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:: Chroniques > A l’écoute du CSA ::

Période 4 : Novembre 2005 - Janvier 2006

par François Sénac

Défense de la langue française, représentation des minorités à la télévision, protection de l’enfance et respect de la dignité de la personne humaine : le C.S.A. n’a pas chômé pendant les fêtes. Un retour sur l’actualité récente de l’institution s’impose ...

KESAKO n°4 : Promotion de la qualité de la langue française - La défense de la langue française à la télévision (2/2)

Parmi les fonctions attribuées au C.S.A., la défense de la langue française occupe une place significative. L’article 3-1 de la loi 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication donne pour tâche au Conseil de veiller « à la défense et à l’illustration de la langue et la culture françaises » . Cette mission comporte plusieurs volets. Dans la précédente chronique, nous avions envisagé cette question sous l’angle de la lutte contre la prolifération des anglicismes à la télévision. Un autre aspect du travail du C.S.A. consiste dans le contrôle d’un emploi correct de la langue française.

Le Conseil se montre attentif à la qualité de la langue employée dans les programmes télévisés, tout en étant conscient que la nature même de la communication audiovisuelle impose un style oral et justifie des facilités que bannirait la langue écrite. Le C.S.A. a adopté un ton résolument pédagogique. C’est en sensibilisant les téléspectateurs aux incorrections les plus fréquentes ou les plus significatives qu’il entend défendre la langue française à la télévision. Parmi les incorrections les plus régulièrement évoquées, on retrouve l’absence de liaisons entre les adjectifs numéraux et les substantifs (trois cents//euros) et les liaisons abusives notamment avec le h dit aspiré (les z’handicaps, ils ont t’hissé, ils ont t’hué) , l’amollissement du [s] en [z] dans les noms se terminant en -isme [idéalizme], [réalizme], la transformation du [x] en [s] dans les mots commençant par -ex comme [esspédition], [esscuse] ou [essportation], la réduction du [l] dit mouillé en [y] : [miyon, miyeu] pour million, milieu, et l’affaiblissement de la finale -stion en -sion [quession] pour question, si bien qu’il arrive souvent que le mot suggestion soit prononcé comme sujétion.

Les défenseurs les plus virulents de la langue française seront déçus par la timidité du Conseil. S’agissant des fautes d’orthographes volontaires, dont les animateurs comme Cauet ou Dechavane sont friands, que faut-il faire ? Les bannir sans état d’âme ou bien les prendre pour ce qu’elles sont : des gimmicks pour divertir les téléspectateurs. La question est posée ...

GROS PLAN SUR : La représentation de la diversité des origines à la télévision.

Depuis 2001 et les renégociations des conventions conclues avec TF1 et M6, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a mis en œuvre un vaste chantier. En faisant figurer dans leurs conventions l’engagement de "prendre en considération dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale", le Conseil a demandé à l’ensemble des diffuseurs publics et privés de lui transmettre un bilan annuel détaillant leurs programmes et initiatives contribuant à améliorer la représentation à l’antenne de la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale.

L’entreprise est fort louable mais comme pour beaucoup d’initiatives publiques ou privées, il reste à mesurer la valeur des promesses. À bien des égards, cette vaste opération s’apparente plus à une vaste opération de marketing des grandes chaînes. Ainsi, lorsque dans son rapport TF1 déclare qu’elle "reste consciente qu’elle a un rôle à jouer dans la recréation d’une partie du lien social en voie de désagrégation dans la France d’aujourd’hui, notamment dans les banlieues", on se dit qu’on a fait du chemin depuis le temps où TF1 vendait du « temps de cerveau humain disponible » . Même constat pour M6 lorsque la chaîne souligne dans son rapport la double fonction des médias : "exemplaire : car ils présentent une image sociale et culturelle à laquelle la société tend à vouloir ressembler ; spéculaire : car elle est un miroir de la société dont elle est censée refléter la diversité des moeurs, des besoins et des préoccupations". Comment ne pas sourire compte tenu de la grille de programmation de cette chaîne ?

