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Search Party - Bilan sans spoiler de Search Party

Search Party: Une Série Rubik’s Cube

Par Conundrum, le 3 décembre 2017
Publié le
3 décembre 2017
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Lorsque Search Party est arrivée l’année dernière à l’antenne, je ne lui avais pas accordé une grande importance. L’idée d’une comédie qui n’en est pas vraiment une et destinée à un public autour de la vingtaine me parlait peu.

Et s’il est vrai que Search Party peut être vu sous ces deux prismes, il ne s’agit que deux de multiples facettes que la série propose.

C’est quoi, au juste, cette série ?

Son concept est très simple. Alia Shawkat d’Arrested Development est Dory, une jeune femme insatisfaite de sa vie. Elle ne s’épanouit pas dans son couple avec Drew. Elle a toujours ses amis de fac, Elliott et Portia, avec qui elle ne partage pas grand chose. Son ex, Julian, incarné par The Mayor lui-même, Brandon Micheal Hall, lui rappelle brutalement des vérités qu’elle se refuse à confronter. Elle est l’assistante Gail, Christine Taylor, une femme riche qui n’a pas vraiment besoin d’elle. Elle est prise dans une routine et une vie monotone jusqu’au jour où elle apprend qu’une de ses connaissances de fac, Chantal, a disparu.
Dory se met en tête de découvrir ce qui lui est arrivé.

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Le mystère, la comédie noire stylée, la distribution impeccable jusqu’au choix de ses seconds rôles, entendre des américains prononcer le prénom « Chantal » sont des atouts indéniables de la série. Mais la série ne s’adresse pas uniquement au aficionados d’histoires de crimes, de comédies qui font moins rire que 3 minutes d’un épisode de Will and Grace, ou simplement de millenials ou d’hipsters.
Ce qui est arrivé à Chantal est un moteur narratif qui fait avancer nos personnages, mais c’est loin d’être l’intérêt émotionnel qui nous fait connecter à la série. Un Don Draper et une Dory Sief partagent le même problème, il s’agit de personnages qui ne trouvent pas leur place. Ces protagonistes sont blancs, aisés, ont des amis, un ou une partenaire avec qui partager leur vie, mais ne trouve aucun sens à cette dernière. Dory se plonge alors totalement dans la recherche de Chantal, non pas pour la retrouver, mais simplement trouver une excitation, une motivation pour avancer.

Dory, Drew, Elliott, Portia et Julian

Sous ce prisme, la série est beaucoup plus riche. Dory est un personnage reservé et stoïque, qui ne montre ses émotions que rarement au début de la série. L’un des rares moments où elle pleure est lorsqu’elle apprend que sa candidature n’a pas été retenue pour un poste. Ce n’est pas le rejet qui l’attriste, mais l’échec d’avoir essayé de changer sa vie avec un emploi plus gratifiant qu’assistante de femme trop riche qui la plonge dans le desespoir. Mais, par son enquête, Dory va modifier son univers et se confronter aux repercussions de ses décisions. Chantal est l’excuse qui lui fait bousculer sa vie.

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Son entêtement dans cette quête pose des problèmes dans son couple avec Drew qui, lui, se complaît dans la routine calme de sa vie. Dory devra aussi croiser le chemin de son ex, Julian. Tous deux sont en totale opposition. Julian est homme qui défie Dory. Il comprend très bien l’âme humaine et ce qu’il dit, souvent sans tact, se révèle toujours juste. On voit que Dory a besoin de lui mais qu’elle n’est pas nécessairement prête à accepter ses idées. Elle s’est alors retrouvé chez Drew, Capitaine Plan-Plan, qui ne la comprend pas, ne la satisfait pas (sur tous les plans comme le montre une horrible scène du pilote), mais surtout qui ne remet pas en question sa personnalité.

