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Max’ Investigations -

Reboots, remakes, retours : sommes-nous nostalgiques ou hautains ?

Le reboot, c’est tabou ?

Par Max, le 22 août
Par Max
Publié le
22 août
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Alors que j’attendais avec autant d’impatience la quatrième saison de Veronica Mars qu’un gilet jaune le samedi, je me demande si j’étais aussi impartial avec ce retour qu’avec tous ceux qui abondent nos écrans depuis quelques années.

Ne me méprenez pas. Comme tout le monde, j’ai détesté celui de Prison Break. Comme tout le monde, je me suis demandé ce que Will et Grace avaient encore sous le pied (à tort). Comme tout le monde, j’ai conspué Roseanne Barr.

I’m a Marshmallow, don’t @ me

A chaque annonce d’un reboot, d’un remake ou d’un retour après des années voire des décennies d’absence, les réseaux sociaux s’emballent, la communauté sériephile choisit son camp, crie au scandale ou saute de joie. Nous nous “devons” (non) d’avoir un avis, d’autant plus lorsque cela touche une œuvre qui nous a (profondément) marqué·es.

La réaction typique d’un·e sériephile, c’est le rejet, parfois en bloc. On ne veut pas que quelqu’un pisse sur nos séries chouchoutes, qu’elles se trouvent gâchées par une écriture moins bonne, une has-beenisation des interprètes ou du propos dans l’époque contemporaine ou tout simplement par une réécriture du passé.
Pourtant, Veronica Mars est arrivée et l’annonce de son retour m’a fait plus d’effets "papillon dans le ventre" que de relents de vomi.

Ce retour, ce n’est pas que revivre mon adolescence, ce n’est pas un coup de nostalgie, il n’arrive pas totalement au hasard non plus, c’est la conjoncture qui le permet. Rappelons-le, Veronica Mars s’est terminée abruptement au terme de sa troisième saison, avec un final bâclé que le film sorti en 2014 (cinq ans déjà ?!!) avait plutôt bien tenté de rattraper. Mais il laissait des portes grandes ouvertes, les aventures de Veronica ne demandant que de réussir leur passage à l’âge adulte. Bref, alors que d’un côté, j’étais conditionné à détester ne serait-ce que l’idée d’un retour de la série pour sa facilité commerciale et son danger artistique, mon cœur de Marshmallow (les fans de la série) en a décidé autrement.

Il y a longtemps, nous étions amis (et nous le sommes toujours)

Dès son introduction, cette quatrième saison ne contredit en rien mes attentes. Veronica revient en s’attaquant au terrorisme avec un poseur de bombes détestant le Spring Break, à la vieillesse en voyant le douloureux passage du temps affecté Keith et au conformisme social avec les désirs de mariage contrarié de Logan.

veronica mars season 4

Cette nouvelle saison n’est donc pas d’une totale gratuité dans le sens où elle va faire évoluer notre personnage préféré, elle ne se contente pas de la brosser dans le sens du poil. Là où les trois premières saisons nous montraient une héroïne certes difficile à vivre mais généralement érigée comme un modèle, ce retour va s’attacher à déconstruire un peu tout ça. Veronica n’a jamais été une femme parfaite, sauf si l’on en croit ses super-pouvoirs de détective. Mais comme ceux-ci, elle est faillible. Elle est intransigeante et méfiante et ces états de fait d’une femme d’une trentaine d’années, qui ne veut ni mariage ni enfants, ne sont véritablement possibles que parce que cela fait plus de quinze ans qu’on la connaît. Alors on l’aime comme elle est même si on accepte moins de tout lui passer.

C’est véritablement une des (nombreuses) réussites de ces huit épisodes. Alors que l’enquête se teinte d’une empreinte néo-noir et voit nos détectives préférés revisiter Neptune et ses bas-fonds (donc également ses politiciens et ses anciennes têtes), Veronica commence à se discerner un avenir loin de sa ville natale. La seule chose qui l’en empêche, alors que Logan lui propose un avenir, c’est son père. Leur relation est le ciment et le coeur de la série et elle est mise à mal ici non pas par un conflit mais par une maladie. Fort heureusement, tout se terminera bien pour eux mais pendant toute l’intrigue, notre coeur se brise de voir notre ancien shérif diminué et sa fille ne pas supporter de voir les effets du temps sur son père. Tout comme nous avions peur de les voir sur la série.

Mais celle-ci parvient à se renouveler sans faire totalement du neuf et c’est peut-être ce que l’on attend d’un reboot. Faire du neuf avec du vieux ou du vieux avec du neuf. Ne pas bouleverser le statu-quo mais bousculer les attentes. Ce retour nous le prouve en mettant en retrait des piliers historiques de la série. Mac est totalement absente et Wallace n’est que très périphérique à l’histoire, un meilleur ami père et rangé qui représente l’ancienne vie de Veronica, un exemple de ce qu’elle devrait être mais ne veut pas. Alors, la série introduit de nouveaux personnages qui, s’ils servent premièrement à l’intrigue, vont aussi apporter quelque chose à l’univers. Nicole Malloy (Kirby Howell-Baptiste) va développer une amitié avec Veronica. que le poseur de bombes et la suspicion légendaire de la jeune femme va mettre à mal. Tout comme le personnage de Clyde Pickett (J.K. Simmons), un ancien détenu qui va se lier à Keith, la jeune propriétaire du bar où traîne Veronica est là pour souligner que la détective ne sait pas faire confiance, qu’elle prend son métier trop à cœur et cela pollue ses relations. Il faut que cela change. Malheureusement, c’est avec pertes et fracas : les deux Mars perdent leurs deux amis pour résoudre l’enquête.