Qui plus est, les rapports remis par les chaînes sont, à bien des égards, assez effrayants dans la mesure où il consiste, pour certains, en une longue liste de « preuves » de l’engagement des chaînes à favoriser la représentativité des minorités dites « visibles » à la télévision.
Si les chaînes publiques mettent plutôt en avant l’importance des magazines culturels et des émissions spécifiquement liées au thème de l’intégration, les chaînes privées ont préféré cataloguer les programmes mettant en scène des personnes membres des minorités visibles. C’est à croire que tout se joue au niveau de la quantité ...Canal + cite comme exemple ses journalistes sportifs (par exemple Mourad Zeghidi, José Touré et Suraya Imvuti). De son coté, M6 se voit décerner la palme de l’auto-justification. Alors que certaines chaînes tentent de camoufler leur catalogue, la chaîne ne prend pas de gants. Elle cite comme exemple certaines de ses fictions ( Léa Parker, Sami le Pion, Ma famille d’abord, etc.), ses principales émissions de télé-réalité, ses émissions de divertissement dont les animateurs sont issus de minorités (Charly Nestor pour Hit Machine, Magloire pour C’est pas trop tôt, Karine Lima pour M6 Kid). et même ses programmes jeunesse ( Funky Cops, Fly, Moi Willy et Wheel Squad).

N’exagérons cependant pas notre critique car la situation est, il est vrai, très délicate. D’un côté, tout le monde (chaînes, pouvoirs publics, associations, etc.) s’accorde pour dénoncer l’insuffisante diversité sur les antennes. Cette insuffisance est multiple : les Français issus de minorités rencontrent de véritables difficultés d’accès aux médias et on constate une carence manifeste de visibilité des minorités sur les antennes des diffuseurs hertziens. D’un autre côté, on marche sur des œufs car ni les chaînes ni les pouvoirs publics ne veulent entendre parler de quotas. Mais il faut mesurer la dimension de problème et de la pertinence des solutions alternatives. La conception républicaine du principe d’égalité interdit la logique des discriminations positives fondées sur des critères ethniques, religieux ou politiques. Partant, le discours traditionnel reproche aux quotas de nuire à l’égalité des chances et d’avoir l’effet pervers de stigmatiser davantage les communautés en question. Le principe est entendu mais on ne doit pas pour autant pratiquer la politique de l’autruche. Il y a un véritable problème de représentation des diverses communautés. On a peut-être attendu trop longtemps que la situation se décante grâce au changement des mentalités de chaque individu. Il est peut-être temps que le droit vienne aider ces mentalités à évoluer ...

Ca se discute va trop loin - Novembre 2005.

Les aficionados de cette chronique (NDC : on peut toujours rêver ...) ont sans doute remarqué que les sages du P.A.F. veillent tout particulièrement à la préservation de l’image des mineurs à la télévision. Ce mois-ci, c’est pour son traitement controversé d’un sujet relatif aux enfants que l’émission de Jean-Luc Delarue a été montrée du doigt.
Le Conseil a écrit à France 2 au sujet de l’émission Ça se discute diffusée sur son antenne le 13 avril 2005 et consacrée au stress, à la dépression et à la phobie chez les enfants.
Le C.S.A. a jugé bon de rappeler qu’au regard de la protection des mineurs, la participation d’enfants à cette émission pose plusieurs problèmes. Il appelle en effet régulièrement l’attention des chaînes sur les conditions de participation de mineurs placés en situation difficile, en leur recommandant de préserver leur anonymat. Or, dans cette émission, les enfants ont été amenés à exposer, ou à voir exposés par leurs parents, des aspects négatifs et secrets de leur personnalité, alors même que plusieurs d’entre eux avaient manifesté le refus d’en parler en public. De plus, le Conseil a relevé que, sous l’étiquette "angoisse" aient été regroupées des pathologies de nature et de gravité très différentes, ce qui est susceptible d’entraîner, chez les téléspectateurs, des amalgames qui pourraient être préjudiciables à la santé publique. Le Conseil a donc demandé à France 2 d’être très attentive au respect des règles permettant de protéger les enfants en difficulté et de veiller particulièrement à l’exactitude des informations qui ont un caractère médical.

Le «  free fight  » ou la bête noire du C.S.A. - Décembre 2005.

