si on ne travaille pas le rôle en amont etc. C’est une autre pratique, une autre technique, qui demande un investissement, même si tu restes derrière une barre et que ton corps bouge à peine. D’ailleurs Georges et moi, souvent, on bouge beaucoup, on s’implique physiquement. On sait ce qu’on joue, on sait pourquoi on joue ; et quand on a quelque chose de douloureux à interpréter, l’émotion est là. Tu cherches la douleur en toi, même si c’est très rapide et moins impliqué.


Oui, en vous observant travailler sur la V.F. d’X-files, j’ai moi-même été surprise par votre investissement, votre enthousiasme. Vous ne donnez pas simplement votre voix, vous ne faîtes pas « semblant » de jouer, vous y allez. Même si il y a forcément une limite imposée par le doublage. Si Scully pleure à l’écran, toi tu te contentes d’en donner l’illusion. Le doublage, en cela, nous ramène à l’essence même de l’acteur qui est de « faire semblant ». Et cela pose la question de savoir jusqu’où peut aller le jeu.

Tout à fait, oui. Le jeu d’acteur, c’est aussi l’art de l’illusion. Tu n’es pas forcément dans l’état, mais il faut faire croire que tu l’es. Et en même temps, tu l’es un peu quand même. C’est tout un art, un équilibre à trouver. Il ne faut pas surjouer, ça peut être ridicule et insupportable. Mais quand tu as quelque chose à jouer, il faut aussi que ce soit profond et que tu ressentes les choses. Donc il faut trouver cette chose très ténue, entre les deux. Ce n’est pas facile ; encore moins au doublage où il y a bel et bien une implication, même si elle est autre.

Qui plus est, une autre particularité de ce travail de doublage , c’est sa réglementation.. Il faut être synchro, très précis, et surtout respecter et « suivre » le jeu de l’acteur que l’on double. C’est très technique.

Oui, il a une limite imposée par la technique. Elle est telle que ton corps ne bouge pas de la même manière ; que chaque fois, tout en jouant, tu observes ce que fait le comédien, tu te calques sur sa manière de jouer. Si tout à coup il explose, et que toi, en tant que comédien, tu n’aurais pas joué de la même manière, tu dois quand même le suivre. Mais je trouve ça marrant, j’adore ça. La technique te donne aussi la distance nécessaire, malgré toi. Tu joues avec ça.

Donc tu réussis tout de même à avoir une part de liberté dans ton jeu.

Oui. De toute façon, il y a toujours une contrainte, au doublage comme à la télévision ou au cinéma. La caméra est très contraignante ; et on ne peut pas faire ce que l’on veut, on nous donne des instructions précises. Il y a tout le temps des contraintes, mais il faut jouer avec. Au doublage, c’est pareil. Et puis plus tu en fais, plus tu dépasses la technique. Tu finis par l’oublier et par te laisser complètement aller, c’est génial. Ca m’amuse énormément.

Il y a un côté libérateur là-dedans...

Oui, ça peut te libérer curieusement. Moi qui suis quelqu’un d’assez introverti, pudique (ce qui est quand même absurde en tant que comédienne !), je me suis vraiment surprise à jouer des trucs complètement déments au doublage, de l’hystérie, de l’émotion extrème que je ne me serais jamais vu jouer sur scène. Peut-être parce que je suis dans le noir ; que c’est moi sans être moi, du fait que je m’identifie à une autre actrice. Je fais abstraction de tout ce que je suis et je me laisse aller.

En fait, un doublage, lorsqu’il est bien fait, doit passer inaperçu. On ne doit pas se rendre compte que les personnages ne parlent pas vraiment français, que ces voix qu’on croit sortir de leurs bouches ne sont pas les leurs. Il y a en quelque sorte une mise en abyme, qui renforce cette idée au cœur même du cinéma qui est : « tout ce que vous voyez est faux ». L’idée d’illusion, qui renvoie à la fiction, est soulignée par le doublage. C’est en cela, je trouve, que le doublage peut être fascinant quand il est bien fait : l’illusion est totale. Peut-être est-ce aussi pour cela que c’est un travail « de l’ombre »...

Oui, peut-être... Mais ça a quand même été pas mal exposé ; il y a eu, à un moment donné, un engouement pour le doublage, un peu amorcé par X-files. Il y a eu des articles sur le doublage. On a commencé à se dire que ça pouvait amener quelque chose. Des comédiens extraordinaires comme Michel Roux, qui doublait Tony Curtis, amenaient leur propre univers et apportaient énormément au personnage. Un acteur de doublage peut magnifier, sublimer un autre acteur. Et surtout, il amène une culture. Il y a une imprégnation française qui est apportée.


Oui, cela nous ramène au côté populaire du doublage. Si un film ou une série est doublée, c’est avant tout pour qu’il soit vu et apprécié par le plus grand nombre, pour qu’il soit accessible au grand public. La plupart des gens préfèrent la V.F. à la V.O. car elle leur permet de mieux s’approprier l’œuvre en question. Le succès que Georges et toi avez eu pour X-files le montre très bien. Vous constituiez une sorte de passerelle au public français ; grâce à vous, Mulder et Scully étaient un peu français...

