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Doctoresse Who ? Youpi ? Enfin ?

En retard. Comme tous les docteurs....

Par Conundrum, le 24 juillet
Publié le
24 juillet
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Récemment, la BBC a annoncé que le prochain Docteur de Doctor Who sera une femme et sera incarnée par Jodie Whitakker.

Les réactions de personnes sensées étaient très positives. Et si je suis satisfait de ce choix, je suis loin de partager la liesse populaire. Après 12 interprètes masculins d’une série qui a débuté en 1963, j’ai du mal à remercier la brave BBC et les courageux producteurs de la série de s’être enfin décidé à nous proposer autre chose qu’un homme blanc hétérosexuel dans le rôle titre de la série. Pour être honnête, la profonde indifférence que la série m’inspirait depuis quelque temps s’est muée en agacement quand je vois comment cette annonce est gérée.

Jodie Whitakker est une grande actrice, elle l’a montré avec Broadchurch et elle était la raison principale pour laquelle The Assets, la tiède série d’espionnage d’ABC, mérite d’être vue. Je suis persuadé qu’elle fera un travail intéressant et captivant. Si on lui donne du bon matériel, et c’est là où Doctor Who m’agace. Depuis son retour en 2005, seuls 17 épisodes ont été réalisés par des femmes. Seules 6 femmes ont réalisé pour la série. Pire encore, 8 épisodes ont été écrits par des femmes. Seules 4 femmes ont écrit pour une série qui compte 127 épisodes et 17 téléfilms depuis que Russel T Davies a relancé la série.

Et si Steven Moffat abandonne aussi sa place de showrunner de la série, c’est à un autre homme qui la laisse. Donc, oui, nous allons avoir une héroïne dont l’histoire sera racontée par un homme. C’est pour cela que la nouvelle ne me réjouit pas plus que cela.

plein de docteurs blancs

Doctor Who est une série destinée en premier lieu à un jeune public. Elle martèle l’idée qu’un homme blanc hétérosexuel plus âgé sait tout sur tout, il est malin, rusé, intelligent, et sait toujours tout mieux que tout le monde. Douze régénérations en homme n’est pas un hasard, c’est un choix affirmé et volontaire de la part de l’équipe de production.
C’est une image patriarcale assumée.
D’ailleurs, la série marque le mieux quand elle modifie cette donne. Les meilleures compagnes du Docteur sont celles qui le rivalisent et quand une devient son égale, Donna, elle n’est pas apte à le supporter. Amelia Pond représente la partie que j’aime le plus de la série. C’est une femme qui s’amuse avec le Docteur mais n’en fait pas le centre de sa vie. C’est son héros d’enfance qui lui permet de mieux gérer un quotidien ennuyeux, mais lorsqu’elle s’épanouit avec un autre, elle le quitte. Le Docteur a bien plus besoin d’elle que l’inverse.

Les interprètes de Docteur Who, tout du moins depuis son retour, sont toujours des acteurs talentueux. Il n’y a pas grand chose à leur reprocher. En revanche, la production pêche sur le terrain de la diversité parce qu’elle est quasi-inexistante. La diversité ne signifie pas effacer l’homme blanc hétérosexuel de la scène mais de la lui faire partager.
Notre bon Seb, dans sa première chronique, illustre bien le problème. L’idée d’une femme forte, vue par un homme, signifie souvent ‘jolie fille qui distribue des coups de poings’. Buffy, par Joss Whedon, était une oeuvre nécessaire et importante tout comme l’Alias de JJ Abrams. Mais il est bien intéressant de voir ce qu’une femme peut faire avec une série mettant en scène une héroïne.

Il ne suffit plus de voir la diversité, mais de l’entendre. Je n’ai que moyennement envie d’entendre ce qu’un homme pense qu’une héroïne devrait être, pour être parfaitement honnête.
Et j’ai encore moins envie de m’émerveiller devant cette annonce de casting qui arrive bien tard. La discussion autour de ce changement me déçoit aussi fortement. Il était évident que des gens allaient se plaindre, il est très dommage de s’attarder sur leur réaction en leur accordant de l’importance. Le débat et la discussion ne doivent pas être nivelés par le bas. Ces gens ont tort.
La représentation, dans la distribution, l’écriture et la réalisation, encore une fois, n’efface l’homme blanc hétérosexuel de l’histoire. Elle permet de raconter une histoire différemment. Comme Take My Wife le montre, le quotidien d’un couple parle au public que celui ci soit hétérosexuel ou homosexuel car il parle de connexion avec autrui. Ces remarques sont universelles, le prisme par lequel il est montré est juste différent.

La preuve ? Cela fait des années que des personnes qui ne sont ni des hommes, ni blanches et ni hétérosexuelles s’identifie avec le Docteur. La popularité de la série ne parle pas qu’au public qui ressemble à son héros. Le succès récent de Wonder Woman a aussi montré qu’il ne fallait pas une femme qui apprécié un film réalisé par une femme avec une héroïne dans le rôle titre. Avec autant de régénérations, avec autant de saisons et d’épisodes, on aurait du avoir un Docteur différent, et non pas 12 variations de la même chose. Alors non, je n’ai pas envie de me réjouir qu’après 54 ans, la BBC daigne nous offrir autre chose qu’un homme blanc hétérosexuel.
Je n’ai que deux réactions : « il était temps » et « ce n’est pas assez ».

Conundrum