Les sages persistent et signent dans leur opposition au combat libre ou «  free fight  », c’est-à-dire ces combats sans aucunes règles et sans arbitres. Après avoir refusé le projet de convention proposé par la chaîne Fight TV au mois de mars 2005, et ainsi interdit d’émettre à cette nouvelle chaîne au motif que la diffusion de combat libre est contraire au respect de la dignité de la personne humaine, le C.S.A. a récidivé. La Haute institution de l’audiovisuel a solennellement adopté une recommandation pour condamner toute diffusion des combats libres à la télévision, jugeant que la retransmission de ce type de combat «  porte atteinte à la dignité des participants ; est susceptible de nuire gravement à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs ; est contraire à la sauvegarde de l’ordre public ».
Pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le fait de montrer à la télévision des combats ultra-violents, sans aucunes règles ou limites, est contraire aux lois qui régissent la communication télévisuelle. Rappelant que le Conseil de l’Europe recommande aux gouvernements des Etats membres "d’entreprendre toutes les mesures nécessaires pour interdire et empêcher les combats libres [...]", et que plusieurs de ces combats ont été interdits par arrêté préfectoral, le C.S.A. a établi une liste de raisons pour recommander aux services de télévision de diffuser des combats qui ne seraient pas régis par une fédération nationale agréée par le ministère en charge des Sports ou, s’agissant des manifestations se déroulant à l’étranger, qui ne répondraient pas aux critères suivants : des règles de compétition respectant l’intégrité physique et morale des sportifs ; la transmission de valeurs éducatives ; un encadrement médical adapté ; des contrôles anti-dopage ;un encadrement formé : arbitres, juges, officiels, ... ; des combattants d’égale valeur technique et de poids comparable.

La loi sur l’égalité des chances et le C.S.A. - Janvier 2006.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a eu l’occasion d’affirmer son attachement à la politique audiovisuelle qu’il défend en matière de promotion de l’égalité des chances. En effet, dans son avis sur les dispositions relatives à l’audiovisuel prévues dans le projet de loi pour l’égalité des chances entre les Français et entre les territoires, le C.S.A. s’est dit globalement satisfait que le projet reprenne et continue la politique qu’il a initié sur certains points, par exemple s’agissant de la généralisation de la stipulation dans les conventions des chaînes privées aux termes de laquelle les éditeurs s’engagent "à ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité ; à promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République ; à prendre en considération, dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale". Par contre, la Haute institution a émis deux réserves. Tout d’abord, elle a insisté sur le fait que le respect de la diversité de la société française par les chaînes doit s’inscrire dans une perspective globale, c’est-à-dire au niveau de la programmation générale des chaînes et non pas au niveau de chaque programme, pris individuellement. Ensuite, le Conseil s’est interrogé sur les conditions d’adaptation de ce dispositif de promotion de l’égalité des chances aux services de radio, aux chaînes de télévision communautaires ou confessionnelles, ainsi qu’aux télévisions locales et d’outre-mer.

N.B. : Hommage à Yvon Le Bars.

Le décès de Yvon Le Bars, membre du C.S.A. jusqu’en janvier 2005, a donné l’occasion au Conseil de rendre un hommage à un des plus fervents défenseurs et promoteurs de la Télévision numérique terrestre.
Polytechnicien, ingénieur général des Mines, Yvon Le Bars a consacré la plus grande partie de sa carrière au monde des télécommunications et de l’audiovisuel (Compagnie générale des communications, France Télécom). Sur le plan politique, il a travaillé avec deux Premiers ministres, Pierre Messmer et Jacques Chirac. Membre de l’Autorité de régulation des télécommunications de 1997 à 2000, il a pu oeuvrer pour le développement des technologies numériques. Il a continué cette tâche au C.S.A., où il fut nommé par le président de la République au mois de janvier 2001. Il quitta l’institution 4 ans plus tard pour prendre sa retraite. Pendant son mandat au C.S.A., il s’est avant tout illustré par son rôle dans la promotion de l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine audiovisuel et a ainsi grandement favorisé la modernisation du P.A.F.


Chers lecteurs, je vous invite à réagir sur le forum au sujet de cette chronique.
http://www.leflt.com/forum/viewtopic.php?t=3953

Sources et compléments

Sites Internet
- Conseil Supérieur de l’Audiovisuel


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