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This Is Us - Critique des premiers épisodes de la nouvelle série de NBC, This Is Us.

This Is Us: Coucou, C’est Nous !

Par Conundrum, le 26 novembre 2016
Publié le
26 novembre 2016
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Il y a toujours une série emblématique de la saison. Celle qui dès ses premières minutes semble avoir été concocté sans défauts et inspire le respect des critiques. Il y a deux ans c’était Jane The Virgin, l’année dernière c’était Crazy Ex Girlfriend, et cette année, c’est This Is Us.

Il est assez remarquable de voir une oeuvre qui n’a pas à s’améliorer après son pilote tant celui-là réussit sa mission et qui n’a pas à rougir de la suite tant elle arrive à maintenir le cap. Mais par série réussie, j’entends une série qui établie clairement ce qu’elle est, ce qu’elle veut dire et qui l’affiche sans honte. Cela ne se traduit pas nécessairement par un engouement populaire ou par le fait qu’il n’y ait rien à redire sur la série.
Visiblement, quand on regarde l’audience de la série, la série n’a rien à craindre sur ce premier plan. Mais, la popularité de la série a aussi levé quelques critiques. Et après six épisodes, il est temps de voir si elles étaient fondées.

Qu’est ce que c’est ?

C’est la nouvelle série de NBC de Dan Folgelman, le type qui veut vraiment qu’on reste jusqu’à la dernière minute de ses pilotes cette année.

Parmi l’équipe de scénaristes de la saison une, on retrouve des plumes de Modern Family et BoJack Horseman [1] (Joe Lawson), de Hart of Dixie et Sleepy Hollow (Donald Todd), et de Switched at Birth (Bekah Brunstetter).

De quoi ça parle ?

Des gens qui partagent la même date d’anniversaire, un peu comme le film Identity.
Aussi, de gens beaux et riches qui aiment pleurer sur des airs de guitare sèche, un peu comme Parenthood.

C’est avec qui ?

this is us pilot

Milou. Mandy Moore. Arrow, mais pas celui auquel vous pensez. Le pote à Marcia Clark. Une actrice d’American Horror Story. Quelqu’un de Louie qui n’est pas un agresseur sexuel. Un gars de The Knick. Bobby Fish de Luke Cage.

Et dans le pilote, il y a Major Dad !

Et sinon, générique ?

Non. Pire que cela, il y a eu un encart titre soigné, un peu stylisé lors du second épisode remplacé par une horrible, simpliste encart qui hurle « J.J. Abrams m’a appris Photoshop ».

A défaut d’un bon générique, le mec en charge de la musique de la série a un goût classique et très bon (Dire Straits, Cindy Lauper, Alexi Murdoch, etc…)

Et c’est bien ?

Oui, vraiment.

J’ai entendu et lu beaucoup de critiques envers la série. Et je peux les comprendre jusqu’à un certain point.
Si des années de séries mettant en scène des anti-héros vous ont rendus totalement hermétiques au drames familiaux de la classe moyenne bourgeoise, passez votre chemin.
Si des années de pseudo dramas à la sauce ABC où tout le monde a un secret, où le sous-entendu est de ne faire confiance ni à vos voisins, ni à vos amis, ni à votre famille et ni à la personne avec qui vous partagez un lit, vous ont rendu friands de sensationnel, This Is Us n’est pas pour vous non plus.
Enfin, si l’état du monde actuel vous enrage, à juste titre, à un point tel que les problèmes de gens beaux et majoritairement blancs vous gêne, attendez un peu avant de vous lancer dans la série.

Il y aussi un raccourci un peu facile qui me gêne, celui qui consiste à dire que This Is Us, c’est Parenthood, ni plus, ni moins. Effectivement, les deux séries partagent de nombreux attributs mais c’est à la fois passer à côté de ce qui faisait le charme de Parenthood (à savoir une série de science-fiction sur la beauté et la force du lien familial) et cela limite le message de This Is Us. Sans trop révéler de choses sur le retournement de situation de la fin du pilote, il y a un élément du cinquième épisode qui explique ce qu’est la série. Un des personnages explique sa vision de la vie d’une manière à faire que tous les cyniques ont du éteindre leur poste. Il explique qu’il aime peindre, c’est sa passion cachée, et il montre un oeuvre abstraite pleines de taches colorées qui s’entremêlent. Pour lui, chacun d’entre nous laisse sa trace, ces fameuses tâches, et quand on prend du recul, on a un joli tableau où tout est lié. C’est à la fois niais et efficace comme This Is Us.