Ses amis, les flamboyant·es Elliott et Portia, des New-yorkais très riches, sont les ressorts comiques de la série. La légéreté de leurs intrigues et leurs interactions sont un contrepoids idéal au serieux de celui de Dory. Mieux encore, le duo apporte une profondeur innatendue.
À un moment de la série, Elliot est pris dans les conséquences d’un mensonge. Son seul soutien sera Dory. On réalise que les deux personnages partagent une vision de la vie similaire. Pour contrecarrer l’ennui de la monotonie, Elliot a créé une situation excitante de toute pièce, et Dory se plonge dans une situation tout aussi excitante alors qu’elle n’y a pas sa place. Aussi différents qu’ils sont l’un et l’autre, ils se comprennent.

Portia, quant à elle, est une actrice, jolie, blonde et légère. Lorsque la série joue ce terrain, elle est drôle, mais elle se le permet pour deux raisons. La première est que Portia amuse mais n’est jamais ridiculisée. Son désir d’être complimentée et d’être le centre d’intérêts est expliqué rapidement par la froideur de sa relation avec sa mère. Portia n’attise ni notre moquerie, ni notre pitié. Mais le meilleur aspect de ce personnage est la parfaite maîtrise de son environnement. Elle sait parler aux gens. On rit du fait qu’elle dit ce qu’il faut dire (lorsqu’elle s’adresse des platitudes aux scénariste de sa série ou à l’équipe technique), sans jamais remettre en cause son honnêteté (parce qu’elle pense ses platitudes). Mais surtout elle sait manipuler quand elle le désire. C’est une excellente actrice quand elle a affaire à un homme pervers lorsqu’il faut aider Dory ou lorsqu’elle décide de se venger d’Elliott de manière magistrale lorsque celui-ci dépasse les limites. Et surtout, elle a un rôle à son image lors du dénouement du dernier épisode de la saison : primordial, drôle et décalé.

Et Chantal ?

On sait exactement ce qui s’est passé avec Chantal à l’issue de cette première saison. Et si Dory cherchait de l’excitation et un sens à sa vie, elle obtient exactement ce qu’elle veut. Mais cette résolution du moteur narratif et de la motivation de notre héroïne relance Search Party de matière naturelle, piquante, honnête et horrible dans une nouvelle direction. Parce que savoir ce qui est arrivé à Chantal est la raison pour laquelle j’ai consommé ces dix épisodes de manière gloutonne.

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J’aurais aimé pouvoir me poser après chacun d’entre eux, comprendre et assimiler la subtilité des arcs narratifs, l’intelligence et l’humour de chacun des épisodes. Mais non, l’enthousiasme de Dory est communicatif. Nous sommes à l’image de Drew, Portia et Elliott. On aimerait que Dory se calme et réalise qu’elle outrepasse ses droits puisqu’elle ne connaissait pas Chantal, qu’elle est potentiellement en danger, qu’elle peut blesser la famille de Chantal par ses actions et qu’elle utilise cette mission pour se voiler la face. Mais on devient complice, malgré nous.
Bien sûr qu’on veut comprendre ce qui est arrivé à Chantal, et évidemment qu’on veut savoir et qui sont vraiment les étranges et fantastiques personnages incarnés par Rosie Perez, Ron Livingston et Parker Posey.

C’est ce qui rend Search Party si unique et fascinant. Je suis sûr que la série a des défauts mais je n’en ai trouvé aucun. Elle fonctionne sous toutes ces facettes. C’est une oeuvre qui happe le/la téléspectateur/trice, par son ambiance, par son principe, par ses thèmes et par son intelligence. Il est assez commun de trouver des séries qui font réflechir, mais ce qui rend Search Party si différente des autres, c’est justement ses multiples facettes qui lui permettent de parler au plus large des publics.
Et la diffusion actuelle de la seconde saison est une raison idéale pour découvrir la série si ce n’est pas déjà fait.
Ce se serait vraiment dommage de ne pas être de la partie.

Conundrum