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House of Lies - Un point sur la première saison de House of Lies

Bilan de la Saison 1: Le guide ultime : haine, bullshits, amour et bilan

Par Iris, le 10 avril 2012
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Publié le
10 avril 2012
Saison 1
Episode 12
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Une des premières histoires qu’on m’a racontée le jour où j’ai mis les pieds dans les bureaux de la rédaction de pErDUSA, aussi appelés par les érudits « chan IRC », a été celle de l’Erreur Veronica Mars.

Pour partager l’amour, à la manière des compagnies de téléphonie mobile ou des marques de voitures, je vais essayer de vous la retranscrire aussi bien que possible. Et après, je vous parlerai de House of Lies, je vous expliquerai pourquoi c’était nul, et pourquoi maintenant ça déchire. Promis.

L’Erreur Veronica Mars

Voyez-vous, cette série que vous connaissez maintenant tous comme étant l’une des dernières Grandes Séries Ambitieuses avec des ados, une série de l’époque où UPN existait encore et n’avait pas perdu son âme lors d’une horrible fusion avec la WB, avait été détruite par toute la rédaction lors de ses premières semaines.
Pour vous faciliter la lecture du prochain paragraphe, et parce que ça m’amuse, je désignerai tous les détracteurs par l’acronyme d’un nom choisi totalement au hasard et dépourvu de connotations : la team « Jugementhâtifs Ultrasàcôtédelaplaque ».

La team JU n’aimait pas la série et s’acharnait dessus, relevant à chaque épisode que celle-ci était banale, que l’héroïne était détestable, et la team JU ne ratait jamais une occasion de souligner que Veronica Mars n’avait aucun avenir. En gros.
Seul contre la team JU se tenait un homme, Jéjé. Jéjé s’est battu pour défendre la série, qu’il aimait depuis le début. Et Jéjé a eu raison.

La leçon la plus évidente à retenir de tout ça, c’est que la team JU avait tort, et qu’on devrait toujours écouter Jéjé.

L’autre leçon, celle que je préfère parce qu’elle me permet d’émettre un brin de critique envers une femme presque parfaite, et qu’elle me donne aussi une excuse à l’épreuve des balles pour expliquer pourquoi je n’ai pas su voir le potentiel de House of Lies dès son pilote, c’est que Kristen Bell porte vraiment la poisse aux premiers épisodes des séries dans lesquelles elle est. What a Sloth.

Parce que oui, au début, entre House of Lies et moi, c’était très mal parti.

Alors c’est parti : 3 raisons qui m’ont presque fait abandonner House of Lies à son pilote

1 Don in The Middle

Le gimmick du personnage principal (ici joué par Don Cheadle) qui met son entourage sur pause pour expliquer des trucs à la caméra en aparté était d’une lourdeur atroce sur les premières 40 minutes, et je ne me sentais pas capable de supporter ça pendant une saison.
Dans le pilote, et dans plusieurs épisodes qui ont suivi, ce gimmick me faisait plus penser à une adaptation télévisuelle et sans talent de ce que Chuck Palahniuk fait si bien dans ses livres : Utiliser des connaissances très précises et très riches qu’il attribue à ses personnages pour renforcer l’univers de ses romans, pour captiver le lecteurs et lui apprendre quelques trivias inutiles au passage.
Malheureusement, ce qui passe magnifiquement bien lorsque géré d’une manière appropriée ratait ici complètement ses effets. Rares étaient les interventions du personnage, Marty Kaan, qui ne me faisaient pas décrocher de l’épisode.

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2 Un casting a priori gâché

Avant que la série ne soit diffusée, je pense qu’on était nombreux à l’attendre sur la seule base de son casting.
Premièrement, le retour de Kristen Bell à l’écran après tant d’années d’absence [1] rendait beaucoup d’entre nous excessivement impatients, Veronica n’ayant pas été que l’incarnation du fantasme de la Fille Petite et Sarcastique [2] mais également l’occasion pour son interprète de prouver son talent lors de scènes dramatiques.
Deuxièmement, le reste de la distribution n’avait pas à rougir non plus, bien au contraire.
Que ce soit l’excellent Don Cheadle, chouchou de Soderbergh que les fans d’Adam Sandler [3] connaissaient grâce au très bon Reign Over Me et dont les gens cultivés savent qu’il avait décroché une nomination aux Oscars pour Hôtel Rwanda [4], ou l’adorable Ben Schwartz qui campe Jean-Ralphio dans Parks and Recreation, le capital sympathie de la série explosait après un simple passage sur IMDb.
Capital sympathie qui était réduit à néant après le pilote. Aucun personnage n’avait réussi à me séduire, sur quelque plan que ce soit. Tous semblaient au mieux antipathiques, au pire fades et invisibles. Étouffés par un rythme trop frénétique, personne ne ressortait du lot, si ce n’est Don Cheadle/Marty Kaan, et encore, uniquement parce qu’on nous avait bien fait comprendre qu’il fallait lui accorder de l’attention parce qu’il était le personnage principal.