Je préfère largement la description originale de la série, la vie de trentenaires qui partagent un anniversaire, plutôt que celle ré-écrite post pilote.
This Is Us, c’est un regard sur la Génération X. Je me souviens avoir entendu Jéjé se plaindre d’une scène du pilote où un acteur démissionne de manière spectaculaire de la sitcom dont il est le héros car il n’y trouve aucun sens. Il y a effectivement un niveau de lecture où nous sommes en droit de nous dire qu’il s’agit encore une fois d’un homme beau riche hétérosexuel qui se plaint de ses privilèges. C’est une plainte légitime. Mais il y a une petite phrase dans ce pilote, de ce même personnage, dans une scène tout aussi problématique alors qu’il est engagé dans un plan à trois avec deux belles femmes. Il relate ses états d’âmes en mentionnant Challenger.
Challenger était une mission spatiale marquante de mon enfance, j’ai le même âge que nos héros, où une enseignante a pu s’envoler avec des astronautes. C’était un grand événement car, si la conquête de l’espace était sur le déclin, c’était l’époque où des vols habités bénéficiaient d’une vraie couverture médiatique. Sauf que la fusée a explosé peu de temps après son décollage.
C’est un événement marquant parce que c’était la première fois que quelque chose de beau et pur pour un enfant, voyager dans l’espace, était synonyme de mort et de danger. Nous sommes nés vers la fin du climat constant d’anxiété créé par la Guerre Froide, le Sida ne pouvait plus être nié, les scandales nous ont rendu totalement méfiants des figures politiques avec les conséquences qu’on connait aujourd’hui et l’entrée dans l’ère adulte est venue avec le 11 Septembre. Il n’y a rien d’étonnant à ce que la plupart des films et séries de notre génération ont souvent comme point de départ une personne malheureuse dans son job, qui a du mal à donner du sens à sa vie, prendre une décision radicale [2].

Je ne dis pas que la vie était plus simple pour les générations qui ont précédées ou qui nous ont suivi, mais cette intrigue, ce moment-là du pilote était d’une clarté évidente. La Génération X a du se construire avec des repères fragiles où bonheur et anxiété était toujours mêlé.
Alors oui, cette scène est construite autour d’un personnage qui a une profession et un physique qui peuvent rendre l’identification difficile, mais son discours et sa crise n’en sont pas moins vrais. Parce que This Is Us est le portrait de ce que peut être pour une partie d’entre nous la vie de trentenaire. Sous ses airs naïfs et simples, où la musique amplifie fortement ce que nous sommes en train de ressentir, c’est une série qui aborde une multitude de sujets.
Ce n’est pas une série sur la diversité, mais la notion d’identité et de différence y est abordée. Ce n’est pas une série sur l’obésité, mais sur les troubles qui nous freinent. Ce n’est pas une série sur la crise de la trentaine, mais sur l’importance de choisir ce qui nous guide. Sans partager les profils des personnages principaux, l’identification n’est pas figée à un des membres de la distribution, mais leurs discours peuvent résonner chez le téléspectateur peu importe sa couleur, ses craintes ou sa bataille.

This Is Us n’est pas The Usual Suspects. Sa révélation finale ne fait pas toute l’oeuvre. L’honnête désarmante de la manière d’aborder les problèmes pour ne pas dire sa naïveté peuvent rebuter. Mais c’est une série qui parle de bien plus que de la famille. C’est une série qui encapsule ce que vit une partie d’une génération. Je lui souhaite une longue vie pour lui permettre de prendre plus de recul, et de donner un tableau, à défaut d’être parfait, plus complexe et plus coloré.

Conundrum
Notes

[1L’existence de ce type doit faire flipper Iris.

[2Et oui, c’est souvent des gens blancs et aisés qui peuvent se permettre de craquer comme Jerry Maguire ou Rebecca Bunch.