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Sweet/Vicious - Présentation et critique de la première saison de la série

Sweet/Vicious: No Law & Only Order : SVU

Par Jéjé, le 18 février
Par Jéjé
Publié le
18 février
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Quelques jours après l’élection de Donald Trump, j’ai lu un commentaire qui m’a profondément marqué. Une femme s’inquiétait du fait que dans quelques années on regarderait peut-être aux États-Unis l’année 2016 comme un pic du féminisme, quand l’élection d’une femme présidente était parfaitement envisageable et réaliste.

En y repensant un peu plus tard et avec un prisme beaucoup plus réduit, je me suis demandé alors si l’arrivée de nombreuses séries créées par des femmes depuis quelques années, que j’avais toujours considérée être une évolution inéluctable en lien avec la « peak tv », pouvait n’être qu’un âge d’or éphémère.
C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’avais raté la diffusion de Sweet/Vicious...

Qu’est-ce que c’est ?

C’est la plus récente série de MTV de la lignée des Teen Wolf, Awkward et Faking It, teen shows qui ont revitalisé le genre (essentiellement dans leurs premières saisons).
Créée par Jennifer Kaytin Robinson (qui avait 26 ans quand elle a écrit le pilote), elle a été diffusée en décembre et janvier dernier au moment où le groupe MTV s’est vu récupérer un nouveau patron, qui ne pense pas que les fictions ont leur place sur la chaîne. Bien que les autres nouveautés aient toutes déjà été annulées, et alors que même que Sweet/Vicious a la distinction d’avoir la plus petite audience de toutes les séries à l’antenne, elle reste en lice pour la commande d’une seconde saison.

De quoi ça parle ?

De filles qui tabassent les violeurs.

Et c’est un peu pour ça (et peut-être aussi parce que les quelques papiers qui sont sortis aux US sur la série [1] sont dithyrambiques) que la série serait susceptible de continuer. À l’heure de la présidence Trump et d’une menace sans précédent sur les droits des femmes aux États-Unis, Sweet/Vicious résonne avec une grande intensité et porte une parole d’une radicalité assez inattendue (même pour la chaîne de Faking It !).

sweet vicious glinda
Glinda et Elphaba

Et donc, c’est un peu Veronica Mars rencontre Virginie Despentes et Wicked.
Jules, l’une des deux héroïnes, suite à son viol lors d’une fête sur le campus, décide, non de devenir une détective à l’esprit sarcastique et désabusé, mais une justicière de l’ombre qui explose la tronche et les ligaments croisés des violeurs de son entourage. Elle s’adjoint (malgré elle) dans sa quête vengeresse l’aide d’Ophelia, une jeune femme très éloignée des réseaux de fraternités étudiantes, dealeuse de drogues et maîtresse de l’outil informatique.

C’est avec qui ?

Plein de parfait-e-s inconnu-e-s qui sont tous formidables. On trouve parmi elles-eux Taylor Dearden, la fille de Bryan Cranston (Ophelia) qui a l’élégance d’utiliser le patronyme de sa mère.
Pour faire simple, cette distribution est du niveau de The OC (la saison 4, celle sans Marissa, forcément) !

Y’a un générique ?

Hélas, Drum, il n’y a qu’un simple encart.
Mais comme les épisodes font moins de 40 minutes (sans les "previously on »), on se rassure en se disant qu’un générique aurait abouti à la suppression de répliques essentielles mentionnant Grey’s Anatomy et Olivia Benson.

Et c’est bien (sans trop de spoilers) ?

Comme je l’ai dit, c’est un peu Veronica Mars rencontre Virginie Despentes et Wicked.
Ça ne peut être que for-mi-dable !

Au-delà de ça, la plus grande réussite de la série, indispensable pour faire vivre l’idée de départ, concerne le duo central.
Construites sur l’association des stéréotypes habituels des teens shows, la gentille jeune fille, conformiste et positive, membre d’une sorority (Casey dans Greek) et la geek solitaire (Mac dans Veronica Mars) à ceux des séries de super-héros, l’experte en arts martiaux animée par la vengeance (Oliver Queen d’Arrow) et la reine du hacking aux répliques sarcastiques (Felicity du même Arrow), Jules et Ophelia deviennent en quelques scènes deux personnages singuliers que l’on a envie de voir interagir grâce à des dialogues vifs et très amusants (bourrés de (très bonnes) références de pop-cultures, Grey’s Anatomy en tête) et à deux actrices sensationnelles. (Eliza Bennet fait un boulot exceptionnel avec Jules, le personnage le plus difficile à incarner chez lequel on ressent indistinctement les fêlures et la colère, peu importe le type de scènes [2] ; une moins bonne actrice aurait pu la faire sombrer vers le terrain d’une Marissa Cooper).
Leur relation se scelle dans le pilote de la meilleure des façons possibles (Something has changed within me, something is not the same… [3] et forte de cette fondation, la série s’installe avec aisance.