Oui c’est ça. Nous portons une certaine culture dans notre manière de phraser, de parler. Ce n’est pas de la simple traduction, c’est de l’adaptation à notre civilisation. Ce qu’on porte, ce qu’on a vécu passe à travers la voix, et on se réapproprie une certaine langue. Donc effectivement, on est un peu ce lien. C’est pour ça qu’il faut qu’une version française doit être bien faite, à tous les niveaux. Il faut protéger ce travail, en réagissant lorsque c’est mal fait. C’est un milieu que je quitte peu à peu parce qu’on travaille de moins en moins bien, c’est insupportable. C’est toujours des histoires d’argent : on travaille au plus juste, au plus économique ; on fait appel à des comédiens qui n’en sont pas, à des jeunes qui n’ont pas de conscience politique, pour ne pas avoir de problèmes de grèves ou de revendications à prendre compte : diviser pour mieux régner. Tout ça au détriment de la qualité, ce qui est inacceptable. Il faut vraiment que le public dénonce les V.F. baclées et mal faites, car il y a des maisons qui travaillent très mal et qu’il faut arrêter. Il faut une exigence. Nous, on ne peut rien faire. On n’a plus de travail parce qu’on a protesté, c’est incroyable. Il y a eu une grande grève il y a quelques années, pour des conditions de travail décentes, pour se faire respecter, pour avoir notre nom au générique et pour se faire reconnaître. Et on a été laminés par des « jaunes », des gens qui ont accepté de travailler à des tarifs moindres ; et peu à peu, on a été évincés. Mais heureusement, il y a quelques maisons qui travaillent bien. Je pense que c’est un travail qui doit rester artisanal.


En fait, la version doublée pose le problème du respect d’une œuvre artistique. Il y a forcément « violation » de l’œuvre originale. Selon ta propre expérience, quel regard portes-tu sur la question ? Est-ce que ce n’est pas frustrant de savoir que, de toute façon, une version doublée ne sera jamais aussi bonne qu’une version originale ?

Je ne vois pas les choses comme ça. De toute façon, il faut des versions doublées. Mais à ce moment là, il faut que ce soit superbement fait, à tous les niveaux : au niveau de l’adaptation, du doublage, du casting de voix. Là, ça peut fonctionner, tu peux faire un magnifique travail. Ce ne sera jamais l’original, mais ça peut vraiment apporter quelque chose.


De manière générale, est-ce que tu essaies vraiment de te rapprocher au plus près de ce que fait l’actrice, ou est-ce que tu te contentes de jouer les répliques comme elles viennent ?

Tu es obligé de jouer comme l’acteur ; sinon, tu es à côté. Mais en même temps, c’est quand même toi. Moi en tout cas, je n’essaie pas de ressembler vocalement, même si de temps en temps il y a des petits gimmicks. Par exemple, si je dois doubler un personnage qui a une voix très rauque, je vais aller chercher dans mon grave. Certaines boîtes ne font pas de vrais castings de voix, ils t’appellent et tu fais les choses sur le coup. Donc il m’est souvent arrivé de doubler des jeunes comédiennes qui avaient vingt ans de moins que moi ; ce qui t’oblige à te rajeunir. Tu essayes de te rapprocher de la comédienne mais ce n’est pas de l’imitation. Jamais, ce serait horrible !


C’est vrai qu’à la base, c’est tout de même un travail assez ingrat ; il n’est pas vraiment reconnu par le milieu du cinéma, il est même plutôt méprisé. Mais ces dernières années, de plus en plus de stars viennent faire du doublage, surtout dans les grands dessins animés. Quel regard portes-tu sur ce phénomène ?

Je trouve ça absurde ! D’être méprisé, pour qu’on nous remplace par des gens de cinéma... On se fiche vraiment de nous ! On nous méprise, et tout à coup, ils font enregistrer les grands comédiens, qui devraient se contenter de ce qu’ils font déjà. Ils n’ont pas besoin de prêter leurs voix, c’est encore des histoires de gros sous. Dans ces cas là, on ne crache pas dans la soupe. Pendant des années, on a craché sur le doublage ; et aujourd’hui, pour faire vendre, on emploie des stars. Tout ça est absurde. Je pense que l’on n’a pas à mépriser ce travail. C’est un vrai travail, avec de vrais acteurs, et pas des acteurs « de doublage ». On n’est pas des acteurs de doublage ; même s’il y en a qui ne font plus que ça, et c’est triste. A mon avis, ceux-là feraient mieux, de temps en temps, d’aller voir ailleurs et de faire autre chose, de se nourrir d’autres choses. Mais en tout cas, on n’est pas des acteurs de doublage ; on est des acteurs, point.
C’est absurde d’entendre Depardieu sur un acteur américain, c’est de la pure bêtise. Il vaut mieux quelqu’un qu’on ne connaisse pas trop, pour que l’imaginaire fonctionne ; plutôt que d’entendre la voix d’une star facilement reconnaissable qui fera que l’on sera obsédé par ça pendant tout le film.

J’ai tendance à penser aussi que les meilleurs doublages sont ceux qui sont transparents, ceux auxquels on ne fait même pas attention justement parce qu’ils sont bons. Or, souvent, on entend des V.F. exubérantes, où les comédiens surjouent par rapport à l’interprétation originale comme pour mieux exister. Es-tu toi aussi parfois tentée d’en rajouter ?

C’est vrai que c’est un piège à éviter : vouloir trop en faire ; car finalement, on n’a que ça. Je ne sais pas, j’espère ne pas être tombée dans ce piège là. Personnellement, j’essaie toujours de respecter les intentions de l’acteur ; mais on ne peut pas non plus se désincarner, on a notre propre façon de jouer et de parler. Et parfois, j’imagine que ça peut être plus poussé ou excessif que l’interprétation originale. Au final, on aboutit forcément à une double interprétation ; même si, dans les cas où le travail est bien fait, ce n’est pas « visible ». Quand tu travailles plusieurs années sur une série comme X-files, petit à petit tu abordes le rôle avec plus de facilité, ça va tout seul. Tu n’as pas besoin de pousser ton jeu, car tu connais le personnage, et il est en toi...

Merci à Carole Papin pour sa contribution au FLT.