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The Resident - WonderResident contre les EvilDoctors

The Resident: Encore une série de super-héros...

Par Jéjé, le 13 juin
Par Jéjé
Publié le
13 juin
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Les accros aux séries médicales ont plus de chances que les accros aux séries judiciaires : les networks leur ont toujours généreusement fourni leur dose. Mais là, le stock est en train de se gâter. Il faut qu’on se fasse une raison. Grey’s Anatomy s’essouffle. Elle reste toujours très agréable à regarder et on se rappelle qu’elle a su reprendre du poil de la bête après des passages à vide, mais là, depuis deux ans, on est dans du mou-mou qui dure.

Et l’on ne peut pas se retourner du côté de The Good Doctor, irritant et poussif à son meilleur, et de Chicago Med, du même niveau d’écriture que le reste des séries Chicago
Cary Agos en blouse blanche est ainsi arrivé à pic ce printemps pour tenter de revitaliser la production actuelle.

Qu’est-ce que c’est ?

C’est donc une série médicale lancée à la mi-saison.
Sur FOX, un network qui, à l’exception de House, n’a jamais eu beaucoup de succès avec ses quelques incursions dans ce genre.
The Resident, déjà renouvelée pour la saison 2, s’en sort, d’un point de vue de sa survie, mieux que The Mob Doctor (vous l’aviez oubliée celle-là ? Quel titre magnifique !) ou bien Red Band Society.
Elle a été créée par Amy Holden Jones, la scénariste de Proposition Indécente et de... Beethoven, et par Hayley Schore et Roshan Sethi, deux anciens de Code Black.

C’est avec qui ?

Une jolie liste d’habitué·es des séries de networks des trente dernières années.
Pour le 21ème siècle, on a Matt Czuchry (The Good Wife/Gilmore Girls) et Emily Van Camp (Revenge/Everwood).
Pour le 20ème, ce sont Melina Kanakaredes (Providence/CSI:NY), Merrin Francine Dungey (Alias).
Et pour le deuxième âge d’or des séries, Bruce Greenwood de St Elsewhere, la première grande série médicale de la télé moderne.

Ça raconte quoi ?

Rien de bien nouveau. Un tout nouveau docteur, fraîchement sorti premier d’une fac de médecine prestigieuse, fait ses premiers pas à l’hôpital, guidé par un résident intransigeant et épaulé par une infirmière bienveillante.
Fait inhabituel. Ça se passe à Altanta.

Et c’est bien ?

Après quelques épisodes, je me suis dit « fichtre, c’est la meilleure série médicale depuis Urgences ». Ce n’est pas le cas (en tout cas à ce stade de son existence, après les 14 épisodes de sa première saison), The Resident est plombée par des défauts de narration et de forme qui, au lieu d’être corrigés ou amoindris, empirent au cours de la saison. Mais si une telle opinion a pu se former dans mon esprit, c’est que la série possède une dimension révolutionnaire.
Pour la première fois, l’argent entre vraiment en ligne de compte.

the resident season 1

On est habitué à ce qu’il soit fait mention dans les séries médicales, en arrière plan, le temps d’un épisode, du manque de financement des hôpitaux dans les quartiers pauvres, de la réticence des assurances à couvrir leurs frais des patient·es, des coupes budgétaires dans certains services. Ce sont des vignettes qui la plupart du temps sont l’occasion d’augmenter la pression du contexte pour montrer à quel point les personnages principaux sont des professionnels exceptionnels qui peuvent se sortir de toutes les situations pour sauver leurs patient·es. Code Black, l’une des rares incursions récentes de CBS dans le genre et dont viennent deux des créateurs de la série, était entièrement construite sur ce principe.

