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Sooooo pink, chérie !

par Sullivan Le Postec

La pilule rose pourrait-elle soigner le PAF ?


Le 25 octobre, débarque dans un PAF sinistré la médiatique Pink TV. En gestation depuis des années, freinée dans son lancement par un CSA alors lancé dans sa croisade anti-porno - le problème majeur de la télévision Française, c’est bien certain - elle débarque sur tous les supports télévisés payants.
‘‘Une chaîne gay, pourquoi donc ?’’ s’interroge-t-on dans nos journaux et magazines. ‘‘Pourquoi pas ?’’ se sent-on l’envie de répondre. Il y a bien une ou plusieurs chaînes sur la cuisine, le cheval, l’automobile, sans parler des canaux religieux. Depuis la rentrée, il y a même la mal-nommée Filles TV, qu’une erreur marketing confondante a privé de son nom naturel, Blondes TV [1]. Bref, je ne suis pas sûr que la question de la légitimité d’une chaîne LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) et friendly se pose vraiment. A l’heure où les hertziennes privées, de soirées Follement Gay en Queer ‘Experts’ se gaussent de paillettes arc-en-ciel sans jamais, surtout, oser le moindre contenu identitaire, sans même parler de revendicatif, l’opportunité de son existence tendrait presque à s’imposer d’elle-même...

Pink TV existe, et c’est bien. C’est maintenant que se posent les véritables questions. Car ces 24 heures d’émissions, 7 jours par semaine, qu’en faire ?
Toutes les options sont possibles, y compris les pires. Le chausse-trappe basique étant d’appliquer une logique unitaire à l’identité LGBT, et d’oublier qu’il s’agit forcément d’identitéeS. Qu’une telle volonté de regarder la sphère gay par le petit bout de la lorgnette passe par une antenne entièrement animée avec des plumes ou, au contraire, à une négation de la Folle, le résultat serait le même : la caricature. Bonne nouvelle, cette multiplicité semble être l’ambition des créateurs de la chaîne, et des artisans de sa grille.
Une réussite en terme de représentativité, de dynamisme et de bon goût sera déjà un avancement majeur. Une telle fenêtre qui soit accessible partout en France, y compris du fin fond de la campagne a forte tradition catholique où le pédé [2] auteur de ses lignes a grandi, c’est un outil essentiel pour rompre l’isolement. Restera à Pink à savoir parler aussi à cette population, c’est à dire à ne pas pécher par excès de parisianisme. On jugera sur pièce dès lundi.
Cela dit, Didier Lestrade (co-fondateur d’Act-Up Paris, de Têtu et de Warning) a raison de préciser qu’il est probable qu’il faille accorder à la chaîne un temps de séduction tout azimut, six mois pendant lesquels il nous faudra nécessairement tempérer nos exigeantes attentes.


Mais recentrons-nous sur les sujets naturels du FLT pour nous intéresser au possible impact de Pink TV sur le Paysage Audiovisuel Français. Car, la chaîne gay pourrait, mine de rien, accomplir d’autres prouesses, moins universelles. Sa nature et ses partis-prix de fonctionnement en font en effet un véritable espoir médiatique.

Le premier réflexe à la lecture du prix de l’abonnement à Pink TV pourrait être un agacement. Neuf euros par mois, cela en fait une des plus chères. Pour comparaison, les deux principaux bouquets cinéma (7 chaînes) sont proposés à environ 12 €. Il serait facile d’y voir une nouvelle attaque vénale aux portefeuilles supposés bien remplis des gay, ce fameux semi-mythe des double income, no kid.
Mais, de fait, si ce tarif élevé est le résultat d’une certaine contrainte - le CSA impose qu’elle soit proposée à part et non intégrée à un bouquet de chaînes, toujours pour cause de porno - mais bien aussi d’une véritable volonté de fonctionnement et éditoriale. Car la conséquence directe en est que le spectateur de la chaîne - l’abonné - participera pour 80% aux recettes de la chaîne, seuls les 20% restants revenant à la publicité.
On conjugue ainsi deux phénomènes. D’abord, Pink TV est une chaîne de niche, qui n’a pas vocation à rassembler toute la famille devant leur téléviseur. Ensuite, ce rapport abonné payant / chaîne permet aux spectateurs de réellement compter dans la programmation. C’est ce rapport qui a forgé Canal + et qui lui a longtemps conféré une attitude différente, même si ce positionnement a été mis à mal dans les années récentes par les remous dans la direction. Ce même rapport, il me semble, régnait sur les premières chaînes câblées, à la naissance de ce support. Il s’est là complètement dilué, proportionnellement au taux de pénétration des thématiques dans les foyers, câble, satellite, télé-DSL et bientôt (peut-être...) TNT additionnant leurs audiences potentielles.

A la fois réseau de niche et généraliste - on y parlera mode, culture, tendances ; on y diffusera séries, films, opéra, etc. Pink TV pourrait permettre de créer un ton, un style, un esprit. La volonté de satisfaire un téléspectateur - client, un peu de talent et de temps rendent cela possible. Surtout, les artisans de Pink semblent sur cette longueur d’onde. Michel Field, producteur de plusieurs émissions de la grille, notamment le Set, le talk-show quotidien, déclare : ‘‘Si au bout de quelques semaines, le bouche à oreille fonctionne, si le bruit court que c’est sur Pink que ça se passe, on aura gagné’’.
Si, en plus, le public est au rendez-vous - il faudra 180.000 abonnés pour assurer la rentabilité de Pink - les velléités de copier ce succès ne tarderont pas, et l’on pourrait voir débarquer d’autres concepts de chaînes à niches de qualité, quitte à ce qu’elles soient aussi payantes.
A moyen terme une telle logique pourrait aboutir à la création d’un autre type de télévision, et entraîner une évolution des habitudes des téléspectateurs et, surtout, de ceux qui fabriquent la télévision. Au final il n’est pas interdit d’imaginer en bout de course un HBO à la Française, une ambition que Canal + ne se lasse pas de constamment décevoir (mais son positionnement initial rend, c’est vrai, le basculement vers la fiction maison difficile).

Espoir irréaliste ? Peut-être. Sans doute... Mais les sources d’espoir d’une amélioration du PAF, aussi ténues soient-elles, sont suffisamment rares pour que chacune d’elles soit signalée.

Notes

[1A mes blondes lectrices, j’ai suffisamment fait de truc avec mes cheveux pour savoir que cela n’a aucune importance, hein. Vous voyez très bien ce que j’ai voulu dire ;)

[2Comme y’en a toujours deux au fond à qui il faut tout expliquer, c’est pas une insulte, c’est de la ré appropriation.


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