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Max’ Investigations -

Y a-t-il une vie après Lost ?

Did we have to go back ?!

Par Max, le 22 juin
Par Max
Publié le
22 juin
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Il avait raison ce con de Jack, we had to go back.

Comme les cinéphiles DOIVENT avoir vu Le Parrain (qui doit être un biopic sur le mari de la marraine de Cendrillon, je suppose), les sériphiles DOIVENT avoir vu The Wire. Enfin, il paraît. Il paraît que c’est la meilleure, que c’est la porte d’entrée à ce bon endroit où se retrouve tous les sériephiles qui se gaussent d’avoir vu un chef d’œuvre.

Personnellement, si on me demande quelle série je montrerai à une future génération pour qu’elle entre dans ce monde multiple, complexe, grandiose, sans limites, déjà, je lui dirai qu’il n’y en a pas. Puis, je lui montrerai Lost.

Pourquoi Lost ?

Pourquoi revoir Lost ? Parce que confinement, pardi.

lost season 1

J’ai suivi Lost comme beaucoup de téléspectatrices/teurs de ma génération (celle qui a eu l’extrême chance de vivre au temps de la trilogie du samedi, eh ouais !), c’est-à-dire, vissé sur mon canapé devant TF1, piétinant avec impatience entre chaque épisode. J’ai connu les frustrations des épisodes moins passionnants et des twists inexplicables, j’ai vécu des dizaines d’heures à théoriser ce que je venais de voir, j’ai ri et pleuré en compagnie d’Hurley, Kate, Sawyer, Juliet, Jack et cie.

Alors pourquoi revoir Lost seize ans après son pilot et dix ans après sa fin controversée ? Parce que déjà, confinement hein. Je sais que retourner sur l’île implique un voyage de six saisons d’une densité rare. Lost, c’est une épopée, une odyssée même qui, si elle n’est pas prise à la semaine comme lors de sa diffusion, demande une implication peut-être plus importante que d’autres séries. Il y a donc eu visionnage glouton.

Les risques d’un tel revisionnage, c’est de revoir à la baisse certains éléments d’une série que l’on a suivie avec passion. Que le souvenir se ternisse. Qu’elle ne passe pas l’épreuve du temps.
Merci à Lost de dédire toutes mes prédictions.
Parce que oui, la seconde fois est même bien meilleure.

Enfin c’est une autre expérience, celle de retourner dans un lieu connu mais d’y découvrir d’autres recoins, d’en apprécier pleinement l’architecture, de découvrir qu’il peut encore nous réserver des surprises. En m’enfilant (littéralement) les six saisons en trois semaines (oui …), j’ai pu voir que la série ne souffre que de peu de nids de poule, à savoir de longues périodes à vide. Au contraire, elle fonctionne par niveaux, chaque saison bâtissant un nouvel horizon pour l’intrigue sans s’éloigner de ce qu’elle a fait auparavant. D’un crash d’avion, nous passons à une expérience anthropologique mystérieuse puis à une guerre dont on ne connaît pas les motivations puis à la découverte que l’île recèle des secrets encore plus mystiques avant de voyager dans le temps pour finir par un affrontement entre le bien et le mal.
Non, ce n’est pas un Kamoulox, c’est Lost avec des personnages dedans et entre temps. Pourtant, chaque twist (toujours aussi excellent) lie le tout de manière organique, quasiment à chaque fois. Passé l’étonnement, on réalise que les fils narratifs se tiennent particulièrement bien même s’ils leur arrivent de s’entremêler un peu trop.

Quoi Lost ?

C’est quoi Lost ? Ce sont ses personnages, surtout. Lost a réussi l’art sériel avec une précision réservée aux happy few. Elles sont extrêmement rares celles qui parviennent à construire un récit, à réinventer leur narration, à comprendre l’importance de la structure, du twist mais à également creuser ses personnages à travers cela, à en faire les miroirs et les vecteurs de leur histoire et vice-versa.

Revoir Lost, c’est aussi revoir ses priorités, euh, je veux dire ses personnages préférés. Bon, les deux premiers n’ont pas réellement changé depuis la première fois.

