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Gilmore Girls - Avis sur les quatre téléfilms Gilmore Girls : Une Nouvelle Année

Gilmore Girls (Bilan des téléfilms) : Dorothy Parker a Fait une Overdose Ici

Par Conundrum, le 28 novembre 2016
Publié le
28 novembre 2016
Saison 8
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C’est la mode de détester les retours ou les ré-imaginations de séries et films populaires. L’idée semble venir du fait que ces productions sont plus animées par une ambition mercantile qu’artistique.

C’est vrai, pourquoi perdre son temps devant le nouveau MacGyver quand on peut perdre son temps devant Bull ?

La nouvelle saison de The X-Files n’a fait que trop peu pour faire barrage à cette idée. Le problème ne vient pourtant pas de l’existence de cette nouvelle fournée d’épisodes, mais plus du fait qu’elle n’avait rien à dire de nouveau. C’est le même test qui attend Twin Peaks dans quelques mois et c’est le même test que Gilmore Girls a passé ce week-end. Passé la nostalgie et les « lalalala » de Sam Phillips, la série d’Amy Sherman Palladino pouvait-elle justifier son retour ?

Il y a bien évidemment l’historique de la production de la série qui rentre en ligne de compte. N’ayant pas réussi à négocier un contrat satisfaisait, Amy Sherman Palladino et son Dan de mari ont quitté brusquement Gilmore Girls en fin de saison 6. Ils n’ont donc pas participé à la fin de la série originale, et n’ont pas pu apporter la clôture qu’ils avaient envisagés. La fin de saison 7 n’étant elle-même pas prévue comme une fin de série, les Palladino pouvaient justifier leurs retours.

Le départ de showrunners forts de leurs séries m’a toujours dérangé. Le rôle d’un créateur de série est de créer un univers et guider la production des épisodes.
Il est remarquable de rester investi aussi longtemps dans une série, mais l’un de leurs rôles est de pouvoir former une équipe de scénaristes qui pourront insuffler du sang neuf pour, éventuellement, en reprendre les rennes. Si un auteur cherche autant de contrôle sur l’écriture de son oeuvre que l’on considère qu’il est le seul capable de lui rendre justice, alors le roman ou le film seraient un meilleur support. La série est une production collaborative. Si en plus d’être de bons auteurs, Joss Whedon et Chris Carter savaient cultiver les talents, on ne peut clairement pas en dire autant d’Amy Sherman Palladino.

Je ne garde pas de souvenir particulier (bon ou mauvais) de la saison 7. [1] C’est à la fois le meilleur et le pire compliment qu’on puisse faire à l’équipe scénaristique. Mais, peut être que comme dans The West Wing, si la série avait continué, une nouvelle forme différente, mais non déplaisante, aurait pu émerger. Annoncer le retour de Gilmore Girls comme celui de la voix d’origine, la vraie, celle qui compte, c’est un peu dénigrer le travail de toutes les gens qui n’étaient ni Dan, ni Amy. Et puis, cela remonte les attentes de ce retour.

gilmore girls a year in the life

La structure de ces épisodes est un peu particulière. Il s’agit de quatre téléfilms -deux écrits par Amy, deux écrits par Dan- qui apparaissent indépendants, mais forment un tout. Et le ton est donné des les premiers minutes de Winter, le premier opus, écrit par Amy. On oublie le générique entraînant de Carole King et sa fille, Louise Goffin. A la place, les crédits déroulent sur fond noir très solennel. Et s’il sied mieux à un téléfilm d’une heure et demie qu’un générique de série, il montre tout de suite que A Year In The Life est bien moins insouciante que la série mère. Dès ses premiers moments, aussi agréable soit il, Winter déstabilise.

La maison de Lorelai y apparait souvent très sombre, il y a un sentiment de tristesse nostalgique, qui étouffait aussi dans The X-Files, qui met du temps à perdre son effet. Et bien évidemment, il est parfaitement à sa place lorsque l’on aborde le décès du patriarche de la famille. Si elle est bien évidemment motivée par le décès de son interprète, assez poétiquement, elle exclut d’entrée de jeu la seule figure Gilmore masculine. La série n’aura jamais mieux portée son nom. Et on sait tous que si la relation mère-fille est au centre de la série, la plus fertile n’est pas celle Lorelai et sa fille, mais de Lorelai et sa mère. Le décès de Richard est bien évidemment l’événement qui rouvre les plaies qui ne pourront jamais vraiment guérir.

