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Les Moments du Mois -

Trois moments séries qui nous ont marqués au mois d’avril

Avril 2017 en trois Moments Séries

Par la Rédaction, le 2 mai
Publié le
2 mai
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Les "Moments du Mois", c’est le rendez-vous mensuel sur pErDUSA, publié chaque mois, environ tous les trente jours, presque à chaque nouvelle lune, où la rédaction se réunit dans une même chronique pour travailler sur son esprit d’équipe.

Mais en ce moment, c’est compliqué. La rédaction est très divisée alors qu’approche la fin de saison des networks et que chacun commence à préparer ses petites notes.
Certain·e·s en accusent déjà d’autres de calibrer leurs résultats non pas simplement en fonction de leurs goûts mais aussi et surtout de façon à faire chuter les moyennes des séries qu’ils·elles ne veulent pas voir en haut du classement. Quelques un·e·s ont décidé de ne pas rendre leurs notes s’ils·elles ne sont pas assuré·e·s que Community arrive enfin en tête du classement. D’autres appellent à ce que Feyrtys et Jéjé, dont les notes sont toujours quasiment identiques, fusionnent leurs résultats et ne comptent que pour une personne...
Espérons que cette situation chaotique n’aboutisse pas à ce qu’Esprits Criminels atteigne la plus haute marche du podium.

En attendant, en avril, on a parlé d’une série très très jolie, des séries qui sont les nôtres, des séries qui ne sont pas des séries et d’une série très très vieille...

1 The Americans

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Saison 5 – Épisode 08 – Immersion

25 avril / I’m sick of being scared
Par Feyrtys

L’annulation de Sweet/Vicious ne m’a certainement pas mise de bonne humeur. J’ai même découvert que l’on pouvait être triste et en colère en même temps. Et si je n’ai pas tout à fait fait mon deuil de cette nouvelle, j’en suis également arrivée à la conclusion qu’elle ne pouvait pas mieux tomber. Aussi désolante soit-elle, elle a été annoncée une semaine et même un mois où d’autres personnages féminins qui me sont chers ont montré qu’elles avaient du Sweet/Vicious en elles et qu’Ophelia et Jules ne disparaîtraient jamais vraiment de nos vies.

Comme dans cet épisode de The Americans, où Elizabeth et Paige m’ont émue en s’ouvrant l’une à l’autre autour d’un ennemi commun : la violence des hommes.
L’agression d’Elizabeth et de Paige la saison dernière, sur un parking, a des conséquences : Paige ne veut plus avoir peur, ni se sentir sans défense. Elle s’entraîne avec sa mère, plus implacable que Philip, mais aussi seule à pouvoir réellement comprendre l’état d’esprit de sa fille qui a eu peur non seulement de mourir, mais d’être violée. Même si Elizabeth est une espionne entraînée à tuer, elle se rappelle ce sentiment de peur qui ne l’a pas quitté pendant des années après avoir été violée et de cette rage qui l’a poussée à s’entraîner tous les jours jusqu’à ce que cette peur disparaisse, pour être remplacée par la certitude qu’aucun homme ne pourrait plus la violer ni lui faire du mal. Jules ne pourrait être plus fière.

Puis sont arrivés Mom, son criquet et sa haie en or. On sait tous que la série de Chuck Lorre est capable de parler de sujets ordinairement réservés aux dramas avec une justesse et une émotion incroyables, tout en se payant le luxe de nous faire rire ; elle l’a prouvée une nouvelle fois cette semaine.
On y apprend qu’un homme a violé Christy il y a des années de cela et que malgré ses efforts pour enfouir cette agression, la réapparition de son violeur oblige Christy à faire sens de cet acte, de son silence après le viol et de son sentiment de culpabilité. Au détour de phrases bienveillantes que l’on aurait pu entendre dans Sweet/Vicious (ou Law & Order : Queen Olivia Benson), la série a choisi, et je l’en remercie, de ne pas donner la parole au violeur. En le faisant quitter la réunion pendant laquelle Christy l’accuse, Mom se met sans appel du côté des femmes. Il n’y aura, pour une fois, aucune voix donnée au violeur, aucune voix pour accuser la victime, rejeter la faute sur elle ou pour trouver des circonstances atténuantes au coupable. Toute la place sera faite pour écouter Christy, la réconforter et lui laisser l’opportunité de rassembler son courage pour parler : l’empathie de Jules est partout dans cet épisode.

Et comment oublier le dernier épisode Big Little Lies, diffusé au début du mois, qui m’a (presque) laissée dans un état de choc dans mon canapé ? Comment oublier cette scène, dans laquelle j’ai arrêté de respirer, où les trois amies comprennent d’un regard à la fois effrayé et plein d’empathie que l’homme qui s’en prend à elles, ce mari en apparence si parfait, est le violeur qui a à jamais marqué la vie de l’une d’entre elles et qui maltraite physiquement et psychologiquement une autre ? Comment oublier le cri de rage que pousse une autre femme, jusque-là spectatrice, pour renverser cet homme qui s’acharnait à vouloir les battre et les humilier ? C’est bien simple, ces scènes me hantent encore. Mais elles me réconfortent également, tout comme Sweet/Vicious réussissait à le faire, et comme Olivia Benson le fait à chaque nouvel épisode de Law & Order : Special Victims Unit.

