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Battlestar Galactica - Avis sur le quatrième épisode de la saison 3

Exodus : Part Two: I’m ready to leave now.

Par Feyrtys, le 29 octobre 2006
Publié le
29 octobre 2006
Saison 3
Episode 4
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Avec un titre comme « Exodus », on pouvait se douter de l’aboutissement de cet épisode en deux parties. Mais après une première partie très faible, on pouvait avoir peur que l’impact attendu de cet exode passe complètement à côté de la plaque. Heureusement, il n’en est rien. BSG reste la série épique et profondément humaine qu’elle est depuis le début.

New Caprica ne pouvait devenir la terre d’accueil de l’humanité. Le rêve a duré un temps, terni par la présidence dictatoriale de Gaius Baltar, puis il a été détruit par l’occupation des cylons. Il était temps que le Galactica vienne redonner espoir à tous, comme il l’a fait à la fin de la mini-série.
(Il y a cette explication là et il y a aussi le fait que les décors de New Caprica, comme les effets spéciaux, coûtaient trop chers pour le petit budget de la série... Tout comme les décors de Pegasus prenaient trop de place à l’intérieur des studios de BSG... Mais finalement, les scénaristes arrivent parfaitement à leurs fins -budgétaires- en conservant la créativité et la cohérence qui les caractérisent depuis le début.)

Les hommes ont eu peu de répit et les voilà repartis dans une course à la planète Terre au milieu de l’Univers. On pourrait croire que cette pause par New Caprica n’a pas changé grand chose et que finalement, Ron D. Moore n’a pas développé au maximum la storyline qu’il avait enclenchée en fin de saison deux. Mais je pense au contraire qu’il a fait exactement ce qu’il fallait pour sa série.

Le principal intérêt de cette storyline, c’est qu’elle assombrit considérablement l’avenir. Comme si c’était possible !
Après un génocide, après une fuite désespérée et une bataille sans fin contre un ennemi en surnombre (et potentiellement immortel), l’avenir des humains s’annonce encore plus sombre. La fin de cet épisode, qui est loin de la joie exultée et de la célébration attendues, se termine sur une note des plus pessimistes. Dans quelle autre série le sauvetage de la race humaine ne se terminerait-elle pas sur une scène de liesse populaire, de discours plein d’espoir ou d’hommage rendu aux combattants ? Il n’y a que BSG pour terminer un épisode aussi riche en événements et en symboles sur une note aussi sombre. On ne voit pas Adama érigé au rang de héros, on voit Tigh lui tourner le dos.

Quant au reste... J’ai encore des frissons en revoyant les lettres PEGASUS apparaître à l’écran pour sauver le Galactica. Bien sûr, je savais que Gropollo interviendrait dans la bataille pour sauver son père. C’était évident, et rien ne nous laisse présager du contraire. Mais ce n’est pas parce que c’est attendu que c’est mal amené et dépourvu d’émotions. Remember Rome ! On sait tous que César finit par se faire poignarder, ça n’empêche que la scène de sa mort est une des plus émotionnelle de la série. Le sacrifice du Pegasus est non seulement réussi, mais en plus, pour un gros Battlestar en CGI, ben il prend drôlement aux tripes quand il plonge à la façon d’un kamikaze sur deux baseships cylons.

L’autre scène tout en CGI qui m’a marquée, c’est celle du Galactica en atmosphère.

WOW. Je ne suis pas sensible aux effets spéciaux en général. Je les trouve souvent prétentieux (on sait bien que ce con de singe géant est faux, c’est bon, essaye de faire un film avec un scénario maintenant Peter !) et très mal intégrés à l’histoire ; ils remplacent trop souvent des scénarios bancals. Ici, c’est tout le contraire. Les effets spéciaux ne sont pas là pour en mettre plein la vue. Ils sont là pour retranscrire un certain réalisme (oui oui, on peut parler de réalisme dans une série de science-fiction comme BSG) et servent parfaitement le récit.
Le Galactica tombe littéralement dans l’atmosphère pour lancer ses Vipers avant de faire un saut PVL. Il tombe parce qu’il n’est pas fait pour voler en atmosphère, et il souffre parce qu’il n’est pas censé se trouver à cette altitude. En se retrouvant dans l’espace, attaqué de toutes parts par les baseships cylons, le Galactica est prêt à rendre les armes, et Adama prend le temps de saluer le courage des hommes et des femmes qui ont servi avec lui.
Effectivement, le tout se passe à cent à l’heure. L’action ne prend aucune pause et les scènes "caméras à l’épaule" qui se passent sur New Caprica sont là pour créer un peu plus de chaos et de confusion. Ca a marché pour moi. J’ai été happée dans l’action, même si je savais comment ça se finirait. Rapidement, on sait de toute façon que les cylons se rendent sans se battre sur New Caprica. On sait que Pegasus reviendra pour le Galactica. On sait que les hommes sont sauvés ! Mais le déroulement de tout cet épisode est une véritable montée d’adrénaline de quarante-cinq minutes.

