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Pourquoi avoir un pitch ambitieux ne suffit pas à faire une bonne série

Fouyah que c’est compliqué !

Par Conundrum, le 27 avril 2013
Publié le
27 avril 2013
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En soi, le quotidien des survivants d’un crash d’avion sur une petite île est un principe assez spectaculaire pour accrocher un téléspectateur.

Ajouter un monstre de fumée, des morts pas si morts que cela, des flashbacks mystérieux, c’est cool, mais le principe de base était assez excitant en lui-même pour pouvoir le démarquer du reste des pilotes de la saison 2004. Et les forces de celui de Lost reposent sur son postulat de base. Il n’y a pas de notions de Others, de voyages dans le Temps, et l’idée du monstre (même si on s’y acclimate avec les épisodes suivants) perturbe un peu le visionnage du pilote en tant que simple film d’une heure et demie.

Même Desperate Housewives ne peut pas se contenter d’être un simple soap opera. La série se doit d’avoir un mystère accrocheur sur toute la saison. Et ne parlons pas de 24, qui n’a même pas d’idée scénaristique à sa base mais simplement une technique narrative innovante.

Ces séries ne sont pas mauvaises. Elles l’ont été à un moment où un autre de leurs vies mais c’est la vérité de la plupart des œuvres qui s’inscrivent dans une certaine longévité. Le problème est que la complexité de leur principe impose des limites fortes et accentue l’agacement du téléspectateur lors des périodes les plus faibles de la série. Nicki et Paolo, les Applewhite et Jack Bauer en prise d’otage dans une épicerie alors qu’une menace terroriste plane sur le pays sont les signes avant-coureur d’un problème qui se situe dans l’ADN même d’une série qu’on apprécie.
Pour 24, il devient difficile de trouver une source inépuisable d’inspiration pour alimenter un nombre significatif de saisons. Combien de voisins aux terribles secrets peuvent emménager à Wisteria Lane ? Et Lost, la série qui s’en sort le mieux du lot, doit réussir à garder le public qui a été intéressé par une idée (les survivants d’un crash d’avion) qui n’est pas celle qui fait vivre la série (le gros boxon de science-fiction qui au final ne sert pas à grand-chose).

La solution pour adresser cette problématique est celle choisie par Lost.
Si je n’ai pas aimé sa fin, il est évident que n’importe quel postulat de série ne tient pas la route si les personnages ne donnent pas envie de revenir la semaine suivante. Même Law & Order, la série originale, avec sa distribution tournante, était fortement influencée par la personnalité de ses personnages. Benjamin Bratt n’est pas Chris Noth, et si les épisodes avec Alana De La Graza sont meilleurs en moyenne que ceux d’Elisabeth Röhm, ce n’est pas que lié à un regain créatif d’une série en fin de vie. Lost a donc choisir de conclure sa série sur la base de ses personnages et non pas de la mythologie autour de l’île. Ce n’est pas un choix qui m’a plu, mais c’est un choix logique. Nous sommes venus pour les survivants, la conclusion adresse principalement leurs devenirs et leurs histoires.

La complexification des postulats de séries de network est aussi une réponse à la liberté des auteurs de séries câblées. Je ne parle pas d’un Mad Men ou d’un The Sopranos [1] mais des True Blood, The Walking Dead, ou Spartacus. Leurs principes pourraient être ceux de séries de network. The Walking Dead a même été proposé à NBC, mais le sexe et la violence de ces séries autorisées sur le câble ne pourraient pas se traduire de la même façon sur un network. Le combat être les deux modes de diffusions ne se fait donc pas avec les mêmes armes. D’un coté on se démarque avec une liberté de ton, de l’autre avec des séries avec un principe qui doit accrocher.

Et maintenant, sur les networks, la nouvelle arme est l’adaptation moderne d’une intrigue connue. Cela permet au téléspectateur d’être dans un terrain familier avec une série dont il n’a pas vu une seconde.
Il suffit juste de voir le nombre de projets de séries qui rentrent dans le format : « c’est la ré-interpreation de [INSERER LIVRE ICI] dans l’univers [INSERER MILEU MODERNE ICI]. »
Et on peut se retrouver avec la ré-interprétation de Roméo et Juliette dans l’industrie du porno. C’était Skin, il y a quelques années avec Olivia Wilde.
Cette familiarité tant recherchée se traduit par une déclinaison de franchises. Un spin-off ne vient plus de l’attrait d’un personnage comme Frasier ou Angel, mais sur la viabilité d’un concept qui peut se répliquer comme NCIS ou Les Experts.

Le problème avec tout cela est que nous avons perdu un attrait fort des séries de networks qui ne tournent principalement avec un mixe de procedural et de nouvelles séries visuellement belles mais souvent creuses ou limitées (Flash Forward, Revolution, et même au final Awake). Les séries au concept simple qui tournent plus autour de personnages clairement définis se font rare. Évidemment que je pense que Parenthood en est le meilleur exemple, mais ce n’est pas que du côté des dramas.
Même les sitcoms se sont essayées au gros concept. Watching Ellie était à la base une comédie de Julia Louis Dreyfuss en temps réel tout comme Big Day. How I Met Your Mother étale le principe de son titre sur la longueur. Et les faux documentaires ne sont pas nécessairement exploités au mieux dans une sitcom. D’un autre côté, Friends c’était juste six potes qui discutent et boivent beaucoup de café à New York et ça n’avait pas l’air de déplaire.

A l’approche de l’annonce des nouvelles grilles de network et, donc des nouvelles séries de la saison prochaine, je ne veux pas être accroché par une série juste sur son pitch, car ces séries perdent de l’âme. C’est un peu comme la culture blockbuster américaine qui est passée de « SOS Fantômes » dans les années 80 à « Transformers » de nos jours. Je ne veux pas que ce qui est arrivé au cinéma grand public arrive aux séries grand public. Je ne veux pas de concept qui représente l’unique attrait de la série.

Parce que sans films, sans séries, je vais être obligé de lire.
Et ça, il en est hors de question.

Conundrum
Notes

[1Qui avait été proposé à la FOX