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The Handmaid’s Tale - Bilan pas vraiment positif et plein de spoilers de la saison 2

The Handmaid’s Tale (The Word) : Le changement c’est pas maintenant.

Par Sebargio, le 22 juillet
Publié le
22 juillet
Saison 2
Episode 13
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Vous connaissez le slogan du site « On dit du mal des séries mais on le pense ». J’ajouterais que ce n’est pas par plaisir. Certainement pas. 
Surtout quand il s’agit d’une série qu’on a tellement aimée lors de sa première saison. Mais voilà, sans être catastrophique, cette seconde saison de The Handmaid’s Tale était vraiment problématique.

Les concerts de louanges qui suivirent la diffusion de chaque épisode furent assez compliqués à comprendre.
Alors, attention si vous n’avez pas encore vu la saison 2 parce que ça va pas mal spoiler.

Vous connaissez Statu Quo ?
Non, je ne parle pas du célèbre groupe de Rossi et Parfitt, les interprètes de « In The Army Now », parce que eux c’est Status Quo.
Je parle de la locution latine qui est utilisée pour signifier que les choses ne changent pas, n’évoluent pas, qu’on reste dans la situation dans laquelle on était.
Et cette locution latine donne son nom à la maladie, la Statuquoïdose aiguë, dont souffrent de nombreux Showrunners, et particulièrement Bruce Miller.

La Statuquoïdose aiguë consiste à ne surtout pas modifier l’équilibre des choses déjà établi dans une série, ne prendre aucun risque et toujours revenir à la situation dans laquelle on était au début de l’épisode.

handmaid tale season 2

Et si l’on trouve de nombreux exemples dans toutes les séries que nous pouvons voir, cette deuxième saison de The Handmaid’s Tale montre les symptômes les plus graves.
Hulu et Miller ont trouvé la formule qui marche en première saison et ils ne veulent en aucun cas la modifier.
Le trio June/Serena/Fred, et dans une moindre mesure la présence de Aunt Lydia, est en place et il ne doit pas changer.
C’est pour cela que l’on sait que toutes les tentatives de June vont échouer d’une façon ou d’une autre.
C’est détestable au possible.
Quoi qu’il se passe, on sait que les conséquences sur l’épisode d’après seront nulles ou presque :
— à la fin d’un épisode (2.03 - Baggage), June est planquée dans un avion, elle est en train de s’échapper. Mais non. À la dernière seconde, l’avion est arrêté et elle est renvoyée chez les Waterfords dès l’épisode suivant.
— à la fin d’un épisode (2.04 - Other Women) , on trouve June en sang, allongée à l’agonie dans le jardin, mais dans l’épisode suivant, tout va bien, un petit tour à l’hôpital et tout le monde va bien. June et le bébé. Tout est oublié.
— à la fin d’un épisode (2.06 - First Blood), un attentat dévaste une assemblée de commandants ? Qu’importe. Fred survivra et boitera un épisode et demi. Par contre, le supérieur de Nick, lui, trépasse. Pas de chance, Nick venait juste d’obtenir de lui le fait d’être affecté à une autre maison. Pas de chance, mais le sacro-saint Statu Quo est préservé et Nick restera chez les Waterfords.
— à la fin d’un épisode (2.07 - After), June et Serena s’allient pour écrire des ordonnances à la place de Fred mais au début de l’épisode suivant tout cela est oublié, comme si cela n’avait jamais existé et Serena redevient détestable envers June.
— à la fin d’un épisode (2.09 - Smart Power), Serena [1] entretient de sérieux doutes sur l’État qu’elle a aidé à créer après une visite au Canada mais dans l’épisode suivant elle demandera à son mari de violer leur servante.
— à la fin d’un épisode (oui, j’aime beaucoup les allitérations) (2.10 - The Last Ceremony) June se retrouve seule dans une maison à l’abandon ? Une chance pour elle de s’échapper ? Bien sûr que non. Nous savons qu’elle n’y parviendra pas et qu’elle retournera chez les Waterfords. Et quand bien même elle arriverait à trouver une voiture, à la faire démarrer, il y aura toujours un portail qui refusera de s’ouvrir. Quand bien même elle réussirait à avoir ses bourreaux et violeurs en ligne de mire de son fusil, elle n’appuiera pas sur la détente. Le suspens est vain, artificiel, tué par la Statuqoïdose aiguë.
— à la fin d’un épisode (2.11 - Holly), June accouche de son bébé et elle sait que Serena ne veut plus qu’elle soit à la maison. Qu’importe, on trouvera une excuse pour la faire revenir à la maison. Elle n’a qu’à plus faire assez de lait et on n’a qu’à dire que Fred va user de son autorité…
— à la fin d’une saison (oui, je change), June a la possibilité de s’enfuir avec son bébé ? Non, contre toute attente et sans aucune raison logique, elle va choisir de rester. Et non, rester pour récupérer sa fille Hannah n’est pas logique, c’est stupide, elle n’a pas réussi à le faire jusque là, mais parce qu’elle remet sa capuche en fronçant les sourcils, elle pense sérieusement qu’elle a plus de chances maintenant ?
Alors qu’elle a disparu pendant un moment et que son bébé a disparu définitivement ?
Fred est con mais pas à ce point quand même ?
Mais sérieusement, comment pourra-t-elle rester chez les Waterfords après ce qu’il vient de se passer ?
On verra ça en saison 3.
Il n’empêche qu’on n’a pas plus avancé dans cette saison.

