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Heroes - Bilan de la première saison de Heroes

Bilan de la Saison 1: La Saison de la Mèche

Par Ju, le 22 mai 2007
Par Ju
Publié le
22 mai 2007
Saison 1
Episode 23
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C’est la Bombe Humaine, tu la tiens dans ta main. Tu as l’détonateur juste à côté du cœur. La Bombe Humaine, c’est toi elle t’appartient. Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin, c’est la fin. La fin.

Contrairement à ce que l’arc principal de la première saison pourrait nous faire croire, Heroes n’a pas été uniquement inspirée d’une chanson du groupe Téléphone. Les influences de la série sont nombreuses et variées, et on les retrouve sur divers supports : évidemment la bande dessinée (X-Men), mais également les dessins animés (X-Men) ou encore les films (X-Men).
Oui, c’est la première chose que l’on remarque, la série fait énormément penser aux mutants de Marvel, dans ses intrigues, dans ses personnages, et surtout dans ce que la voix-off nous répète toutes les semaines : à travers le monde, des gens ordinaires se découvrent des pouvoirs extraordinaires. Ces personnes jusque là ordinaires, des « mutants », vont devoir apprendre à vivre avec leurs capacités dans un monde qui va peu à peu les envier et les craindre, un monde dont ils ne pourront jamais vraiment faire partie. Certains mutants ont de bonnes intentions, d’autres font passer leurs intérêts avant ceux des autres.
Et Claire, c’est Wolverine avec des cheveux plus brillants.

Les parallèles entre la série et la BD sont évidents dès le départ, mais doit-on pour autant réduire Heroes à une simple adaptation télé des X-Men ?

Heroes, série de geeks ou série grand public ?

Je pense qu’il y a beaucoup de façons de parler de Heroes, mais c’est cette dualité entre « série réservée aux amateurs du genre » et « série grand public » qui, à mon avis, explique le mieux cette première saison. Pour moi, il est apparent que cette contradiction trouve déjà son origine dans l’équipe de créatifs à qui l’on doit le show.

Prenez Tim Kring, le créateur de la série. Croyez le ou non, mais Kring affirme ne pas être un grand fan de comics. D’ailleurs, il explique à qui veut l’entendre qu’il est incapable d’en lire car il n’arrive pas à suivre l’ordre des cases (le pauvre), et affirme que son ambition était d’écrire les histoires de super héros qui l’auraient intéressé lui, de les ancrer dans la réalité au maximum, et de laisser le soin à ses collaborateurs de le prévenir s’il se rapprochait un peu trop de ce qui existait déjà. Apparemment, ses collègues n’ont pas reçu le mémo.

heroes peintures L’idée de Kring était donc de s’isoler de l’univers des comics et de s’entourer de vrais fans de bandes dessinées. Des fans qui n’ont pas eu peur de « rendre hommage », allégrement, à plusieurs classiques du genre, que ce soit Watchmen ou Days of Future Past. Parmi eux, du bon comme Bryan Fuller (Dead Like Me, Wonderfalls... qui quitte malheureusement la série pour se consacrer à Pushing Daisies), et du moins bon comme le très populaire auteur de comics Jeph Loeb. Très populaire, sauf par chez moi.
On a donc bien une équipe créative d’origines très disparates, pour une série dont la schizophrénie apparaît très nettement dans les premiers épisodes de la saison. On sent en effet les tâtonnements, l’hésitation sur ce qu’ils vont bien pouvoir raconter, comment ils vont le raconter, on suit de très nombreux personnages dans des intrigues aux ambiances très différentes. La volonté de plaire au plus grand nombre en offrant à chacun un petit quelque chose susceptible de l’accrocher est très marquée, et ce dès le début.

Le problème, c’est que souvent et encore plus au début de la saison, la série est écrasée par son trop grand nombre de personnages. A vouloir intéresser tout le monde, elle finit par rendre perplexe la majorité des téléspectateurs, incapables de saisir ce que veut vraiment raconter Heroes.
Evidemment, les personnages sans pouvoir sont indispensables pour ancrer un minimum le genre dans la réalité, mais de là à justifier la présence de Simone au générique, dont l’utilité reste un mystère même après sa mort, ou de Mohinder le Loser, il y a un pas que je ne ferais pas. Ces personnages manquent de charisme, ne sont clairement pas assez travaillés, et monopolisent un temps d’antenne inexplicable. Ce n’est pas que les aventures de Mohinder le Loser en Inde manquent totalement d’intérêt et qu’on n’en a rien à foutre de sa sœur morte avant sa naissance, mais... si, en fait, on n’en a rien à foutre de sa sœur morte avant sa naissance. Les personnages principaux « ordinaires » sont donc bâclés, mais ça ne veut pas dire pour autant que les autres sont beaucoup plus gâtés.