Et avec quelques spoilers, c’est toujours aussi bien ?

La saison (que l’on espère inaugurale) est construite en deux temps. Le premier met en place l’univers de Sweet/Vicious et son discours à travers une formule procedurale. Chacun des cinq premiers épisodes met en scène une « mission » de nos deux héroïnes où elles s’« occupent », dans l’ombre et
masquées, des responsables d’agressions sexuelles ou de viol ayant eu lieu sur le campus.
On découvre ainsi que ce genre d’affaires est relativement courant sur le campus et qu’il n’est pas pris en sérieusement en charge par les autorités de l’université. Ainsi, comme dans les séries de super-héros très à la mode en ce moment, Jules et Ophelia pallient les insuffisances flagrantes d’une justice biaisée.
Avec une grande violence.
Et c’est là, la deuxième grande force de la série. Quand elle se veut drôle, elle est hilarante, quand elle joue le jeu de la série de vigilante, elle ne fait pas surtout pas les choses à moitié. Ophelia et Jules sont guidées par la vengeance et la colère contre un système qui ne fonctionne pas, elles tabassent donc, elles poignardent, elles brisent les poignets (surtout quand ce sont des champions de baskets) et elles tuent. Par légitime défense, certes, mais elles tuent. Dans le pilote. Et sans véritable remords, elles sont surtout inquiètes des conséquences sur leurs opérations (et leur liberté).
En reprenant les codes exacts des séries de super-héros, Sweet/Vicious établit clairement les choses : les violeurs, ceux qui les couvrent et ceux qui minimisent leurs actes font partie du même camp que tous les super-vilains de comics contre lesquels tout acte de rétorsion, légal ou non, infligé par les super-héros est considéré par les fans du genre comme moral et positif.
De cette façon, elle indique que la culture du viol et des agressions sexuelles n’est pas un problème sociétal périphérique qui ne concernerait que les femmes, c’est un défaut majeur de nos sociétés contre lequel il faut lutter avec la plus grande force.
Jules et Ophelia incarnent dans la série une réponse initiale et radicale (et terriblement satisfaisante) à son encontre, mais Sweet/Vicious en propose plein d’autres.

Au cours de ces épisodes, elle introduit quatre personnages secondaires positifs : Harris, le meilleur (seul) ami d’Ophelia, étudiant en droit d’une grande droiture ; Kennedy, la meilleure amie de Jules et petite amie de l’homme qui l’a violée au cours d’une soirée très arrosée ; Tyler, un petit ami potentiel pour Jules et enfin Evan, le sex-buddy d’Ophelia. Ils correspondent à des éléments habituels de tout teen-show et également de toute série de super-heros où ils perturbent par leur ignorance les opérations nocturnes des héroïnes et offrent malgré eux une perspective morale sur leurs agissements.

Ils vont prendre une autre dimension dans la seconde partie, qui débute dès le sixième épisode, quand l’existence d’un vigiliante ciblant les violeurs est révélée à l’ensemble du campus.
La série prend un virage beaucoup plus feuilletonnant et intimiste. Elle met l’accent sur le parcours de Jules, revient sur l’année qui s’est écoulée depuis son viol, révèle ses conséquences psychologiques, montre l’évolution de son rapport au monde qui l’entoure, détaille les embûches institutionnelles auxquelles sont confrontées les victimes de viol qui veulent faire reconnaître leur situation et obtenir l’application de la loi, expose l’enclenchement des réseaux de soutien des siens et d’un système de pouvoirs androcentrés…
Les agissements des quatre personnages secondaires apparaissent dès lors comme des façons de lutter à différentes échelles contre la culture du viol : croire et soutenir les victimes (Kennedy), agir en être humain décent (Tyler et Evan), s’informer et tenter d’utiliser les recours légaux (Harris) et briser les « lois » de la camaraderie virile quand nécessaire (un autre personnage à l’importance inattendue…).
Différente de la première, cette deuxième partie n’en est pas moins aboutie et parvient à conserver ce formidable équilibre entre comédie réjouissante, suspense haletant et militantisme assumé.

La saison se conclut, ce qui ne gâche rien, de façon très satisfaisante. Les grands arcs arrivent pour la plupart à leur terme, tandis que sont proposées des ouvertures très prometteuses pour une saison suivante (j’aimerais vraiment voir ce que peut donner l’alliance des evil-rapists et Harris en agent double au bureau du procureur)…

Jéjé
P.S. Allez, MTV, un petit effort, Sweet/Vicious ne doit pas rejoindre Terriers et Angela, 15 ans dans le cimetière des potentielles grandes séries guillotinées !
Notes

[1Metacritic n’a recensé que 6 critiques au moment de son lancement pour 35 au sujet de Riverdale, teen soap beaucoup plus inoffensif de la CW.

[2ce n’est pas bien étonnant, je viens de me rendre compte qu’elle est anglaise !

[3Sweet/Vicious peut se targuer d’avoir la meilleure utilisation de Defying Gravity toute série confondue !