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The Good Place - Joséphine(s), anges gardiens 2.0 ?

Le Point sur la Série: Toutes les routes mènent au Paradis

Par Max, le 19 novembre
Par Max
Publié le
19 novembre
Saison 3
Episode 9
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Il n’y a pas de série parfaite. On a tenté de vous faire rentrer dans la tête que The Wire était le parangon de ce que l’art pouvait faire, que les longs films à la télé des Scorcese, Lynch et consorts l’étaient également. Mais non, il n’y a que des séries qui peuvent s’en rapprocher.
Et si elles ont des défauts, c’est mieux.

Parce que c’est plus humain.

The Good Place, avec sa saison 3 et cette salve d’épisodes, les montre, ses défauts. Un rythme un peu plus lâche, quelques blagues qui ne fonctionnent pas (et encore !), un petit déséquilibre dans les rapports entre les personnages. C’est ce qui fait que j’en suis amoureux aussi, quand on est vraiment amoureux, on aime tout, même et surtout les aspérités.
J’aime Buffy et Parks & Recreation malgré leur première saison ratée, Veronica Mars et sa saison 3 laborieuse, Six Feet Under et ses trous d’air, Fringe et Person of Interest alors qu’elles mettent un temps à se trouver et à être vraiment intéressantes, Lost alors qu’elle est bardée de défauts, The Sopranos et The Leftovers à cause de certains de leurs détestables personnages, etc...

Bing !

On aime aussi une série pour ses personnages. Et avec The Good Place, aucun n’est plus important ni moins difficile à aimer que les autres. Ils n’ont pas toujours la même exposition et cette façon subtile de tourner le focus m’emporte et renouvelle l’intérêt.

Quand dans le 3.06 - The Balley of Donkey Doug, on s’attarde sur Jason et son incroyablement absurde relation avec son père ou quand 3.07 - A Fractured Inheritance met le focus sur les problèmes d’estime de soi d’Eleanor et Tahani en les faisant se confronter à sa mère (Leslie Grossman) pour l’une et la soeur (Rebecca Hazlewood) pour l’autre, The Good Place touche au centre. Elle parvient toujours à dire beaucoup sur ses personnages, même en revisitant les amitiés et les relations qui ne cessent de se réécrire et de se répéter. Comme le montre l’hilarant 3.08 - The Possible Use of Free Will, The Good Place a une définition bien lumineuse de la nature humaine au final : nous sommes tous médiocres mais le lien qui se construit entre deux êtres nous élèvera toujours au dessus de la mêlée.

En filigrane de toutes ces errances et ces rencontres autour du monde à réparer les vivants, c’est le ‘Not a robot’ Janet qui se dessine comme étant la glue du Soul Squad [1]. On ne mettra jamais assez en avant la grandeur comique de ce personnage hors du commun, celui qui peut tout se permettre. D’Arcy Carden y apporte cette inexpression très expressive pourtant qui lui sied tellement bien et le 3.09 - Don’t Let The Good Life Pass You By le montre sur deux points : dans la première partie de l’épisode, elle nous donne la Janet rationnelle à l’extrême qui voit dans Doug Forcett (Michael McKean) les travers de ce que l’utilitarisme peut faire de pire alors que Michael est aveuglé par son projet. Puis, dans la seconde partie, elle se mue en cette force invisible et centrale de la série, celle qui tient peut-être le plus au groupe qui s’est formé, quitte à se mettre en danger. Et puis Janet, The Demon Slayer, c’est juste géant. Janet, c’est ce personnage qui agit comme le reflet de l’identité profonde de la série, son exacte réplique dans les possibilités qu’elle explore, jamais à court d’idées.

Les Routes du Paradis (mais en Floride).