Pour la plupart, on sent une vraie volonté de soigner leur psychologie, notamment en dressant un parallèle direct entre leur pouvoir et leur personnalité, avec plus ou moins de succès. Quand c’est réussi, c’est évident : Peter a des cheveux de mec tourmenté, il est plein de compassion, il absorbe donc les pouvoirs des autres en se mettant à leur place, Ted est instable, Candice désire cacher son apparence, rien de plus simple. Pour d’autres, on peut devenir un peu plus perplexe. Il faut déjà dix bonnes heures pour comprendre en quoi consiste le pseudo pouvoir de Nikki, et après des mois de réflexion, j’ai finalement réussi à établir le lien avec son caractère : son dédoublement de la personnalité provient du fait qu’elle n’arrive pas à concilier sa vie de mère de famille et son amour absolu pour les strings à paillette et les shows topless.
Parfois, les scénaristes nous forcent vraiment à réfléchir.
Au final, il faut bien avouer que le travail effectué sur les personnage est plutôt décevant. Puisqu’ils sont trop nombreux, ils ne peuvent pas tous être suffisamment développés. Pire encore, certains (et je pense bien sûr à la Famille Stripper) semblent évoluer dans des séries complètement déconnectées. Des séries plutôt chiantes. Cette profusion de personnages produit donc un résultat fouillis, bancal, et le passage d’une intrigue à une autre entraîne un mélange des genres rarement heureux. Contre exemple parfait, mon épisode préféré, « Company Man », n’aborde qu’une seule intrigue et ne concerne qu’une poignée de personnages.
A mesure que l’on avance dans la saison, il est de plus en plus évident que la série n’est réellement centrée que sur quatre héros (Claire, Hiro, Peter et Nathan), cinq si on compte Sylar, et que tous les autres ne sont pas vraiment essentiels à l’intrigue. Et malheureusement, leur présence artificielle se ressent un peu trop par moments.

Neuvième Art

peinture de peter qui vol

On voit bien qu’à travers les personnages, la volonté de plaire au grand public en multipliant les intrigues bouche-trou a plutôt gâché le plaisir des geeks. Heureusement pour le grand public, les geeks ne sont pas rancuniers.
Impossible de parler de Heroes sans applaudir son aspect visuel hyper léché. Le travail effectué dans ce domaine passe par des trucs très simples mais qui font leur petit effet (le titre de chaque épisode, littéralement imprimé dans les scènes d’ouverture), par la photographie soignée, et surtout par les tableaux de Tim Sale. L’idée du mec qui peint le futur est peut être une énorme facilité scénaristique (et ce n’est pas la seule de la série, on pense aussi au pouvoir de Candice), mais avoir demandé à un vrai artiste de comics de leur réaliser des œuvres originales et de vraiment prendre part au processus de création est une excellente initiative. Le résultat est superbe, offre une valeur ajoutée indiscutable, et donne une vraie personnalité à la série. Même si je doute que Tim Sale soit encore de la partie à la rentrée (et c’est le seul point négatif de la mort d’Isaac), il s’agit sur cette première saison d’une belle ouverture de l’univers des comics au grand public, et d’un vrai bonheur pour les geeks.

Comme quoi, parfois, tout le monde peut s’y retrouver.

Tout est fait pour que les téléspectateurs restent dans ce monde : l’univers de Heroes transpire de son aspect visuel, on ne le quitte même pas pour les previously intégrés à la série (et narrés par ce pauvre Mohinder qui essaye désespérément de nous transmettre de grandes vérités sur le sens de la vie pendant qu’on attend que l’épisode commence), et les phrases d’accroche s’exportent à merveille.
Combien de variations sur Save the ____, Save the _____ lus ou entendus un peu partout cette année ?
Autres éléments qui font mouche, les comics basés sur la série prouvent l’intelligence de responsables marketing qui savent parfaitement vendre leur « produit », et la diffusion de la saison en trois paquets d’épisodes diffusés sans pause est particulièrement adaptée à l’aspect feuilleton de la série. Ce mode de diffusion et d’écriture par « pods » possède ses avantages et ses inconvénients : bien pratique pour recentrer les intrigues et éviter qu’elles se dispersent trop en leur donnant un but à atteindre à court terme, très efficace pour maintenir la pression, mais dangereux dans le sens où les scénaristes peuvent être tentés de faire du remplissage en attendant la fin de la partie. Au final, chacun des trois segments possède ses réussites et ses échecs.