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3 Tits or GTFO

Quand on est devant une série Showtime, en général, on s’en rend compte, rapidement. Et très souvent, l’illumination prend la forme d’une paire de fesses, de seins, ou pour ses séries les plus osées, de testicules. Quoi qu’il en soit, ça passe généralement par le cul, par la drogue, par l’alcool, et par tout ce qui pourrait rebuter le public type d’ABC Family.
Quelque fois ça passe très bien. Weeds ne cessera jamais de me faire rêver, et Shameless continue à me rappeler qu’il y a de la Beauté dans ce monde, même dans des environnements laids.
Mais le pilote de House of Lies semblait déjà abuser de la Showtimetitude, et cet abus laisser penser que l’occasionnelle levrette sur un bureau serait ici bien plus qu’occasionnelle, et l’étalage de chair et l’abus de substances semblaient devenir des cache-misères, balancés dans l’épisode on ne peut plus inutilement.

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"Oui mon poussin, c’est ta maman qui est inconsciente et nue sur le lit. Viens, je vais te faire des oeufs."

Tout ça, ça fait beaucoup pour une seule série. Heureusement pour moi, et pour ceux qui ont arrêté la série après ce pilote relativement raté, j’ai fait preuve de persévérance. Et c’est grâce à ça qu’après en avoir vu le season finale, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que House of Lies mérite qu’on la regarde.

12 épisodes et aucun spoiler plus tard

Le moins qu’on puisse dire de mes sentiments à l’égard de House of Lies est qu’ils ont évolué. Pour utiliser une analogie tout à fait appropriée, en 12 épisodes, comme un papillon, House of Lies est passé d’un Jon Stewart trentenaire on ne peut plus anecdotique au Jon Stewart pré-quinquagénaire dont chaque adolescente rêve qu’il soit le père de sa meilleure amie.
Je suis la première que l’évolution de House of Lies a surprise, puisque sur sa bonne première moitié, je regardais les épisodes sans y prêter une attention parfaite. Ça me permettait de ne pas trop m’énerver devant les apartés de Don Cheadle qui, s’ils s’améliorent rapidement, ne deviennent réellement enrichissants que sur la seconde partie de saison, quand ils commencent vraiment à être utilisés pour permettre au personnage de se lâcher.

Une chose est sûre, après cette première saison : House of Lies a d’indéniables qualités.

Pour commencer par le plus surprenant vu le thème de la série, et c’est quelque chose qui retient souvent mon attention dans les séries de Showtime, le traitement accordé à la famille de Marty est captivant.
Celui-ci est entouré d’un fils pré-adolescent dont il a la garde (Roscoe, interprété par le très jeune et assez talentueux Donis Leonard Jr), d’un père bienveillant qui prend soin de Roscoe pendant que Marty travaille, et d’une ex-femme légèrement dérangée, manipulatrice et semble-t-il droguée. Rien de très particulier, et même si les interactions et l’évolution de ce noyau seront un des fils conducteurs de la saison 1, je ne m’étendrai pas dessus en détails.

Ce sur quoi j’aimerais qu’on se concentre, c’est le personnage du fils.
Le grand-père de Roscoe veille sur lui, pendant que ses deux parents semblent trop occupés à travailler et à baiser pour lui accorder l’attention qu’il mériterait. Parce qu’il en mérite. Du haut de son mètre trente, Roscoe illumine l’écran à chacune de ses apparitions. Il est présenté dès le début de la série comme un petit garçon qui préfèrerait jouer le rôle de Sandy dans Grease, ce dont j’avais redouté que ce soit encore une provocation gratuite de Showtime. Mais non. Tout au long des épisodes, celui qu’on apprend à connaître est un des personnages d’enfants les plus intéressants de la télévision actuelle. Sans jamais clairement être catégorisé (gay, hétéro, transgenre), et surtout sans jamais être parodique, on voit évoluer un garçon qui a une sensibilité à lui, une sensibilité innocente d’enfant, qui n’est pas tournée en ridicule ni utilisée par facilité.

Il semble être le digne fils de Marty Kaan, avec sa force de caractère qui saute déjà aux yeux, même si jeune ; cette capacité de s’affirmer et d’affirmer ses choix (et je ne réfère plus uniquement à la question de sa sexualité ici, mais aussi à sa relation avec son père), chez un enfant de cet âge, c’est quelque chose qui fait plaisir à voir. Pas uniquement pour le role-model qu’il peut représenter, mais aussi car ça fait du bien de voir une chaîne traiter des enfants comme ce qu’ils sont : des êtres humains à part entière.

