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Et si on parlait de Modern Family ?

Moderne ?

Par Conundrum, le 2 janvier
Publié le
2 janvier
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On parle très peu de Modern Family. Son lancement avait pourtant été très remarqué grâce à un pilote extrêmement réussi. Déguisée en comédie moderne, avec son format documentaire et sans rires enregistrés, il s’agissait cependant d’une sitcom très traditionnelle.

Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que la série provient de Steve Levitan et Christopher Llyod qui sont respectivement connus pour leur travail sur Just Shoot Me ! et Frasier. Mais après quelques saisons, l’enthousiasme a laissé place à l’habitude, voire l’ennui. Et l’insistance des Emmys à récompenser la série et ses interprètes années après années les ont transformés en agacement.

Pourtant, à bien y réfléchir, la série n’a commis qu’un seul crime dans ses premières saisons : elle nous a proposé sensiblement la même chose d’épisode en épisode. Et c’est un peu la recette de la comédie traditionnelle. Modern Family avait une formule qui était populaire, pourquoi la modifier ? La lassitude est probablement venue du fait qu’en bon sériephile, on regardait avec régularité chaque semaine le nouvel épisode diffusé, tandis que les téléspectateurs et téléspectatrices occasionnelles ont pu continuer à y trouver leur compte.
Quant aux Emmys, on peut leur reprocher leur manque d’ambition et de diversité mais pas de nommer une comédie réussie (car, oui, elle l’était dans ses premières saisons) et une distribution très efficace.

Après quatre saisons de pause, j’ai récemment repris la série et j’essaie de rattraper mon retard. Si la série est moins efficace (cette neuvième saison est loin d’être une réussite), elle reste une série plus riche et intéressante qu’on ne le pense.

modern family season 8

Modern Family est une série qui met en scène une famille blanche et très aisée, les Pritchett. Chaque membre de la famille a épousé un·e partenaire qui peut remettre en question ses a priori. Jay, le patriote vétéran de l’armée, qui aime l’Amérique presque autant que Sue Heck épouse une étrangère. Claire, sa fille rebelle a épousé un homme qui remet en question l’image de la virilité qu’on lui a inculqué. Mitchell a fondé une famille avec homme qui assume totalement l’image qu’il dégage. Dis en des termes plus chaleureux, chacun·e a choisi un·e partenaire qui ouvre son horizon. Et grâce à leurs choix et leurs familles respectives, les liens de ce trio au passé compliqué et conflictuel se sont resserrés.

Modern Family est une série d’apparence progressiste qui peut aisément plaire à un public plus conservateur. Le mariage homosexuel est normalisé et c’est une bonne chose… pour des hommes blancs et riches. Le mariage mixte y est montré de manière positive… grâce à une superbe femme. Et on ne trouve rien que nous n’ayons vu dans d’autres comédies familiales dans la vie de Claire (le mari immature mais au bon cœur, la femme exaspérée, la fille un peu délurée, l’enfant sarcastique et le cadet un peu idiot). Modern Family est une série importante mais loin d’être aussi militante qu’une Will and Grace ou une Black-ish. Et là où la série se perd parfois.
Des blagues quelque fois racistes, homophobes ou à caractère sexuel sur une jeune femme adulte peuvent gêner car Modern Family semblent utiliser Gloria, Cameron et Hailey comme des excuses pour avoir une licence pour les faire.

Je ne cherche pas à diminuer la force de la série, car, au fond, son message est juste. La couleur de peau et l’orientation sexuelle n’ont rien à voir avec les liens que l’on peut tisser avec autrui. Et je ne pense sincèrement pas que les auteurs de la série cherchent à blesser avec leur série. Cependant, Llyod et Levitan viennent tout deux d’une époque où la sitcom utilisait la moquerie comme moteur. Just Shoot Me ! était une usine à insultes dans un milieu sexiste et Frasier, qui avait la famille comme thème central, n’était pas immunisée contre ces problèmes (dont le personnage de Roz faisa).
Ces blagues peuvent avoir leur place dans la série, avec parcimonie, quand elles sont contrebalancées par d’autres éléments. Le problème est que la série y a, par moments, trop souvent recours. C’est un comique de facilité qui n’a pas vraiment de raison d’être dans une comédie moderne. Speechless et The Middle se moquent souvent de leurs personnages mais pour sur des traits de caractère et jamais pour sur un élément qui forme leur identité et tout le monde est traité de manière égale.

La série souffre aussi d’un second problème. Après quelques saisons, Christopher Llyod et Steven Levitan ont mis fin à leur association et sont arrivés à la conclusion que leur vision respective de la série n’était pas la même. Ils ont alors décidé d’alterner la direction de la série en se partageant les épisodes. S’il y a une forme d’homogénité au tout, comme l’aspect moderne de la série, elle n’est que superficiel. Les deux hommes ont clairement des sensibilités différentes. Levitan aime jouer avec la forme de la série, comme le montre l’épisode tourné intégralement sur le MacBook de Claire. Levitan est aussi plus à la recherche du bon mot que de chercher quelque chose à dire. Il n’y a pas de mal à cela, après tout Modern Family est une comédie, son but principal est de faire rire.
Llyod va lui tenter son expérimentation dans les thèmes. Il n’y a rien d’étonnant qu’un ancien de Frasier soit aussi tenté de chercher l’humour dans des éléments plus sérieux quitte à le laisser de côté. Dans un épisode où il dirige l’écriture (5.12 - Under Pressure, écrit par Elaine Ko), Alex, de plus en plus en décalage avec l’immaturité du reste de sa famille au fur et à mesure que les saisons avancent, passe un épisode en thérapie. En saison 7, Levitan proposera à son tour un épisode sur la thérapie de couple, (7.08 - Clean Out Your Junk Drawer), avec une conclusion qui se veut un peu plus dramatique mais qui montrera surtout que ce n’est pas son domaine d’expertise.

C’est typiquement cet ancrage plus dramatique qui pourrait donner un second souffle à la série. Les enfants sont pour la plupart des adultes, nous sommes visiblement proches de la fin de la série, mais elle s’empêche d’avoir de vrais arcs pour ses personnages qui restent cantonnés à une certaine superficialité. Et c’est bien dommage, car une comédie d’une telle longévité est chose rare. Elle bénéficie d’une distribution solide et d’auteurs qui ont déjà montré l’étendue de leur talent par le passé. Malgré le fait qu’elle ait relancé le genre, face aux autres comédies familiales d’ABC, sa volonté de ne pas changer lui donne un côté un peu désuet, pour ne pas dire obsolète.

Conundrum