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Into the Badlands - Small Tigres et Dragons

Into the Badlands (Présentation de la Série) : Au pays de Bokeh

Par Sebargio, le 28 octobre
Publié le
28 octobre
Saison 3
Episode 8
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Je suis désolé, je suis en retard. Je voulais vous parler de ça pendant les vacances, pendant le long désert sériel annuel, histoire de vous donner une idée à vous mettre sous la dent pendant la disette. Mais je n’en ai pas eu le temps...

Alors c’est sûr que maintenant, la rentrée est là et The Flash a repris mais que ce ne soit pas une excuse pour vous détourner de cette petite merveille passée quasiment inaperçue.

Qu’est-ce que c’est ?

C’est une série diffusée sur AMC depuis novembre 2015 et créée par Alfred Gough et Miles Millar.
Oui, ce sont eux qui ont créé Smallville (et The Shannara Chronicles).
Et oui, on en reparlera.
Il y a actuellement 2 saisons et demies. Une première saison de 6 épisodes, une deuxième saison de 10 épisodes et une troisième saison de 16 épisodes dont 8 restent encore à diffuser.
Donc, si vous comptez bien, ça vous fait seulement 24 petits épisodes de retard.
Et ça, franchement, ça se tente. Chaque épisode faisant 45 minutes, vous n’avez pas tant de retard que ça...

Et c’est avec qui ?

C’est avec Daniel Wu qui joue Sunny, le personnage principal.
J’ai, par contre, du mal à le qualifier de "héros". J’en reparle plus loin.
C’est aussi avec Aramis Knight dans le rôle de M.K. l’adolescent tête à claque comme nous ne les aimons pas mais comme Gough et Millar semblent s’en délecter.
Du côté des garçons, on peut encore nommer Marton Csokas (Quinn, un méchant charismatique et réussi) et surtout Nick Frost (Bajie) à partir de la saison 2.

into badlands 2

Le vrai premier rôle, à mes yeux, c’est celui de Minerva, aka The Widow, la veuve, tenu par Emily Beecham.
Citons également Madelaine Mantock (vue dans les regrettés Tomorrow People et bientôt dans le remake de Charmed) dans le rôle de la demoiselle très très en détresse (©Jéjé_pErDUSA) et Ally Loannides qui interprète Tilda.

De quoi ça parle ?

Ça parle d’un monde post-apocalyptique.
Si vous êtes familiers avec le jeu vidéo Fallout, vous aurez tout de suite en tête un portrait fidèle de l’environnement. La technologie de notre époque est présente sous forme de vestiges. On croise des carcasses de vieilles voitures rouillées, des écrans d’ordinateurs à tubes cathodiques etc…
Bref, le monde de Into The Badlands est une immense déchèterie.
Et ce monde est partagé entre sept barons qui tiennent leurs terres dans un équilibre qu’on pourrait qualifier d’instable.
La technologie ayant disparu, ce sont les arts martiaux, les sabres et les épées qui ont le vent en poupe.
Sunny est un Clipper : il tue des gens pour le compte de son baron.
Et c’est même un sacrément bon Clipper puisqu’il est à la tête de l’armée de Quinn et qu’il a plein de tatouages dans le dos.
Il existe, en effet, une petite tradition bien festive qui consiste à se faire ajouter un petit tatouage pour chaque tête coupée, chaque poitrine perforée ou chaque abdomen éventré. Ça rajoute folklore et fun aux combats.
Sunny prend sous sa protection, un adolescent tête à claque (M.K. donc) qui a un sombre pouvoir : dès qu’il se coupe un peu, il voit noir, perd le contrôle et quand il retrouve ses esprits tout le monde est mort.
Et quand on vous dit qu’il est tête à claque, il est vraiment tête à claque.
De l’autre côté, The Widow lutte pour mettre fin à ce système de baronnie.


Il y a un générique ?

Oui. Et il est magnifique.
Avec des couleurs flamboyantes en fond et des silhouettes en ombres chinoises.

Et c’est bien ?

Oui !
Alors soyons clairs, il y des défauts. Un gros défaut surtout, lié aux scénarios.
Mais, même si c’est assez irritant, on peut en faire abstraction.
On va en parler immédiatement : les personnages ont souvent des réactions complètement connes. La fameuse demoiselle très très en détresse (©Jéjé_pErDUSA), par exemple, va aligner mauvaises décisions sur décisions stupides.

Un autre exemple, toujours lié aux scénarios : les clichés.
Alors oui, c’est là qu’on reparle des gars qui ont fait Smallville.
C’est vrai qu’on passe toute une partie de la série à ne pas s’en rendre compte. Et puis à un moment on se dit que ce n’est pas vrai, que ce n’est pas possible de tomber dans les clichés aussi éculés.
Et c’est là qu’on regarde le nom des gars qui sont responsables et qu’on comprend…

