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Stranger Things - Stranger Things, saison 2 : nul ou génial ?

Stranger Things (Bilan de la Saison 2) : Stranger Things 2 : The Colbys

Par Conundrum, le 7 novembre 2017
Publié le
7 novembre 2017
Saison 2
Episode 9
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Il y a quelque temps, j’ai regardé un film de 18 heures. J’ai été un fidèle spectateur de l’oeuvre d’un type qui a fait une série télévisée tout en dénigrant le genre, en refusant d’utiliser le terme épisode et en insistant sur le fait que toute sa saison était un long film.

Est-ce que ça fait de moi un héros ? Probablement, mais ça m’a aussi permis de me dire que si j’étais capable de regarder Twin Peaks sans laisser mon agacement prendre le dessus sur le plaisir de regarder la série, j’étais aussi capable de regarder ce que les frères Duffer préfèrent présenter comme Stranger Things 2 plutôt que la seconde saison de la série dont on a trop parlé l’année dernière.

Les frères Duffer ont construit leur série comme un hommage vibrant à la pop culture des années 80. En nommant cette suite Stranger Things 2, ils reprennent un code cinématographique pour une suite plutôt que suivre le schéma de production sériel. Et je dois avouer que mon plus gros problème avec la première saison de Stranger Things était cette impression de regarder un film beaucoup trop long. L’intrigue aurait été mieux servie en format film unitaire en se séparant de tout ce qui était superflu. Cette impression s’est transformée en crainte car si l’envie de voir la suite était bien là, mon indulgence face aux lenteurs des séries Netflix a disparu avec la saison 2 de Daredevil.

Et puis il y avait ce titre.
Stranger Things 2.
Mais au moment de murmurer dans ma barbe que les frères Duffer devaient être de gros connards prétentieux, je me suis rappelé d’un grand moment télévisuel des années 80 qui allait totalement changer la donne pour moi. Non seulement, il allait modifier mon opinion au sujet des Duffer fondée sur un élément d’une importance ridicule (ce 2), mais ce raisonnement totalement absurde allait leur donner le statut de génies à mes yeux.
Dans les années 80, Dynasty s’est lancée dans une glorieuse série dérivée avec Charlton Heston (autre gros connard prétentieux mais pour d’autres raisons) avec un superbe cliffhanger jamais résolu [1] où le personnage féminin principal se fait enlever par des extra terrestres. Son nom Dynasty II : The Colbys !

Alors si un fleuron du genre comme Dynasty pouvait se doter d’un 2 à son titre, je n’avais plus aucun scrupules à regarder cette série dont le titre est évidemment un hommage à ce bijou télévisuel !

Et après avoir vu toute la saison, ...non, après avoir vu tout Stranger Things 2, on réalise qu’elle a tout d’une saison 2 : des nouveaux personnages agaçants, une intrigue similaire à la saison 1, la dynamique de groupe de personnages qui faisait le charme de la saison 1 a disparu en donnant à chacun sa propre intrigue et des défauts d’écriture encore plus affirmés ! Tous les passages obligés de la seconde saison étaient là pour me rassurer.

Et pour en parler, revoyons tous les points importants de la saison par la savante méthode établie et peaufinée par pErDUSA, afin de répondre à la vraie et unique question importante quand on regarde une série : nul ou génial ?

NUL - Eleven

Eleven était la figure marquante de la saison 1 et, on peut accorder ce point aux Duffer, il y a une vraie prise de risque en l’éloignant de preqsue tous les personnages principaux pendant quasiment toute cette saison. Le problème est que son intrigue est incroyablement maladroite. Eleven est guidée par deux moteurs : la recherche d’un endroit où elle est à sa place et comprendre qui est sa mère. Si sa dynamique avec Hooper est une bonne idée, Eleven a simplement échangé une prison contre une autre. Comme pour beaucoup d’enfants adoptés, la recherche des parents biologiques est un point pertinent. Le problème est que si les intentions sont bonnes, le traitement est totalement bancal.

st eleven 2

Eleven retrouve sa mère, trouve un moyen de communiquer avec elle, mais celle-ci la pousse à retrouver une gamine qu’elle n’a vue qu’un court instant jouer avec sa fille ? Les motivations de la mère d’Eleven sont floues et peu compréhensibles.
Les retrouvailles sont de courtes durée et sont un simple prétexte pour relancer l’intrigue d’Eleven vers une autre direction, celle de la recherche de Eight, sa « soeur ». Là aussi, même s’il est louable de consacrer tout un épisode aux aventures d’Eleven, tout parait trop rapide et bâclé. Elle retrouve sa sœur et en moins d’une heure les scénaristes grillent du matériel qui aurait pu durer un peu plus longtemps. Subsiste alors une fâcheuse impression d’avoir balancé trop d’intrigues d’un coup sur Eleven qui lassent car elles ne satisfont pas le téléspectateur. On sait pertinemment qu’elles sont un détour pour permettre à Eleven de revenir à Hawkins au moment où on a besoin d’elle. Il aurait été peut être préférable de se concentrer cette saison sur Eleven et sa mère et de garder tout le passage avec Eight pour la saison prochaine.

