Cinq ans pour rien ?
AVRIL 2012
Par Sullivan Le Postec • 10 avril 2012
Bienvenue au Village, le webzine des fictions européennes et francophones.

La période invite à la rétrospective. Parce que nous allons élire dans le mois à venir le prochain président de la République — le scrutin majeur de la vie politique française. Mais pas seulement. En effet, Le Village vient de fêter ses cinq ans. Nous mentionnons en fait cet anniversaire avec un peu de retard, puisque le site est né le 4 février 2007. (On essaye de préparer quelque chose pour célébrer l’événement.)

En 2007, cela commençait à sentir le roussi. En fait, c’est l’année à partir de laquelle la crise de la fiction française, dont il a été tant question dans ces pages virtuelles, s’est manifestée dans les audiences.

En 2006, les séries américaines avaient fait une poussée remarquée. Elles avaient représenté 14 des 100 meilleures audiences de l’année – c’était seulement 4 en 2005, et zéro avant ça. Mais la fiction française se maintenait à peu près et remportait 39 des 100 meilleures audiences. Des succès comme celui de « David Nolande » ou les bons scores de « PJ » le vendredi soir laissaient croire à un second souffle.
En 2007, patatras ! Seules 12 fictions française se hissaient dans le top 100, contre 48 épisodes de séries américaines. La situation empirerait encore un peu en 2008 et 2009, avant de se stabiliser à des niveaux catastrophiques en 2010.
C’est en 2007 que TF1 avait diffusé à la rentrée de septembre « L’Hôpital », son lamentable décalque de « Grey’s Anatomy » qui était resté sous les 20% de part de marché. A l’époque, une déroute spectaculaire et rarissime.

Notre diagnostic, au Village, a toujours été que la crise de la fiction française ne datait pas de 2007. On a seulement payé ce moment la note des années 1995-2005, celle de la photocopie à l’infini des formats, de la sclérose. France 2 avait tenté d’initier un renouvellement à la fin des années 90, une politique renforcée par Laurence Bachman entre 2000 et 2005. Mais France 2 a été trop lente, trop timide, et surtout trop seule. Pire, le changement de direction du groupe en 2005 a enterré ce début d’élan et précipité l’enterrement de la fiction française.

Pendant cinq années, Le Village a couvert quelques intéressantes tentatives, quelques déceptions et retours en arrière, surtout beaucoup de stagnation et de désarrois. Nous aurions aimé assister à un véritable mouvement de reprise, mais il n’est jamais arrivé, contrairement à la Grande Bretagne, au Danemark, à la Suède, où une vague enthousiasmante s’est levée. Même Canal+, après une intéressante période initiale d’ébullition créative, a renoncé à l’ambition de promouvoir de véritables avancées pour se replier sur un formatage castrateur.

A tâtons, et avec une quantité encore trop importante de « déchets », France Télévisions essaye aujourd’hui de redevenir le lieu d’innovation qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Mais aujourd’hui comme hier, elle est lente, timide, et surtout tristement seule.

Il reste à espérer que les mêmes causes puissent ne pas forcément produire les mêmes effets.


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