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Westworld - Disneyland en colère

Westworld (Un point sur la série) : We don’t have to go back ! (Right ?)

Par Max, le 20 juin
Par Max
Publié le
20 juin
Saison 2
Episode 9
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Quand on arrive dans un parc d’attractions, on s’attend à avoir des papillons dans le ventre et des sensations pendant tout le voyage. Mais avec sa seconde saison, le billet pour Westworld semble cher payé, surtout quand on constate que Space Mountain est fermé.

Les androïdes rêvent-ils de bébés électriques ?

Le principal souci avec Westworld est que les scénaristes construisent leur série à l’image des robots qui la peuplent et la conduisent. En voulant dupliquer les émotions, elle ne fait que reproduire mollement ce dont on est en droit d’attendre d’elle a minima : de l’empathie pour Maeve, de la colère pour Dolores, de la douleur pour Bernard. Mais dès qu’ils disparaissent de notre radar, elles et il sont aussi vite oublié·es et on enchaîne avec la simulation suivante sans qu’aucune profondeur ne résulte de ce monde.

Cela pourrait être quelque chose de totalement voulu mais à la vue du traitement de William ou même de sa fille, introduite dans 2.02 - Reunion et un simili-Mowgli chez les robots, non.
Même eux, parfaitement humains et dont le destin est donc bien plus imprévisible que les autres, ne parviennent à prendre totalement corps et âme et ne restent que des pions ambulants sur un échiquier que Nolan et Joy tentent de rendre vivant.
Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, en donnant un background aux personnages, en utilisant le code des hôtes pour leur donner des souvenirs et donc un but. Mais celui-ci paraît factice en tout point de vue. 2.09 - Vanishing Point en est le syndrome, mis en parallèle avec 2.08 - Kiksuya.
Après avoir consacré une (belle) heure à l’androïde à la tête de la Ghost Nation et en quoi la constante réécriture les brise mais leur donne aussi de la résilience, la série tente de raccrocher les wagons du train William lancé à toute vitesse et auquel on ajoute de la marchandise pour justifier son voyage. Sa fille, désormais sa femme, on tente de lui apporter une profondeur qui ne fonctionne absolument pas tant tout nous est expliqué, ne laissant aucune place à notre imagination et notre empathie dans un monde qui en demande pourtant beaucoup.

westworld 209

Quand on commence une série, il y a un pacte qui s’établit entre l’œuvre et celle ou celui qui la reçoit : elle nous demande de l’attention, parfois de la patience et surtout de l’investissement. En général, nous lui donnons volontiers (ou pour un temps donné). La spectateur ou le spectateur, de son côté, veut de l’implication émotionnelle et/ou intellectuelle, la seconde se faisant qu’en de très rares exceptions seule condition. Avec Westworld, quelque chose semble être brisé dans ce contrat. Des considérations prétentieusement philosophiques sur l’humanisation des robots et le rêve démiurgique de l’Humain, nous passons à un jeu d’échecs où tous les pions ne restent que cela. Là où Bernard et Maeve peuvent ponctuellement intéresser, Dolores et William agacent, pas vraiment aidés par le jeu monotone d’Evan Rachel Wood sous Xanax tentant d’imiter Jeanne Moreau et Ed Harris qui a toujours le soleil dans les yeux et probablement un début d’AVC [1], 2.09 - Vanishing Point, le dernier épisode en date, n’aidant réellement pas à améliorer cela.

Le code (n’)a (pas) changé

Le deuxième principal souci de cette seconde saison (oui, il y a plusieurs principaux soucis), c’est l’extension de l’univers de Westworld à Shogun World et consorts. Montrer que le monde créé est un vivier de possibilités est une idée très alléchante sur le papier. Déjà amorcée dans le film (Mondwest), elle promet de nouveaux protagonistes et des perspectives narratives immenses. Mais non, ici, la série ne fait que répéter des schémas que la saison 1 avait égrenés sans y apporter une once d’originalité en dehors des décors. La violence de Shogun World est sensiblement la même que le western, les protagonistes et le décor ayant juste été un peu retapés pour l’occasion.

De même, les rapports entre les personnages, les simulations demandées par les humains ou même les rapports de domination ne bougent pas d’un iota, concentrés autour de la violence et son exercice. Exercice qu’elle maîtrise à la perfection mais qui ne vient jamais avec un propos sur la réitération des systèmes d’oppression (homme/femme, humain/robot) qu’elle pourrait développer. Encore pire, là où la série avait l’opportunité d’utiliser la société japonaise et son idéologie, sa culture pour approfondir les personnages ou les utiliser d’une manière différente, elle se contente de ne faire que des ersatz de Maeve, Dolores et autres, comme si le code était destiné à rester le même sans utiliser cet argument pour faire avancer les personnages.
Cinq épisodes après son introduction, que reste-t-il des Nippons ? Rien.