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Je vais vous donner un exemple.
C’est tellement classique, vu, revu, et re-revu qu’on ne peut même pas décemment parler de spoiler. Sans rire, si vous trouvez ce twist surprenant c’est que vous n’avez jamais vu un film ou une série de votre vie.
Et jamais lu un bouquin non plus...
Imaginez un affrontement final entre un héros et un grand méchant pour sauver une demoiselle (très très en détresse donc et toujours ©Jéjé_pErDUSA).
Le grand méchant se fait transpercer (vraiment) de toutes part par divers objets contondants. Il est donc logiquement mort.
Mais en fait, non ! Il se relève encore et encore et toujours pour tatanner la gueule du gentil héros. Bon, au final, une fois que la plaisanterie a assez duré, le gentil gagne (parce que c’est le gentil) et le met par terre.
Là, toute personne censée prendrait soin d’achever le vilain, de lui mettre le coup de grâce, de s’assurer qu’il a son compte.
Mais en fait, non ! Le héros gentil s’empresse de rejoindre sa dulcinée sauvée de la détresse pour vivre une Happy Ending où ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants dans le meilleur des mondes post-apocalyptiques.
Mais en fait, non ! Coup de théâtre ! Attention, personne ne l’avait vu venir ! Dans un dernier excès de courage et de bravoure, le vilain très vilain trouve les forces de se redresser alors qu’il a déjà subit des dommages capables de tuer définitivement une bonne centaine de fois n’importe quel individu de n’importe quelle constitution que ce soit.
Il frappe alors la demoiselle d’un vulgaire petit coup de petit poignard qui la tue instantanément.
Voilà voilà...
Ça énerve...
Ça irrite...
Ça rend furieux.
Et c’est là qu’on retrouve la pâte « Smallville ».
Heureusement, Into The Badlands ce n’est pas que ça.

Into The Badlands , ce sont des combats

Oui. De superbes combats même.
Des combats comme on n’en avait plus vu depuis longtemps (j’ai Banshee en tête même s’ils n’ont pas grand chose à voir).
Chaque épisode contient son lot de combats qui sont un mélange d’art martiaux et d’armes blanches qui s’entrechoquent.
Et c’est captivant. Parfois complètement overzetop avec des pirouettes et des sauts périlleux absolument pas réalistes mais qu’importe.
Qu’importe parce que c’est complètement et totalement fun.
Les chorégraphies sont bien foutues, les séquences sont bien filmées, les combats sont lisibles et beaux. Et ils sont assez originaux en plus.
Le temps et l’investissement des acteurs doit être absolument phénoménal pour obtenir un tel résultat à l’écran.
Et mention spéciale à Emily Beecham qui se tape tout ça en talons aiguilles.
Talons aiguilles qui ne sont pas là comme accessoire de mode (bien qu’ils participent évidemment à la prestance du costume de la veuve) mais bel et bien comme arme.
Bref, les combats sont un moment qu’on attend dans l’épisode et où il se passe quelque chose à l’écran. Ils ne sont pas un moyen artificiel de faire passer le temps pour remplir l’épisode.

Into The Badlands , c’est une réalisation à couper le souffle.

Et c’est peut-être là l’argument principal de la série.
C’est beau.
C’est même putain de beau, si vous me permettez cet excès de vulgarité gratuite.
Chaque plan est travaillé avec un soin incroyable, les cadrages sont parfaits, les couleurs sont flamboyantes, les nombreux gros plans et portraits font la part belle aux flous et aux effets Bokeh.
C’est un régal pour les yeux à chaque instant.

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Sincèrement, la direction artistique de la série est parfaite.
On ne peut pas faire mieux.
Déjà le cadre post-apocalyptique permet des choses splendides mais ajoutez à cela des paysages époustouflants et un souci du détail et de la perfection dans la confection des accessoires et nous avons à l’écran une des séries les plus belles que l’on ait eu depuis longtemps.

Ce n’est pas compliqué, il suffit d’ouvrir les yeux et de profiter.
La contemplation est le maitre mot.

Sans compter que la direction musicale est à la hauteur de ce que l’on voit à l’écran et vous comprendrez rapidement que malgré le côté urticant des décisions du scénario nous sommes face à quelque chose qu’on prend un immense plaisir à suivre.

Un dernier mot sur le scénario : si j’ai insisté sur le côté irritant qu’il peut prendre de temps en temps, l’histoire reste intéressante, avec des objectifs à courts, moyens et longs termes. Le court terme, c’est basiquement l’enjeu de l’épisode. Le moyen terme c’est plus ou moins l’intrigue de la saison et le long terme, c’est le mystère autour du fameux pouvoir sombre de M.K., la guerre menée par The Widow et la découverte d’une mystérieuse citée perdue.

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Si l’on s’ennuie assez vite du sort de Sunny et Tête à Claque, le jeu de stratégie et de pouvoir de The Widow fait tout l’intérêt de la série. L’ajout de Bajie en saison 2, sorte d’Obelix-Faire-Valoir pour Sunny apporte aussi humour et fraîcheur. Et beaucoup plus de dimension qu’il n’y parait au premier abord.
Le personnage de Sunny pose problème parce qu’il est monolithique, sans épaisseur et quasiment sans ligne de dialogue. Le pauvre est bon à se battre et c’est quasiment tout. Ça fait peu pour un héros (le contraste avec The Widow est donc réellement flagrant) et l’apport de Baije donne une nouvelle dynamique au personnage même s’il ne permet pas de régler ses problèmes.

En résumé, Into The Badlands, c’est une chouette série qui vaut vraiment le détour et que je vous invite à découvrir, pour les plaisir des yeux plus que pour le plaisir des neurones.
Le fait qu’il y ait très peu d’épisodes est plutôt une bonne chose parce que ça ne vous prendra pas trop pour rattraper le retard.
Si vous le pouvez, prenez le temps de la regarder dans de bonnes conditions. Si vous pouvez éviter l’écran de téléphone dans les transports en commun ou même l’écran d’ordinateur pour regarder sur un grand écran en HD je vous promets que vous ferez un chouette cadeau à vos pupilles…

Sebargio