WHITECHAPEL — Saisons 1 et 2
"On remet ça ?" Nicolas Anelka
Par Dominique Montay • 7 février 2011
Succès surprise de février 2009, "Whitechapel" avait été bien acceuilli par le public et la critique. La série était de retour en octobre 2010 pour une saison 2 assez inattendue. A la hauteur ?

Février 2009, le TF1 britannique, ITV, diffuse trois semaines durant la mini-série « Whitechapel », histoire policière traitant dune équipe d’inspecteurs traquant un meurtrier qui reproduit les meurtres de Jack l’Eventreur. A sa tête, Joseph Chandler, un flic arriviste et placé par ses supérieurs.

Rupert Penry-Jones est très bon

La première réaction primaire en découvrant « Whitechapel », c’est de se rendre compte que Rupert Penry-Jones est un bon acteur, capable de jouer du multi-dimensionnel. L’image écornée servie lors de ses saisons en tant que team-leader dans « Spooks » semble loin derrière. Comme quoi un personnage bien écrit sera toujours un meilleur vecteur pour un comédien qu’une caricature. La seconde réaction, c’est de pester après le visuel racoleur de la série. Effets de style, images déformées, tout est fait pour donner une image, une identité, mais à force d’en rajouter, tout se perd dans une bouillie assez indigeste d’effets à la mode.

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Rupert Penry-Jones
Excellent dans cette série.

Mais parlons du scénario. La série a du mal à démarrer, la faute à un parti-pris assez incohérent de la part, si ce n’est des scénaristes, Ben Court & Caroline Ip, mais surtout de la production. Sur une série de 3 épisodes, les protagonistes mettent le premier opus (entier), à valider la thèse de Joe Chandler, c’est-à-dire que le meurtrier est un copycat de Jack l’Etrangleur. Un épisode entier à ne pas s’en rendre compte, à tergiverser. Un épisode entier à voir le second de Joe — Ray Miles, un flic de terrain aguerri passablement agacé de voir un flic en costume sans expérience prendre la tête de son équipe — envoyer bouler sa théorie sans en avancer d’autre. Sachant que la série a basée toute sa promo sur le fait que le meurtrier est un copycat, ça pose deux problèmes : on a l’impression de ne pas avancer (et de s’ennuyer, ce qui n’est pas, en soit, une impression, mais une réalité), et ça fait passer le personnage de Ray Miles pour un abruti (attitude dont il aura du mal à se distancer dans le reste de la série).

Une ambiance pesante

Passé ce premier épisode un peu raté et globalement inutile, on arrive enfin à entrer dans l’histoire et à se laisser porter par l’ambiance, qui est très réussie. Et ce grâce à deux personnages. D’abord celui d’Edward Buchan, petit personnage aux portes du pathétique, spécialiste de l’Eventreur qui fait chaque soir une visite du quartier avec des touristes, qui a écrit un bouquin sur-documenté. Un homme qui a dédié sa vie à un meurtrier, qui pour autant n’est pas fasciné par lui. Non, ce qu’il aurait voulu, sans le pouvoir, c’est l’arrêter. Son insertion dans l’histoire, elle se fait par le biais de rencontres dans un pub avec Joe Chandler, dans le seul but d’arrêter l’assassin, et ainsi vivre son rêve par procuration. Un personnage touchant, habilement écrit, sorte de petit prof d’histoire passionné, brimé par les autres flics (qui ne voient chez lui que l’aspect pathétique), difficilement pris au sérieux et pourtant éminemment respectable.

L’autre personnage qui aide à transformer cette banale histoire de copycat en histoire réussie, est celui de Joe Chandler. Un flic qui travaille sur sa première affaire, qui n’aime travailler que dans un univers maîtrisé, propre et bien rangé, qui entame son enquête en révisant son manuel de police, et qui se frotte les tempes avec du baume du tigre. La finesse du jeu de Penry-Jones arrive à gommer tout aspect un peu trop grossier pour en faire un personnage habité, intense et passionnant.

Une série qui sait regarder le passé pour comprendre le présent

Ces éléments aident à réussir la suite de la série. Les épisodes 2 et 3 sont franchement maîtrisés, mettant à mal les protagonistes, et réussissant à donner une dimension mythique à son meurtrier. Elle se permet, en plus, de donner un point de vue historique. En revisitant le passé, Joe Chandler tente autant de résoudre les crimes actuels que ceux d’origine. Ainsi, la riche histoire du “Ripper”, qui divisa les spécialistes (qui était le tueur, était-ce une conspiration), alimente l’histoire. En effet, si Chandler veut stopper le tueur actuel, il doit avant tout deviner dans quel camp le copycat se trouve. La série, lors de sa première diffusion, rassembla autour de 9 million de téléspectateur, ce qui donna une drôle idée aux responsables d’ITV : faire une suite.