Cette saison 2 c’était simplement la saison 1 avec June enceinte.
Et à la fin de la deuxième saison, on se débarrasse de ce qui nous encombre et dont on ne sait pas quoi faire par la suite (un bébé qu’on va confier à une étrangère par exemple).
Et on évite consciencieusement de nous en dire plus sur un personnage qui vient de se faire poignarder dans le dos et de dévaler un escalier. On suppose qu’elle reviendra un peu diminuée lors de la saison 3 et puis En Avant Guingamp…
Et je ne veux même pas parler du moment où June dit que son bébé s’appelle Nichole, le prénom choisit par Serena… Putain, il y a trois épisodes elle se faisait violer par Monsieur sous les conseils de Madame et là, youpi, le monde est beau, on va lui faire plaisir et donner le prénom qu’elle souhaitait…

Et pendant ce temps, au milieu de ce magma d’incohérences plus absurdes les unes que les autres, on se retrouve à contempler les pires horreurs, les unes après les autres. Sincèrement, je suis persuadé que les scénaristes ont fait un concours de l’idée la plus horrible. Cette culture du #TorturePorn est vraiment dérangeante. Si la dystopie décrite en saison 1 était nécessaire, importante, essentielle même et résonnait particulièrement en nous à cause de tout ce qu’il se passe actuellement dans notre monde, en saison 2, cette volonté de toujours plus, d’aller toujours plus loin dans l’horreur tourne à la nausée.
Et à la complaisance.

Cette saison 2 aurait pu être tellement différente. Elle aurait dû être tellement différente. L’avion de June aurait dû décoller. Elle aurait dû s’enfuir au Canada et mener la résistance. On aurait dû assister à la chute du système de Gilead. Mais non, il fallait donner à manger aux acteurs de la saison 1. Si le scénario avait été courageux, l’avion aurait décollé, Fred aurait péri dans l’attentat, Nick aurait été réaffecté, Serena serait restée au Canada, le portail se serait ouvert ou June serait montée dans la camionnette…
Mais non.
Rien.
Rien de rien.
À chaque fois.

Dans le tableau de fin d’année, j’ai donné un B- à cette saison. Mais elle n’avait pas encore été totalement diffusée. Aujourd’hui c’est carrément un C- que je lui donnerais.
Cette saison n’a pris aucun risque, elle a tourné en rond, poussant même le vice jusqu’à nous offrir deux épisodes quasiment identiques (2.03 - Baggage et 2.11 - Holly mettent en scène June, seule, livrée à elle-même avec l’espoir de s’échapper).
J’avoue ne pas comprendre les compliments que l’on peut faire à cette saison. Bien évidemment, elle a de grandes qualités, en premier lieu ses acteurs mais qu’a-t’elle apporté de plus que la saison 1 ?
Sincèrement, je n’ai pas de réponse concrète. Oui, on a eu de belles scènes, émouvantes et touchantes. Je pense, par exemple, à Janine chantant a cappella « I Only Want To Be With You » avec son bébé dans les bras, je pense encore à la scène où les servantes se disent leur vrai prénom dans le supermarché… Mais ça ne pèse pas bien lourd. La série s’est simplement reposée sur les lauriers de la saison 1.

Et surtout, je lui en veux parce qu’elle nous a fait croire plusieurs fois au changement. Elle nous a laissé espérer pour systématiquement torpiller ses très bonnes idées. Pourtant, elles étaient là les bonnes idées, il n’y avait qu’à les suivre, les développer.
Mais non. Le risque zéro a été malheureusement choisi.
J’espère vraiment que la saison 3 nous montrera la révolution tant attendue.
Parce que je ne suis pas sûr de supporter une troisième fois la même histoire.
Nous avons mérité que l’histoire avance enfin.

Sebargio
Notes

[1À ce sujet, peut-on d’ores et déjà donner l’Emmy à Yvonne Strahovski, s’il vous plait ? Elle est simplement éblouissante et son jeu est d’une finesse et d’une justesse incroyable, notamment dans l’expression du conflit interne