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LifeAfter, le podcast de l’au-delà

LifeAfter, les Autres Revenants

Par Conundrum, le 24 novembre 2017
Publié le
24 novembre 2017
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Avec LifeAfter, le GE Podcast Theater et Panoply construisent sur le succès de leur premier opus, The Message. D’ailleurs, même s’il ne s’agit pas d’une suite, les deux podcasts se déroulant dans le même univers, il est déconseillé d’écouter le teaser de LifeAfter avant d’avoir fini The Message.

Le concept est très simple. Ross est un jeune veuf qui a du mal à faire son deuil. Il écoute en boucle des messages que sa femme a posté sur un réseau social audio fictif, Voice Tree, un Facebook où l’oral remplace l’écrit. Son obsession l’empêche de faire son travail dans une section du FBI qui observe les réseaux sociaux. Mais un jour, sa femme, Charlie, morte depuis 8 mois, s’adresse à lui via Voice Tree. Il peut alors converser avec elle sur son téléphone.

LifeAfter est ce que la science-fiction fait de mieux. L’aspect humain est aussi important que le thriller fantastique que le podcast gère si bien. Toute l’idée de deuil est bien évidemment au centre du podcast, et s’il fonctionne aussi bien, c’est que la manière dont est présentée le couple que forment Ross et Charlie est savamment travaillée. Charlie avait/a une personnalité forte, elle poussait/pousse Ross à être meilleur, on comprend très vite à quel point l’un avait besoin de l’autre sans être fusionnel. La mort de Charlie équivaut à couper une jambe à Ross. Faire son deuil équivaut à apprendre à marcher avec celle restante. Il peut s’adapter, mais il ne peut pas oublier qu’elle est absente.

L’idée centrale autour du podcast tourne autour du fait qu’il existe deux types de personnes : ceux qui ont perdu un être cher, et ceux qui n’en ont pas perdu. On nous montre souvent le deuil sous cinq phases comme des étapes à passer avant de revenir à la normale. Ceux qui ne l’ont pas vécu peuvent croire qu’il se résume à cela, alors qu’il s’agit d’une réadaptation complète, une forme de rééducation qui est nécessaire car on ne peut plus vivre comme avant. En plus d’avoir une intrigue bigrement solide, toute la réflexion humaine et humaniste sur la mort, et ce qui se passe après, tant pour les vivants que pour les défunts est ce qui fait une des forces de ce podcast.

Le prisme par lequel on nous conte l’histoire de science-fiction de grande envergure est très intimiste. Et quelque fois, la force émotionnelle ou l’ambiance oppressante de l’action fait oublier qu’on écoute une enquête mystère. On peut enregistrer une information se disant qu’elle sera importante plus tard sans comprendre la portée de l’indice qu’on vient de nous donner, parce que LifeAfter n’oublie jamais qu’elle aussi une enquête. La résolution de l’intrigue et son dénouement ont un impact fort mais sont aussi tellement logiques. Il n’y a ni de deus ex machina, ni déception d’un « tout ça pour ça ». Les enjeux sont de plus importants, et sa conclusion est logique et efficace tant sur l’aspect personnel que sur le mystère de LifeAfter. On en ressort satisfait d’avoir écouter une intrigue complète mais elle pousse aussi à la réfléxion.

La structure est très similaire à The Message sur ce point. Encore une fois, le cadre est très intimiste et devient de plus en plus oppressant quand l’intrigue se développe. Les dénouements de deux podcasts ont une structure similaire où la conclusion et le dénouement se partagent de manière égale l’ultime épisode. Mais LifeAfter innove sur The Message. La production est plus soignée, les épisodes sont plus longs mais on ne perd jamais le fil de l’intrigue. Et surtout, LifeAfter a choisi une narration traditionnelle en optant par la narration de Ross. Il n’y a pas d’idée de podcast dans le podcast ou de résumé d’enquête. LifeAfter pourrait aisément être un audiobook. Cette simplicité aide énormément à plonger dans la dimension humaine de l’oeuvre [1] car il n’y a pas de distractions dans la manière de raconter l’histoire

La seule gentille trouvaille du podcast est la fausse publicité pour VoiceTree, le réseau social fictif en début du premier épisode, qui met tout de suite dans le bain. Elle ressemble à un sponsor qu’on entend au début de n’importe quel podcast, comme le MailChimp de Serial par exemple. Mais cette publicité devient, lorsque l’on avance dans l’intrigue, un indice pour l’auditeur en lui permettant d’identifier un personnage. L’absence de vraies publicité est aussi très agréable, cela est du au fait que General Electric finance la production de la série. L’auteur de la série, Mac Rodgers, a utilisé le concept de placement de produits, insérer des mentions à la marque dans la série, pour essayer de rendre les mentions d’avancées technologiques les plus réalistes possibles [2]. Pour l’auditeur, elles ne sont quasiment pas remarquables à l’écoute.
Enfin, et toujours sur ce point, le concept de VoiceTree et l’évolution de l’intrigue confrontent notre rapport face au réseau sociaux et la personnalité qu’on cherche à s’y donner. Cette fine réflexion est totalement intégrée à l’histoire centrale. C’est une autre manière montrer son histoire de science-fiction par un prisme humain, encore une fois.

LifeAfter est une grande réussite. Peut-être plus grande que celle de The Message. Même s’il ne s’agit pas d’une suite, comme expliqué au début de ce billet, il est fortement conseillé d’écouter The Message avant LifeAfter. [3] Il y a des mentions de la première oeuvre du Panoply dans ce podcast, mais surtout parce qu’il serait très dommage de passer à côté du merveilleux teaser qui spoile un peu The Message.

Conundrum
Notes

[1Dimension humaine qui va jusqu’à la représentation, les différents protagonistes viennent d’horizons différents. Encore un très bon point.

[2D’ailleurs, à l’issue du podcast, Neil DeGrasse Tyson revient sur l’aspect technologique du podcast.

[3D’ailleurs les épisodes de The Message se trouvent sur le feed LifeAfter sur iTunes.