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Sydney Bristow n’est pas la seule Strong Female Lead ?

Netflix’s Strong Female Lead

Par Sebargio, le 17 juillet
Publié le
17 juillet
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Netflix c’est bien pour plein de trucs, moins bien pour plein d’autres trucs et on y retrouve des catégories assez classiques comme "TV Drama" ou "Science-Fiction Movies". De temps en temps il y a des catégories un peu étranges, sorties de nulle part… Il y en a notamment une qui s’appelle "Strong Female Lead" et elle me dérange depuis très longtemps sans trop savoir exactement pourquoi et je crois que j’ai enfin réussi à comprendre…

L’autre jour, après que mes enfants ont essayé en vain de lancer Netflix (il fallait entrer de nouveau le mot de passe pour une raison étrange), ils se sont rabattus sur ma collection de DVD de dessin animés et ils ont choisi de regarder Les Merveilleuses Cités d’Or. C’est en accès libre à la maison mais ils préfèrent la plupart du temps aller à la facilité d’avoir simplement à choisir sur l’écran avec la télécommande plutôt que de s’embêter à mettre un support physique dans une machine archaïque.

Après quelques épisodes, je leur ai demandé s’ils aimaient ce dessin animé et ma fille de six ans m’a répondu "oui, parce que la petite fille, elle est bien".
J’avoue ne plus très bien me souvenir mais effectivement, dans ma mémoire, Zia était l’égale d’Esteban (même s’il était le héros désigné de la série), à la fois intelligente, instruite, courageuse et détentrice d’un des deux médaillons obligatoires à l’ouverture des portes. Évidemment je ne jette plus le même regard qu’à l’époque mais la réflexion de ma fille montre à quel point des modèles féminins forts (on reviendra sur la définition de "fort" un peu plus tard) est primordial.

On part quelques années après la diffusion de ce dessin animé et on se retrouve le mardi soir sur M6, en VF, et je suis ébloui par un personnage et une actrice dans une série. La série, c’est Loïs & Clark, l’actrice,Teri Hatcher, le personnage...
Loïs est courageuse, elle est pertinente, elle est réfléchie [1], elle est audacieuse, elle est l’égale de Superman, sauf qu’elle n’en a pas les pouvoirs. En bref, elle est un modèle. Après en avoir récemment discuté sur Twitter, je me suis rendu compte qu’elle a montré à beaucoup ce qu’il était possible de faire avec un personnage féminin. Pas seulement une suiveuse, un faire-valoir, une femme-dans-un-frigo, un trophée et autre… Quelqu’un de "fort" (on y revient, mais pas tout de suite encore).

Quelques années passent encore et je me retrouve devant Desperate Housewives. Je n’ai regardé cette série que parce qu’il y avait Teri Hatcher. Hélas, elle y incarne Susan Delfino, une catastrophe ambulante qui prend mauvaise décision sur mauvaise décision et qui est la démonstration par l’exemple de "ce qui doit mal se passer va mal se passer". On la suit alors dans des situations plus embarrassantes et même plus humiliantes les unes que les autres. Elle finit toujours par s’en sortir mais inutile de dire que je suis extrêmement déçu… Ma Loïs Lane doit se retourner dans sa tombe tant le personnage de Loïs et de Susan sont opposés.

lois and clark

Le traitement du personnage de Susan va avoir un effet négatif involontaire mais bien réel sur moi.
Quelques années plus tard encore, on me conseille de rattraper de toute urgence Gilmore Girls. J’ai alors vécu le premier épisode en mode Desperate Housewives : ça va mal se passer. Lorelei organise un mariage dans son hôtel et a un rendez-vous important après. Je me suis évidemment imaginé que le mariage allait tourner à la catastrophe, que Lorelei allait être mise dans des situations embarrassantes et humiliantes, comme Susan Delfino.
Mais à ma grande surprise, rien de tout ça. Le mariage se passe, on n’en parle pas, on ne montre pas l’organisation et le déroulement à l’écran. Ce n’est pas le sujet. Tout se passe bien et on enchaine sur la suite de l’histoire. Lorelei est quelqu’un de compétente, accomplie professionnellement, qui sait ce qu’elle fait et qui réussit. Elle est "forte".

Et on retourne à Netflix et sa catégorie "TV shows featuring a strong female lead". En en discutant (avec des gens de ma vraie vie pour une fois, pas sur internet), je me rends compte que cette catégorie est comprise comme "jolie fille qui distribue des coups de poings à tout va".
Nouvelle désillusion évidemment.
N’ai-je rien compris à l’histoire ? Veronica Mars et Jane The Virgin n’ont-elles pas leur place dans cette catégorie ? Il semblerait pourtant que si. À l’heure actuelle en tout cas, on y retrouve Jane mais aussi Lorelei, Kimmy Schmidt, Jessica Day et Alicia Florick…

On notera au passage l’illustration édifiante choisie par Netflix pour The Good Wife, je tombe là-dessus en rédigeant l’article et ma mâchoire en profite pour tomber également. Celle de Gilmore Girls n’est pas mal, non plus...

netflix vignette

Pourtant, dans mon entourage, c’est Sydney Bristow, Jessica Jones et Carrie Mathison qu’on s’attend à retrouver dans cette catégorie. Attention, je suis fan d’Alias depuis le premier jour (et j’ai beaucoup aimé que pour une fois ce soit le fiancé qui soit tué dans le pilote plutôt que la fiancée assassinée qui lance le héros sur sa quête) mais franchement, cela montre à quel point le choix des mots est important et à quel point il est indispensable de s’entendre sur leur signification.

Alors non, "strong", "fort" ne fait pas référence uniquement ou même partiellement à la force physique du personnage. Ni au nombre de baffes délivrées à la minute...
Et à l’époque où on lit sur internet à propos du dernier épisode de la saison 2 de Supergirl des commentaires disant "No way that she can beat Superman" [2], c’est d’autant plus important d’être clair sur cela.

Un personnage fort, c’est un personnage important, central, charismatique, compétent, courageux et que sais-je encore, la liste n’est pas exhaustive loin de là. Et l’actualité, les réactions prouvent tous les jours qu’on a besoin de personnages comme elles pour donner l’exemple. À l’époque Veronica Mars avait contourné le problème magnifiquement en clouant bien des becs avec son mémorable "Veronica Mars is smarter than you".
Vive Veronica.

PS : Et maintenant, on enfonce le clou et on nous donne une réincarnation féminine pour le prochain Docteur [3].

PPS : Il y a depuis peu une nouvelle catégorie sur Netflix qui s’appelle "Women who rule the screen". Je vous laisse seuls juges…

women who rules

Sebargio
Notes

[1On ne parlera pas du fait qu’elle n’est pas capable de reconnaître Clark sans ses lunettes, ça fait partie de la beauté du mythe de Superman.

[2Si vous n’avez pas peur de vous brûler les yeux, vous pouvez aller vérifier par vous-même au milieu d’autres commentaires affligeant sur le fait que Supergirl est de la propagande femino-gauchisto-gay produite par des femmes. Promis je n’invente rien.

[3Ce texte a été écrit avant l’annonce faite par la BBC que la merveilleuse Jodie Whittaker sera la 13ème Doctor Who.