  1. Juliet
  2. Ben
  3. Sun
  4. Sawyer
  5. Hurley
  6. Kate
  7. Desmond

Les grands gagnants de ce rewatch sont Sun (que j’ai toujours aimé mais là, plus que tout), Sawyer (dont l’arc de rédemption est bien plus complexe que dans mes souvenirs) et surtout Kate. Ce n’est pas tant son statut de femme forte qui me plaît mais de voir que si on lui soustrait ses intérêts amoureux, elle reste un personnage primordial à la série, illustrant souvent parfaitement son propos. Evangeline Lily a plus de talent que je ne lui en prêtais.
J’aime leur affrontement qui représente la quintessence de la série mais Jack et Locke sont deux personnages avec un potentiel agacement assez élevé tant ils ne se préoccupent que très peu des conséquences de leurs actes sur les autres. Ils font semblant mais leur vanité prend régulièrement le dessus. Charlie était ce cool guy la première fois mais se révèle aussi chevalier blanc que mouton noir entre la saison 1 et la saison 3.

Si l’on avait donné plus de place à Hurley, je pense qu’il serait bien plus haut dans mon cœur. Ah et si on arrêtait de le définir par son poids aussi, qui conduit près de 80% de ses intrigues et 50% de ses interactions avec les autres. Ce revisionnage est aussi l’occasion de voir que Lost n’était pas une série très très woke (grossophobie, racisme jamais réellement adressé, personnages LGBTQI+ cruellement absents). Certes, nous n’étions pas là pour ça mais sur un panel de 48 survivants, ça fait mal.

Surtout que l’on loue souvent Lost pour ses personnages, leurs développements grâce aux flashbacks puis flashforwards (plus narratifs qu’émotionnels). Si j’ai eu bien plus d’attachement pour eux que la première fois, ce revisionnage a également été l’occasion de repérer les grosses erreurs humaines de Lindelof et Cuse. Parce que la représentation n’est clairement pas leur truc : six personnages racisés dans les principaux et secondaires qui meurent tous sans exception (certains tard, “heureusement”), un personnage tertiaire homosexuel (et on apprend cela au détour d’un épisode après lequel on ne le reverra plus jamais), aucune mention de la transidentité. Oui, nous sommes en 2004 mais la marque d’une grande série, surtout lorsqu’elle tente de proposer un panel large de la population parmi les survivants, aurait été de faire un peu plus d’effort.

Où Lost ?

Et avec ce revisionnage, où en est Lost ?

C’est toujours aussi grand. Il est plus facile de se focaliser sur ses points faibles que ses points forts parce qu’ils sont moins nombreux et plus évidents. Mais il faut souligner qu’après une saison d’introduction qui relève du jamais vu, Lost délivre à partir de la moitié de la saison 3 et jusqu’aux dernières secondes (que j’ai vu en pleurs, les vrais savent) de la saison 5, un home-run. Lost était restée une série que j’aimais beaucoup mais pour laquelle je pensais avoir beaucoup d’indulgence. À lire que je ne la croyais pas si bonne, plutôt iconique qu’intelligente. J’ai bien fait de la revoir avec un peu plus de bouteille et de la distance par rapport à sa réception.

Pendant deux saisons et demi, elle enchaîne les épisodes d’exception en trouvant sa vitesse de croisière, à savoir toujours aller de l’avant dans son intrigue. Une fois que la situation de kidnapping de Jack, Kate et Sawyer se détricote, Lost choisit enfin d’entamer sa seconde moitié et de délivrer autant de mystères que de réponses. Car oui, les réponses sont là tout du long et c’est à la lumière d’un second visionnage que l’on s’en rend compte. La série nous fournit tout ce qu’il y a besoin mais choisit de ne pas nous donner les clés de suite. La quatrième saison se focalise sur une ouverture des horizons pour les personnages, hors et à l’intérieur de l’île. La cinquième propose des portes de sortie mais aussi des réponses, un voyage hors du commun, une incertitude certaine quant à la suite. Non, vraiment, revoyez de 3.10 - Tricia Tanaka Is Dead à 5.17 - The Incident Part 2 et vous verrez tout le génie de Lindelof et Cuse quasiment sans interruption.