GÉNIAL - Les nouvelles combinaisons

Mais l’avantage de l’exclusion d’Eleven est que les personnages d’Hawkins sont exploités sur leur propres mérites. Will, quasiment absent de la saison 1, a une intrigue particulièrement solide qui montre le talent de son jeune interprète. De nouvelles combinaisons, comme Steve et Dustin, permettent la rédemption du premier et d’approfondir la personnalité du second.

Stranger Things 2 a suivi le chemin souvent problématique des suites en séparant un groupe de personnages dont l’alchimie faisait la force en saison 1. Mais elle réussit, globalement a donner une profondeur plus importantes aux figures centrales. Savoir que la plupart des personnages peuvent exister hors d’une dynamique de groupe est un atout sur lequel les scénaristes peuvent capitaliser lors des saisons suivantes en exploitant de nouvelles combinaisons.

GÉNIUL ? - Les nouveaux personnages

Les nouvelles additions de cette saison ne passent pas le test du Nul ou Génial en tant qu’ensemble. Si le thème de la saison était de confronter ses peurs, de Will et le monstre de l’Upside Down à Dustin et ses hormones en passant par Joyce et Hooper et la crainte de perdre Will et Eleven, le personnage de Billy a du sens uniquement dans sa relation avec Max, sa sœur. Cette dernière met fin a une relation abusive, mais toute cette intrigue est loin d’avoir l’ampleur dramatique et ou simplement l’intérêt de donner à Billy autant de matériel. Il semble être une version amplifiée de Steve en saison 1. C’est un personnage agaçant qui nous fait perdre du temps.

Max ne fonctionne que par sa relation avec le groupe d’amis. Si son interprète est douée, la présence du personnage semble être simplement justifiée pour mettre en place des triangles amoureux et créer (artificiellement dans le cas de Mike et Eleven) des tensions. C’est un bilan mitigé pour un personnage qui n’agace pas autant que son frère mais qui peine à avoir notre totale sympathie.

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En revanche, l’addition de Paul Reiser et de Sean Astin sont d’excellentes idées. Figures emblématiques des années 80, ils appartiennent à ce type d’acteurs qui remontent un matériel un peu fade. Le premier est un docteur qui n’a pas grand chose à faire, et le second est le petit ami un peu lourdeau qui aurait pu aisément nous lasser. Ils ont trouvé leurs places de manière organique dans la saison et laissent globalement une bonne impression.

GÉNIAL - La dynamique familiale

Une série familiale comme Parenthood est aussi crédible que Stranger Things à mes yeux. Voir des familles aussi unies me parait aussi plausible que l’existence d’une dimension parallèle maléfique. Mais les relations entre Will et son frère puis Dustin et Steve montre des relations fraternelles où l’amour dans le premier cas et l’affection sonnent vraies et sincères. Il est assez rare de voir des relations grand frères/petits frères sans tension ou jalousies.

Les frères Duffer semblent particulière à l’aise sur ce domaine contrairement aux..

NUL - Les personnages féminins

…traitement des femmes dans la série.
Winona Ryder est géniale, et Joyce est un super personnage. Le problème est que Joyce ne semble exister que par sa fonction de mère. Elle n’a aucune alchimie avec ce pauvre Bob et on ne lui donne rien à faire à par s’inquiéter pour son fils. Ce qui est totalement acceptable en saison 1 devient problématique quand même Steve est mieux traitée qu’elle. Le seul moment où le personnage de Joyce montre tout son potentiel est lors de « l’exorcisme » de son fils car elle devient active dans son inquiétude.

Les autres personnages féminins sont aussi problématiques. Max et Nancy sont utilisées comme des angles dans la mathématique de triangles amoureux. Elles n’existent que pour créer des tensions entre Dustin et Lucas et Eleven et Mike pour la première, et la seconde transite de Steve à Jonathan. Ce qui est dommage car Nancy a un arc solide pour la saison en cherchant à apaiser les parents de Barb. Il était agréable de voir Nancy s’affirmer dans une intrigue non romantique. Sa recherche a du sens, mais l’idée de ce triangle amoureux prend vite le pas sur cette intrigue. C’est dommage, car on aime beaucoup Nancy en Veronica Mars !

Enfin, je ne comprends toujours pas pourquoi la mère de Nancy est créditée au générique si c’est juste pour être le ressort comique de la femme négligée/mère négligente.

