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Le traumatisme des séries sans fin

Débrouillez-vous comme vous voulez mais finissez !

Par Sebargio, le 27 octobre 2017
Publié le
27 octobre 2017
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Vu de loin (c’est à dire de Twitter) le monde semble se diviser en deux catégories bien distinctes : les personnes qui regardent Game of Thrones et celles qui ne la regardent pas parce qu’elles n’en ont apparemment strictement rien à faire.

En ce qui me concerne et bien que je sois persuadé que cette série me plaira, je ne la regarde pas. Pas encore du moins. Et j’ai l’impression d’être isolé dans ma catégorie personnelle rien qu’à moi : celles et ceux qui attendent la fin pour commencer.

J’ai donc prévu de regarder Game of Thrones une fois que la série sera terminée. Ça peut paraître étrange, mais j’ai, à mes yeux, de bonnes raisons en faveur de ce choix. Et je tiens bon, je tiens le coup depuis toutes ces années et j’attends, forçant l’admiration (si si) des personnes qui me disent « Il faut absooooooooooolument que tu regardes ».

Je suis têtu : je ne regarderai que lorsque ce sera terminé et si je tiens cette position c’est parce que j’ai subi quelques traumatismes à ce sujet et que je ne veux absolument pas prendre le risque de ne pas voir une vraie fin pour quelque chose qui (sur le papier) va forcément me plaire…

Il faut dire aussi qu’on m’a mal présenté la chose. Mon estimé voisin m’a un jour dit, à l’époque où ce n’était encore qu’un livre : « Tu ne connais pas le Trône de Fer ? Tu devrais le lire, ça va forcément te plaire, toi qui est fan du Seigneur des Anneaux et qui joue autant à World of Warcraft. ». Arguments convaincants s’il en est et je me voyais déjà en train d’acheter les livres dès le lendemain. Sauf qu’il a rajouté « Bon, le souci c’est que le gars qui écrit est vieux et qu’on ne sait pas s’il aura le temps de finir sa saga avant de mourir ».

À cet instant j’ai été irrémédiablement refroidi.

Comme vous qui lisez ce site, j’aime les séries. Mais il y a un truc qui m’est insupportable au plus haut point (et là, je ne pense pas être seul) c’est lorsqu’une série ne se finit pas et que nous sommes laissés sans réponses et/ou dans une situation de suspens non résolu, communément appelée « cliffhanger ». Les mots me manquent pour décrire à quel point j’ai ça en horreur.

Je ne les compte plus ces situations de petits deuils…
Ma première fois et ma première incompréhension c’était certainement Loïs & Clark (oui, encore) et aujourd’hui encore, je n’ai pas digéré le fait de ne pas savoir d’où vient ce foutu bébé…

Mais mon premier deuil véritable et ma première grosse colère c’était certainement pour Le Caméléon/The Pretender. Colère contre cette intrigue dont on ne saura jamais la fin. Colère contre NBC qui a annulé sans prévenir les auteurs [1] qu’il fallait finir. Colère contre les auteurs qui ont eu droit à deux autres téléfilms derrière mais qui n’ont pas voulu boucler, espérant certainement réussir à obtenir d’autres téléfilms… Et je ne m’en suis jamais remis. C’est l’événement qui fait que je redoute toujours, toutes ces années après, de commencer une nouvelle série ou que lorsque j’en rattrape une j’essaye de me renseigner pour savoir si « ça finit » (tout en évitant tant bien que mal les spoilers).