Mais oui, on reproche à Lost de s’être perdu en route. Lors de mon revisionnage, je n’ai pu m’empêcher d’être déçu par certaines intrigues plus solides dans mes souvenirs et inversement. Pourtant, la baisse qualitative de la série est très ciblée.

En saison 2 et début de saison 3, les scénaristes tentent d’introduire trop de personnages d’un coup. Cela a pour conséquence de démultiplier les intrigues avec des résultats différents. Là où l’arrivée de Ben et Juliet va déterminer une grande partie du reste de la série et nous imposer deux personnages parmi les plus grands, je ne suis pas sûr que les ajouts d’Ana Lucia, Bernard, M. Eko et Libby (dans une moindre mesure) soient parmi les plus brillantes heures de la série. Les personnages peinent à être réellement intéressants, sont souvent des ersatz de ceux que l’on a déjà rencontré et ne servent que de charnier pour faire avancer des intrigues parfois mal gérées. Ce n’est jamais honteux mais fait perdre du temps alors qu’il était déjà bien plein. Pour indication, l’introduction de Daniel, Charlotte et Miles en saison 4 se fera de manière plus organique et donc plus déterminante.

Le deuxième point noir de la série intervient en saison 6, la fameuse. Contrairement à sa diffusion en 2010, je ne la trouve pas honteuse mais je ne la trouve plus très bonne non plus. Ce n’est pas totalement de sa faute, elle vient conclure un acte duquel on attend énormément et se trouve après deux saisons et demi qui représentent parmi les plus grandes heures de l’histoire de la télévision. Si on me demande où (potentiellement) se fourvoie Lost, je dirai dans ce dernier tiers. Ce n’est pas que l’histoire crache sur le reste, c’est qu’elle met beaucoup trop de temps et assez peu d’énergie à se conclure. Les personnages ne font que de la randonnée, la marche leur libérant l’esprit pour changer d’avis tous les épisodes quant à suivre Locke ou non. Ce n’est pas mauvais, c’est juste trop long.

Comment Lost ?

Bah en confinement, en boxer, sur le lit ou sur le canapé.

lost canape

Mais sinon, comment est la fin de Lost dix ans après le traumatisme planétaire ?
Eh bien, je ne fais toujours pas partie de ses défenseurs. Attention à ne pas se méprendre, je ne crache en rien sur toutes les heures merveilleuses que la série m’a fait vivre et me fera vivre encore. C’est le voyage, pas la fin qui compte. Et en soi, ce final est très loin d’être honteux. Il est même plutôt limpide et simple si l’on regarde en arrière et que l’on contemple tout ce que Lost était. Il n’apporte pas toutes les réponses parce que bon nombre de questions ont eu leur conclusion auparavant et parce qu’il n’y aurait plus aucun plaisir si tout était dit.

Cependant, ces deux dernières heures avancent vers une conclusion qui ne me satisfait guère. D’un point de vue personnel, je n’aime pas l’idée que la dernière chose que nous voyons des personnages, c’est une après-vie où ils se retrouvent parce qu’ils ont compté les uns pour les autres. Cela apporte une explication presque religieuse à laquelle la série gardait une zone d’ombre jusqu’ici. D’un point de vue partiellement objectif, ces dernières minutes gâchent à mon sens l’exploitation des flash-sideways - déjà mal exploités tout au long de la saison - qui auraient été plus intéressants dans la logique d’un monde parallèle.

Il n’empêche que ce final conclut. Et c’est déjà un gros morceau à terminer. Ainsi, tout ce qui se passe sur l’île manque de surprises mais boucle une boucle avec une logique qu’on ne peut enlever aux scénaristes jusque dans leurs dernières secondes.
Ne pas être totalement satisfait par les réponses, c’est aussi ça la magie d’une série : elle construit des attentes et les déjoue. À nous ensuite de gérer cela, mais cela n’enlève rien à ce que le parcours des personnages et les mystères de l’île ont pu me procurer pendant six saisons moins un épisode de NIkki et Paolo.

Donc, Lost, merci.

Max
P.S. Ou on peut juste relire les reviews de Ju.