Et c’est là où l’exercice du reboot divise dans sa volonté de mettre à jour son identité. Dans ses derniers instants, alors que Veronica convole en noces avec Logan [1], la voiture de ce dernier explose, ravissant le jeune homme à sa mariée. Ce qui paraît pour les scénaristes une bonne idée (recréer un trauma à Veronica pour repartir sur de nouvelles bases) est à double-tranchant : le retournement de situation est facile et la nouvelle situation installée semble un peu artificielle et rapide, risquant de perpétuer le fait qu’une femme ne pourrait être efficace, intelligente, une "super-héroïne" que si elle est en colère.

Une cinquième saison, plus que bienvenue, sera alors là pour nous signifier si l’idée du reboot est aussi une solution viable à long terme ou s’il vaut mieux une saison événementielle avec une excellente idée plutôt que de repartir pour un tour.

Est-ce dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes ?

Pas nécessairement. Si certains comebacks parviennent à trouver une utilité, une pertinence, d’autres s’emmêlent les pinceaux, trébuchent avant même de disparaître de nos écrans parce que gâcher nos souvenirs est un exercice dont nous nous passons bien.

Les séries qui supportent le moins bien leur résurrection, ce sont les plus feuilletonnantes. Regardez 24, Heroes ou tremblez en pensant à celui de Prison Break : aucune ne parvient à réanimer son concept pour l’adapter à l’époque contemporaine. On ne leur demande pas nécessairement de dire quelque chose de pertinent sur la société, juste de se secouer suffisamment pour rester dans le coup. Malheureusement, chacune d’entre elles a apporté des changements cosmétiques (de nouveaux personnages, un nouveau contexte) sans se départir de son passé et en étant incapable de se moderniser totalement (coucou, The Twilight Zone, on parle aussi de toi).

Reste des contre-exemples qui se trouvent dans le format plus procédural. One Day At A Time ou Will And Grace ont réussi leur pari parce qu’elles ne portent pas comme bagages une mythologie forte créatrice d’attentes. Au contraire, elles sont des modèles d’acclimatation à l’époque, au rythme de ce qu’elles veulent dire. En revenant, c’est leur message qui se transforme. Si Will And Grace nous fait encore rire, c’est parce qu’elle tape sur Trump, dessine un portrait des relations modernes qui n’est pas sans bien-fondé avec ce que l’on vit aujourd’hui. Si One Day At A Time a survécu à sa résurrection, c’est parce qu’elle brosse, maladroitement, une société aux multiples visages, faite de nuances et de contradictions.

the x files season 11

Un autre exemple prenant : The X-Files. Tout ce qui touche à la mythologie de la série fait un flop monumental, donnant parmi les pires épisodes de la série en son entier. C’est paresseux et cela peine à être cohérent. Pourtant, quand elle repasse en mode procédural, elle revient à son essence et accouche d’épisodes loin d’être honteux, souvent divertissants voire parfois fort-à propos comme en témoigne Rm9sbG93ZXJz - 11.07, un simili-Black Mirror qui ne cherche pas à trop en faire et renouvelle l’exercice. Le plaisir de revoir Gillian Anderson et David Duchovny n’est pas totalement occulté par la maladresse de ce retour.

Et puis, il y a les séries qui veulent se la jouer méta, soit parce qu’elles n’assument pas de revenir en tant que tel ou parce qu’elles optent pour une autre voie pour refaire parler d’elles. On pense notamment à la toute vieille et toute nouvelle BH90210. Sur une idée de Tori Spelling et Jennie Garth, le casting original au complet se retrouve autour d’une idée saugrenue et pas tant que ça quand on y réfléchit. Leurs doubles fictifs se réunissent après que Tori Spelling (dans la série) ait l’idée d’un reboot de 90210, la série originale.
À partir de là (et des trois épisodes diffusés jusqu’ici), nous suivons les acteurs dans leur vie personnelle mouvementée et le montage de ce projet plus que risqué car se confrontant à chaque petit égo. La série, plutôt bien écrite, sait alors se montrer émouvante quand elle parle du prix de la célébrité et ses conséquences, assez drôle quand elle se moque d’elle-même et de ses acteurs et n’a pas à rougir de son scénario qui, s’il emprunte beaucoup au genre méta et à UnReal entre autres, tisse une histoire d’envers du décor qui se tient totalement. Le retour du reboot ou le reboot du retour ou le revival par reboot, bref, on a ici une nouvelle voie qui ne peut être empruntée par tout le monde mais qui reste un exercice intéressant si le matériel est suffisant.

On peut se plaindre tant que l’on veut de la mode du reboot, du revival , la série est l’art de la continuité. Elle va connaître ses succès (Doctor Who dans une certaine mesure, Twin Peaks) et ses échecs cuisants (Arrested Development s’est gâchée là-dedans).
Il faut alors prier pour que les séries qui se prêtent au jeu ne se perdent pas dans un opportunisme triste et que donc Veronica Mars ne suive pas le même chemin que bon nombre de ses consœurs.

Max
Notes

[1On passera sur la facilité avec laquelle elle a changé d’avis alors qu’elle était un exemple d’héroïne refusant les conventions sociales du mariage, des enfants, préférant vivre à son propre rythme. À l’instar d’une Cristina Yang.