DOCTOR WHO – 5.07 : Amy’s Choice (Le Seigneur des Rêves)
« This is going to be a tricky one ! » - Le Docteur
Par Sullivan Le Postec • 16 mai 2010
Le Docteur, Amy, et Rory doivent choisir ce qui tient du rêve et de la réalité. A moins que le choix soit impossible, et que cette épreuve soit l’occasion de faire un autre choix...

Il était temps dans la saison de prendre un moment pour creuser les personnages, leur caractérisation, et leurs relations. C’est ce que fait cet épisode, dans la continuité des deux précédents qui posaient la question de la relation entre Amy et Rory...

La critique des deux autres épisodes diffusés ce samedi soir sur France 4 :

Amy’s Choice

Scénario : Simon Nye ; réalisation : Catherine Morshead.
D’un coté, Amy et Rory mariés, cinq ans dans le futur, après avoir quitté le Docteur et choisit de s’installer ensemble. Ils vivent dans un village calme, très calme. Amy est sur le point d’accoucher de leur premier enfant. Le Docteur leur rend visite, et ne met pas trois minutes avant de commencer à s’ennuyer. L’aventure le rattrape vite : les personnages âgées du village sont les hôtes d’extraterrestres...
De l’autre coté, le Docteur, Amy et Rory à bord du Tardis, mais le vaisseau est mort et dérive inexorablement vers une étoile de glace qui va les faire mourir de froid.
Au milieu, le Dream Lord, qui leur indique les règles. Une de ces deux expériences est un rêve. Ils doivent y mourir pour en sortir. Mais s’ils meurent dans la réalité, cette fin sera définitive. Le choix est impossible. Si bien qu’il ne reposera en fait que sur un autre choix, celui d’Amy qui réalise qu’elle ne veut pas envisager un monde sans Rory...

"If we’re going to die, let’s die looking like a Peruvian folk band"

Nous sommes au milieu de la saison – et oui, déjà ! Ça passe beaucoup trop vite, pas vrai ? – et la série fait une sorte de pause pour un récit entre rêvé et réalité (surtout rêve, en fait) qui sert avant-tout à passer du temps avec les personnages.

Le concept à la base de l’épisode est une variation assez originale sur un thème classique, et offre un épisode qui rompt avec le style habituel de la série, ce qui est assez intéressant et relève forcément son intérêt. Les transitions entre les deux réalités sont très bien gérées, tant à l’écriture qu’à la réalisation, et proposent une intéressante alternance de ton : elles sont quelque fois comiques, quelque fois inquiétantes.
Il y a d’autres très bonnes idées dans ce récit. Faire du monstre principal de l’épisode un groupe de personnages âgées, notamment, ce qui produit une imagerie originale et en même temps connectée avec des petites frayeurs de l’enfance. Sans compter qu’on y gagne le privilège de voir des vieux se faire taper dessus, ce qui est assez drôle et montre que la série n’est décidément pas trop préoccupée par le politiquement correct. (En plus, dans le « DW Confidential », on peut voir Arthur Darvill frapper une petite vieille pour de vrai – bon, avec une poutre en papier, mais quand même.) Et si le fait que ce club du troisième âge soit l’hôte d’un parasite extraterrestre, pour la énième fois, est évidemment répétitif, cela fait aussi sens une fois que l’on apprend que tout cela est une invention de l’esprit du Docteur.
En parallèle, le Tardis qui se réfrigère peu à peu offre également une imagerie vraiment séduisante et originale, et laisse voir un travail vraiment impressionnant sur le décors. (Je n’aurais pas aimé être de ceux chargés de le remettre en état.)

Malgré tout, je trouve qu’en terme d’intrigue, il manquait un petit quelque chose. Après un début très convaincant, l’épisode tend à glisser vers une formule un peu répétitive, jusqu’au twist final sur l’identité du Dream Lord (qui rend l’épisode intéressant à revoir). Et, évidemment, le coup du pollen psychique coincé dans le moteur du Tardis, c’est un peu léger comme explication finale.

