Identification

Contact

Front de Libération Télévisuelle
27 rue Haxo
75020 Paris

Reseau

Recherche

:: Chroniques > A l’écoute du CSA ::

Période 5 : Février 2006 - Avril 2006

par François Sénac

Auréolé du succès de la T.N.T., le C.S.A. s’est quelque peu reposé sur ses lauriers en ce début d’année. Trop timide sur certains sujets, trop lent dans son action, il a encore prêté le flan aux critiques.

KESAKO n°5 : « L’alerte enlèvement »

L’heure est à la modernisation du P.A.F., incontestablement ! Nous en voulons pour preuve la récente transposition en France du système nord américain d’alerte médiatique en cas d’enlèvement d’enfants. Baptisée sobrement « Alerte enlèvement », ce nouveau dispositif permet de diffuser sur une large palette de médias la photo, l’identité et la description d’un mineur victime d’un enlèvement, à l’initiative du Procureur de la République et sous réserve de l’accord des parents. Une fois le dispositif activé, l’alerte est diffusée à la télévision sur les chaînes qui ont préalablement signé le protocole d’accord sous deux formes : d’une part, un carton plein écran qui s’affiche entre les différents programmes contenant la photo et la description de la victime ; d’autre part, un bandeau déroulant en bas de l’écran qui défile tous les quarts d’heure pendant trois heures. Outre la télévision, les autres supports médiatiques sont également utilisés en vue d’une efficacité maximale.

Dès 2004, le C.S.A. a joué un rôle dans la réalisation de ce dispositif d’utilisation des médias en cas d’enlèvement. Interlocuteur principal des chaînes, il a permis de faire signer le protocole d’accord par les principaux diffuseurs (TF1, France Télévision, Canal +, M6, LCI et I-Télé) assurant ainsi un réel succès de l’opération. Il lui reviendra dorénavant de surveiller la mise en place concrète du dispositif. Cela étant, son rôle sera limité s’agissant d’une question qui concerne principalement la justice pénale et les services de police. [1]

GROS PLAN SUR : Un projet de réforme du C.S.A.

Les critiques à l’égard du C.S.A. sont pléthores, les propositions de réforme beaucoup plus rares. La réflexion initiée récemment par Alain Thorens sur le site d’Acrimed est pour nous l’occasion de s’associer à cette entreprise intellectuelle. Quelles sont les innovations proposées par l’auteur ?

- La création d’un Conseil national et de conseils régionaux des médias en remplacement du C.S.A.
De prime abord, la décentralisation de l’activité de contrôle du secteur audiovisuel peut paraître superflue. Mais on peut également penser que cela est susceptible de favoriser le développement des médias locaux. Quoi qu’il en soit, il conviendrait bien entendu d’assurer la primauté du Conseil national sur les Conseils régionaux afin d’éviter une véritable cacophonie de la politique audiovisuelle du pays et, plus grave encore, une éventuelle rupture du principe d’égalité entre les régions.

- Une véritable indépendance, une dimension paritaire et démocratique des Conseils des médias.
Dénonçant la subordination de l’actuel C.S.A. au pouvoir exécutif et à la majorité parlementaire, Alain Thorens, et d’autres avec lui, propose que les membres de la nouvelle institution soit élus selon un mode de scrutin destinée à assurer une plus grande représentativité. En outre, il plaide pour une large représentation des salariés des entreprises audiovisuelles, des journalistes et des organisations syndicales du secteur audiovisuel dans le collège des électeurs, sans pour autant écarter les dirigeants des chaînes et les usagers des médias.
L’idée est séduisante même si certains écueils, à l’instar du corporatisme, sont à craindre. Quoi qu’il en soit, ce projet de réforme laisse en suspend la question de la compétence minimum des membres de l’institution ? Dotés de pouvoir importants, notamment d’un pouvoir de nomination, de prérogatives de sanction et une mission juridictionnelle, peut-on abandonner ces tâches dans les mains de personnes qui n’ont pas une formation adéquate ? Et cela au risque de renforcer le primat interne des technocrates ?

- Des prérogatives renforcées et des compétences étendues.
L’auteur propose d’élargir sensiblement les compétences de la nouvelle institution à différents domaines. Parmi les nouveaux domaines, le contrôle des mesures d’audience nous semble être un secteur sensible sur lequel une autorité publique indépendante doit exercer un contrôle rigoureux. Abandonner le calcul de l’audience à des organismes privés, c’est laisser la porte ouverte à des manipulations par les diffuseurs les plus puissants et ainsi fausser le jeu de concurrence et partant freiner le développement de nouvelles chaînes. Ensuite, le contrôle de la publicité doit être renforcé car, à l’heure actuelle, le C.S.A. intervient trop rarement et trop tard en cas d’abus des chaînes, notamment s’agissant du volume sonore des séquences publicitaires.
Par contre, nous ne pensons pas que la nouvelle institution doit devenir la super structure de l’univers de la communication en France. La presse écrite et le web ne doivent pas être confondus avec le secteur audiovisuel ; leurs acteurs doivent bénéficier d’une plus grande liberté.
En outre, on doit s’interroger sur la pertinence de l’injonction d’une forte dose de réglementation et de dirigisme public dans le domaine audiovisuel à l’heure où l’Union européenne souhaite favoriser la déréglementation du secteur. Cela ne va-t-il pas handicaper les possibilités de coopération avec les médias des autres États membres ?

