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Le métier de TF1 est "d’aider Coca-Cola à vendre son produit"

par Arnaud J. Fleischman

Cette déclaration de Patrick Le Lay, PDG de TF1, n’a, de prime abord, aucune raison de choquer. TF1 est une chaîne privée dont les revenus sont issus de la publicité et qui doit donc offrir à Coca-Cola comme aux autres annonceurs des espaces publicitaires susceptibles de toucher le plus grand nombre de téléspectateurs. Cela nous le savons. Là où les propos de Le Lay deviennent plus graves c’est lorsqu’il commence à expliquer comment il va permettre à Coca de vendre son produit.

"Pour qu’un message publicitaire soit perçu il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages."
Qu’est ce qui se cache exactement derrière cette déclaration ? La vision de Le Lay des programmes de télévision. Pour lui, les émissions que diffuse sa chaîne ne doivent pas stimuler l’intellect des téléspectateurs, éveiller leurs curiosités, ou les pousser à penser. Ce qu’il demande c’est tout le contraire. Afin que le cerveau reste disponible pour les messages publicitaires il faut qu’il soit détendu, propice à accepter les arguments qu’ont concocté les publicitaire pour lui vendre n’importe quelle lessive, boisson gazeuse ou autre produit. Ainsi, s’explique la politique de la première chaîne française. Ne doit passer sur son antenne que des émissions bien idiotes ne sollicitant pas trop les cerveaux des spectateurs. La Ferme, Le Bigdil, Y’a que la vérité qui compte, Vis ma vie et autres niaiseries (pour rester poli) sont là pour que Coca vende son produit à des consommateurs conditionnés par des heures passées devant TF1. Il est sûr que regarder A prendre ou à laisser ne provoquera pas des surcharges neuronales.

Cette vision de la télévision n’est malheureusement pas uniquement celle de Patrick Le Lay. S’ils ne se montrent pas aussi franc et direct les autres patrons de chaînes appliquent peu ou prou la même politique. C’est flagrant sur M6 où au printemps les programmes de télé-réalité trustaient plus de la moitié des prime (Le Chantier, J’ai décidé de maigrir, Les Colocataires et La Nouvelle Star) plaçant sans nul doute le cerveau des téléspectateur dans de bonnes dispositions.
Mais plus grave encore, il semble que les chaînes du service public partagent les opinions de Le Lay (exception faite de Arte). Faut-il rappeler que C’est mon Choix avait trouvé une place privilégiée sur la grille de France 3, que les émissions de Delarue scrutant la misère humaine sous toutes ses formes occupent une position confortable dans la grille de France 2. Que dire alors des fictions sur toutes ses chaînes.

Que nous soyons sur TF1, France 2, France 3 ou M6, les séries répondent plus ou moins aux mêmes cahiers des charges. Il ne faut pas qu’elles puissent choquer les téléspectateurs en présentant des héros trop imparfaits, des histoires trop sombres, des scénarii trop complexes. Elles doivent être calibrées pour entrer dans la case du prime, contenir ce qu’il faut de morale et de bons sentiments. Quand l’une d’entre elles sort de ce moule, Police District par exemple, qu’elle montre la réalité policière telle qu’elle est et non telle que les patrons des chaînes voudraient qu’elle soit, elle est annulée, alors que P.J. série tiédasse, qui n’est pas mauvaise, mais pire médiocre, reste accrochée à la grille de France 2. Ce que les décideurs des chaînes de télévisions demandent c’est un nivellement par le bas des fictions. Le pire c’est que non contente de calibrer les fictions maisons, les chaînes s’en prennent également à celles qu’elles achètent en les coupant (mutilant) pour en supprimer toute trace de violence ou images susceptibles de choquer la sensibilité des téléspectateurs et ainsi de réveiller leur cerveau conditionné.

Il serait trop facile d’accuser Coca-Cola et la publicité de conduire à cette situation. Il suffit de jeter un coup d’oeil outre atlantique et regarder les séries qui y sont présentées pour constater qu’elles ne sont pas destinées à endormir le cerveau suffisamment pour que le message publicitaire passe le mieux possible mais au contraire à capter l’attention du spectateur, l’accrocher, et le stimuler pour qu’il reçoive le message publicitaire. Deux visions des choses qui se retrouvent également dans la façon de faire de la pub, mais c’est un autre sujet.

Patrick Le Lay réinvente la formule de De Gaulle déclarant que les français étaient des veaux ; pour le patron de TF1, les français, ou du moins les téléspectateur, sont des vaches à lait. Il serait donc grand temps que les troupeaux se réveillent et fassent comprendre que la télévision peut être autre chose qu’un instrument d’abrutissement des masses consommatrices.