Save the Cheerleader, Save the World

claire et peter
Épisodes 1 à 11

La première partie de la saison sert évidemment d’introduction à l’univers et aux personnages. Des trois, c’est également le segment qui se destine le plus au grand public, et si l’effet « Lune de Miel » (la bonne volonté dont on fait tous preuve envers une nouvelle série) aide à pardonner bien des erreurs, il faut quand même admettre que la plupart des intrigues à la con de la saison sont concentrées sur ces premiers épisodes. Les problèmes de Nikki avec la mafia et son fugitif de mari, les aventures familiales de Parkman et sa femme, le triangle amoureux de Peter, Simone et Isaac, sans parler de Mohinder le Loser... notre enthousiasme initial est incontestablement mis à rude épreuve. La raison pour laquelle on continue à regarder la série sans hésitation, c’est parce que son potentiel est évident dès le départ et que, même si on voit venir la plupart des retournements de situation, les réponses tardent rarement à arriver et qu’on ne s’ennuie jamais.

Sans surprise, c’est lorsque les personnages en viennent enfin à se croiser que les choses deviennent vraiment intéressantes. La première rencontre entre Hiro et Nathan près de Las Vegas fait beaucoup pour sortir ce dernier de la caricature de politicien sans scrupule où il était coincé jusque là. A son tour, Nathan permet à Nikki de gagner en personnalité en la faisant jouer avec quelqu’un d’autre qu’un sale mioche ou son reflet dans un miroir. Enfin, le face-à-face entre Peter et le Hiro du Futur lance l’arc emblématique de la série, et pour la première fois, la balance passe du côté grand public au côté geek.
Même si le sujet de cet arc est le sauvetage de Claire, le vrai héros de ces épisodes est Hiro, et personne d’autre. En effet, le personnage de Masi Oka est le premier à assumer son pouvoir et à vouloir utiliser ses capacités pour faire le bien. Alors que tous les autres se plaignent (« Je peux voler, c’est trop nul ! », « Je suis indestructible, bouhou !  »), Hiro est très enthousiaste, il s’amuse, et c’est vraiment avec lui qu’on pénètre dans cet univers. C’est également lui qui apporte beaucoup d’humour à une série qui aurait tendance à se prendre un peu trop au sérieux (son duo avec le Très Ordinaire Ando fonctionne à merveille), et c’est son mini arc avec Charlie, et aucun autre, qui nous touche pour la première fois.

Hiro règne donc sur un début de saison qui nous laisse quand même énormément sur notre faim. Le dénouement de Save the Cheerleader... n’est pas vraiment à la hauteur de ce qu’on attendait, faute sûrement à une trop grande anticipation, mais il faut bien garder en tête que c’est seulement le premier des trois affrontements entre Peter et Sylar. Pas question d’en donner trop, trop vite, et c’est ce qu’on ignorait à l’époque et qui fait que certains ont eu une impression de pétard mouillé peut-être un peu exagérée.

Flying man ! Whooosh !

hiro et ando
Épisodes 12 à 18

En apparence, la deuxième partie de la saison est la plus décousue. Pour le coup, toutes les intrigues se révèlent très indépendantes les unes des autres, et en l’absence d’un fil conducteur clair maintenant que la pom pom girl a été sauvée, on a vraiment du mal à voir où ils veulent en venir.

Peter est de son côté et apprend avec l’aide de Claude la nature exacte de son pouvoir et comment s’en servir. L’intrigue est réussie (surprises et geekasme sont de rigueur), plutôt amusante grâce au talent de Christopher Eccleston, mais carrément indépendante. Idem pour Hiro, qui lui s’embourbe complètement dans la recherche de sa Foutue Epée. Là, non seulement ses aventures nous ennuient, mais en plus on a vraiment la désagréable impression de faire du surplace pendant plusieurs épisodes. Ce qui est vrai pour ces deux personnages est vrai pour le reste, cette partie souffre d’un véritable problème de structure.

Néanmoins, si la première partie de la saison est celle de Hiro, la seconde est sans conteste celle de Claire. C’est son histoire à elle qui évolue le plus pendant ces épisodes : sa nouvelle relation avec son père et Zach (et pas uniquement parce qu’il n’est plus gay), la rencontre avec sa mère biologique, et la découverte de la véritable identité de son père et ce que cela implique. Claire est submergée, Hayden Panettiere s’en sort admirablement, et c’est sans grande surprise que la conclusion dramatique du deuxième segment consiste en l’explosion de sa maison (c’est chouette, les métaphores).
Effets spéciaux très réussis, suspens, un Jack Coleman royal, et une fin déchirante... ça ne fait aucun doute, « Company Man » est un excellent épisode. Mais mieux encore, c’est lui qui donne a posteriori toute sa cohérence à ce deuxième acte. Les flash-backs de Bennet ont en effet deux buts. Le premier est d’effacer une bonne fois pour toute l’image parodique de méchant mystérieux que le personnage se coltinait en début de saison. Le second est de donner un sens à ces épisodes, en nous révélant que l’apparition du père de Hiro n’était peut-être pas aussi inutile qu’elle en avait l’air, et que Claude n’était pas seulement un type acariâtre qui devait se moquer des cheveux de Milo Ventimiglia avec un accent britannique. La cohérence du bloc d’épisodes apparaît donc bien, mais sûrement un peu trop tard.

