Critique des meilleures nouvelles séries télé (et des autres)
Regarde critique sur les séries TV actuelles

Lost - Le Bouchon est-il vraiment une métaphore ?

Ab Aeterno: Damon et Carlton poussent le bouchon un peu loin

Par Ju, le 27 mars 2010
Par Ju
Publié le
27 mars 2010
Saison 6
Episode 9
Facebook Twitter
Cette semaine, plutôt que de céder à la facilité en vous disant clairement ce que j’ai pensé de Ab Aeterno, j’ai décidé de vous donner mon avis sur l’épisode sous une forme bien plus raffinée. Tel Jacob, une bouteille de piquette dans une main, un bouchon dans l’autre, je vais vous parler en métaphore. En métaphore d’alcoolique.

Imaginez un pack de bières. Ce pack de bières, c’est Lost.

Vous êtes déjà complètement époustouflés, non ?

Maintenant, prenons au hasard un fan de Lost. En l’occurrence, c’est un fan de bière. Son prénom, c’est Bruno, mais par soucis de clarté je l’appellerai Brunus dans le reste de cette métaphore. Brunus, donc, a presque fini de boire son pack. Il en est tout juste à la moitié de sa sixième et dernière canette, un point critique dans sa cuite. Avec les capacités qui lui restent, Brunus est vaguement en train de se demander s’il a perdu son temps à s’enfiler autant de mousses.

Car vous voyez, ça n’a pas toujours était facile pour Brunus. En buvant la première canette, il s’est habitué au goût, principalement, et a appris a apprécié ses arômes et sa force. Les deux canettes suivantes étaient de la même veine, mais lui ont surtout donné envie d’aller pisser. L’effet de l’alcool a commencé à se faire sentir à la quatrième canette. Brunus était bien, il était peinard, il était beurré. Sans réfléchir, il s’est donc jeté sur la cinquième, celle qui lui a fait tourner la tête et lui a ôté toute notion du Temps.

Elle est chouette ma métaphore, non ?

Donc voilà, Brunus en est au milieu de sa dernière bière, un peu écœuré, plus trop cohérent, et plus trop sûr de ce qu’il est en train de boire. Brunus, il est à deux doigts de gerber.

Résumé Rapide, à 9 gorgées du fond

Sur Lildelost, on apprend enfin comment le Black Rock s’est retrouvé au milieu de la jungle. On apprend aussi comment la Statue à Quatre Orteils est devenue la Statue à Quatre Orteils. Et c’est super décevant.

On assiste également à la toute première rencontre entre Jacob et Richard Alpert, de son vrai nom Ricardo Carbonara l’Autre au Mascara. Ça donne quelque chose comme ça :
- « Salut, moi c’est Jacob, j’aime toucher les gens. »
- « Yé soui Ricardo. »
- « Ravi de te rencontrer, Ricardus. »
- « Ricardo, yé soui RicardO. »
- « Ne fais pas l’imbécile, Ricardus ! »
- « Mé.. . »
- « Ah, sacré Ricardus. Toujours à faire des blagues. »

Oh, et Lildelost, c’est un bouchon.

Best. Episode. Ever !!!

Ab Aeterno est le premier épisode de la sixième saison que j’ai dû voir deux fois avant d’avoir la moindre idée de ce que j’en avais pensé. Dans un instant, je vais tenter de vous expliquer pourquoi j’ai eu besoin de le revoir, mais pas avant de vous avoir donné mon avis.

Mon avis, c’est que je ne comprends pas très bien les gens qui déclarent que Ab Aeterno est un des meilleurs épisodes de Lost. Globalement, je comprends très bien son attrait et comment il a pu être accueilli positivement, mais un des meilleurs épisodes de la série ? Vraiment ?
En tout cas, il ne fait pas partie de mon Top 5. Ni même de mon Top 10... De mon Top 20 ? Peut-être, mais alors de mon Top 20 des épisodes les plus incroyablement clichés.

PAF ! Dans les dents.

La raison pour laquelle je n’ai pas réussi à me faire d’avis la première fois que je l’ai vu, c’est que Ab Aeterno est complètement différent de ce que j’attendais d’un épisode centré sur Richard Alpert. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans et le juger sur ce qu’il était, plutôt que sur ce que je voulais voir. Car très clairement, ce n’est pas du tout ce que je voulais voir.
Et ce n’est pas entièrement ma faute. Avec un titre en latin comme Ab Aeterno, un personnage qu’on appelle « Ricardus », et son habitude de se vanter du boulot qu’il fait « depuis plus longtemps que vous ne pouvez l’imaginer, vraiment, je suis là depuis la Nuit des Temps ! », j’avais de vraies raisons de penser que Richard n’était pas qu’un simple paysan âgé d’à peine un siècle et demi.

Je sais qu’il faut savoir faire la part des choses entre ce qu’on imagine et la réalité pour ne pas être déçu, mais là le mythe en prend un coup. Un mec immortel de 150 ans, c’est peu. Richard a grosso modo le même âge que l’invention du téléphone. Ça fait rêver !

