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Formula 1 : Drive To Survive - Bilan d’un des meilleurs soaps du moment

Formula 1 : Drive To Survive (Bilan de la Saison 1) : L’aaaaamour du risque

Par Sebargio, le 31 juillet
Publié le
31 juillet
Saison 1
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Il y a quelques jours, Netflix a annoncé le renouvellement de Formula 1 : Drive To Survive pour une deuxième saison. C’est la bonne occasion pour moi de revenir cette série [1] à mi-chemin entre la télé-réalité et le reportage sportif.

Le 8 mars dernier, Netflix a lancé une première saison de 10 épisode qui retrace les coulisses de l’année 2018 du championnat de F1, un sport et un monde où la masculinité toxique atteint des niveaux paroxystiques...
En général, ce type d’univers a un poil tendance à nous énerver sur ce site (vous commencez à nous connaitre).
Pourtant, si j’ai décidé de vous en parler c’est parce que c’est... génial.

Alors, tout d’abord, soyons clairs, celles et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas du tout sportif et que le sport à la télévision m’ennuie profondément (quand il ne m’endort pas carrément).
Fait étrange, j’ai toujours aimé la F1 quand j’étais gamin. Je passais même des heures et des jours entiers à faire tourner des monoplaces en pixels sur tous les circuits du monde. Je connais d’ailleurs encore par cœur à ce jour le tracé, le moindre virage, le moindre vibreur, des pistes de l’époque.
Est-ce un pré-requis pour apprécier Drive To Survive ?
Je ne le pense pas mais ça doit forcément beaucoup aider.

L’intérêt de cette série n’est pas sportif. Ou très peu. On ne suit pas la bataille pour le championnat du monde. D’ailleurs on parle très très peu des deux meilleures équipes du plateau, Mercedes et Ferrari [2]. On voit à peine leurs pilotes. D’ailleurs, si le résultat sportif était l’intérêt de cette série, le mieux serait d’aller sur n’importe quel site sportif et de voir les résultats des courses qui ont eu lieu l’an dernier.

Drive To Survive a décidé de se consacrer aux petites et moyennes équipes du championnat, celles qui se battent pour finir septième ou huitième, celles qui se battent pour finir les courses, celles qui se battent pour survivre, tout simplement. Et de se consacrer aux coulisses du sport, à ce qui se passe en dehors de la piste, à certains pilotes qui luttent pour réussir à obtenir un contrat, garder un sponsor et continuer l’année prochaine.
Chaque épisode est une loupe, un gros plan sur une ou deux écuries ou un pilote en particulier.

drive to survive 1

Et c’est là qu’on voit qu’il n’y a pas de scénario. Qu’il n’y a pas de script. Qu’il n’y a pas de Happy End.
C’est la réalité cruelle. Avec ses peines, ses déceptions mais aussi, parfois, rarement, ses joies…
Ce monde là est une vraie jungle et le « Drive to Survive » du titre est totalement justifié.
La série montre très rapidement qu’être un excellent pilote n’est pas forcément suffisant. Il faut aussi savoir faire les bons choix de carrière, avoir les sponsors avec soi et avoir confiance en soi, être solide psychologiquement…

Le début se focalise plus particulièrement sur le pilote Daniel Ricciardo. On le voit à la lutte avec son coéquipier. On voit les tensions dans le paddock et on le suit décider de quitter son équipe en fin de saison pour en rejoindre une autre l’an prochain. Il est persuadé d’avoir fait le bon choix. Son équipe pense qu’il a fait le mauvais. Cela donne lieu à des joutes verbales passives-agressives d’une violence inouïe entre les deux patrons d’écuries (dont le Français de Renault, Cyril Abiteboul, qui - c’est savoureux - ne fait strictement aucun effort pour parler anglais avec un bon accent. C’est pas compliqué, il n’essaye même pas et prononce les mots à la française).

La tension est vraiment là. Les épisodes sont intenses et le fait de ne pas savoir ce qu’il va se passer [3] est un vrai plus. Contrairement à une série classique scriptée, où l’on se doute que quand même, à la fin, la gentille petite équipe que l’on suit va finir par gagner et triompher des méchantes grandes équipes, ici rien de tel. C’est la cruelle réalité. Les grands qui ont de l’argent gagnent. Les petits se débattent pour leur survie. Et perdent souvent. Ça vaut pour les écuries comme les pilotes.

Rien n’est épargné. Les piques acides entre les directeurs d’écurie ou les pilotes, les moqueries…
On suit par exemple le pilote Esteban Ocon dans son combat pour garder un volant en 2019. On le voit être meilleur que son coéquipier sur la piste. On nous montre qu’il mérite de rester pour finir sur un écran noir avec une phrase laconique nous expliquant que finalement il n’aura pas d’équipe pour l’an prochain. Son coéquipier ayant un gros sponsor et l’argent étant le nerf de la guerre en F1, c’est lui qui a été préféré. L’injustice semble flagrante et la série arrive à nous faire détester Sergio Perez, le coéquipier en question.
Est-ce réellement injuste ?
Le montage de la série tente-t-il d’être objectif, neutre ?
Certainement que les spécialistes seraient capables de répondre, d’expliquer que la vérité est plus nuancée. Moi pas.

Mais voilà, si la série m’a fait détester quelques pilotes comme Lopez ou Magnussen, elle m’a fait aussi fait aimer et ressentir beaucoup de sympathie pour d’autres comme Ocon ou Romain Grosjean dont on se moque dans plusieurs épisodes avant de le retrouver dans celui qui lui est consacré et qui montre la détresse psychologique dans laquelle il se trouve à cause d’une série d’erreurs et de mauvais résultats.

Tendresse aussi pour des équipes comme Haas et surtout Williams, dernière équipe indépendante, à l’ancienne, du plateau et surtout seule équipe de F1 à être dirigée par une femme, Claire Williams, fille de Frank, légende de l’histoire de la F1 et créateur de l’équipe. On la voit douter de ses capacités, d’elle-même, parce qu’elle n’est pas à même de rendre à son équipe sa gloire passée, celle connue à l’époque de son père. On la voit se remettre en question, se demander si elle est la bonne personne pour ça. Sans mesurer l’exploit de réussir à continuer à être indépendant à l’époque actuelle et à réussir à courir avec un budget ridicule à côté de celui des autres équipes.

Il y a quand même des images de course, évidemment et visuellement ces images sont impressionnantes, notamment en caméra embarquée.
Mais rien de neuf si vous avez déjà regardé un Grand Prix dans votre vie.

Par contre, les coulisses, les luttes de pouvoir, d’influence, les twists, tout ça se suit comme une vraie série-réalité avec des personnages auxquels on s’attache, d’autres que l’on déteste, et une furieuse l’envie de connaitre la suite.

Tout ce qui fait un formidable soap, l’un des plus grands genres de séries qui soit.

Sebargio
Notes

[1Si, si, tout ce qui se visionne en épisodes est une série. Point. C’est tout.

[2Ce sera probablement différent dans la saison 2 puisque les deux écuries ont désormais acceptées la présence des caméras de Netfix chez elles.

[3Je ne suis plus la F1 depuis des années, notamment depuis que les courses sont diffusées sur une chaine payante.