Critique des meilleures nouvelles séries télé (et des autres)
Regarde critique sur les séries TV actuelles

Law And Order SVU - Retour sur trois des épisodes les plus marquants de la saison passée avant la 18

En Attendant la Suite: La Saison 17 en 3 Episodes Marquants

Par Conundrum, le 22 septembre 2016
Publié le
22 septembre 2016
Saison 17
Facebook Twitter
En attendant la nouvelle saison, pErDUSA revient sur 3 des épisodes les plus marquants de la saison 17, la dernière avec Warren Leight, le showrunner qui a redéfini la série, à sa tête.

17.05 - Community Policing

Lorsque Law and Order SVU s’inspire de faits réels, la série peut faire peur. On se rappelle douloureusement de l’épisode inspiré par l’affaire DSK. Heureusement, Community Policing reprend les thèmes du mouvement Black Lives Matter dans un épisode incroyablement bien mené.

Le postulat de base de la série centrée sur les crimes sexuels pouvait rendre difficile le lien avec les dérapages policiers envers la communauté afro-américaine. Et pourtant, il dessine le terrain de ce terrible dérapage. Le crime est particulièrement odieux, et les victimes ont un lien de parenté avec un policier. Le premier quart est édifiant dans la gestion de son intrigue. La tension monte très vite, et s’il était difficile que l’un membre de la distribution commette l’assassinat d’un jeune homme qui s’avérera être innocent, les policiers au centre de l’équipe ont un lien fort avec l’équipe de SVU. Ce lien passe, entre autre, par le seul échange léger de l’épisode où l’un d’eux explique à Carisi qu’il re-tenterait bien une approche avec une Rollins qu’il ne sait pas enceinte jusqu’aux yeux. Cette petite touche d’humour humanise ces policiers. Les policiers qui vont commettre ce crime ne sont, en plus de cela, jamais dépeint de manière négative et encore moins raciste. Ils respectent leur capitaine, lui aussi afro américain.

Ce premier quart d’heure montre aussi la difficulté des policiers à mener leur recherche au sein de la communauté afro américaine et surtout il met en avant qu’il n’y a pas une seule attitude dans ce contexte de violences policières à répétition : certains co-opèrent, certains refusent et d’autres ont besoin d’être rappelé que, indépendamment du contexte, on parle (entre autre) du viol d’une petite fille. L’ambiance oppressante et le stress mènent à une tragique erreur judiciaire. Et le fait qu’on ne nous montre pas la scène ajoute à cette tension. Le téléspectateur est ainsi un membre de l’équipe de SVU. On entend ce qu’ils entendent et découvrons la scène avec eux.

Ainsi, les scénaristes nous inclut du côté de la police et, de ce fait, des coupables d’un crime. La situation est d’autant difficile qu’il ne s’agit pas de mauvais flics ou de policiers corrompus, mais de policiers aguerris qui ont commis un erreur. On se retrouve alors extrêmement mal à l’aise quand Carisi, la figure la plus sympathique de la série, malmène le colocataire de l’homme que la Police pense être coupable mais qui est une victime de circonstance. Et c’est aussi une des nuances remarquables de l’épisode. Si nous savons, de part le contexte de l’épisode qu’il est innocent, sa culpabilité est toujours en doute. Comme les médias ont rapidement repris l’affaire, le père de la victime, qui a vu l’agresseur, l’identifie directement parce qu’il « l’a vu à la télé ». L’une des victimes est bien moins formelle. Il faut attendre les analyses d’ADN pour que l’équipe réalise la gravité de la situation.

Community Policing prend alors une tournure brave en opposant ses deux figures d’autorité : Benson, la responsable de l’unité et Barba, l’assistant du procureur. Ce dernier, sous pression du maire de New York, cherche à inculper les policiers, et Benson se bat pour les défendre. Ce choix est très brave : notre héroïne connue pour sa compassion, son intégrité et sa justesse défend des policiers qui ont tué un jeune homme sans défense. Cela met en avant toute la complexité de cette affaire. Pour Benson, toutes les règles ont été suivies. Ces policiers ont suivi ce qu’on leur a enseigné à l’Académie et, se croyant en danger, ils ont tirés sur un homme qu’ils pensaient armés. Barba entame alors son action de prosécution devant un grand jury. Il doit s’assurer que la voix de la communauté afro américaine soit entendue et que justice soit faite. Pour lui, cela passe par l’inculpation des policiers.