GÉNIAL - Les Années 80

Les hommages à la pop culture des années 80 auraient pu lasser mais qu’ils soient directs comme avec Ghostbusters où des influences aux intrigues (Dustin et son dangereux Gremlin, la possession et l’exorcisme de Will), la reprise des codes des figures mythiques d’une décennie fertile ne devient pas aussi pesante qu’on aurait pu le croire.

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Surtout qu’avec l’âge des acteurs, les frères Duffer auront un nouveau terrain de jeu avec les films de John Hughes pour les prochaines saisons.

NUL - La mythologie

Aussi sympathique que cette saison l’était, et elle l’était vraiment, il y a juste l’illusion qu’il se passe beaucoup de choses mais dans les faits, un monstre veut sortir de l’Upside Down, il envoie ses chiens, possède Will et Eleven ferme la porte. Nous n’apprenons rien de neuf en cette saison 2.

C’est une force de pouvoir distiller les informations de manière à permettre à la série de durer le plus longtemps possible, mais cela reste une grosse déception. Avec de courtes saisons, on peut encore se poser sur le développement des personnages et vu les lacunes de la première saison, il est judicieux que les frères Duffer et leur équipe aient pris le temps de le faire. Mais attention à l’erreur de Lost, car la lassitude risque de vite arriver si les réponses ne viennent pas.

Surtout que la série bénéficie grandement du visionnage glouton. Les cliffhangers donnent envie d’enchaîner et nous n’avons pas conscience de la faible teneur en apport mythologique d’un épisode de la série. Mais c’est un problème que les Duffers doivent prendre en compte car pour être efficace, une suite doit capitaliser sur les forces de sa première saison (on est bon), ouvrir un peu plus l’univers de la série sans trop changer son ADN (on est pas mal), et développer la mythologie. Sur ce dernier point, c’est un échec.

GÉNIAL - L’envie de voir la suite

Pourtant, le plus étonnant est que malgré cela, l’envie de voir la suite est là. Cela signifie que Stranger Things a réussit à recadrer la série pour ne pas se reposer sur le mystère de l’Upside Down. Et c’est là où la saison montre qu’elle n’est pas un film.

Un film est et doit être pensé comme un unitaire. Une suite peut être agréable, elle peut être nécessaire, mais elle doit pas être une fin en soi. Mettons de côté un instant l’aspect prétentieux de vendre une série [2] comme un film. Penser une série comme un film est dangereux, car la notion de conclusion s’impose forcément dans un unitaire, le cahier des charges dans une série y est différent. La conclusion se gère à trois niveaux :
— la fin d’un épisode : Netflix brouille la donne car elle pousse au visionnage glouton. Le cliffhanger sera plus apprécié pour pousser le téléspectateur à lancer l’épisode suivant. Or une conclusion d’épisode doit laisser le temps de digérer ce que l’on a vu, de se poser sur ce qui vient de se passer. Les qualités d’un épisode sont mieux appréciées et il y a un laps de temps régulier (idéalement une semaine) pour assimiler et repartir sur un nouvel opus. Netflix veut nous faire consommer une série comme un marathon au lieu d’une course hebdomadaire,
— la fin de saison : ici, Netflix ou pas, les thèmes principaux de la saison doivent avoir été exploités de manière satisfaisante [3]. Mais la série ne doit pas avoir exploité tout son potentiel. Contrairement à un épisode, l’intérêt ne peut pas être relancé par un simple cliffhanger. La sensation générale de la saison pèsera dans le choix de s’investir ou non dans une suite. La fin doit être à la fois satisfaisante en tant que dénouement mais surtout pas finale.
- la fin de série est la conclusion des thèmes de la série et se doit d’être finale. Elle correspond à la fin d’un film.

Penser une série comme un film pousse à la conclusion d’une saison à donner un caractère définitif, qui peut être une porte de sortie.

Stranger Things 2 s’est bien présenteé comme une saison et non comme un film. Le caractère épisodique était plus marqué avec une structure où l’intrigue n’avance vraiment que dans le double épisode final. Chaque épisode a une identité propre qui fait avancer l’intrigue par des événements qui lui sont bien spécifiques. The Pollywog est centré sur la découverte d’un animal étrange, Dig Dug sur Hooper et les tunnels, The Spy dans le laboratoire d’Hawkings et de manière plus marqué, The Lost Sister est un épisode indépendant sur Eleven. Enfin, la conclusion de la saison est tout sauf définitive puisque, sur le plan mythologique, rien n’est résolu.

Avec tous ses défauts typiques d’une seconde saison et une meilleure gestion de la structure sérielle, Stranger Things 2 était une seconde saison réussie de série télévisée.
David Lynch devrait s’en inspirer.

Conundrum
Notes

[1Contrairement à Seb, j’adore les fins ouvertes !

[2Parlons de série et non de mini-série.

[3Une pause, bien plus longue est nécessaire avec Netflix, d’ailleurs.