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Premiers pas sur le nouveau service de streaming d’Apple

Apple TV + : Premières Impressions

Par Sebargio, le 11 novembre
Publié le
11 novembre
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Il y a un peu plus d’un an et demi, je vous parlais de la multiplication des services de streaming en ligne, de ce gâteau à taille fixe dont pourtant tout le monde voulait une part au risque de relancer le piratage. Depuis quelques uns ont jeté l’éponge et de nouveaux venus sont arrivés (Disney +, HBOMax et Salto… Ah ah, non pas Salto) mais fondamentalement rien n’a changé et le problème reste identique et entier. Et aujourd’hui, nous y sommes. Ces services ouvrent enfin. Depuis le 1er novembre c’est Apple TV+ qui est officiellement disponible. Et c’est de ça dont nous allons parler aujourd’hui.

Alors, attention, il n’est pas question ici de parler de technique. Ici, on parle de séries (pour en dire du mal parce qu’on le pense). Personnellement, je n’ai eu aucun souci technique pendant tout le week-end et tout s’est déroulé particulièrement bien. Ce n’est visiblement pas le cas de tout le monde mais c’est un service nouveau qui doit logiquement composer avec des erreurs et soucis de jeunesse.
En tout cas, ce n’est pas là dessus que j’envisage de juger Apple TV+, parce que ce ne sont que des péripéties qui seront normalement bientôt du domaine du passé.

Tim Cook, le patron d’Apple, a dit haut et fort que son service de VOD n’était pas un concurrent de Netflix.
Cette façon modeste de présenter les choses est évidemment un argument marketing mais aussi une façon de se protéger en cas d’échec.
Cependant, si on regarde sur le papier, il n’a pas vraiment tort. Apple TV+ de part sa philosophie est plutôt l’anti-Netflix.

Au lancement, en France, seulement huit produits sont disponibles (neuf aux USA). Uniquement des contenus originaux, rien n’a été acheté ailleurs : trois dramas, une comédie, trois séries « familles et enfants » et un documentaire. C’est peu. Très peu. Mais le crédo de Tim Cook est « la qualité avant la quantité », philosophie à l’opposée de celle de Netflix qui préfère nous noyer sous les nouvelles séries toutes les semaines, prenant le risque de rendre inaperçue des petits bijoux [1].

Autre différence, Apple TV+ (et ça sera aussi le cas pour les nouvelles séries de Disney +) a décidé de sortir un épisode par semaine. Impossible donc de vigloutir les 3 dramas cités plus haut. Il va falloir attendre une longue semaine entre chaque épisode. Et pester contre les cliffhangers. Bref, vivre les séries comme à l’époque des Networks. Conséquence directe de cette diffusion hebdomadaire, la présence d’un récapitulatif « previously on » au début de chaque épisode, ce que Netflix ne s’est jamais embêté à faire.

Cela a ses avantages et ses inconvénients, évidemment. À vous de savoir si vous classez la frustration de devoir attendre dans la colonne des points positifs ou celle des points négatifs. Après mûre réflexion, je pense que je vais classer ça dans la première.
Parce que ça nous ramène à l’essence même des séries, à la notion d’épisode. Et je suis sûr que le plaisir de découvrir le nouvel épisode n’en sera que plus grand.
Cela nous donnera également le temps de digérer les épisodes, de pouvoir tout simplement en discuter [2] et de s’en souvenir : on pense ce qu’on veut de la dernière saison de Game of Thrones, mais ce qui est sûr c’est que nous savons tous ce qu’il s’est passé dans le troisième épisode ou dans l’avant-dernier. Je suis prêt à parier que ce n’est pas le cas pour le troisième épisode de la saison 3 Stranger Things et l’avant-dernier de Orange Is The New Black qu’importe que l’on ait aimé ces saisons ou pas.

Bien sûr, cette diffusion à la semaine a aussi pour objectif de nous garder captif du service le plus longtemps possible. Il ne sert à rien de se voiler là face là dessus. Mais c’est une stratégie commerciale comme une autre.

Alors voilà… Tout cela étant posé, que valent les séries d’Apple TV+, puisque c’est cela qui nous intéresse sur ce site ?

J’ai passé le week-end dernier à regarder quatre séries. Les trois dramas et la comédie. Pour les dramas, Apple a rendu disponibles les trois premiers épisodes. Entorse à ce que j’expliquais plus haut mais nécessaire pour lancer la machine. Pour la comédie, il semblerait que l’intégrale de la saison soit déjà disponible. Je n’ai pas eu le temps (et franchement, ça ne m’attirait pas plus que ça) de jeter un œil aux séries « familles et enfants ».

Sans ordre particulier, passons rapidement sur chacune des séries.

For All Mankind

for all mindking perdusa

Commençons par « For All Mankind » puisque c’est celle par laquelle j’ai commencé, puisque c’est le « pitch » qui m’intéressait le plus.