Cela aurait pu être une piste intéressante, dans la lignée des questionnements pseudo-philosophiques qui alimentent la série (moins en cette seconde saison ceci dit et tant mieux), d’interroger le fait que l’homme reproduit sans cesse les mêmes actes et comportements sans apprendre de ses erreurs et échecs mais non. Son univers s’étend dans le temps et dans l’espace, la série se plaisant à jouer des lignes temporelles inutilement, mais apparaît encore plus étroit que jamais. Ce n’est pas faute de se prendre pour un GPS Tom-Tom avec ses Valley Beyond et autres mystères géographiques dignes d’un mauvais sujet de baccalauréat mais tout ceci manque d’ampleur, engoncé dans des discussions interminables sans but. Quand l’épisode se termine, je n’ai qu’une envie : ne pas réfléchir, lire un résumé et passer au suivant.
Les problématiques et les personnages (hormis Maeve et Bernard, Charlotte quand elle est là) sont totalement secondaires et c’est un grave souci.

Le Lost 2.0. est donc là !

Le troisième principal souci (pourquoi s’arrêter en si bon chemin, ils aiment bouger) est que Westworld joue beaucoup trop de ses aînées sans l’assumer pleinement.
Oui, cela peut sembler ingrat de toujours vouloir comparer les séries actuelles à la production précédente mais l’analogie est ici tellement aisée à faire. Le Man In Black ? Jacob ? Locke ? Un homme bloqué dans un quotidien bouclé dans un espèce de bunker ? … Lost, es-tu là ? Depuis qu’Evie et Bernard vont de laboratoire en laboratoire, j’attends que le logo de la Dharma Initiative fasse son apparition ou qu’un ours polaire arrive. Quoi ? Un tigre ? Bon, on fera avec alors !

Westworld n’est pas Lost, bien sûr. Elle aborde des thématiques assez différentes pour être développé sans y penser constamment mais elle lui emprunte un schéma et des caractéristiques de personnages qui forcent la comparaison (et pas à son avantage). Elle pousse le concept à son paroxysme pour en reproduire la folie, l’attachement et la fresque qui nous a tenu en haleine pour le meilleur et pour le pire pendant six ans. Mais à faire des allers-retours dans le temps et l’espace, à se jouer d’intrigues mystérieuses dans un univers clos et prédéfini, elle ne parvient pas à s’en affranchir.

Il n’y a en soi rien de mal à complexifier sa mythologie mais cela semble être plus pour répondre à une demande des spectateurs avides en théories que pour construire un récit tentaculaire et solide. Jouer avec les temporalités est également un outil narratif exaltant si on sait l’utiliser à bon escient.
Mais ici, cela ne sert jamais l’approfondissement du personnage et nous fait perdre trop en concentration pour ce que l’on a à gagner en matière de récit. William, aka L’Homme En Noir, nous est présenté à différents stades de sa vie mais il ne paraît jamais prendre de profondeur, on ne peut s’attacher. Dolores tente de renverser l’ordre établi par l’homme (robot ou genre) mais ne fait qu’un psschit féministe là où un putsch était annoncé en fin de saison 1. Pire, Ford réapparaît ponctuellement pour nous signifier que tout ceci est un jeu écrit à l’avance, qu’il attend la place laissée au hasard et nous aussi parce que c’est là où nous nous attacherons probablement aux personnages et non pas à l’idée que Michel Onfray Américain peut se faire de l’humanité.

Que Westworld soit une série intelligente ne peut être nié. Il n’y a aucun doute, Jonathan Nolan et Lisa Joy maîtrisent leur créature sur le bout des doigts, semblent savoir de quoi elle est faite et ce qu’ils veulent en faire par la suite. De la musique au titre d’épisode, ceux deux-là pensent leur univers comme un gigantesque puzzle qui se donne petit à petit ou à mesure de théorie de fans. Mais coincé·es entre la volonté de faire plaisir et de faire intelligent, il et elle en oublient de faire "prenant".
Je veux voir un univers construit par eux et non pas pour nous. Je veux une histoire où je m’implique aussi bien émotionnellement qu’intellectuellement. Nous manquons des deux.

Westworld n’est pas une mauvaise série, elle a un emballage bien pensé, une réalisation plutôt bien fichue et peut compter sur quelques bons éléments pour intéresser. Elle n’est d’ailleurs meilleure que quand elle s’occupe de faire avancer ses pions dans l’histoire, pas à construire l’échiquier. Mais à l’image des androïdes dont elle veut l’émancipation, elle ne reste qu’une coquille en attente d’un programme à écrire et peine à montrer qu’elle a une âme. Chaque épisode laisse sur plus de frustration et d’ennui que d’excitation et c’est bien dommage.

Max
Notes

[1Une actrice et un acteur que j’apprécie au demeurant, la première notamment pour son magnifique travail dans Mildred Pierce, Across The Universe ou Thirteen.