Au milieu de tout ça, la mort de Simone est à l’image de l’impact qu’elle aura eu sur la série : ridicule. Je ne peux pas vraiment reprocher aux scénaristes de se débarrasser d’intrigues « annexes » (on va rester poli), surtout que sa disparition a l’avantage de libérer Peter juste à temps pour qu’il se fasse botter le cul une deuxième fois par Sylar, et que le troisième acte démarre.

How do you stop an Exploding Man ?

sylar 2
Épisodes 19 à 23

On l’attendait depuis l’excellent cliffhanger de l’épisode 2, et c’est finalement dans ce troisième segment que l’explosion de New York prend la place centrale de la plupart des storylines. Hiro tente de l’empêcher, Nathan l’accepte, Sylar cherche à la provoquer, Peter à fuir, et Nikki... est encore coincée dans sa putain d’intrigue avec toute la famille Stripper. Incroyable.

L’épisode qui se passe cinq ans dans le futur mis à part, cet arc n’a pour but que de réunir tout le monde à New York, de faire monter la pression, et de gagner un peu de temps en attendant le season finale. En réalité, les seules avancées réelles concernent les frères Petrelli et leur parcours opposé.

D’un côté, Nathan renonce à abattre Linderman au dernier moment et cède à la facilité en satisfaisant ses ambitions personnelles sous couvert d’un futur aussi utopique que hypothétique. Nathan croit bien faire, Nathan pense que la fin justifie les moyens et que 0,07% de la population est un petit prix à payer face au bien du plus grand nombre. Pourtant, on s’aperçoit qu’il a changé uniquement lorsque Hiro lui-même le remarque dans une très bonne scène. C’est parce que toutes leurs rencontres précédentes étaient plutôt comiques et servaient à humaniser les personnages que celle-ci est aussi efficace. Pour le coup, on ne peut qu’apprécier le boulot fait sur la durée, même si ce n’était sûrement pas prévu au départ. De son côté, Peter « meurt » pour mieux renaître, change légèrement de coiffure, et effectue le chemin inverse de son frère. Il a peut-être échoué par deux fois contre Sylar, mais il ne renie pas ses responsabilités et fait tout pour empêcher l’explosion. Même si Nathan n’est pas vraiment Nathan dans « Five Years Gone », l’opposition entre les deux frères qui conclut l’épisode n’est évidemment pas aussi innocente qu’elle y parait.

Et effectivement, c’est sur cette relation que repose le dénouement de la Bombe Humaine. Après un combat en équipe assez rigolo mais bien trop court, Sylar est rapidement mis de côté au profit des frères Petrelli. Son égo de "Super Méchant" en prend peut-être un coup, mais la scène est efficace : Nathan se sacrifie (?), Peter explose, et la saison s’achève sur le point final d’une relation qu’on suit depuis les premières scènes du pilote. On a déjà vu plus spectaculaire, mais c’est tout le Volume 1 qui gagne en cohérence en s’achevant ainsi.

Promise you won’t post any spoiler ?

Maintenant que la saison 1 est terminée et que, malgré ses quelques défauts, elle est quand même plutôt très réussie, la grande question est de savoir quelle direction va prendre la série l’an prochain. Il semblerait que le plan de Tim Kring soit de continuer à introduire de nouveaux personnages, de nouveaux pouvoirs, et de conserver le côté « histoire d’origine » bien propre au monde des super héros. Kring veut les voir évoluer dans leur vie quotidienne avec le poids de leurs capacités et... nous ramener au début de la série ? Cette volonté est d’ailleurs encore plus apparente à travers la série dérivée qui verra le jour l’an prochain intitulée « Heroes : Origins » et dont le but serait de présenter de nouveau héros dans une sorte de mini anthologie. Une initiative surprenante... et plutôt alléchante en ce qui me concerne.
Pour l’instant, difficile de savoir si l’équipe créative est assez douée pour conserver l’équilibre entre l’introduction de nouveautés convaincantes et le retour des éléments qui ont fait le succès de la première saison... tout ça en renouvelant les idées, et en gardant le facteur « cool » qu’on est maintenant en droit d’attendre de la série. Pas évident, mais c’est un minimum pour éviter qu’on se lasse trop.
Et un pErDUSien, ça se lasse vite.

Ju