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:: Chroniques > Editorial ::

Août 2003

par Sullivan Le Postec

Au cœur de l’été, alors que la France entière se laisse aller à la torpeur induite par les grosses chaleurs (à l’exception d’irréductibles en déplacement à Mâcon pour la seconde édition du festival des séries Cultes), il ne reste plus grand-chose d’autre à faire que des bilans. Peut-être est-ce, plus que jamais, le moment de faire celui de la fiction télévisuelle française.

Face à elle, deux grandes tendances : celle des résignés, qui s’affalent devant leur poste pour regarder la dernière ’’Lescauterie’’ en date sans, d’ailleurs, se faire d’illusions sur la qualité du programme (rappelons ici le sondage de 20 minutes où 73% des Français déclarait ne pas vouloir voir plus de séries françaises). La seconde tendance, qui a plus de chance de vous concerner, visiteur du site du FLT, c’est l’indifférence la plus totale vis à vis de ces productions. Dans ces conditions, le bilan d’un membre ou de vous-même sur la saison française 2002/2003 pourrait bien être : "rien à signaler".

Il faut bien admettre pourtant qu’un tel bilan est erroné, et qu’il est dommage qu’on en ait pas fait état à chaque occasion cette année. Car elle a vu la diffusion du prestigieux et plaisant "Napoléon" (qui vient de gagner une nomination aux Emmy Awards dans la catégorie meilleure Mini-série), mais aussi de la très attachante série "Age Sensible". La saison s’est terminée avec deux autres Minis absolument exceptionnelles : "A Cran" (multi-primée au Festival de la Fiction de St Tropez) d’Alain Tasma (qui avait déjà signé le mémorable mais pourtant oublié "Rastignac ou les Ambitieux") et "Virus au Paradis" d’Olivier Langlois. La première, pratiquement parfaite, est une incursion enfin réaliste dans l’univers quotidien des policiers, entre suicide, dépression, petits trafics et affaires banales. Elle est disponible en vidéo. La seconde, portée par un Richard Bohringer habité et envoûtant, raconte la lutte d’une équipe de scientifiques contre un virus "exotique" et meurtrier. On y trouvait là aussi un véritable souci de réalisme couplé à de grandes qualités narratives.

Ces quelques exemples prouvent que des choses bien, on en fait à la télévision française ! Et ce n’est pas nécessairement nouveau. J’ai parlé plus haut de "Rastignac", on peut aussi citer "Juste une question d’amour" ou "Avocats et Associés" qui datent déjà de quelques années.

Reste une question : ces tentatives ne se meurent-elles pas de ne pas être suffisamment soutenues, à la fois par les diffuseurs (voir la [non] programmation d’Age Sensible, voir la promo timide d’Un Virus au Paradis), et surtout par le public lui-même dont l’indifférence vis à vis de la fiction française a finit par se retourner contre lui et contre elle ?!! Il nous faut donc en venir à cette remarque : soutenir la qualité sur le PAF c’est aussi, et peut-être surtout, la regarder quand elle est diffusée. Puis en parler afin que ces fictions vivent au-delà de leur passage à l’antenne. Merci, d’ailleurs, à Episode, Synopsis et Martin Winckler de l’avoir fait tout au long de cette année. Et nous autres, au FLT, Vous promettons de vous tenir plus au courant en 2003/2004 !

Pour conclure, un constat : absolument toutes les fictions évoquées dans cet édito ont été produites et diffusées par France 2. Une chaîne de la fiction française de qualité pourrait-elle donc prendre forme au sein du service public ? Oui, sans doutes... si quelques conditions venaient à être réunies : un peu de persévérance chez les décideurs créatifs, un peu de courage chez les programmateurs, un peu d’imagination et de travail dans les services de promo, et un peu d’attention et d’intérêt du public.

Est-ce beaucoup demander ? Nous croyons que non. Quoi qu’il en soit, avouez qu’il serait dommage de renoncer alors que nous sommes sur la bonne voie. D’autant plus que la crise sans fin à Canal + semble y avoir enterré les projets pourtant prometteurs en développement l’hiver dernier...