Australie, États-Unis et prochainement Bulgarie : en abandonnant l’au-delà, la série aurait dû perdre ses potentialités en terme de changement de scénario et de scènes mais elle trouve ici une contrepartie dans la réalité qui sied à la fois aux personnages (chacun retrouve sa famille pour l’aider) et au scénario (on change d’endroit, de configuration) sans que cela ne paraisse étrange, c’est dans son ADN. C’est là aussi une des principales forces de The Good Place : même quand on pense qu’elle arrive à court de mondes à explorer et de matériel à exploiter, elle trouve un levier (comique, philosophique, narratif ou émotionnel) pour en faire apparaître. Du génie dans les détails (ou dans la bouteille comme le dirait Christina Aguilera, probablement une bonne amie de Tahani).

the good place 308

La Soul Squad est donc désormais au courant de ce qui se passe après la mort, de ce qui s’est passé après la leur et de ce qui peut affecter celle de tout humain - et donc leurs proches. La nouvelle mission qui va les occuper, après avoir découvert les bénéfices de la philosophie morale, consiste en offrir toutes les opportunités possibles d’accéder à The Good Place à leurs proches et ainsi faire la paix avec eux.

Parce que les personnages, dès le pilot, ont été lesté d’un bagage familial qui a défini leur place dans The Bad Place et auprès de Michael. Je n’aurais pas pensé que la série aurait pu aller sur le terrain du pardon, même après le retour à la vie de notre Team Cockroach mais cela semble un chemin tout à fait adapté, même s’il se fait au détriment de la folie qui la caractérise.

Et au final, on la perd peu. Après avoir été maintes choses, elle se mue depuis 3.06 - The Ballade of Donkey Doug, en un remake des Routes du Paradis [2]. Avec Michael en ange (scratch that, I mean demon), guide spirituel empreint des enseignements de Chidi qu’il peine à appliquer à lui-même surtout quand il s’agit de faire du mal pour faire le bien avec Simone, les personnages tentent de trouver une voie de salut mais pour les autres. On oscille alors entre l’hilarant et l’émouvant, que ce soit avec le Donkey Doug/Dad de Jason, Diana Tremaine aka Donna Shellstrop, la mère d’Eleanor et sa nouvelle vie ou Tahani prête à lancer des œufs sur une œuvre d’art pour se rapprocher de sa sœur. Ce sont des interactions que l’on ne pouvait pas avoir avant, prises dans les erreurs du passé et donc en flashbacks, et qui ont aujourd’hui une réalité et une chance d’être réparées.

Pour tous les personnages, il s’agit de faire un geste libérateur pour eux et pour leur famille. Pour nous, c’est avoir une émotion rarement atteinte de cette manière dans la série. En appliquant les principes qui étaient encore inconséquents autant dans les paroles professées que dans les reboots qui les rendaient caduques, leurs actes ont désormais un impact et touchent. Eleanor faisant face à sa mère dans 3.07 - A Fractured Inheritance permet à Kristen Bell de nous serrer le coeur en réutilisant de manière ingénieuse une de ses vieilles blagues (‘No, mum. Ya basic.’) tandis que voir la rivalité entre Tahani et Kamilla arrivée à une conclusion est libérateur tant il enfermait le personnage dans une spirale de jalousie et de frustration.

On aurait pu alors logiquement se demander jusqu’à quel point la mission qu’ils se sont donnés peut être efficace et durer sans tomber dans la répétition inutile. C’était sans compter sur les fils narratifs tissés quelques épisodes plus tôt et que l’on vient tirer dans un sens du cliffhanger toujours aussi classe, envoyant dans 3.09 - Don’t Let The Good Life Pass You By des démons sur Terre et la Soul Squad dans le void, nouveau rebond intriguant.

Le professeur professé

Mais au cours de ces quatre derniers épisodes qui semblent nous mener vers la fin du cycle sur Terre, The Good Place a surtout mis en pratique les théories philosophiques qu’elle nous inculque à travers Chidi et son récit depuis ses prémisses.

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Le fait de les replacer sur Terre en début de saison avec comme but de les rendre dignes d’aller dans The Good Place (que l’on a toujours pas vu d’ailleurs) et de les réunir autour de l’étude de Chidi et Simone sous-entendait que tous les concepts philosophiques que nous avions touché allaient devoir être appliqués. C’est totalement le cas, de manière un peu fouillis mais avec une mise en place en totale adéquation avec les personnages et leurs trajectoires de vie.