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Saison 2
Il est impossible de boire une bière tranquille dans le quartier de Whitechapel

Un retour innatendu

Quid de cette saison 2 ? Reprendre un copycat de Jack l’Eventreur ? Faire une enquête sur un meurtre classique ? Sortir un autre copycat ?... La dernière solution fut la bonne, le quartier de Whitechapel ayant abrité, en plus de Jack l’Eventreur, les frères Kray, jumeaux qui dirigeaient la pègre de Londres dans les années 60. Avec le recul, je vous déconseille d’y prendre un appartement.

La règle hollywoodienne est connue, une suite doit aller plus loin, taper plus fort et faire plus de bruit. Aller plus loin : la menace, venant de jumeaux parfaits, est double. Taper plus fort et faire plus de bruit : ça castagne, ça tire, ça défouraille. En dehors de ce cahier des charges bien rempli, la saison 2 de « Whitechapel » apparaît, en comparaison avec la première, comme étant un ratage assez complet et une trahison des éléments principaux de la saison 1.

Donc les frères Kray sont de retour, vu qu’une dame avait gardé le sperme d’un des aïeux pour donner naissance à leur descendance. Qui sont aussi des jumeaux. Et sociopathes. Et qui reproduisent les meurtres de papa.

Pas de chance pour Joe

Déjà, redonner une affaire de copycat à Joe Chandler est assez gros. En période de crise, les gens ont tendance à revenir à des choses du passé (ce qu’on appelle aujourd’hui le « syndrome Champs-Elysées »), mais quand même. Passé ce postulat assez indigeste, gérons au cas par cas. Chandler l’arriviste bourré de TOCs va passer de la déprime à l’alcoolisme. La déprime parce qu’il ne travaille que sur des affaires chiantes (alors que, à l’idée de n’être qu’un inspecteur en chef comme les autres avec des affaires comme les autres au terme de la saison 1, il semblait plus que satisfait), et à l’alcoolisme pour garder ses TOCs sous contrôle. Je veux bien admettre que la consommation d’alcool calme certaines angoisses, les “éteint”, affirmer comme il le fait que boire lui permet de garder le contrôle… c’est assez gros. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, sauf si vous êtes atteint de TOCs, avant de voir ça en bas d’une publicité pour une bière, il y a encore du chemin.

Ray Miles, pas forcement le personnage le mieux découpé de la série devient une caricature de lui-même, et on passe plus de temps à se dire qu’il fait minuscule à côté de Penry-Jones, et qu’il passe son temps à sautiller quand il marche que vraiment constater une évolution dans le personnage. Terrifié au début de l’histoire à cause d’un trauma lié aux Kray originels, il commence par ne pas vouloir de cette affaire, avant de finalement se raviser, et de rester sur l’affaire.

Y-a-t’il un flic pour arrêter les frères Kray ?

Enfin, celui qui est passé au rouleau compresseur, laminé et laissé en charpies, c’est celui d’Edward Buchan. La transgression que subit le personnage fait passer par instants la seconde saison pour une parodie de la première. Afin de réintégrer dans l’histoire un personnage qui n’a rien à y faire, les auteurs font du spécialiste de Jack l’Eventreur un spécialiste des grands assassins tout court, et nous avons le droit à un passage le montrant dans une VHS très 90’s conter les abominations des frères Kray, portant une perruque coupe à la brosse. Cette scène, au demeurant drôle hors contexte, devient catastrophique quand on la met en perspective avec ce que représentait ce personnage. Autrefois touchant il devient grotesque. Autrefois respectable il devient inutile.

En plus, la série reste visuellement pauvre, et les scènes montrant les frères Kray (joués par le même comédien) dans le même plan ne sont absolument pas maîtrisée et sentent l’effet spécial à plein nez. A mille lieux de la réussite de la première saison, cette seconde fit une audience plus maigre. Mais réjouissez-vous, un autre copycat va faire son arrivée à Whitechapel, une saison 3 ayant été commandée (erratum : Si Rupert Penry-Jones et toute l’équipe sont évidemment partant pour remettre le couvert, la chaîne n’a absolument pas validé l’achat d’une troisième saison)

A savoir si elle saura reprendre ce qui fonctionnait dans la saison 1 et oublier cette saison 2 ratée sous tous les angles…

Post Scriptum

« Whitechapel »
Une production Carnival pour ITV. 2 saisons de 3x45’
Ecrit par Ben Court & Caroline Ip ; réalisé par SJ Clarkson
Producteur exécutif : Sally Woodward Gentle
Avec Rupert Penry-Jones (DI Joseph Chandler), Phil Davis (DS Ray Miles), Steve Pemberton (Edward Buchan)

Dernière mise à jour
le 15 février 2011 à 16h43

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