Critique des meilleures nouvelles séries télé (et des autres)
Regarde critique sur les séries TV actuelles

The Good Place - Dans la Janet matrice.

Janet(s): So, This Is The Good Show !

Par Max, le 9 décembre 2018
Par Max
Publié le
9 décembre 2018
Saison 3
Facebook Twitter

Ok, The Good Place est une immense série.

Je sais, vous me lisez depuis trois ou quatre papiers sur la série, vous savez que je l’aime d’un amour profond, que j’essaie de rationaliser celui-ci en analysant la série, ses mécaniques, ses messages et parfois, je vais peut-être loin. Et bien, aujourd’hui aussi.

Comme dit la dernière fois, toute série a des défauts, cela fait partie d’une oeuvre et est même un signe de santé en soit. On les désigne surtout quand elle nous sert de l’excellence, du petit lait, la cerise sur son gâteau déjà bien rempli. Avec 3.10 - Janet(s), The Good Place confirme une énième fois qu’elle sait où elle va, qu’elle y va avec une folie unique et que ce n’est pas parce qu’elle apparaît frivole qu’elle n’a pas un propos plus que solide, plus profond que 90 % des séries et films là, dehors.

L’Histoire sans fin

The Good Place nous balade. On le sait, c’est inscrit dans son ADN avec le cliffhanger final de la première saison (‘This is The Bad Place !’) et ça s’est accéléré en seconde saison. La troisième semblait ralentir le rythme mais c’était un faux rythme.

good place 310 b

Et nous voilà à travers le monde (humain), de l’Australie au Canada. Puis, face à la menace, nos personnages sont de nouveau morts. Volontairement (ou presque). Ils sont dans les limbes de Janet, le ‘Void’, tous sous la forme de Janet. Et cette plongée dans une partie de la matrice ne se fait pas sans casser les codes et les règles, à la fois ceux de Janet (les limbes se détruisent à cause de leur présence) ou ceux de The Bad Place. Michael et Janet découvrent le pot-aux-roses : personne est entré dans The Good Place depuis 521 ans, les démons ayant truqué le système pour s’octroyer tous les humains. Et si cela surprend, cela n’étonne pas. La série jouait malicieusement ici de The Good Place comme d’un endroit idyllique, utopique, un eldorado comme une carotte pour à la fois développer son récit, son concept mais aussi ses personnages et leurs motivations à continuer tous ensemble leur aventure.

Encore une fois, Michael Schur (et son alter-ego fictif démoniaque) ne veut pas stagner, il faut débloquer la situation. Tout le système de points était vain (nous reviendrons plus tard sur sa signification) ? Qu’à cela ne tienne, on va braquer la banque (de données) et la prendre par les armes. Cet épisode casse donc tout le principe de la série, ce qui nous tient depuis plus de trente épisodes, sans nous frustrer de ce qui s’est passé auparavant. Au contraire, on comprend la colère et la décision de Michael d’entrer par effraction, lui qui suivait des règles encore plus absurdes que celles qui régissent la société humaine, et qui s’est rendu compte que cela lésait tout le monde. Pourquoi ne pas prendre le pouvoir et l’idéal (mais sans arme, ni haine, ni violence) ?

« ‘So this is The Good Place !’ »
(but is it ?)

The Crazy Office

Mais 3.10 - Janet(s) n’est pas que le dernier twist qui remet à plat et relance l’intrigue, c’est aussi l’aboutissement d’un propos que je n’avais pas totalement saisi jusqu’ici et qui devient très clair dans cet épisode.

good place 310 a

The Good Place, c’est aussi une critique de notre société, à noter tout, tout le temps et donc jusqu’à notre temps sur Terre et après. Notre mort est comptabilisée, les points pour rentrer dans The Bad ou The Good Place ressemblant à s’y méprendre au commerce des indulgences (des paiements) que l’Église a mis en place au IIIème siècle, faisant ensuite écho aux bonnes actions qui sont censées racheter nos péchés.

En soi, The Good Place pousse le concept du 3.01 - Nosedive de Black Mirror encore plus loin, les dérives consuméristes que l’on a installé dans notre vie. On consomme, on note. On vit, on note. On interagit avec les autres, on note. C’est une nouvelle monnaie qui estime notre valeur sociale et humaine. Et bien maintenant, on va noter notre mort. C’est ce que dénonce The Good Place et ce dernier épisode de 2018 vient enfin remettre en cause un système que l’on avait accepté, que l’on ne remettait pas vraiment en cause jusqu’ici dans la série. Les personnages, et même les participants actifs (Michael) choisissaient de suivre cette voie à la lettre. Ils tentaient d’en contourner les règles (en revenant sur Terre pour se redonner une chance par exemple, en tentant d’offrir une rédemption aux autres personnages pour qu’ils puissent avoir les points suffisants) mais à aucun moment ils ne voulaient contourner ou renverser le système.

C’est chose faite. Alors que la majeure partie de la Soul Squad découvre la vérité sur les sentiments de Janet pour Jason ou ceux de Chidi et Eleanor pour l’un et l’autre, Michael et Janet sont au service ‘Accounting’. Ils tentent de découvrir une faille dans le programme pour tous entrer plus vite. Mais il n’y a pas de faille, il n’y a juste plus personne qui entre, les démons ont hacké le système. Face à un comptage de points qui tue la possibilité de la récompense (et donc du “moral dessert” d’accéder à un avenir meilleur), il n’y a plus à être bon. C’est de l’absurde pur et dur, qu’Albert Camus n’aurait pas renié : ils prennent conscience que leur condition humaine et toute la bonté qu’ils peuvent apporter n’a aucune conséquence supérieure et doivent apprendre à vivre avec, c’est ce qui les libère.

Leur premier réflexe est donc la rébellion. Est-ce que cet épisode et cette série tombent à point nommé ? Je n’irai pas jusque là. Mais elle sous-entend des concepts philosophiques et sociaux en miroir à notre présent. Ils vont donc tourner le dos à la trajectoire qui était tracée et braquer The Good Place et la hiérarchie en place. Et que cette possibilité se fasse avec le fun, la blague et un récit aussi loufoque, c’est juste génial.

Holy forkin’ shirtballs.

Max
P.S. P.S. : Oui, je n’ai pas fait la louange de D’Arcy Carden parce que l’épisode s’en charge. Elle mérite toutes les récompenses du monde et d’aller dans The Good Place pour son travail métamorphe où elle arrive à nous citer du Kant et roter du Cher ou pour cette phrase : “Oh, I can throw shades now, that’s cool !