Il s’agit d’une uchronie : et si la course à l’espace ne s’était jamais arrêtée et si les soviétiques avaient été les premiers sur la lune à la place de Armstrong et Aldrin ?
L’intrigue se passe à la fin des années 60 et au début des années 70. On y suit les conséquences de la défaite des astronautes face aux cosmonautes et des décisions de la NASA pour espérer reprendre le dessus.
Trois épisodes vraiment bien fichus et bien réalisés avec chacun une histoire très différente. Ils servent, je pense, de mise en place à la suite de l’histoire. J’ai suivi ces trois épisodes avec énormément d’intérêt. Ils sont sur un format d’une vraie heure et il s’y passe énormément de choses. La réalisation, la photo, tout est irréprochable. On y croise plein de têtes déjà connues, notamment Joel Kinnaman de The Killing, Penny de Lost, une ex de Barry Allen, un gardien de Litchfield etc...

Pour moi c’est un grand oui.

See

see perdusa

Continuons avec See, une nouvelle série dans un futur post-apocalyptique dans laquelle l’humanité a perdu le sens de la vue.

Honnêtement, c’est le « pitch » qui me branchait le moins, parce que je ne voyais pas vraiment ce qu’on pouvait raconter à partir d’un tel parti pris de départ. Là encore, beaucoup de têtes connues, notamment Jason Momoa (qui a parcouru bien du chemin depuis que j’ai fait sa connaissance dans Stargate Atlantis) et Alfre Woodard.
On a pu craindre à un moment donné que le puritanisme américain de Apple aseptise totalement ses séries. See devrait vous prouver le contraire. Il y a de la violence, du sang, des mises à morts, des combats, du sexe et de la nudité. Mais pas de Male Gaze. Du moins, pas dans les trois épisodes qui ont été diffusés. Je ne vous en dis pas plus, mais sachez simplement que les scènes de prière, seule ou à deux, de la reine sont assez explicites.

Alors, après, la grande question est : est-ce que ça a un intérêt de regarder une société avec uniquement des non-voyants et non-voyantes ? Contrairement à ce que j’aurais pu penser : oui. C’est même assez chouette. L’histoire est prenante, les décors splendides. La bande-son est très soignée. Il faut dépasser le fait que l’action est un peu lente. Après tout, nous avons des personnes qui se déplacent relativement lentement parce qu’elles n’y voient rien. C’est compensé par une temporalité assez soutenue.
17 ans s’écoulent en trois épisodes. Il faut aussi éviter de se demander si un homme ou une femme aveugle est capable de faire telle ou telle chose. Forcément il y a des moments où ça semble exagéré, mais ça ne m’a jamais semblé tomber dans le ridicule. J’ai pris la décision de considérer que leurs autres sens, notamment l’ouïe et l’odorat sont exacerbés et compensent d’une certainement manière la vue.

C’est donc un oui franc en ce qui me concerne.

The Morning Show

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Le dernier drama, The Morning Show, est celui qui a reçu le plus de publicité de la part d’Apple. Et pour cause, il est servi par trois immenses stars. Jennifer Aniston (mais si, vous savez bien, elle a eu un petit rôle dans une série oubliée de tout le monde), Reese Witherspoon (plutôt connue pour le cinéma mais elle a joué la petite sœur de la précédente dans la même série) et Steve Carell (un gars obscur dans un bureau). Cette série, qui est la seule série contemporaine des quatre, se place dans les coulisses d’une émission matinale (sans grande surprise donc, le titre ne ment pas) et c’est assez incroyable.
Enjeux de pouvoir, tacles, coups bas sur fond de #MeToo avec un discours particulièrement jouissif de Jennifer Aniston face à ses boss (tous masculins). J’ai a-do-ré.
Je ne comprends pas les critiques qui ont trouvé ça « creux ».
J’ai trouvé tout le monde formidable, l’intrigue sans temps morts, des dialogues finement ciselés et des fin d’épisodes éblouissantes (la fin du deuxième était particulièrement jouissive même si elle était assez évidente).
Là encore, les trois épisodes forment un gros et long pilote. Ce n’est qu’à la fin du troisième épisode que tout est en place pour la suite.
Je n’avais sincèrement aucune idée de ce que cette série allait nous proposer. J’étais même très perplexe. La surprise fut donc excellente. Je ne sais pas du tout ce que va être la suite de la série mais après ces trois premiers épisodes, je ne peux que lui faire confiance.

Un oui franc et massif donc et comme pour les deux autres, je serai là pour la suite toutes les semaines.

Dickinson

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La dernière série que j’ai suivie est Dickinson. Présentée comme une comédie, c’est la série que j’attendais le plus.