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Si je savais employer le mot "Swag", je suis à peu près sûre que je le placerais ici.

Un autre point fort de la série est qu’elle nous montre toute une galerie de personnages féminins très intéressants. Et je dis ça en sachant que je vais probablement me faire incendier puisque je suis sûre qu’il y aura quelqu’un dans les lecteurs de pErDUSA pour trouver la série misogyne, comme c’est le cas quasiment à chaque fois que des femmes sont représentées à la télévision et que des traits de caractère pas forcément avantageux leur sont attribués.

L’ex-femme de Marty est certes une garce autodestructrice, mais elle est touchante et dégage une force et une assurance impressionnantes. De ce qu’on en voit, c’est une mauvaise mère, et puisqu’elle est opposée au héros qu’est Marty, on est forcément un peu tentés de la détester ; elle nous facilite d’ailleurs la tâche. Mais au-delà de la simple sympathie, ce qu’on peut ressentir pour elle est peut être bien meilleur : c’est très agréable de voir une femme avec des balls énormes. Surtout quand ce n’est pas la seule de la série.

J’éviterai d’évoquer un personnage qui apparait tardivement et gagne en importance au cours de la saison 1, pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui décideront de regarder la série, et me concentrerai à la place sur celle qui pour moi a explosé l’écran avec un rôle Emmy-Nomination-Worthy, et qui a donné à House of Lies sa véritable raison d’être : Kristen Bell.

Alors que j’étais persuadée qu’House of Lies était le point final sur sa carrière, son personnage au début plutôt fade devient, au cours des épisodes, de plus en plus sombre. Plus on en apprend sur Jeannie, plus on découvre son passé et son présent au travers de scènes d’une noirceur absolue, et plus on réalise que Kristen partage la tête d’affiche de la série avec Don Cheadle. Au-delà de l’intelligence évidente de Jeannie, le temps passe et on voit l’étendue du machiavélisme dont elle est capable.

Entourée par ses collègues hommes qui idolâtrent Marty Kaan, House of Lies semble nous montrer en saison 1 que c’est au final elle qui s’avèrera être la plus apte à marcher dans les traces de ce dieu de la finance. Au fur et à mesure des épisodes, elle chute et s’abaisse, se blesse et perd toute l’intégrité qu’elle pouvait avoir, pour au final nous prouver une chose : Au jeu de la manipulation, elle peut être tout aussi forte que ceux qui passent leur temps à se vanter de leurs aptitudes.

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C’est là la dernière qualité de la série que j’aimerais aborder ; celle qui englobe un peu toute les autres. Si House of Lies a effectivement un très bon casting, et qu’elle apprend à dompter un gimmick agaçant, ce qui fait de la série un divertissement à ne rater sous aucun prétexte, c’est qu’elle est intransigeante.

Ses personnages sont, par bien des aspects, des enfoirés. En dehors du père et du fils de Marty, tous ont des travers, plus ou moins prononcés, qui les rendent peu sympathiques. Les deux derniers membres de l’équipe principal (Josh Lawson et Ben Schwartz) sont certes plutôt utilisés comme ressort comique, ils n’en restent pas moins prêts à écraser la concurrence quel qu’en soit le prix.
Parce que tous évoluent dans un monde où il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur, celui qui empochera le plus d’argent, ils sont prêts à tout pour déstabiliser leur adversaire ; même si ça signifie qu’ils commettent bien souvent des actes devant lesquels le spectateur avec une conscience "lambda" (ou plus globalement, le spectateur qui n’est pas un sociopathe) hésitera avant d’applaudir des deux mains.

On a donc affaire à une série bourrée d’enfoirés et de garces, d’actions déloyales, de traîtrise, et qui pourtant ne vire pas au soap. Non, on est devant un vrai drame, intelligent, prenant, et qui permet de remettre Kristen Bell à un endroit qu’elle n’aurait jamais dû quitter : Sur le devant de la scène.

P.S. Et puis évidemment, on est sur Showtime, alors la bande originale est également une tuerie, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Notes

[1Puisqu’on est entre personnes de bon goût, on choisira d’ignorer sa participation à Gossip Girl et à Heroes

[2SI, ce fantasme existe, et ceux qui prétendent le contraire sont des monstres

[3SI, ces gens existent aussi

[4Vu le titre, sûrement une adaptation américano-africaine de l’Auberge Espagnole, mais je ne peux jurer de rien

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