On peut considérer Gilmore Girls comme une série de science fiction sur une relation idyllique entre une mère et fille dans une petite ville charmante des États-Unis, mais la série sonne plus vraie que n’importe quelle autre série familiale lorsqu’on rentre dans le coeur du conflit Emily - Lorelai. La glorieuse et épique confrontation entre les deux femmes justifie entièrement ce retour malgré ses (nombreux) défauts. Les mêmes attaques et les mêmes reproches sur la décision de Lorelai de s’éloigner de ses parents reviennent. Et il n’y a pas de sentiment de répétition, car c’est la triste vérité des conflits familiaux. Si les explications permettent de comprendre les décisions, d’accepter intellectuellement et de pardonner, la douleur, bien qu’apaisée, ne disparaît jamais. Il est évident qu’Emily continue de reprocher l’ingratitude de sa fille 32 ans après le conflit. Tout comme il est évident que Lorelai régresse en adolescente quand sa mère lui demande publiquement d’essayer de chanter les louanges d’un père distant. Il n’y a pas de malice dans son acte, il s’agit juste d’une dure vérité qui ne dénigre en rien l’amour qu’elle a pour son père.

Tout comme les attaques d’Emily, aussi violente soit elles, portent une part de vérité. Lorelai dirige toutes les relations de sa vie. Y compris celle qu’elle entretient avec Luke. L’arc d’Emily sur les quatre épisodes frôle la perfection. Il s’agit d’une femme qui fait son deuil. Il y a celui, évident, d’une femme qui vient de perdre son mari : il s’achève par une décision qui lui permet d’afficher son identité, non plus comme Mme Richard Gilmore, mais Emily Gilmore. Et puis, il y a celui, plus subtil mais peut être plus important, d’une Emily qui s’affranchit enfin de vouloir forcer une relation avec sa fille. Elle commence par imposer une thérapie à un Lorelai réticente, pour finir loin d’elle. Et Emily trouve enfin son employée de maison idéale. La touche d’humour récurrente de la série sur la valse des employés trouve une belle fin avec une maison où Emily est entourée d’une famille. Ce n’est pas la sienne, il ne s’agit pas de ses petits enfants, mais elle n’est pas seule.

Je me serais volontiers passé du nouveau contrat qu’elle impose à Lorelai. Dans le dernier opus, Fall, Amy, comme les King avec de The Good Wife, est fascinée par une symétrie avec les débuts de sa série. L’échange du pilote « You want money ? » qui force Lorelai à renouer contact avec ses parents a à nouveau lieu, mais cette fois pour Lorelai, elle même qui se décide enfin à demander de l’aide à sa mère. Si on comprend ce geste dans le cadre de l’évolution du personnage central, j’aurais aimé que la série s’achève sur une Emily indépendante de sa fille et sur une Lorelai qui a envie de voir sa mère.

L’arc autour de Lorelai est, malheureusement, moins bien amené. J’ai beaucoup apprécié le fait que Sookie soit quasiment absente de cette suite. Lorelai est abandonnée par sa fille, par sa meilleure amie et elle craint le départ de Michel. Malgré tout cela, il y a encore une barrière avec Luke. Neuf ans après le début de leur relation, Emily lui explique qu’elle a imposé ses règles à Luke. Et cette crainte est confirmée par le principal intéressé dans Summer. C’est un état des lieux intéressant à explorer, mais la structure des épisodes le rend un peu décousu dans son exploration.

gilmore girls luke milo

A la fin de Winter, je ne savais pas comment regarder les épisodes. J’étais parti sur quatre téléfilms indépendants avec le deuil comme lien narratif. Si on juge Winter par son propre mérite, c’est clairement le plus faible des quatre. Tout l’arc autour de l’enfant potentiel entre Luke et Lorelai ne fait que très peu de sens. C’est une lubie de Lorelai qui a décidé d’elle même que Luke voulait un enfant. Mais lorsque Luke exprime clairement ce point de vue dans Fall, ces scènes trouvent leur légitimité. Le problème est que l’arc de Lorelai était d’accepter d’être moins indépendante et de laisser les gens dans sa vie. Aller contre l’image idyllique qu’elle avait d’une petite auberge pour garder Michel, accepter de demander de l’argent pour son propre intérêt à sa mère et surtout mieux communiquer avec Luke. Et la grande conclusion de Fall : Lorelai décide qu’il est temps de se marier. Il n’y a pas de proposition, il n’y a pas d’échange, il n’y a que Lorelai qui décide. Encore une fois. Et toutes les craintes du pauvre Luke qui liste les raisons pour ne pas rompre ne rende pas la scène plus romantique. Bien au contraire. On se retrouve avec un homme pudique et renfermé qui déclare sa flamme face à une Lorelai qui ne montre jamais une once d’intérêt dans cette relation. [2]