N’oublions pas que c’est également cette semaine que la très prometteuse série The Handmaid’s Tale a commencé. J’ai eu la force d’en voir seulement deux épisodes, mais il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une série profondément féministe, où les points de vue des femmes sont au centre du récit (ce n’est pas si courant). Une série qu’Ophelia et Jules auraient certainement regardé le poing levé.

2 iZombie

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Saison 3 - Épisode 2 – Zombie Knows Best

11 avril / Major points
Par Blackie

Malgré un nom idiot, un physique de Ken, et une personnalité de départ aussi alléchante que du pain de mie, Major Lilywhite s’est transformé en deux saisons en personnage le plus intéressant de iZombie. A tel point que celle-ci, c’est uniquement en sa présence que Ravi devient plus supportable !
Mais on parlera peut-être du problème Ravi une autre fois...

Major est une perle. Major a un pronom idéal aux blagues nazes, et avait un chien appelé Minor : Rob Thomas n’avait rien inventé de mieux depuis la saison 2 de Veronica Mars. Jusqu’à ce que Major déguste le cerveau d’une gamine de quinze ans.

Si vous vous demandez pourquoi on lui a vite trouvé une excuse pour ne plus avoir de changements de personalité après ça, c’est parce que Robert Buckley vole complètement la vedette à Rose McIver sur son territoire !
Contrairement à elle, Buckley n’a jamais l’air de surjouer. Il est touchant et surtout hilarant. Et c’est un sacré tour de force, quand il s’agit d’avoir un langage d’ado accro aux émojis, être à la fois extrêmement émotif, trop analytique, et bourré de complexes.

Thomas n’a probablement jamais eu autant de tweets de fans. Même sa femme a réclamé plus d’Ado Major. Pourquoi il ne l’écoute pas, sa femme ?
Major nourrit à la bouillabaisse de cerveaux, c’est un peu plus chiant. Et l’autre problème de ce début de saison.

3 The Leftovers

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Saison 3 – Épisode 2 – Don’t Be Ridiculous

23 avril / Larry & Nora (mais pas Balki)
Par Nico

J’ai eu un peu du mal à replonger dans The Leftovers, ce mois-ci. Le temps écoulé entre les saisons 2 et 3 m’a paru très long. Je pense que j’ai commencé à retrouver mes marques au milieu du season premiere, avant de replonger dans l’épisode suivant. A cause d’un Perfect Stranger, Larry Appleton. Ou, plus exactement, son interprète.

Je fais partie de ceux qui ont vu Larry & Balki sur France 2 à un horaire improbable (le milieu d’après-midi en semaine ? Je ne suis plus tout à fait sûr). Le clin d’œil à la série, dans le premier épisode de la saison 2 (et une évocation en saison 1, sauf erreur), m’avait fait sourire. Autant vous dire que le générique Don’t Be Ridiculous m’a singulièrement désarçonné.

Dans Entertainment Weekly Damon Lindelof explique comment l’idée de faire intervenir Mark Linn-Baker dans la dernière saison de la série lui est venue. Il indique notamment que tout est parti d’une boutade d’auteurs en surchauffe dans une writers room, avant que le même Lindelof ne dise « OK… en même temps, si on le fait vraiment, qu’est-ce qui se passe ? ».

Visiblement, c’est le procédé créatif qui lui convient le mieux. Et si certaines idées utilisées dans Lost me laissent toujours songeur, jusqu’ici, avec The Leftovers, ça marche souvent très, très bien.

Si l’adaptation sérielle du roman de Perrotta tient toujours la route, c’est parce que Lindelof n’a jamais lâché les questions de foi (au sens large) et de perte de sens au cœur de son propos. Ces deux idées, contradictoires au possible, font que le récit continue d’avancer sans jamais oublier l’élément déclencheur, le traumatisme initial de la série.

Depuis deux saisons, Nora essaie d’avancer, de faire face. Elle essaie de composer avec le présent mais elle est hantée par la disparition de ses enfants. Le temps passe et rien n’y change. Tant et si bien que qu’est-ce qui se passe quand un improbable acteur de sitcom qui a bidonné sa disparition vient lui soumettre une improbable théorie au sujet de cette « évaporation de masse » ? Elle l’écoute. Elle l’entend. Et c’est son besoin de croire qui intègre ce qu’il dit.

En tant que téléspectateur, il y a de quoi être bousculé, dérangé et fasciné. Tour de force ou foutage de gueule ? J’aurais presque envie de dire « foutage de force », tant les deux idées sont liées. La vérité, c’est que la question du sens des choses est une nouvelle fois abordée de façon oblique, étrange, déstabilisante… et prenante.

Elle permet aussi au récit de partir vers une nouvelle destination, l’Australie. A l’instant t, difficile de savoir ce qui attend le public au bout du chemin. Un peu comme dans la vie. Mais puisqu’on est là, allons-y.

Plus que six épisodes, bon sang.

la Rédaction