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"There’s only one person in the universe who hates me as much as you do"

« Amy’s Choice » est écrit par Simon Nye, connu en Grande Bretagne, mais dont la divulgation du nom parmi les scénaristes de la saison a surpris, car sa carrière s’est faite essentiellement dans la sitcom. Si certains s’attendaient du coup à un épisode comique, ils ont été surpris par le résultat, en fait assez sérieux et sombre. Néanmoins, la carrière de Nye a été utile à cet épisode, la sitcom britannique l’ayant habitué à écrire des personnages d’anglais ordinaires, d’origine plutôt populaire, de manière réaliste mais engageante.
On retrouve cette veine réaliste et sensible dans l’écriture des personnages d’Amy et de Rory. Et si l’épisode ne cherche pas vraiment à faire rire à coup de one-liners, les répliques sont cependant riches en second degré et en sarcasmes, qui donne à « Amy’s Choice » un décalage plaisant. Au-delà de leur humour un peu pince-sans-rire, ces dialogues sont de toute façon absolument brillants – une caractéristique qui s’impose d’ailleurs comme un point fort constant de la saison, ce qui augure d’un massacre en règle à la VF.

Un reproche que l’on pourrait faire à la saison jusqu’ici, c’est qu’elle manque un petit peu de cœur. C’est, à mon avis, un trait de l’écriture de Steven Moffat. Les personnages qu’il créé sont cools. Immédiatement, ils attirent, comme Mme de Pompadour, Sally Sparow, ou River Song ont pu marquer en seulement un ou deux épisodes. Mais leur faire atteindre une véritable profondeur émotionnelle, et une certaine complexité psychologique, à l’image d’une Rose ou d’une Donna, c’est plus compliqué, clairement pas aussi naturel que cela l’était pour Davies, et en tout cas pas encore vraiment atteint en ce qui concerne Amy.
Cet épisode nous fait néanmoins faire un grand pas dans la bonne direction, notamment en adressant de front la question des sentiments d’Amy vis à vis du Docteur et de Rory. La mort virtuelle de ce dernier est en effet l’occasion pour elle de se rendre compte que celui qui a d’abord été pour elle un Docteur de substitution est devenu finalement un élément indispensable de sa vie. Le tout est sous-écrit à dessein – le minimum possible est communiqué par les dialogues – et fonctionne vraiment bien.

On réalise à la fin de l’épisode qu’en parallèle, « Amy’s Choice » a aussi travaillé le personnage du Docteur quand on comprend que le Dream Lord était en effet sa part sombre. En quelque sorte tout ce qu’il a pu accumuler de négativité en 900 et quelques années, soudain dotée du pouvoir de la parole. Celle-ci s’emploie à le torturer en le confrontant à ses défauts, notamment son attitude vis à vis de ses ’’amis’’ humains. Il est intéressant de voir la manière dont cette saison aborde ce thème de la part sombre du Docteur d’une manière totalement différente des saisons précédentes depuis 2005, ce qui lui confère une nouvelle fraicheur qui était nécessaire...


Pas parfait, mais néanmoins très réussi, « Amy’s Choice » repose sur un canevas original pour la série et bénéficie de quelques très bonnes idées. Si l’intrigue ne faisait pas un certain sur-place dans la dernière partie, avant une explication un peu tirée par les cheveux, il aurait sûrement pu prétendre au statut de classique. D’autant que la distribution est parfaite.

L’anecdote rigolote qui ne sert à rien.
Le neuvième Docteur avait une bonne veste de cuir. Le dixième, un long manteau rasant le sol (qu’il ne portait pas tout le temps mais qui fut la première suggestion de David Tennant pour son costume). Eleven, lui, doit se contenter d’une chemise légère et d’une veste de costume en tweed. A la fin du tournage, Matt Smith a expliqué qu’il aimerait bien que, l’année prochaine, le costume de son Docteur s’enrichisse d’un manteau. Le voyant passer la moitié de cet épisode dans cette tenue sous la neige de février (cet épisode et le onzième ont formé ensemble le dernier bloc de tournage, par lequel l’équipe a terminé la saison), on est de tout cœur avec lui.
Précision quand même que Matt Smith porte pendant l’hiver sous son pantalon et sous sa chemise des sous-vêtements couvrants spécial grand froid. — Je vous rappelle qu’il y a marqué juste au dessus que ces anecdotes sont censées ne servir à rien, Le Village n’accepte donc aucune réclamation sur le contenu.

Post-criticum : Quelques jours après l’écriture de cette critique, je profitais du numéro 6 du Quinzo pour revenir sur cet épisode et me demander s’il fallait voir en ce Dream Lord les premiers pas du Valeyard.

Dernière mise à jour
le 22 octobre 2011 à 01h58

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