L’univers dans lequel évoluent les personnages de The Resident est assujetti aux enjeux financiers du business qu’est la santé aux États-Unis. Dans la série, il est établi que la recherche du profit est plus qu’un obstacle à la qualité des soins prodigués, elle met en danger les patient·es, qui sont avant toutes choses des sources de revenus qu’il faut exploiter au maximum. Dans le troisième épisode, on suit une consultante engagée par l’hôpital pour engager tout le personnel à multiplier les prescriptions de tests inutiles pour augmenter le niveau de facturation auprès des assurances.
Mais dès le pilote, tout est clair. Le jeune interne idéaliste ne se résout pas à prononcer la mort d’une patiente et tente coûte que coûte de la réanimer. Son cœur repart mais elle est en état de quasi mort cérébrale. Il s’inquiète de cette erreur, au plan moral et du point de vue de sa carrière. Le personnage d’Emily Van Camp, le rassure sur ce dernier point : une patiente dans cet état va rapporter énormément d’argent à l’hôpital tant que la famille sera prête à payer pour la maintenir dans son état végétatif.
L’un des arcs majeurs de la saison s’intéresse au cas d’un·e médecin qui trompe ses patient·es pour leur prescrire des traitements coûteux pour son bénéfice financier et professionnel.
L’hôpital est un ennemi.
Sur le fond, c’est du jamais vu.

Et c’est quasiment suffisant pour en faire, non la série la plus réussie, mais la plus intéressante depuis Urgences.
Sur le fond.

Malheureusement, les personnages principaux positifs sont loin d’avoir le caractère révolutionnaire de l’univers dans lequel ils évoluent. Ils semblent tout droit sortis de la Bible de Grey’s Anatomy. Que ce soit l’interne fraîchement arrivé, l’infirmière profondément humaine, le résident tête brûlée du titre ou l’apprentie chirurgienne overachiever (coucou Christina Young), elles et ils sont ultra compétent·es, moralement irréprochables et seulement motivé·es par l’idée de sauver des vies.
Chez Shonda Rhimes, ces stéréotypes fonctionnement parfaitement dans l’univers fantasmé d’un hôpital au service de l’ensemble de la population. Ici, ils affadissent énormément le projet ambitieux que l’on sentait (avait envie de voir) possible et font de la série une banale histoire de super-héros à la Arrow.
« Dans un monde corrompu où le mal l’a emporté sur le bien, une petite poignée d’âmes héroïques se mettent en danger pour sauver des vies et changer les choses. »
Cette caractérisation manichéenne est particulièrement flagrante au niveau des personnages féminins. Dans l’arc majeur de la saison, on assiste au combat entre une ultra gentille (dont l’investissement du côté du bien vient comme tout·e bon·ne super-héros/héroïne de la mort tragique de ses parents) et une super méchante dont l’atroce malveillance des actes n’est jamais expliquée ou contextualisée. La conclusion précipitée et improbable de cette histoire dans le finale renforce la dimension « super-héroïque » de Big Bad de la saison de la médecin criminelle et illustre la narration souvent brouillonne des intrigues.
Qui sont nombreuses.
Très nombreuses, mais trop souvent seulement traitées comme des prétextes pour aborder un sujet précis (le harcèlement sexuel, l’ultra compétitivité entre les internes, la fin de la vie active…) en vue de délivrer une réplique cinglante à son propos et être ensuite rapidement évacuées.

Cette narration à la recherche du bon mot s’accompagne d’une réalisation à la recherche permanente du plan cool. Cadre de travers, montages stroboscopiques, caméra subjective : on ne compte plus les artifices visuels qui se révèlent bien souvent inutiles et qui peuvent brouiller ce qui se passe à l’écran. La palme de ces ratages de mise en scène revient à la séquence des trois chirurgies simultanées où l’on est incapable de comprendre quoi que ce soit à l’évolution chaotique de la situation.

Au bout de compte, The Resident est la plus satisfaisante quand elle s’assume comme un soap de pouvoir à la Dallas où les méchant·es cyniques et avides d’argent se tirent dans les pattes. C’est dans ce cadre, quand elle n’est pas explicitée dans le discours de gentils personnages que la critique sociale gagne en impact et en pertinence, quand elle transpire des agissements des personnages les plus ambivalents (et donc des plus réussis) de la série.

Au vu de la toute de fin de la saison, je me prends à espérer un tournant et que The Resident devienne The CEO et se focalise sur le personnage de Bruce Greenwood (de loin l’interprète le plus convaincant) et mette de côté le reste d’une distribution principale pour l’instant très fade.

Je serai évidemment présent pour la suite et ai assez hâte de voir si la série va être capable de trouver une forme qui serve avec justice un propos original.

Jéjé