On le voit alors questionner les policiers ayant commis le crime ainsi que toute l’unité spéciale aux victimes dans une scène très perturbante qui s’achève par Barba qui perd le contrôle de la situation quand le jury, convaincu par le travail de Barba, cherche à punir les policiers de manière plus sévère que l’assistant du procureur avait prévu. Il en ressort une conclusion amère et difficile. L’épisode ne cherche à rien à influencer ou à statuer sur la justesse du mouvement Black Lives Matter mais dépeint une situation complexe au sein d’un contexte difficile. Lorsque l’épisode s’achève, il n’y a pas de sentiment que justice ait été rendue car la situation n’est ni simple, ni évidente. C’est un épisode qui évite les raccourcis et les chemins facile et laisse le téléspectateur juger pour lui même.

Community Policing est aussi un excellent exemple de la manière dont la série gère sa mythologie. Deux personnages récurrents font une apparition dans cet épisode qui auront un rôle très importants par la suite de la saison, et surtout il sème les graines d’une intrigue autour de Barba qui ne sera exploitée qu’en toute fin de saison. Et il fait cela en restant totalement accessible au spectateur occasionnel. Que ce soit par la pertinence de la gestion de son thème ou la structure même de l’épisode, Community Policing, écrit par Warren Leight et le dramaturge new yorkais afro américain A. Zell Williams sur une idée de Kevin Fox, est un épisode extrêmement marquant pas uniquement de SVU de toute la saison 2015-16 et il est chaudement recommandé.

17.13 - 41 Witnesses

41 2

Il est difficile de regarder 41 Witnesses et ne pas penser au meurtre de Kitty Genovese. En 1964, une jeune new yorkaise a été assassinée devant 38 témoins. Aucun d’entre eux ne lui est venu en aide et il était trop lorsque l’une d’entre eux contacta la police.

L’épisode de Spécial Victims Unit revient sur l’effet spectateur où le témoin d’un crime est moins enclin à agir s’il est entouré d’autres témoin se disant que d’autres le feront à sa place. La scène d’ouverture de l’épisode est difficile à voir. Une jeune droguée se fait accoster dans un café new yorkais par trois jeunes hommes. Incapable de lutter, ces derniers l’emmènent contre son gré devant les autres clients. Ils la raccompagnent à son immeuble et la jeune femme se fait violer dans la cour de l’immeuble alors que les lumières des appartements de ses voisins s’éteignent une à une.

La scène d’ouverture glaçante lance l’équipe dans une enquête qui dépeint une situation tragique. La victime est une jeune femme qui lutte difficilement contre son addiction pour récupérer la garde de ses enfants. Les attaquants sont de jeunes adultes issus de milieux difficile et logent dans foyer social surmenée. On rappelle encore une fois cette saison, la difficulté des institutions sociales new-yorkaises surchargées. Carisi s’énerve à plusieurs reprises face à l’inertie de la population, au mieux craintive des représailles, au pire totalement insensible.

41 Witnesses est un épisode un peu étrange de SVU. Son message est fort et l’environnement autour du crime met en avant une situation difficile. Les personnages ne sont jamais totalement agréables, et sont jamais totalement déplaisants. On ne peut pas rester insensible au jeune homme qui a accompagné ses camarades mais qui ne s’est pas s’opposée de manière assez ferme à eux et qui écope de la même peine.
Et de la même manière, si personne n’a empêché le crime, ils ne sont pas restés inactifs pour les mêmes raisons. Certains sont (dé)motivés par la peur, d’autres par la volonté de ne pas chercher d’ennuis, d’autres, comme le personnage incarné par la sympathique Allyce Beasley de Moonlighting, par leurs idées préconçues. Et cela questionne le téléspectateur et le renvoi face à ses propres insécurités. Il n’y a pas deux témoins identiques, si on aimerait tous être aussi juste qu’un Carisi, on peut aussi s’identifier à l’un d’entre eux. L’épisode met le téléspectateur mal à l’aise.