Et surtout, surtout, cet épisode offre à Tigh et à sa femme une scène magnifique. Lorsqu’il apprend qu’Ellen a trahi sa cause et a donné aux cylons les plans de l’endroit de la rencontre entre l’équipe de reconnaissance du Galactica et des résistants, Saul n’a qu’un seul choix, la tuer. Oui, un seul choix, parce que c’est Tigh, et pas Adama. Tigh applique les règles qu’il impose à ses hommes. Pas d’exception à ça, même pas pour sa femme, même pas si elle a agi en pensant bien faire et en le sauvant auparavant. Ces règles sont dures, mais ce sont celles du colonel Tigh, le bad ass de soldat qui, quoiqu’il arrive, fait ce qu’il a à faire et ne se cherche pas d’excuse. Bien sûr, j’aurais préféré qu’Ellen soit pardonnée. Mais ce n’était simplement pas compatible avec le personnage de Tigh, et cela donne lieu à une scène absolument déchirante dans laquelle Saul conforte sa femme vers son dernier souffle.

J’avais appris à aimer Ellen. Au début bien sûr, je voulais qu’Adama intervienne vite fait et la fasse disparaître, tellement elle m’énervait, mais j’ai changé d’avis avec le temps. Ellen n’arrivait à pas se faire à la vie sur le Galactica. Elle était différente de tout le monde. Anti-conventionnelle, superficielle, capricieuse, prête à tout pour se garantir une voie vers le pouvoir, Ellen était surtout amoureuse de Saul malgré tout. Et leur relation est plus vraie et plus honnête que celles de Lee et de Dualla ou de Kara et Anders, d’une certaine manière. Ron D. Moore nous confie d’ailleurs dans son podcast que la mort d’Ellen aura des répercussions tout au long de cette saison. De plus, Kate Vernon donnait vie à une Ellen forte et, en même temps, un peu perdue, ce que Katee Sackhoff a plus de difficultés à donner dans le même registre pour son personnage de Starbuck.

La réussite de cet épisode tient également dans la résolution de l’intrigue de Kara, qui n’intéressait pas grand monde et qui, je dois le dire, me faisait très peur : les enfants dans les séries, ce n’est jamais une bonne idée. J’ai été ravie qu’ils se débarrassent du garçon en saison une après quelques épisodes, ce n’était pas pour revoir une gamine qui sait à peine parler courir dans les jambes de Starbuck. Donc, avoir confirmé mes suspicions quant à la maternité de Kacey ne pouvait que me faire plaisir. Ca apprendra Kara à ne pas avoir de cerveau et surtout, ça la renvoie directement à la supériorité de son kidnappeur, elle qui se croit toujours plus intelligente que tout le monde.
Maintenant que Leoben a accompli son travail de sape, j’ai hâte de voir comment Starbuck va se remettre sur pied.

Dans la suite des idées brillantes, nous avons Baltar. Gaeta lui donne une nouvelle chance de se racheter, et que fait notre Gaius préféré ? Il menace une fois de plus l’avenir de la race humaine. J’adore la continuité de ce personnage dans la médiocrité. Il retrouve cependant sa volonté de vivre d’antan au moment de la débâcle des cylons. Alors que Gaeta menace de le tuer, Baltar redevient Baltar en suppliant pour sa vie comme il l’a fait depuis le début de la série. Et comme Felix est un gars bien, il lui laisse l’opportunité de se racheter, c’est-à-dire d’empêcher D’Anna de faire exploser la planète, mais à la place, que fait Baltar ? Il donne le bébé humon aux cylons. Comme ça. Comme si ça n’avait aucune espèce d’importance. Il est vraiment trop fort ce Gaius.
A présent que les cylons "l’accueillent" parmi eux, que va-t-il advenir de lui ? Est-il prêt à passer complètement à l’ennemi jusqu’à se prendre pour l’un d’eux ?

J’avoue que malgré la déception provoquée par la première partie de cet épisode, la fin du cycle "New Caprica" m’a énormément plue. Pas d’énorme surprise dans cet épisode non, pas de retournement de situations inattendu, mais une histoire parfaitement maîtrisée, dans laquelle chaque personnage trouve une place pour briller ou pour s’assombrir. Et n’est-ce pas le sujet principal de BSG ? La série ne parle-t-elle pas des êtres humains, dans leurs erreurs comme dans leurs actions héroïques ?

Feyrtys