En dehors de cette décision scénaristique qui m’a semblé curieuse, la tragique histoire d’amour que Richard se coltine ne m’a pas aidé non plus à rentrer dans l’épisode. D’habitude, ce sont plutôt des détails qui me sortent de l’histoire, comme le chat mort que ZombieClaire se traine sur la tête en guise de perruque. Là, c’est dommage, car la perruque et la fausse barbe d’Alpert étaient vraiment bien foutues. C’est son intrigue clichée et pas convaincante une seule seconde qui font tâche.
Nestor Carbonell est très bon, le problème n’est pas là. Le souci c’est que même si Lost nous a habitué à recycler des archétypes d’intrigues bien connues, là les scénaristes sont allés un peu loin dans le vu et revu, et je me suis fait parfaitement chier jusqu’à ce qu’on en vienne enfin, comme prévu et sans aucune surprise, à l’arrivée du Black Rock sur Lildelost.

J’ai adoré l’image de l’île et de la Statue, vues du bateau en pleine tempête. Adoré. Je trouve que c’est un visuel singulier et très marquant, et je ne pourrais pas en être plus ravi. Alors évidemment, il a fallu qu’immédiatement après, on se tape une idée ridicule où une vague gigantesque aurait détruit la statue et déposé délicatement le bateau dans la jungle. Heu... Hmmm... Ouaip.

Ce n’est pas vraiment la peine de s’y attarder plus longtemps.

Mon problème, et ce qui m’empêche d’être trop méchant avec Ab Aeterno, c’est qu’une fois Richard sorti de sa calle, après 25 minutes interminables, j’ai adoré tout le reste des flashbacks. L’épisode est complètement inégal. L’intrigue complètement conne de Richard et sa femme n’a quasiment aucun intérêt, et surtout pas sa conclusion où Hurley se prend pour Whoopi Goldberg. En fait, le seul intérêt de l’histoire avant le Black Rock, c’est qu’elle offre une justification à l’immortalité de Richard. Et ça, c’était très bien trouvé.
L’Autre au Mascara ne peut pas absoudre ses pêchés, il ne pourra donc pas non plus retrouver sa femme dans la mort, et du coup il ne veut pas mourir. C’est simple, ça se tient, ça ne repose pas sur une vague géante, en bref, c’est une bonne explication.

Jacob, le Roi de l’ironie

jacob 2
Et qui va payer pour ma Statue ?

D’une façon générale, toutes les scènes avec Jacob ou le Monstre Fumeux sont excellentes. À l’exception de la toute dernière. Je n’ai pas la moindre idée de la raison qui a poussé les scénaristes à terminer leur épisode sur la destruction dramatique d’une bouteille. En plus, ils y vont franchement : la musique s’emballe sans raison, l’Homme en Noir nous sort sa réplique la plus overzetop de la saison (il ne manquait plus que le rire à la Fantômas pour compléter le tableau), et ça s’achève par un gros plan et un ralenti. La totale. C’est le problème aussi, avec les métaphores. Au début ça va, mais très vite on se sent pousser des ailes, on ne fait plus que ça, et on finit par en faire des tonnes.

C’est d’autant plus idiot que le reste était d’un très haut niveau.

Mark Pellegrino retrouve enfin un peu de son aura perdue et nous offre un Jacob bien plus convaincant et mystérieux que dans ses apparitions molles à Hurley. Titus Welliver est quant à lui toujours aussi charismatique en Homme en Noir. Le petit jeu qu’ils mènent pour le contrôle de Richard est vraiment la partie la plus passionnante de l’épisode.

Si je ne devais relever qu’une seule phrase de leurs scènes, en dehors de la métaphore de la bouteille, ça serait celle prononcée par Jacob lorsqu’il explique pourquoi il ramène des gens sur son île : « Ici, leur passé n’a pas d’importance ».
Ce n’est pas une mauvaise réplique, ou une idée inintéressante, mais je trouve que c’est très surprenant d’entendre ça dans Lost, une série qui a passé près de trois saisons à nous bassiner avec les moindres détails de la vie de ses personnages jusqu’à leur arrivée à l’endroit où « leur passé n’a aucune importance ».

La Petite Partie Plutôt Partout Pareil

Une dernière chose en guise de conclusion. Vous ne trouvez pas ça formidable, une série dont il est impossible de savoir si elle dresse des parallèles volontairement ou par incroyable paresse ? Si je vous dis ça aujourd’hui, c’est juste parce que Richard et Desmond ont quasiment la même histoire.

Richard et Desmond sont tous deux arrivés sur l’île en bateau pendant une tempête. Ils ont tous les deux perdus la femme qu’ils aimaient (dans un des deux cas, on s’en tape). Ils ont fait de la prison (on ne saura jamais pourquoi dans le cas de Desmond). Ils ont tous les deux tué quelqu’un accidentellement. Tous les deux par un coup à l’arrière du crâne. Ils ont tous les deux trouvé un nouveau travail en arrivant sur Lildelost, l’un en intermédiaire de Jacob, l’autre en pousseur de bouton. Et l’un comme l’autre ont fait une tentative de suicide après avoir perdu la foi dans ce qu’ils faisaient.

C’est moi ou ça fait beaucoup ?

Ju
P.S. La semaine prochaine, je comparerai (métaphoriquement) la série à la main droite de l’homme qui a tué le père d’Inigo Montoya. Sans vouloir vous gâcher la surprise, le sixième doigt ne sert à rien.
Et on parlera un peu de Lost.