Et puis, il y a Rory. Le personnage le moins intéressant du trio, car elle n’hérite pas de la complexité d’une Emily ou d’une Lorelai. L’enfant prodigue destinée aux grandeurs est perdue. On ne peut pas être étonné qu’une enfant protégée par sa mère, aidée financièrement par ses grands parents, adorée par son premier amour et qui suit aveuglement le dernier en date, Logan, soit incapable de construire sa vie seule. Elle navigue entre les hommes et les métiers et, le pire dans tout cela, c’est que l’homme qui l’a le plus poussé à penser d’elle même, celui qui ne cherchait pas à la protéger à tout prix lui trouve sa porte de sortie. L’idée d’écrire un livre ne vient pas d’elle. Encore une fois, quelqu’un lui trouve une échappatoire. On a beau nous rappeler que Rory est spéciale, cela fait bien longtemps qu’on a oublié pourquoi. [3]
Son arc cristallise l’écriture d’Amy. Il y a de bons éléments et de jolies trouvailles mais par moments, elle part trop dans l’excès. Sa relation avec Logan, qui fait aussi un peu écho à celle qu’elle avait un Dean, un homme marié, est, au début et à sa toute fin, très juste. Mais elle ne peut s’empêcher de vouloir écrire des personnages qui semblent être volés à une nouvelle de Dorothy Parker. Lorsque Logan et ses riches amis arrivent à Stars Hollow, on se retrouve avec des scènes trop longues, où Amy aiment juste entendre ses personnages, trop stylisés, qui cassent le rythme et sont si peu utiles. Dan avait un problème similaire avec la comédie musicale ou la distribution du journal dans ses épisodes, mais ils apparaissaient comme de bonnes idées qui s’étirent juste en longueur. Logan et ses potes, c’était juste mal placé.

Et puis, il y a ces quatre derniers mots devenus évident lorsque l’on met en parallèle le fait que Rory ait eu plusieurs partenaires en quatre épisodes et la trop forte importance qu’Amy accorde au parallèle et à la phrase « le cercle de la vie ». Il était simplement évident que Rory allait finir enceinte, surtout quand le thème majeur est le deuil et la mort. Gilmore Girls ne pouvait que finir avec l’annonce d’une naissance. Je me doutais que Rory allait finir enceinte et je m’attendais à être fâché de voir que, encore une fois, elle ne prend aucune décision. Et ce, jusqu’au moment au Christopher est apparu à l’écran. Et c’était la meilleure scène de Rory à mes yeux car elle peut se lire sur plusieurs niveaux. Rory a aussi une blessure quant à son père. C’était un père absent qui lui avoue avoir été trop faible face à Lorelai. Cela n’excuse en rien son absence, cela n’efface pas la douleur de Rory, mais cela accentue le fait que la personnalité de sa mère, aussi charmante soit elle, vient avec des difficultés pour les gens qui l’entourent qui ne sont pas Rory.
Le deuxième aspect de lecture est par rapport à son livre. On peut se dire qu’elle désire en savoir plus pour écrire son livre. On se rappelle aussi qu’il ne s’agit pas simplement d’une histoire entre une mère et une fille meilleures amies, mais qu’il y a aussi des figures et des moments plus dramatiques.
Enfin, le dernier axe est qu’il aide Rory a prendre une décision. Rory n’appelle pas à l’aide quant à la gestion de sa grossesse. Elle cherche à obtenir des informations pour savoir si elle doit informer le père. Au final, on ne sait pas la suite du questionnement de Rory et ce n’est peut être pas plus mal. Mais il y a quand même une réflexion abordée par une personne mature. Et, pour Rory, c’est énorme et il faut s’en contenter.

Au final, ce fut un retour plaisant et pas uniquement pour les bons moments. Le fait qu’il soit imparfait montre que le terrain était toujours fertile pour d’autres histoires. L’exécution laisse à désirer à certains moments, mais l’existence de ces trois arcs est légitime. J’espère que ce n’est pas la fin de la série. Ce retour était un peu étouffé par les apparitions de personnages secondaires et des acteurs qui rendaient la chose un peu trop méta. J’étais agacé des moments où une personne est hors champ avant son apparition pour l’effet de surprise et de, « tiens, un pote à Lauren Graham ! ».
La série gérait beaucoup mieux les absences. Celle évidente de Richard, mais surtout le départ de Sookie a fait de Michel un personnage à part entière avec une vie, une sexualité, des états d’âmes et des envies. Le duo qu’il formait avec Lorelai était frais et ce n’est pas chose aisée avec 7 saisons au compteur.

S’attendre à mieux aurait été difficile quand on connait les traits d’écriture d’Amy et Dan, et s’attendre à plus léger aurait été impossible quand on parle du deuil de Richard. Avec tous ces défauts, A Year In The Life, était exactement représentatif de Gilmore Girls. Une série enjouée avec un coeur très dramatique écrite d’une voix unique, forte et parfois agençante peuplée de personnages attachants.
Et Kirk.

Conundrum
Notes

[2Ce point est particulièrement perturbant quand ils font voir sous un autre angle les moments légers de la relations où Lorelai s’amuse à agacer Luke.

[3Et ce point est particulièrement perturbant quand on la voit malmener un jeune homme qui a investi deux ans de sa vie dans une relation avec elle. Il n’y a rien de vraiment drôle à cela.