Il est aussi perturbant par la gestion de sa victime. Il n’y a pas de victime idéale, mais voir une jeune mère droguée qui a perdu la garde de ses enfants pousse Rollins, qui vient d’accoucher, à la juger. Special Victims Unit fait un point d’honneur à toujours accompagner les victimes. On a vu à plusieurs reprises Benson aider les victimes à ne pas culpabiliser, à leur rappeler qu’elles sont en vie et surtout ne jamais les blâmer pour ce qui vient de leur arriver. Rollins montre peu d’empathie envers la victime. Et il faut Benson lui rappelle que, avant d’être mère, c’est une femme qui lutte contre l’addiction. Cet échange résonne un peu plus fort quand on connait le passé de Rollins. L’épisode adresse le fait que la victime a commis des erreurs mais n’est en rien responsable de ce qui vient de lui arriver et il est important que cet échange ait lieu entre deux personnages principaux de la série, et deux mères de surcroit.
Et sur le point de l’addiction, la scène finale donne une touche amère. On montre souvent des personnages boire un peu trop. Les dernières saisons de The Good Wife voyait Alicia un peu trop portée sur la bouteille. Sans aller à l’extrême, se tourner vers l’alcool est aussi une manière de gérer les difficultés de sa journée. Travailler dans un milieu qui confronte les personnages au pire que ce que l’humanité a à offrir montre que quelqu’un aussi fort et noble que Benson s’y tourne aussi.

Fort par son thème, je disais un peu plus haut que l’épisode était étrange. Il pèche un peu par l’exécution de son dénouement. Les témoins, de par leur inaction, sont peu fiables face à l’horrible stratégie de défense choisie par la défense. Il est même un peu perturbant de voir le personnage récurrent de Henderson (LaFayette d’Hamilton !) habitué des causes justes, se plier à la version des accusés. Le travail de Barba est ardu et la manière dont il réhabilite le témoin clé en difficulté sort un peu de nulle part. Ce faux pas pèche un peu dans cet épisode autrement réussi.

Il faut aussi noter que, comme Community Policing, l’épisode avance aussi les subtiles intrigues de la saison avec le mystérieux coup de fil de Benson en fin de saison. C’est encore un excellent mélange d’épisode indépendant qui peut être vu sans ne rien connaitre et sans devoir suivre la série mais qui récompense le téléspectateur fidèle.

17.19 - Sheltered Outcasts

deux

Dans notre dernier podcast, celui de Septembre [1] sur les séries dont on parle peu, Jéjé a mis en avant un point important sur Law and Order : SVU : en enquêtant sur les crimes sexuels, les victimes sont souvent encore vivantes lors de l’enquête. Il faut gérer la vie d’après. De ce fait, les scènes et présentes lors de la plupart des épisodes où Benson explique aux victimes qu’elles ne sont pas responsables et, parce qu’elles sont toujours vivantes, n’ont pas à questionner leurs actes, sont d’une importance cruciale. SVU s’est consacré à deux reprises à ce qui se passe après un crime. Dans Institutional Fail, l’excellent épisode avec Whoopi Goldberg, on dresse un portrait alarmant des institutions sociales de prise en charge des victimes. Dans Sheltered Outcasts, écrit par Ed Zuckerman et réalisé par Mariska Hargitay, la série se penche sur la réinsertion de criminels ayant purgé leurs peines.

