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New Blood - Une mauvaise série en souvenir du bon vieux temps

New Blood: The Worst Generation

Par Jéjé, le 17 septembre 2016
Par Jéjé
Publié le
17 septembre 2016
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Avec la quantité gigantesque de nouvelles et (d’anciennes) séries disponibles, il devient de plus en plus rare de tomber sur quelque chose que l’on déteste. Et, si jamais, ça arrive, il complètement inconcevable de s’y cramponner.

Je pensais en avoir terminé avec le Hate Watching, totalement acquis à la cause de la qualité et déjà dépassé par mes quelques intégrales de grands classiques et le début de la rentrée américaine.

Jusqu’à ce que je me pose devant New Blood.

Qu’est-ce que c’est ?

Comme aimerait manifestement nous faire croire la BBC par son titre et son mode de diffusions, il s’agit d’une série policière « nouvelle génération ».

Les 7 épisodes de la saison 1 ont été diffusées entre juin et juillet dernier à la télévision quelques jours après qu’ils aient été mis en ligne sur le site de la chaîne (une première pour un drama de BBC).

La série est écrite par Anthony Horowitz, un auteur anglais qui a connu un gros succès en 2015 en écrivant une nouvelle aventure « papier » de James Bond…

De quoi ça parle ?

Deux flics « nouvelle génération » travaillent chacun dans leur coin, l’un comme enquêteur classique, l’autre sous couverture pour la brigade financière anglaise.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont enfants d’immigrés (polonais et iraniens), ils savent faire des recherches sur Google et prendre des photos avec leur téléphone portable, et quand ils vont se rendre compte qu’ils travaillent sur la même affaire, plus rien ne pourra arrêter leur course vers le succès dans les institutions essoufflées et corrompues au sein desquelles ils travaillent et mènent leurs enquêtes.

C’est avec qui ?

new blood

Deux petits jeunes relativement inconnus, Mark Strepan et Ben Tavassoli.

Pour l’ancienne génération, on trouve Janet de Spooks (Anna Chancellor) et Robert Baratheron de Game of Thrones (Mark Addy), des choix un tout petit peu plus subtils pour l’esprit "choc des générations" (mais pas trop quand même) que ne l’auraient été Helen Mirren et Kenneth Branagh.

Et c’est vraiment pas bien ?

C’est vraiment pas bien.

Mais vraiment pas.

Et soyons clair, je n’étais pas à la recherche du nouveau chef d’œuvre de la fiction policière britannique (à placer dans mon panthéon personnel aux côtés de Prime Suspect, de Line of Duty, de Happy Valley ou de The Fall). Non, j’étais d’humeur pour une série un peu légère dans l’esprit de Cuffs ou de Jackson Brodie et pas du tout opposé à un « buddy cop show » masculin (je crois que Strike Back me manque beaucoup).

Mais je ne m’attendais pas à un truc aussi machiste et rétrograde.
En 2016.
Sur la BBC.

Stephan et Rash sont donc sensés incarner une nouvelle génération de héros policiers anglais. Ils en ont deux signes extérieurs : ils sont issus de l’immigration et ils ont des difficultés à se loger à Londres. À côté de ça, l’un comme l’autre ont une vision du monde et de leur masculinité similaires au James Bond des années 1950.

Ça commence au bout de dix minutes quand l’un des suspects de l’enquête drague Stephan, qui assume l’identité d’un de ses employés. Lorsqu’il lui met la main sur la cuisse. Le Stephan part en courant, il est tellement traumatisé en est presque à demander à ses supérieurs d’être déchargé de l’enquête. C’est une façon pour le moins un peu « maladroite » de présenter la virilité moderne de notre héros.

Quelques minutes plus tard, on découvre les rapports aux femmes très modernes de nos deux amis lorsque Stephan rencontre la soeur de Rash.
Elle devient en quelques secondes un objet de conquête amoureuse pour l’un et un objet à protéger précieusement pour l’autre. On aurait pu ne pas trop s’offusquer de cette vision passablement datée des rapports hommes-femmes si l’univers de New Blood possédait un éventail conséquent de personnages féminins un peu complexes.

Mais soyons clair, la soeur est la femme qui a le plus de présence et de dialogues à l’écran.

Les quelques autres sont des mères castratrices inefficaces, des supérieures rigides à qui l’on explique les évolutions de l’enquête, des victimes impuissantes (qui n’ont le droit qu’à de courtes scènes) et, cerises sur le gâteau machiste, des tueuses à gages omnipotentes qui séduisent, manipulent et mitraillent les hommes de bonne volonté. Il ne manque qu’une pute au grand cœur pour avoir la totalité du bestiaire sexiste des fictions misogynes.

Les relations masculines sont donc les seules qui comptent dans New Blood, mais ce n’est pas pour ça qu’elles sont plus réussies. Toute la dimension « inter-générationnelle » de l’univers policier est traitée sur un mode unique : « les vieux sont moches et aigris et détestent les jeunes » tandis que l’amitié entre les deux héros n’existe qu’à travers leur compétitivité de jeunes mâles dominants.

Le salut ne viendra pas non plus de l’enquête touchant à l’industrie pharmaceutique des trois longs épisodes de 55 minutes de cette première enquête (la saison est composée de trois affaires distinctes) qui n’a ni ampleur, ni finesse, tout se résume une guéguerre simpliste entre responsables de grands laboratoires.

La lecture de la déclaration d’intention très ambitieuse d’Anthony Horowitz au sujet de sa série me fait penser que New Blood souffre du même problème que le House of Cards showrunné par Beau Willimon : ce sont deux séries conçues comme des tentatives de renouveler un format dont les auteurs ne connaissent pas les codes et reprennent sans s’en rendre compte tous les stéréotypes qu’ils auraient aimés détourner.
New Blood, avec une extra dose de sexisme.

Alors, quand Horowitz dit : « The show is an attempt to break away from the clichés usually associated with the detective genre. “Picture the scene… there’s a body lying on the pavement in the rain. A police car pulls up, a man gets out. He’s middle-aged, married, has a drink problem. We’ve seen him a thousand times. », on a terriblement envie de lui conseiller de regarder The Shadow Line.

Et Happy Valley.

Jéjé
P.S. J’avais réussi à arrêter House of Cards après la saison 1, j’espère pouvoir ne pas regarder les deux autres affaires de cette saison... Mais c’est pas gagné...