alias season 4

Alias (oui, encore) est un autre cas d’école. Une série géniale sur les saisons 1 et 2 (j’aime aussi la 3 mais chut) et une 4ème saison complètement débile parce qu’il parait que c’était trop compliqué de rediffuser les épisodes avec tous les petits cliffhangers à chaque fin. On s’est donc retrouvé avec des épisodes indépendants, carrément diffusés dans un ordre différent de l’ordre de production [2] Sans queue ni tête… Conséquence évidente ? L’audience qui se casse la figure. Une cinquième saison est annoncée tant bien que mal, plein d’arcs narratifs sont lancés et patatras, cinq épisodes sont supprimés avant la fin de la saison parce que les audiences sont décevantes, forçant les auteurs/trices à expédier les histoires (certaines ne sont carrément pas résolues d’ailleurs) et à tenter de sauver les meubles comme ils peuvent. Alors heureusement, ça finit mais ça aurait pu être tellement mieux… Ça aurait dû ! Si on avait laissé les auteurs/trices tranquilles au lieu d’essayer de gratter des téléspectateurs… Au final, cercle vicieux infernal, précipitation, suicide sériel à petit feu, auto-tirage de balle dans le pied, boum ba da boum et grosse déception.

Veronica Mars (oui, encore) a eu une histoire similaire. Une première saison géniale, une deuxième très bonne saison mais on nous a expliqué que les américains avaient du mal à suivre une intrigue complète et complexe comme celle des Fitzpatrick sur une année complète. Il a donc été décidé de faire trois enquêtes différentes et indépendantes pour la troisième saison. Là encore, on a supprimé l’essence même de la série et les résultats ne se sont pas fait attendre : pas de téléspectateurs et annulation. Et une fin non résolue, Veronica avec son parapluie et moi avec l’envie de pleurer. Heureusement, nous aurons un film, plusieurs années après, grâce au financement participatif pour panser cette plaie.

Mais combien de séries n’auront pas eu cette chance ? J’ai encore le cœur fendu de savoir le pauvre Eli de Stargate Universe errer seul dans l’espace pour l’éternité. Et Kyle XY ? Alphas ? The Tomorrow People ? The 4400 ? Cette liste est malheureusement infinie et nous avons tous « notre » série qui n’a pas eu la fin qu’elle méritait… Sans parler des auteurs/trices qui se retrouvent souvent devant le fait accompli, les annulations ayant souvent lieu en mai, bien après la diffusion du dernier épisode. Impossible pour eux de faire quoi que ce soit.

Le sacrifice sur l’autel de l’audimat et du profit, ça peut se comprendre, bien sûr. Mais c’est d’autant plus dur à digérer lorsque ce sont les injonctions des Networks qui ont provoqué la fin prématurée de ces séries… Commencer une nouvelle série, c’est donc faire un pari et prendre le risque douloureux qu’il n’y ait pas de fin. Parfois on a de belles surprises comme la « désannulation » de Timeless mais c’est tellement rare…

Et jusqu’à peu, on pensait qu’en se réfugiant sur Netflix on était à l’abri de ce genre de choses. Mais nous avons appris durement que le couperet pouvait aussi tomber ici avec l’annulation de Sense8… La mobilisation a permis d’obtenir un épisode final de 2 heures. J’espère que les soeurs Wachowski auront senti d’assez près le souffle du boulet et qu’elles ne nous feront pas une fin ouverte dans l’espoir chimérique d’obtenir un nouvel épisode final de 2 heures… (Le traumatisme du Caméléon me hante encore).

Et voilà pourquoi je ne veux pas commencer Games of Thrones. Je sais que ça va me plaire. Je sais que cette série a le potentiel théorique pour être une de mes préférées. Mais je ne veux surtout pas prendre le risque qu’elle n’ait pas de vraie fin satisfaisante. Visiblement les choses semblent bien se présenter de ce côté là puisque apparemment la saison 8 est planifiée pour être la dernière et que Monsieur Martin a lâché la fin de l’intrigue même s’il est à la bourre sur les bouquins. Ma longue attente est donc bientôt terminée…
Et pendant ce temps j’essaye d’esquiver les spoilers comme je peux (c’est à dire avec beaucoup de difficultés).

Sebargio
Notes

[1On va laisser « auteurs » au masculin puisque seulement 5 épisodes de la série ont été crédités à des femmes et qu’aucune n’a été crédité sur les épisodes de deux dernières saisons (Note de Jéjé).

[2Si vous avez l’occasion un jour, ressortez votre coffret de la saison 4 et regardez les épisodes dans l’ordre de production. Ça passe carrément mieux. Vous trouverez l’ordre sur la page wikipedia anglophone de la saison 4.