Et il s’y adresse de manière à la fois intelligente, pour son sujet, et stratégique, pour l’évolution de la série. Carisi est le dernier membre régulier en date de la série. Centrer l’épisode par sa vision est une excellente idée car c’est homme croyant, bon, animé par la recherche de la justice. Cela nous permet de mieux le connaitre et surtout de clairement établir ses relations avec le reste de l’équipe. L’épisode commence alors qu’il est sous couverture dans un foyer pour criminels sexuels en cours de ré-insertion dans un quartier où plusieurs viols ont eu lieu. Finn propose à Benson de le bousculer un peu pour renforcer sa couverture, avant que cette dernière lui rappelle que Carisi s’est porté volontaire pour cette mission difficile et doit assez en baver sans qu’on en rajoute. Et Rollins montre son inquiétude pour un collègue qui a pris un part importante dans sa vie. On est bien loin du nouveau bien trop enthousiaste à la moustache agaçante de la saison 16.
Avec ce simple échange, on établi la dynamique de l’équipe (relation grand frère/petit frère entre Finn et Carisi, le lien spécial entre Rollins et ce dernier et surtout le fait que Benson est une responsable juste et autoritaire) de manière plus efficace que n’importe quel « Précédemment dans… » n’aurait pu le faire. Cela peut paraitre anodin, mais cela dénote la facilité de SVU à gérer son caractère sériel et sa nature « procedural ».

L’inquiétude de Rollins face à la situation difficile dans laquelle se trouve son collègue est justifiée. Carisi doit se protéger contre la justice de la rue quand le père de la victime du crime de la semaine cherche à venger sa fille, mais surtout, il doit être particulièrement crédible dans une scène de thérapie de groupe où il doit expliquer ses pulsions en tant que pédophile. Plus qu’un test, il s’agit d’un exercice extrêmement perturbant. De plus, Sonny est sous couverture depuis quelques mois, et lorsqu’un des criminels vient à sa défense en lui sauvant probablement la vie, des liens se tissent d’eux mêmes.

La résolution de l’épisode n’est pas le point le marquant de l’épisode. On aurait tant pu la voir dans un épisode de The Practice que SVU. Ce qui rend cet épisode remarquable est le fait qu’il adresse que faire des criminels sexuels. Tout ces crimes sont horribles, s’ils ne sont pas comparables, ils n’en restent pas moins différents. Certains récidivent, certains glacent le sang, et d’autres admettent et comprennent leurs crimes et montrent de réels regrets. L’épisode pousse à être empathique envers la situation de l’un d’entre eux. Et cela est adressé lors d’un échange entre Rollins ou Carisi ou ce dernier explique qu’il a commencé cette mission en détestant ces criminels, mais après quelques jours, ils deviennent humains. Une Rollins ou un Finn aguerris auraient peut être moins susceptible à cet angle, mais cet épisode est intéressant car c’est Carisi, le nouveau, l’optimiste, celui qui hésite entre la loi ou l’ordre pour défendre les victimes qui est au centre de cet épisode.

Si j’aurais pu me passer du retournement de situation final un peu trop rocambolesque quant à la manière où le coupable est démasqué, il n’est reste pas moins un épisode courageux. On a tendance à voir les séries policières quand les bons flics qui arrêtent les horribles criminels. En se penchant sur les crimes sexuels, on s’adresse au pire de ce que la population peut offrir. SVU ne cherche pas à justifier les crimes, ou à minimiser les actes de ces hommes, mais la série montre que chaque criminel est différent, et que, même pour ces crimes, certains sont aptes à la réhabilitation après avoir purgé leur peine et surtout compris et s’est repenti de leur crime. Ce n’est ni une vision manichéenne ni réactionnaire, SVU, surtout lors de cette saison, s’est attardé à montré les nuances et, dans ces meilleurs épisodes, pousse le téléspectateur à la réflexion. Les épisodes s’achèvent rarement sur une notion satisfaisante que justice ait été rendue, ils laissent un gout amer, dans le bon sens du terme. SVU est la preuve que nous n’avons pas nécessairement besoin de anti héros pour dépeindre un monde complexe, c’est d’ailleurs avec des personnages comme Benson qu’on aborde des questions adressées nulle part ailleurs à la télévision. Et ce n’est pas un fait à sous estimer qu’on parle d’une série qui est en à sa 18ème saison.

Conundrum
Notes

[1Saison 12, Episode 1