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Timeless - Critique des premiers épisodes de Timeless, la nouvelle série de NBC.

Timeless: The Samuel Beckett Trio

Par Conundrum, le 15 novembre 2016
Publié le
15 novembre 2016
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Dès la rentrée, tout le monde se rue sur les nouvelles séries et applique la beauté d’un ‘NulOuGénial’ sur un pilote. Sur la base de ce jugement, vous devriez être en train de lire une critique de Frequency, la sympathique série tirée du sympathique film de la sympathique CW et non pas sur la nouvelle série pas très futée de NBC.

Mais il y a un quelque chose de sain à attendre, prendre son temps, et ne pas se moquer trop vite des séries. Déjà, il faut s’assurer que la dite série ne soit pas annulée trop rapidement pour ne pas perdre de temps. Et puis surtout, il y a la réalité que la qualité n’est pas nécessairement l’élément motivateur premier à notre envie de continuer une série. C’est la raison pour laquelle je me rue sur chaque épisode de The Mindy Project et que je n’ai jamais dépassé le sixième épisode de Breaking Bad. Si j’ai abandonné Frequency sans raison particulière (à part, bien sûr, "oh non, il y a Mekhi Phifer dedans !"), je me suis surpris à continuer sans déplaisir Timeless malgré un pilote difficile regarder à force de lever les yeux au ciel toutes les deux minutes.

Et pourquoi ? Voyons cela ensemble.

Qu’est ce que c’est ?

C’est la nouvelle série de NBC qui nous rappelle qu’elle n’est pas juste la chaîne des dramas prestigieuses comme The West Wing, Homicide ou Urgences. C’est aussi la chaîne de Manimal, de Superminds et de K2000.

Elle a été pensée par Erik Kripke à qui l’on doit Supernatural mais aussi Tarzan and Jane, et Shawn Ryan de The Shield et du reboot du Flic de Beverly Hills qui n’a jamais vu le jour.

Parmi les scénaristes de la saison une, on retrouve des plumes de Bosh et Mad Men (Tom Smuts), d’Arrow et Minority Report (Lana Cho), de Revolution et Gotham (Jim Barnes) et de Battlestar Galactica et Smallville (Anne Cofell Saunders).

Sur la base de ces CV, ça fait autant envie que ça fait peur, cette série quand même.

De quoi ça parle ?

Un terroriste s’empare d’une machine à voyager dans le temps qui ressemble étrangement au logo de CBS. Une équipe formée d’une historienne, d’un soldat et de Lem, part chaque semaine à sa poursuite pour l’empêcher d’altérer le cours de l’Histoire dans une autre machine qui ressemble étrangement à un plus vieux et plus sale logo de CBS.

timeless trio

Et si l’historienne, le soldat et Lem savaient jouer du jazz, ils auraient pu s’appeler ‘The Samuel Beckett Trio’ parce que c’est un super nom d’équipe de voyageurs dans le temps ET de groupe de jazz.

C’est avec qui ?

Une jeune femme de Rectify. Anakin Skywalker, mais pas celui auquel vous pensez. Lem. La mère de Mindy Lahiri. Karen Sammler. Max Headroom. Pas George Clooney. DCI Leyton de Law and Order : UK.
Et dans le pilote, il y a aussi le père de Rory Gilmore.

Et sinon, générique ?

Non ! On a le droit à un title card qui élève au niveau art celui de Lost.

Et c’est bien ?

Bien, non. Code Quantum, c’est bien. Le poulet Tika Massala, c’est bien. Six semaines de vacances, c’est bien.
Timeless, c’est juste chouette.

timeless trio 2

Timeless est une série qui aurait bénéficié d’avoir été mise à l’antenne vingt ans plus tôt. Vous savez probablement que la production d’un pilote n’est pas la garantie de la mise à l’antenne d’une série. La plupart des pilotes produits par les chaînes américaines ne sont jamais diffusés. Abigail Spencer, avant d’être dans Mad Men, approchait dangereusement la dizaine de pilotes où elle tenait le rôle principal de séries jamais commandées. Pour rentabiliser les coûts de production, certains pilotes pouvaient être produits comme des téléfilms, à savoir, sans générique et d’une durée d’une heure et demie. Ainsi, si la série n’était pas commandée, le pilote pouvait être diffusé en tant que production unitaire.

Le problème de Timeless est que son pilote ne dure que 45 minutes.
Il est donc formaté comme un épisode standard mais en devant s’acquittant des règles d’introduction de la série, présenter les personnages, les enjeux, la trame chronologique tout en racontant une histoire complète et ce, en moins de 45 minutes.
Et c’est bien trop peu.
L’épisode sacrifie la fluidité au profit de la rapidité. Kripke et Ryan semblent avoir tellement hâte de se lancer dans la course-poursuite que tout le postulat de base est déjà établi alors que les crédits d’ouverture s’affichent encore à l’écran. Il est d’ailleurs assez notable que Frequency, l’autre série construite autour des voyages dans le temps réussit dans le même temps à instaurer un mythologie complexe, des impacts similaires, tout en racontant de manière fluide l’intrigue de son pilote. Lancer une série ambitieuse sans téléfilm d’ouverture est possible, mais Timeless montre que c’est loin d’être aisé.

Heureusement pour la série, les épisodes suivants n’ont pas le même cahier des charges que le pilote. A l’inverse de Frequency, on se retrouve avec une machine bien huilée où le changement de lieu et d’époque de l’intrigue de la semaine évite la répétition. Timeless est bien évidemment plus une série d’aventure qu’historique. On sourit bêtement à l’idée que Ian Flemming était autant un homme d’action que le personnage qu’il a crée. La version de Fleming de l’excellent podcast de Paul F. Tompkins, Dead Authors Podcast, dresse une image plus drôle et probablement plus réelle de l’auteur. Cependant, il est plaisant de voir une version romancée de l’histoire des Etats-Unis revue à la sauce Timeless. Chaque épisode est présentée de la même manière. La scène d’ouverture est un événement historique tel qu’il s’est déroulé, et l’épisode montre notre équipe, « The Samuel Beckett Trio », essayer d’empêcher le vil terroriste temporel de la modifier.

La série joue habilement sur l’éthique et les principes des voyages dans le temps. Il est établi qu’essayer d’éviter un événement tragique de l’histoire, comme la bataille de l’Alamo, pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le présent et que, dans cette même optique, essayer de changer de modifier le présent à des fins personnelles pourrait engendrer des conséquences imprévisibles. Le trio se doit alors de préserver l’histoire en évitant, au mieux possible, toute altération aussi minimes soit elles.
Il y a un débat dans le pilote entre notre héroïne historienne et notre soldat qui sent fort la testostérone à ce sujet. Ce dernier ferait tout pour empêcher la mort de sa femme, ce à quoi l’historienne s’oppose. Le retournement de situation de fin de pilote bien amené entraîne alors notre personnage principal sur ce terrain et la confronte alors à une situation similaire. Si le jeu des acteurs n’est pas des plus fins (ils semblent être, et surtout Lem, survoltés la plupart du temps et au bord du burn out), ces petites touches personnelles, sans être originales, restent assez efficaces pour nous attacher à eux.

La série a une audience assez conséquente pour garantir une première saison de 16 épisodes, ce qui est plutôt cool. Si la série est annulée, elle rejoindra les rangs de Zero Hour, les séries un peu débiles mais très divertissante.
Si elle ne l’est pas, elle a le potentiel de devenir une sympathique série de science fiction.
Et ça faisait un bail qu’on en avait pas eu une.

Conundrum