Elle se base très librement sur la vie d’Emily Dickinson, la poète américaine. C’est donc une série située dans le passé. On retrouve là encore des têtes connues mais point de stars immenses comme dans les précédentes séries. On notera quand même Toby Huss, le John Bosworth de la merveilleuse Halt and Catch Fire, Jane Krakowski qui après 30 Rock et Umbreakable Kimmy Schmidt nous montre qu’elle n’a qu’une seule façon de jouer la comédie et enfin et surtout Hailee Steinfeld, absolument géniale dans le rôle principal d’Emily.
J’ai été très déçu par le premier épisode.
Parce que ce n’est pas une comédie.
Il parait qu’il faut dire « dramédie » mais j’ai un peu de mal avec ce mot. J’ai surtout eu un gros souci avec la musique qui est totalement anachronique et qui soutient très mal ce qui se passe à l’image. On frôle même le ridicule lorsque, dans un épisode, les personnages font la fête et dansent au son de cette musique moderne et branchée, alors qu’il n’y a dans la pièce qu’un piano pour faire de la musique et que personne n’est assis à ce piano…

Cependant le propos global de la série est intéressant. L’humour fait souvent mouche même si je crains que ses ressorts s’usent très rapidement si se sont toujours les mêmes qui sont utilisés (la mère de famille et ses taches ménagères). Passés les premières épisodes, on commence à s’attacher aux personnages, ce qui est plutôt bon signe.
Le personnage du père d’Emily est particulièrement intéressant, parce qu’il est coincé entre ses racines rétrogrades et son désir de progrès. Sa relation avec sa fille est particulièrement touchante.
C’est donc une bonne chose que nous ayons droit à plus de 3 épisodes pour cette série. Il n’est pas évident que j’aurais fait l’effort de continuer si j’avais eu à attendre après le troisième épisode. Peut-être qu’Apple avait conscience des défauts de la série et que c’est pour cela qu’elle a décidé de rendre disponible la première saison d’un coup. Et c’est plutôt une bonne chose parce que la série semble s’améliorer avec les épisodes.

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Voilà donc pour ce premier tour d’horizon des têtes d’affiches de ce nouveau service. 
Il est évidemment encore trop tôt pour savoir ce qu’il en sera sur la durée. Aussi bien pour la conclusion des saisons de ces séries que pour les séries à venir.
Pour l’instant, si les choses devaient rester en l’état, le pari est, de mon point de vue, plutôt gagné pour Apple. J’ai envie de rester abonné et de continuer à voir ces séries. Le parti pris de la qualité plutôt que la quantité est lui aussi gagné.
Il est également intéressant parce qu’il ne provoque pas cette sensation d’étouffement, cette impression de ne pas pouvoir tout voir, d’être obligé de passer à côté de plusieurs choses…

Money, money, money... Money

Le positionnement des tarifs d’Apple est lui-aussi intéressant (en plus d’être surprenant pour cette entreprise généralement chère et peu généreuse). Avec l’abonnement à l’année, on est à 50 €, soit quasiment trois fois moins que ce que coûte l’abonnement annuel à Netflix pour 3 écrans et la HD. Et ici, on aura 6 membres de la famille et 4K. C’est le même prix que Amazon Prime (qui propose d’autres services dans le paquet) et un peu moins que ce que va proposer Disney+. Il est d’ailleurs probable que l’on puisse s’offrir Disney+, Apple TV+ et Amazon Prime pour le même prix que l’abonnement Netflix 4K.
Si l’on considère que les client·es Amazon prennent l’abonnement pour la livraison plus que pour la SVOD, on y sera même gagnant… Quant à HBOMax, son positionnement tarifaire devrait être autour de 15 euros par mois, soit l’équivalent du forfait Netflix le plus haut… Sans que l’on sache encore si OCS sera distributeur en France, avec ou sans supplément par rapport à son forfait actuel…

Bref, on devrait tourner, pour la totalité de ces 5 services différents autour d’une cinquantaine d’euros par mois…
Ma conclusion reste la même qu’il y a un an et demi : je ne pense pas que l’on soit prêt à payer autant pour une offre aussi morcelée. Probablement que certains garderont Netflix, que d’autres iront sur un combo Disney/Apple (ce qui devrait être mon cas).
Probablement aussi que l’on prendra un service au coup par coup pour un mois seulement, le temps de voir la ou les séries que l’on veut absolument voir ou que l’on a en retard.
Mais je n’imagine pas que la majorité des personnes dépense 600 euros par an dans des services de streaming.

Sebargio
P.S. Zut, j’ai oublié d’inclure Salto dans mon calcul… Mince alors… Quel maladroit je fais…
Notes

[1Et c’est comme ça que je suis passé à côté de Hill House par exemple et que je suis incapable de citer une série sur Netflix m’ayant marqué depuis

[2Et par là-même, peut-être que cela donnera un coup de fouet à notre forum.