Février 2006 - Quelle protection pour les mineurs ?

Le domaine privilégié d’intervention du C.S.A. à l’égard des chaînes de télévision est devenu, depuis quelques temps, la protection de l’enfance. Ceci résulte non pas tant d’une prise de conscience tardive du C.S.A. mais plutôt de la multiplication des excès de la part des chaînes.

Au mois de février, pas moins de trois chaînes (Canal +, M6 et France 2) ont été épinglées par le Conseil. Deux émissions semblent particulièrement enclin à négliger les règles élémentaires de protection des mineurs, Quelle famille (M6) et Ca se discute (France 2), déjà rappelées à l’ordre par le Conseil. Le C.S.A. a reproché à la première émission d’avoir diffusé des séquences montrant des mineurs en situation de détresse sans que leur identité soit protégée. De son côté, l’émission de Jean-Luc Delarue s’est encore illustrée par des dérives, devenus malheureusement chroniques. Une jeune fille de 16 ans y a raconté qu’elle avait commencé à boire vers 13 ans et demi et son entourage a donné d’elle une image négative. En outre, deux mineurs dont les parents avaient été assassinés depuis moins d’un an ont été interviewés par l’animateur dans des conditions qui pouvaient leur être psychologiquement préjudiciables.
On est en droit de se demander si l’éternelle transigeance du C.S.A. n’est pas déplacée. Il est déjà assez alarmant de constater que les « reproches » du C.S.A. arrivent parfois plus de six mois après les émissions en question.

Mars 2006 - Le C.S.A. hors du coup

Le mois de mars a été l’occasion pour les téléspectateurs militants de sortir de leur torpeur habituelle. L’opération « Mettons de l’ordre dans les séries » a occupé le devant de la scène médiatique, notamment sous la pression de milliers d’internautes sollicitant de la part des chaînes télévisées le respect de l’ordre de diffusion des épisodes. De son côté, le C.S.A. a commenté l’opération par l’intermédiaire de son Président, Dominique Baudis. Dans l’émission radiophonique quotidienne de Jean-Marc Morandini (Europe 1, 23 mars 2006), le Président du Conseil est resté très timoré. S’il a « constaté un mauvais agencement des séries », il a surtout souligné que « le CSA n’a pas les moyens juridiques de faire respecter l’ordre des séries par les chaînes », au mieux il s’est proposé de jouer « un rôle médiateur » entre les téléspectateurs et les chaînes de télévision.

Plusieurs enseignements sont à tirer de la brève intervention de Dominique Baudis. D’une part, il constate le désordre dans la diffusion mais ne le condamne pas. Il est important de garder à l’esprit que, aux yeux du C.S.A., la diffusion dans le désordre d’épisodes de séries peut être justifiée par l’obligation de respecter les créneaux horaires de diffusion des épisodes jugées sensibles. D’autre part, il refuse d’utiliser son pouvoir d’initiative pour améliorer le sort des fictions télévisées, notamment en négligeant la possibilité de proposer une Charte de diffusion ou d’autres mesures destinées à changer les mentalités des décideurs des chaînes. Force est d’admettre qu’il est navrant de constater que certaines préoccupations des téléspectateurs ne soient pas tenues plus en estime par l’actuel C.S.A., au point de ne pas figurer sur le site web de l’institution ...

Avril 2006 - L’Eglise de scientologie épinglée !

Le Président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Jean-Michel Roulet, a attiré l’attention du C.S.A. sur l’envoi à plusieurs médias par l’Association internationale des jeunes pour les droits de l’homme de différents messages vidéos de propagande. À l’occasion de journées consacrées à des grandes causes humanitaires, à l’instar de la Journée de l’enfant, l’association en question a tenté de faire diffuser gratuitement par des services de télévision trois courts messages sur les thèmes des droits de l’homme, de la discrimination, de la liberté de pensée et de la liberté d’expression. Or, les investigations de la Mission interministérielle ont révélé les liens de l’association avec l’Église de scientologie.

Le 4 avril 2006, le C.S.A. a décidé d’informer l’ensemble des services de télévision et de radio que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires les alerte sur les liens existant entre l’Association internationale des jeunes pour les droits de l’homme et l’Église de scientologie.


Notes

[1Plus d’informations sur le site du Ministère de la Justice.


Warning: Use of undefined constant abo - assumed 'abo' (this will throw an Error in a future version of PHP) in /home/clients/8f1039ec5147650d5d7c96aa8827573b/web/v6/ecrire/public/evaluer_page.php(53) : eval()'d code on line 138

Commentaires

Il n'y a pas de commentaire à cet article
- Ajouter un commentaire