Chidi, le professeur, est celui qui a pourtant le parcours le plus long à faire. Dans l’optique de lui laisser sa chance, il doit ghoster Simone, être altruiste alors qu’il en est amoureux. Les simulations projetées par Janet le mettent devant un choix cornélien et cette confrontation montre toute la difficulté de se mettre en retrait pour le bien d’autrui. C’est une thématique rarement si ce n’est jamais abordée de front dans une œuvre et nous (me en tout cas) fait réfléchir quand à son application à notre propre vie. Ce qui avait une incidence moindre dans la folie palimpseste de The Good Place, constamment réécrite et sans conséquence réelle, a ici plus d’impact parce que ne peut être changée. Dans le sillon, appliquer un programme informatique à la rupture amoureuse, utiliser la technologie pour rendre les propos moins dures, moins réelles pour celui/celle qui les donne et celui/celle qui les reçoit est réellement pertinent pour le parallèle que cela crée sur les relations (amicales et amoureuses) à l’ère du numérique. Chidi, celui qui possède le savoir, est mis face à la pratique et montre que la philosophie n’est bonne que si elle nous sert en tant qu’humain à grandir. Eleanor (et Janet), les plus terre-à-terre des personnages, sont les plus pro-actives parce qu’elles ont compris que toute la philosophie du monde ne peut être effective que si elle a une fin en soi, pas uniquement vocation à être théorique.

Il en est de même pour Michael. L’architecte, le démon omnipotent est désormais présent sur Terre et tout comme Janet, il doit composer avec l’imprévu de la réalité, de la vie. Le scénariste n’a plus la maîtrise de son oeuvre et logiquement, l’apparent bordel que pourrait être cette troisième saison tend également à refléter ça. Au contact de la réalité, il ne peut plus avoir de contrôle sur la matière humaine. Et dans un face-à-face d’une puissance comique et émotionnelle dingue dans 3.08 - The Worst Possible Use of Free Will, il se rend compte qu’Eleanor a probablement autant à lui apporter que ce qu’il lui prodigue lui.

The Good, The Bad and The Queer

Enfin, deux derniers points à aborder. Deux points qui me tiennent à cœur parce qu’ils cristallisent les grandes qualités et les petits défauts de cette troisième salve.

the good place 307

Eleanor tue la biphobie en une phrase : « More guys should be bi. I mean, it’s 2018. Get over yourselves ! »
Eleanor tue le masculinisme et l’égotisme en une autre phrase :« Her world is bigger than your relationship. » (à Chidi à propos de Simone).
The Good Place n’a pas foncièrement de personnage gay ou lesbien dans son panel de personnages mais souligne régulièrement une sexualité fluide qui est réellement intéressante (et drôle !).

La petite chose qui me gêne dans cette saison : on en oublierait presque que Michael était un démon.
C’est peut-être le seul “défaut” de cette saison, de l’avoir fait s’oublier totalement derrière son rôle de mentor, de père de substitution qu’il emplit très bien, en attendant d’avoir quelque chose à faire pour lui-même. Il agit sans que son changement de comportement dans la saison 1 et 2 ne soit adressée à nouveau, contrairement aux autres. Il est probablement celui qui a le passé le plus chargé et ne pas le voir être exploité est un peu frustrant, surtout quand on a Shawn comme antagoniste.

Face à l’accueil mitigé que reçoit cette saison, je me suis demandé si j’étais aveuglé par mon amour inconditionnel pour cette bande de personnages et les millions de grains de folie qui les animent. Puis, j’ai regardé les épisodes à nouveau. Et non, il y a toujours un génie qui traverse The Good Place mais qui évolue au gré de ses changements de décor, de perspective tout en gardant la même âme d’enfant qui joue avec l’espace et le temps.

Max
Notes

[1ces surnoms me feront toujours mourir de rire.

[2« Jonathan Smith est un ange envoyé sur Terre par Dieu avec pour mission d’amener de l’amour et de la compassion dans la vie des gens dans le malheur. Lors d’une mission, Jonathan rencontre Mark Gordon, ex-policier qui deviendra son meilleur ami. Ensemble, ils parcourent le pays afin de venir en aide à différents personnages. »
C’est le résumé Wikipédia. Moi, je me souviens juste de Charles Ingalls qui faisait fantasmer ma grand-mère sur M6.